Noé

ECRANS | Sauf le respect qu’on doit à Darren Aronofsky, ses débuts dans le blockbuster à gros budget relèvent du naufrage intégral, et cette relecture du mythe biblique est aussi lourdingue que formatée, kitsch et ennuyeuse… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 14 avril 2014

Qui était Noé selon Darren Aronofsky ? Un fanatique écolo, illuminé par l'annonce d'un désastre et la damnation d'une humanité corrompue, entouré par des anges envoyés par Dieu et incarnés en géants de pierre aux yeux phosphorescents. Ce résumé lapidaire de la première heure — interminable — de Noé résume dans le fond le formatage auquel est soumis ce blockbuster : un peu d'air du temps, un peu de messianisme divin (quand va-t-on nous foutre la paix avec ces stupides histoires de religion et quand passera-t-on au XXIe siècle dans cet occident que l'on dit éclairé et que l'on trouve de plus en plus obscurantiste ?) et un peu d'héroïc fantasy. Comme liant, un sérieux papal dans des dialogues qui calquent grossièrement ceux de n'importe quel serial historique actuel — Game of thrones, pour ne pas le citer.

Face à ce gros foutoir en forme de kouglof indigeste et laborieux, on attend, comme dans l'expression consacrée, le déluge, car tout Aronofsky qu'il soit, c'est bien ce qu'on demande à un cinéaste qui engloutit plus de cent millions de dollars dans un film sur l'arche de Noé : filmer ce putain de déluge, même si celui-ci n'est que l'addition d'effets numériques dont le réalisme est évidemment discutable. Quand la scène se produit, à plus de la moitié du métrage, précédée d'une attaque façon Seigneur des anneaux qui n'est que la répétition friquée des instants médiévaux avec les conquistadors dans The Fountain, un tout petit frisson passe. Mais moins grand que lors des séquences similaires dans le pourtant moyen Jour d'après d'Emmerich. En gros, Aronofsky, en plus de rater le propos – débile — et la forme — laide à pleurer — du film, rate aussi ses instants de sidération visuelle.

Naufrage

Il y a sans doute un malentendu envers le cinéaste qui explique la débâcle. Ce malentendu, pour une fois, ne vient ni du public, ni de la critique, mais d'Aronofsky lui-même, qui semble se considérer comme un grand artiste à l'imaginaire débridé, là où ses films les plus convaincants s'inscrivent au contraire dans un certain réalisme, même quand celui-ci est progressivement contaminé par la folie. Les split-screens musicaux de Requiem for a dream ou la schizophrénie de la danseuse dans Black swan ne sont que des éclairs visuels et fantastiques dans des œuvres au demeurant marquée par la tristesse et la grisaille de la vie urbaine contemporaine.

Surtout, Aronofsky n'est jamais aussi bon que lorsqu'il place un personnage et l'acteur qui l'incarne comme pivots de ses films ; rien de tout ça dans Noé. Certes, le cinéaste tente de transformer Russell Crowe en bloc de certitudes que rien ne vient infléchir dans sa détermination à accomplir sa mission ; mais en lui inventant une famille — femme, père, enfants naturels ou adoptés — et un antagoniste, il dilue son regard dans une série de clichés qui renvoient au formatage ambiant. En lieu et place du portrait de Noé en illuminé prêt à sacrifier l'humanité toute entière pour préserver la création divine, il préfère montrer un héros aux valeurs traditionnelles, bien à l'image d'un film qui fait semblant de prendre des risques et n'étale en fin de compte que son impuissance à être autre chose qu'un blockbuster dispendieux de plus.


Noé

De Darren Aronofsky (ÉU, 2h18) avec Russell Crowe, Jennifer Connelly... Noé est un homme promis à un destin exceptionnel alors qu’un déluge apocalyptique va détruire le monde. La fin du monde… n’est que le commencement.
Pathé Vaise 43 rue des Docks Lyon 9e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

« Aujourd’hui, nos théâtres sont de grandes gares où les trains restent à quai »

Crise du coronavirus | Lors de la conférence de presse du jeudi 14 janvier, le gouvernement, à travers la voix de la ministre de la culture Roselyne Bachelot, a expliqué que « la situation était trop instable pour évoquer une date de réouverture » des établissements culturels. Comment ce contexte lié à la crise du coronavirus est-il vécu par celles et ceux qui travaillent dans des théâtres de nouveau fermés au public depuis fin octobre ? Pour le savoir, nous avons interrogé Arnaud Meunier, tout frais directeur de la MC2, Cécile Guignard, directrice des relations avec le public et de la communication de l’Hexagone de Meylan, et Noémi Duez, directrice de l’Ilyade et responsable de la programmation culturelle des villes de Seyssinet-Pariset et Seyssins.

Aurélien Martinez | Vendredi 15 janvier 2021

« Aujourd’hui, nos théâtres sont de grandes gares où les trains restent à quai »

« On a mis beaucoup d’espoir dans ce référé-liberté [en décembre, des professionnels de la culture ont demandé au Conseil d’État la réouverture des salles de spectacle fermées depuis fin octobre pour raisons sanitaires – NDLR], on espérait même que ça passerait. Mais ça n’a pas été le cas. Même si le Conseil d’État a clairement dit que cette fermeture était une atteinte à la liberté de créer et que, donc, nos établissements ne pourraient pas être fermés dans la durée. C’est déjà ça. Il ne reste plus qu’à savoir quelle sera la longueur de la durée ! Pour l’instant, on n’en sait rien. » Voilà ce qu’a répondu d’emblée Cécile Guignard, directrice de la communication et des relations avec le public de l’Hexagone de Meylan, à notre première question : comment ça va dans votre théâtre ? Une situation pleine d’incertitudes qui pèse sur pas mal de professionnels du secteur culturel, à l’image d’

Continuer à lire

Un Noël dans les rues de Tokyo

ECRANS | Animation. Avec le fabuleux "Tokyo Godfathers", le génie regretté de l’animation japonaise Satoshi Kon livrait en 2003 une relecture aussi singulière qu’émouvante du traditionnel conte de Noël.

Damien Grimbert | Mardi 8 décembre 2020

Un Noël dans les rues de Tokyo

S’il reste avant tout célébré pour ses œuvres les plus avant-gardistes et oniriques, marquées par leur approche "subjective" de la réalité (Perfect Blue, Paprika, la série Paranoïa Agent…), Satoshi Kon, disparu en 2010 à l’âge de 46 ans, n’en a pas moins jamais cessé d’aborder en filigrane, tout au long de sa courte mais irréprochable filmographie, les névroses profondes du Japon contemporain. Une exploration sociétale qu’on retrouve une nouvelle fois à l’œuvre dans Tokyo Godfathers, bouleversante quête de trois sans-abri pour retrouver les parents d’un bébé abandonné pendant les fêtes de Noël. Portrait touchant de trois parias cantonnés aux marges de la société (une femme transgenre au grand cœur, une adolescente fugueuse et revêche, et un père de famille ruiné, râleur et alcoolique), le film s’inscrit ainsi ouvertement dans les codes du conte de Noël, tout en les transcendant sans cesse par sa soif romanesque. À la fois récit initiatique, mélodrame flamboyant, chronique sociale, thriller haletant et fable rédemptrice, le métrage multiplie les registres sans jamais se perdre en cours de route, embarquant le spectateur dans un grand-huit émoti

Continuer à lire

"Slalom" : sortie de piste

ECRANS | ★★★☆☆ De Charlène Favier (Fr.-Bel., 1h30) avec Noée Abita, Jérémie Renier, Marie Denarnaud… En salles le 16 décembre.

Vincent Raymond | Mardi 8 décembre 2020

Lyz, 15 ans, intègre une classe de ski-études. Délaissée par ses parents, l’adolescente douée va rapidement passer sous la coupe d’un entraîneur abusif… À l’instar de la pratique du ski, le traitement de certains sujets sensibles réclame du tact et de l’équilibre ; le moindre faux-pas entraînant une chute fatale. Celui dont Charlène Favier s’empare a beau croiser une double actualité (la mise au jour de scandales dans l’univers des sports de glace en particulier et l’avènement du mouvement #MeToo en général), il n’était pas exempt d’un risque de manichéisme, en (sur)chargeant facilement le coupable, ou en édulcorant ce qu’il représente. Au contraire a-t-elle choisi de montrer la construction d’une mécanique d’emprise dans son détail, dans la complexité de son irrésistible déploiement, ne cachant pas l’existence d’une responsabilité collective, d'un "terreau favorable" pour un prédateur. En découle l’apparente acceptation de la victime, son mutisme malgré les appels à l’aide. Admirablement servi par le duo Noée Abita-Jérémie Renier, duo qui ne s’épargne rien dans l’épreuve, ce film va au-delà du "dossier" en offrant

Continuer à lire

"Le Mystère de Noël" : ♪ Lost Christmas ♫

ECRANS | ★★☆☆ De Andrea Eckerbom (Nor., 1h10) avec Trond Espen Seim, Anders Baasmo Christiansen… En salles le 23 décembre.

Vincent Raymond | Mardi 8 décembre 2020

Dans le village de la petite Élisa, on oublie tout, jusqu’à l’existence de la fête de Noël ! La découverte dans un grenier par la fillette d’une étrange boîte à tiroirs ornés de nombres (en fait, un calendrier de l’avent) provoquera d’heureux changements et même la venue du Père Noël… On aimerait tous avoir les disponibilités d’agenda du vieux bonhomme barbu, capable d’ajouter un apéro au village d’à côté, pile la nuit où il doit livrer (sans attestation) chaque foyer du monde ! Moins glauque que Le Grinch, cette fantaisie enfantine venue des neiges norvégiennes tient davantage de l’anecdote que du film épique, mais comme elle est de saison et d’une durée mesurée, on la déguste tel un chocolat chaud : en oubliant l’excès de sucre. Et les incohérences scénaristiques.

Continuer à lire

Slalom

Avant-première | La très riche sélection du Festival de Cannes 2020, qui a déjà (dé)livré de bonnes surprises sur les écrans, compte quelques productions tournées en région Auvergne (...)

Vincent Raymond | Mardi 6 octobre 2020

Slalom

La très riche sélection du Festival de Cannes 2020, qui a déjà (dé)livré de bonnes surprises sur les écrans, compte quelques productions tournées en région Auvergne Rhône-Alpes. Et notamment le premier long métrage de Charlène Favier, Slalom, se situant dans les hauteurs enneigées de Bourg-Saint-Maurice et racontant l’empire d’un entraîneur de ski sur une jeune sportive, interprétée par une comédienne non moins jeune mais dont on a eu l’heur de souligner les prometteurs débuts dans Ava (2017), Noée Abita. Déjà auréolé du Prix d'Ornano-Valenti décroché au festival d’Angoulême, le film sortira début novembre mais sera présenté en avant-première au public du Club le samedi 17 octobre, à 20h15. Allez-y tout schuss !

Continuer à lire

"Lux Æterna" : demande à la lumière !

Cinema | À la fois “moking of” d’un film qui n’existe pas, reportage sur une mutinerie, bacchanale diabolique au sein du plus déviant des arts, vivisection mutuelle d’egos et trauma physique pour son public, le nouveau Noé repousse les limites du cinéma. Une fois de plus.

Vincent Raymond | Mardi 22 septembre 2020

Sur le plateau du film consacré à la sorcellerie qu’elle dirige, Béatrice Dalle échange confessions et souvenirs avec Charlotte Gainsbourg, en attendant que le tournage reprenne. Le conflit larvé avec son producteur et son chef-opérateur va éclater au grand jour, déclenchant chaos et douleurs… À peine une heure. Aux yeux du CNC (yeux qui cuiront lorsqu’il le visionnera), Lux Æterna, n’est pas un long métrage. La belle affaire ! Depuis presque trente ans qu’il malaxe le temps, l’inverse en spirale involutée, le taillade ou le démultiplie, Gaspar Noé a appris à le dilater pour en faire entrer davantage dans cinquante minutes. Il dote ainsi dès son ouverture Lux Æterna d’extensions cinématographiques, de "ridelles" virtuelles, en piochant dans des œuvres antérieures ici convoquées visuellement pour créer un climat (Häxan de Benjamin Christensen, Jour de colère de Dreyer) ou verbalement par Dalle et Gainsbourg (La So

Continuer à lire

"Jumbo" : l’amour à la machine

ECRANS | De Zoé Wittock (Fr.-Bel-Lux., 1h33) avec Noémie Merlant, Emmanuelle Bercot, Bastien Bouillon…

Vincent Raymond | Mardi 23 juin 2020

Jeune fille solitaire encombrée d’une mère exubérante et désinhibée, Jeanne travaille dans un parc d’attractions où son charme farouche ne laisse pas indifférent son jeune responsable. Jeanne va tomber amoureuse, mais d’un manège, Jumbo. Et la passion lui semble réciproque… Par petites touches discrètes, le cinéma fantastique se régénère en revenant à sa source : avec des histoires partant de la normalité crasse du quotidien, déviant ensuite vers l’anormalité. Cette variation sémantique infime change tout, car elle rend l’ordinaire extra. Après l’enthousiasmant La Dernière Vie de Simon, Jumbo confirme qu’il faut suivre suivre la jeune garde francophone. Voyez ce premier long métrage de Zoé Wittock, où l’héroïne, à la façon d’un personnage introverti de Stephen King, va trouver un épanouissement lumineux dans une dimension intérieure et contraire à la doxa. Bon choix d’ailleurs que la toujours aventureuse Noémie Merlant pour donner corps à cette nouvelle romance interdite — Portrait de la jeune fille en feu, Curiosa

Continuer à lire

Filles de joie

"Filles de joie" : les mamans et les putains | De Frédéric Fonteyne & Anne Paulicevich (Fr.-Bel., int.-12 ans avec avert., 1h21) avec Sara Forestier, Noémie Lvovsky, Annabelle Lengronne…

Vincent Raymond | Mardi 9 juin 2020

Filles de joie

Axelle, Dominique et Conso, trois voisines du Nord de la France, franchissent la frontière belge chaque jour pour proposer leurs faveurs en maison close afin d’améliorer un ordinaire misérable. Leurs rêves sont en berne. L’usure morale le dispute à la déchéance physique et au mépris des proches… Comme chez Brassens, « c’est pas tous les jours qu'elles rigolent /Parole, parole », les trois “filles“ du titre. La joie reste sous cloche dans ce film à la construction aussi subtile que décalée, rendant bien compte de la situation bancale de chacune au sein du groupe, autant que de leur individualité. Nous ne sommes pas ici dans l’habituel configuration des filières de l’Est ou du Sud et des portraits de filles réduites en esclavage par des réseaux mafieux, puisque ces travailleuses du sexe n’ont pas de souteneur. En apparence, seulement : l’argent qu’elles gagnent si péniblement ne leur profite pas, servant à nourrir la mère azimutée et les gosses de l’une, financer les extras des enfants ingrats de l’autre, alimenter les rêves chimériques d’extraction sociale de la troisième… La prostitution est rarement un choix, et le trio composé par Frédéric Fonteyne

Continuer à lire

Juliette Binoche : « Il y a une rebelle chez moi »

Interview | Alors que sa sortie a été courageusement maintenue sur les écrans malgré l’ombre du Covid-19, et que des affiches ont été indûment taguées en marge des cortèges du 8-mars, Martin Provost et Juliette Binoche reviennent sur la genèse de ce film qui, bien qu’il use du second degré, n’en est pas moins féministe.

Vincent Raymond | Jeudi 12 mars 2020

Juliette Binoche : « Il y a une rebelle chez moi »

Juliette, êtes-vous une "bonne épouse" ? Juliette Binoche : Je suis parfaite : je fais la cuisine, je repasse, je couds (rires). Martin Provost : J’en sais quelque chose : sur le plateau, c’était un régal… JB : Sinon il ne m’aurait pas castée ! (rires) Heureusement que c’est un film… Vous connaissiez le cinéma de Martin ? JB : Oui ! Il a une façon d’aimer les personnages qu’il filme et d’avoir un sens du féminin. Et d’aborder les thèmes que je trouve importants comme l’artiste et la création : dans Séraphine, je trouve ça passionnant. Martin est quelqu’un qui aime la vie. On rit et on s’entend souvent sur les mêmes choses. Notre rencontres était évidente, je dirais. Martin, comment êtes-vos tombé sur l’existence de ces "écoles ménagères" ? MP : Par une ami

Continuer à lire

"La Bonne Épouse" : l’école des femmes

ECRANS | Un long-métrage féministe qui laisse une petite place à une histoire d'amour : porté par une jolie distribution, le nouveau film de Martin Provost est plutôt réussi. Grâce notamment à un second degré réjouissant.

Vincent Raymond | Mardi 10 mars 2020

La brutale disparition de son époux oblige Paulette Van Der Beck à prendre les commandes de l’école ménagère familiale en déclin qu’il était censé diriger. Mais en cette veille de Mai-68, les jeunes élèves ne tiennent plus à devenir des fées du logis soumises en tout point à leur mari… Sortant avec une certaine malice quelques jours après que l’on a célébré la Journée internationale des droits des femmes, La Bonne Épouse rappelle avec un second degré évident les vertus et commandements jadis prodigués aux jeunes filles ; le hiatus entre les us de l’époque patriarcale serinés par une institution vitrifiée dans la tradition et l’éclosion d’une nouvelle société n’en paraît que plus comique ! Dans cette ambiance provinciale patinée façon Choristes, Martin Provost bénéficie de surcroît d’un trio féminin de choc : Juliette Binoche (apprêtée et maniérée comme Micheline Presle dans Les Saintes Chéries) en directrice prenant la vague de l’émancipation féminine, Yolande Moreau en vieille fille éberluée par ces c

Continuer à lire

Noémie de Lattre : « J’adorerais que mon spectacle soit obsolète »

Humour | "Féministe pour Homme", solo de la comédienne, autrice et humoriste Noémie de Lattre, est une réussite – à découvrir à Pontcharra et Sassenage. Où il est question de tout ce que les femmes ont encore à subir dans notre société patriarcale. Un discours fort, engagé et solidement argumenté qui se trouve renforcé par un ton humoristique faussement léger. N’est-ce pas Noémie de Lattre ?

Aurélien Martinez | Mardi 11 février 2020

Noémie de Lattre : « J’adorerais que mon spectacle soit obsolète »

Pourquoi avoir choisi de titrer votre spectacle Féministe pour Homme ? Noémie de Lattre : J’imagine que si vous me posez la question, c’est que vous le comprenez comme "féministe pour les hommes". Et comme beaucoup, vous faites l’erreur de ne pas voir que la langue française est sexiste ! Car figurez-vous que je suis aussi un Homme, avec une majuscule, eh oui ! Ce titre, qui est à prendre en fait dans le sens de "féministe pour humain", me permet de le rappeler à chaque fois. À l’image de cette réponse, vous nous faites donc rire avec des thèmes a priori ardus comme la grammaire, le patriarcat, la charge mentale… Comment avez-vous procédé pour rendre ça drôle ? Ça n’a pas été facile ! Les deux questions que je me suis posées pendant toute la fabrication du spectacle, c’est : qu’est-ce qui va me faire plaisir de jouer tous les soirs sur scène ? Et qu’est-ce qui me rendrait heureuse si j’étais dans le public ? De là, tout est parti… Mais bien sûr, pour en arriver là, j’ai fait en amont un gros travail de réflexion sur le sujet, pendant lequel j’ai amassé pas mal de connaissances… Un

Continuer à lire

Les Vétos : Seules les bêtes ?

ECRANS | De Julie Manoukian (Fr., 1h32) avec Noémie Schmidt, Clovis Cornillac, Lilou Fogli…

Vincent Raymond | Mardi 17 décembre 2019

Les Vétos : Seules les bêtes ?

Nico et son aîné Michel font tourner à deux un cabinet vétérinaire d’un petit village du Morvan. Partant subitement à la retraite, Michel fait venir à sa place sa nièce, chercheuse et entêtée mais qui n’a jamais pratiqué. Au contact de Nico, du village et des animaux, elle changera… Évidemment sympathique, terriblement dans l’air du temps, malheureusement téléphonée, l’intrigue des Vétos est au moins aussi lourde que cette phrase surchargée en adverbes. On s’étonne même de voir sur grand écran cette collection de clichés sur la ruralité hexagonale (hostile et obtuse à l’étrangère, mais révélant un cœur "gros comme ça" à la fin), d’habitude réservée au public captif de la télévision. Tout y passe : du paysan bourru au maire hobereau habillé façon militant LR à la Baule, de l’orpheline-cachant-un-lourd-secret au véto dévoré par son apostolat… Si aucun personnage n’échappe à sa caricature, le film aborde malgré tout un vrai sujet : celui de la désaffection rurale, de son abandon par l’État (raréfaction des services publics, mitage du maillage territorial…) au profit des zones plus urbanisées, créant de fait des insulari

Continuer à lire

Noël avant l'heure

Festival | C’est une fête d’anniversaire à laquelle tout le monde peut venir : le collectif Mann’Art(e) souffle dix bougies les soirs des 13 et 14 décembre, à la Salle noire. Au programme : de la danse, de la musique et un dîner philosophique. On vous explique.

Martin de Kerimel | Mardi 10 décembre 2019

Noël avant l'heure

Ils affichent une belle ambition : celle de proposer un rendez-vous « en terres inconnues ». Pas question toutefois de plagier la célèbre émission de télé : pour les membres du collectif Mann’Art(e), le voyage s’effectue d’abord dans l’imaginaire et autour du spectacle vivant. Dix ans déjà que les sept associations artistiques se retrouvent à l’approche des Fêtes, lors d’un événement ouvert à tous : le fameux Noël au balcon. Vendredi 13, le public est invité à s'associer aux festivités à partir de 19h. La soirée s’ouvrira avec les habituels participants des Ateliers Scalène, qui présenteront une chorégraphie de Youtci Erdos. Une rencontre est ensuite prévue autour de l’astrophysicien Aurélien Barrau, réputé pour ses positions tranchées sur les sujets environnementaux. Après un possible dîner sur place (à pré-réserver), les curieux pourront enfin assister à Eos, un « concert dessiné » né de l’imagination de Lise Dieumegard et Soizic Séon. En duo, les deux artistes ont sillonné les mers du monde : avec leur voix… et de la peinture à l’huile, elles évoquent les océans comme frontières naturelles et espaces de liberté. Dansez, m

Continuer à lire

Concours Podium à La Rampe : let’s dance

Danse | Le concours de danse contemporaine (Re)connaissance fait peau neuve. Pour ce qui aurait dû être sa 10e édition, il revient sous le nom de Podium les 29 et 30 novembre à la Rampe (Échirolles). Marie Roche, directrice du Pacifique, lieu grenoblois consacré à la danse, décrypte les coulisses de cet événement dont sa structure est la productrice déléguée.

Nathalie Gresset | Mercredi 27 novembre 2019

Concours Podium à La Rampe : let’s dance

Avis aux amateurs de danse contemporaine : le concours (Re)connaissance, imaginé en 2009 par Le Pacifique, Centre de développement chorégraphique national de Grenoble, est de retour cette année avec une nouvelle formule et, surtout, un nouveau nom : Podium. Pendant deux soirées, six solos-duos et six pièces de groupes proposés par des compagnies françaises et européennes se succèderont à la Rampe (Échirolles), coréalisatrice de cet événement également soutenu par le CCN2. Comme pour tout concours qui se respecte, des récompenses couronneront les gagnants. Ainsi, samedi soir, les prix du meilleur solo-duo, de la meilleure pièce de groupe et du public (deux catégories confondues) seront décernés par un jury de professionnels et par les spectateurs aux trois compagnies qui ont su le plus se démarquer. Avec à la clef pour les lauréats : plusieurs dates de représentation chez les dix-sept salles de spectacle partenaires du concours – qui ont sélectionné en amont les pièces présentées pendant l’événement – et chez des structures voisines, qui programmeront aussi les performances des compagnies gagnantes. Dynamiser la diffusion de la danse

Continuer à lire

Jean-Noël Scherrer (Last Train) : sa petite entreprise rock...

Concert / Portrait | À bientôt 25 ans, Jean-Noël Scherrer assume la double casquette de leader du groupe Last Train et de directeur de l'agence lyonnaise Cold Fame, combinant avec un infatigable panache et une volonté farouche le rock et l'entrepreneuriat. Alors qu’est sorti en septembre dernier "The Big Picture", deuxième album de son groupe, et qu’il sera jeudi 7 novembre sur la scène de la Belle électrique, on lui a taillé le portrait.

Stéphane Duchêne | Dimanche 3 novembre 2019

Jean-Noël Scherrer (Last Train) : sa petite entreprise rock...

Dans le dernier clip de Last Train, montage d'images réalisé par le guitariste Julien Peultier qui illustre The Big Picture, chanson-titre d’un deuxième album sorti en septembre, on peut voir le quatuor à différentes étapes de sa vie musicale, des premières répétitions alsaciennes aux concerts telluriques devant des foules immenses. On y voit surtout le chanteur Jean-Noël Scherrer électriser le public et le même, à 13 ans, martyriser une guitare trop grande pour lui dans quelque salon de rock'n'roll improvisé à la maison. Peut-être le jeune garçon d'alors s'imagine-t-il, comme tous les ados du monde, dans la peau d'une rock star, leader, chanteur et guitariste d'un groupe qui compterait dans le paysage rock français et même au-delà. Mais ce que le novice d'Altkirch (Haut-Rhin) n'imagine alors sûrement pas, c'est qu'une décennie plus tard, il sera aussi dirigeant et/ou associé de cinq sociétés, formateur, intervenant du Chantier des Francofolies, et surtout patron de Cold Fame, agence de diffusion et de production de concerts basée à Lyon

Continuer à lire

Humour : nos huit temps forts de la saison

Panorama de rentrée culturelle 2019/2020 | Avec des têtes d'affiche, des stars sur le retour ou encore des humoristes à découvrir.

La rédaction | Mardi 17 septembre 2019

Humour : nos huit temps forts de la saison

Didier Super Si nous n’avons pas vu cette nouvelle livraison de Didier Super intitulée tout de même Didier Super est beaucoup plus marrant que tous ces comiques de merde, on en attend beaucoup comme au PB, nous adorons ce personnage fort en gueule, aussi bien comédien, chanteur que plein d’autres choses, qui propose des spectacles dans lesquels il prend plaisir à mettre le public mal à l’aise pour mieux le faire rire. « Ça y est ! Après avoir été pendant 15 ans l’égérie à l’arôme gauchisant d’un public allant de l’altermondialiste post-ado au retraité bobo sous perfusion intellectuelle de France Inter, Didier s’est enfin mis en marche » nous annonce le programme. OK ! À la Salle noire mercredi 9 et jeudi 10 octobre Julien Santini On qualifie de "pince-sans-rire" la façon qu’a Julien Santini de pratiquer l'humour et c'est idiot car, pour le coup, on rit beaucoup à l'écoute des bassesses et envies de grandeur de ce Corse installé à Lyon à l'apparence mi-professorale mi-patraque (

Continuer à lire

"Portrait de la jeune fille en feu" : consumée d’amour

ECRANS | Sur fond de dissimulation artistique, Céline Sciamma filme le rapprochement intellectuel et intime de deux femmes à l’époque des Lumières. Une œuvre marquée par la présence invisible des hommes, le poids indélébile des amours perdues et le duo Noémie Merlant / Adèle Haenel, qui a récolté le Prix du scénario au dernier Festival de Cannes.

Vincent Raymond | Lundi 16 septembre 2019

Fin XVIIIe. Officiellement embauchée comme dame de compagnie auprès d’Héloïse, Marianne a en réalité la mission de peindre la jeune femme qui, tout juste arrachée au couvent pour convoler, refuse de poser car elle refuse ce mariage. Une relation profonde, faite de contemplation et de dialogues, va naître entre elles… Il est courant de dire des romanciers qu’ils n’écrivent jamais qu’un livre, ou des cinéastes qu’ils ne tournent qu’un film. Non que leur inspiration soit irrémédiablement tarie au bout d’un opus, mais l’inconscient de leur créativité fait ressurgir à leur corps défendant des figures communes, des obsessions ou manies constitutives d’un style, formant in fine les caractéristiques d’une œuvre. Et de leur singularité d’artiste. Ainsi ce duo Héloïse-Marianne, autour duquel gravite une troisième partenaire (la soubrette), rappelle-t-il le noyau matriciel de Naissance des pieuvres (2007) premier long-métrage de Céline Sciamma : même contemplation fascinée pour une jeune femme à l’aura envoûtante, déjà incarnée par Adèle Haenel, mêmes souffrances dans l’affirmation d’une ide

Continuer à lire

Kiddy is burning

Soirée | Chanteur, DJ, producteur, icône de mode et figure emblématique de la scène ballroom parisienne, Kiddy Smile est avant tout un passionné de longue date de la house américaine de la fin des années 1980 et du début des années 1990 à laquelle il rend un vibrant hommage sur son premier album "One Trick Pony". Comme il sera l’invité, samedi 11 mai, de la soirée "Let’s Dance" à la Belle électrique, on a décidé de lui tailler le portrait.

Damien Grimbert | Mardi 30 avril 2019

Kiddy is burning

21 juin 2018, sur le parvis de l’Élysée. Invité à mixer pour la Fête de la musique, Kiddy Smile arbore fièrement un T-shirt dont le slogan a valeur de manifeste : « fils d’immigrés, noir et pédé ». Si l’artiste au style flamboyant et au physique imposant (1m98), grandi dans une cité HLM des Yvelines, incarne de toute évidence une frange de la population française restée longtemps dans l’ombre, il serait pourtant injuste de réduire sa carrière à cette seule dimension symbolique. Musicien talentueux, engagé et charismatique, Kiddy Smile est avant tout un compétiteur féroce qui n’a pas ménagé ses efforts pour en arriver là où il est aujourd’hui. C’est d’abord en tant que danseur hip-hop qu’il fait ses premières gammes au milieu des années 2000, quittant sa cité de Rambouillet pour prendre des cours de danse à Paris. Casté dans un clip de George Michael (An Easier Affair), il s’envole quelques jours à Londres, touche son premier cachet et entame dans les années qui suivent une carrière de danseur professionnel pour des artistes comme Yelle, Magic System,

Continuer à lire

"Curiosa" : chambre avec vues

ECRANS | De Lou Jeunet (Fr, 1h47) avec Noémie Merlant, Niels Schneider, Benjamin Lavernhe…

Vincent Raymond | Mardi 2 avril 2019

Paris, fin XIXe. Pour sauver les finances familiales, Marie de Héredia est "cédée" par son poète de père au fortuné Henri de Régnier, alors qu’elle aime son meilleur ami, le sulfureux Pierre Louÿs. Tous deux entretiendront malgré tout une liaison suivie, émaillée de photographies érotiques… Quand une chambre (noire) peut être le lieu de toute les passions… La réalisatrice Lou Jeunet donne une vigueur nouvelle et réciproque à l’expression "taquiner la muse" en animant son élégant trio – lequel ne restera pas longtemps prisonnier de sa relation triangulaire. La relation entre Pierre et Marie (où Henri fait figure d’électron satellite, ou d’observateur consentant) admet plus ou moins volontiers d’autres partenaires et inspire, outre des clichés porno/photographiques, une abondante correspondance ainsi qu’une féconde production littéraire chez les deux amants – sans parler d’un rejeton adultérin. Aussi paradoxal que cela paraisse, c’est le voyeurisme de l’érotomane Louÿs qui permettra l’émancipation de Marie : en découvrant l’exultation des corps, la jeune femme va trouver les ressources pour s’affranchir d’un patriarcat plus obscène q

Continuer à lire

"Boy Erased" : au non du père

ECRANS | De Joel Edgerton (ÉU, 1h55) avec Lucas Hedges, Nicole Kidman, Russell Crowe…

Vincent Raymond | Mardi 26 mars 2019

Victime d’un viol à l’université, Jared se trouve contraint de dévoiler son homosexualité à sa famille. Pasteur de leur petite communauté, son père l’oblige à suivre un stage visant à le "guérir" de son orientation sous la houlette de Victor Sykes, un illuminé religieux pervers et nocif… On se souvient que la réalisatrice Desiree Akhavan avait l’an passé, dans Come As You Are, abordé ce même sujet des pseudo-thérapies de conversion, colonies sectaires où les familles à la limite de l’intégrisme placent leur enfant gay dans l’espoir que des gourous vomissant des versets de la Bible (tout en usant de tortures psychologiques et/ou physiques) les transforment en bons petits hétéronormés. Résultat ? Un taux de suicide hors norme. Le comédien-cinéaste australien Joel Edgerton reprend cette trame – et cette dénonciation – en lui donnant fatalement plus de lumière : d’une part parce qu’il adapte un fait divers (ne manquez pas à ce titre le carton de fin, d’un rare tragi-comique), de l’autre en conférant à des

Continuer à lire

Robert Rodriguez : « "Alita" est certainement le plus grand défi de ma carrière »

ECRANS | Appelé par l’équipe d’"Avatar" pour réaliser "Alita : Battle Angel", Robert Rodriguez signe un divertissement d’anticipation visuellement éblouissant transcendé par la comédienne Rosa Salazar. Tous deux évoquent la conception d’un film au fond politique assumé.

Vincent Raymond | Lundi 18 février 2019

Robert Rodriguez : «

Jon Landau, coproducteur du film avec James Cameron, dit qu’Alita a constitué le plus grand défi de votre carrière. Partagez-vous son opinion ? Robert Rodriguez : Il s’agit certainement du plus grand défi de ma carrière. Et c’est génial ! Quand on commence à avoir une carrière assez longue comme la mienne, on a envie de faire des choses nouvelles. Ça fait longtemps que je suis ami avec James Cameron – dont je suis aussi fan. Je m’étais toujours demandé, à la façon d’un éternel étudiant, comme il pouvait continuer à fabriquer des films comme un artisan. On n’imagine pas que James a fait ses débuts avec des films à petit budgets – après tout, il a travaillé pour Roger Corman, il a fait Terminator pour presque rien comme j’ai fait El Mariachi. Comment a-t-il pu faire ce saut vers le “gros cinéma“ avec de gros budgets et des échelles bien plus importantes ? J’ai toujours choisi des films à budget modeste, et comme James je v

Continuer à lire

"Alita : Battle Angel" : Pinocchio 2.0

ECRANS | de Robert Rodriguez (ÉU, 2h02) avec Rosa Salazar, Christoph Waltz, Jennifer Connelly…

Vincent Raymond | Mardi 12 février 2019

Le XXVIe siècle, après une féroce guerre. Dans la décharge de la ville basse d’Iron City, un docteur/mécanicien trouve une cyborg démantibulée ultra-sophistiquée qu'il répare et nomme Alita comme sa fille défunte. Il découvre qu’elle présente d’étonnantes dispositions au combat… La récente poussée des membres de la trinité mexicaine Iñarritu/Cuarón/del Toro ne doit pas oblitérer leurs camarades, actifs depuis au moins autant longtemps qu’eux dans le milieu. Tel le polyvalent Robert Rodriguez, Texan d'origine mexicaine, qui signe ici après Sin City (2005) une nouvelle adaptation de BD – en l’occurrence un manga futuriste de Yukito Kishiro. On reconnaît dans cette version augmentée de Pinocchio (où la marionnette serait une cyborg et son Gepetto un savant doublé d’un traqueur de criminels) l’empreinte du producteur James Cameron : perfection formelle absolue des images, rigueur du récit, spectaculaire immersif (les courses en motorball ne déchirent pas : elles dévissent), distribution soignée… Peut-être tient-on un pendant à Blade Runner, en moins hermétique sur le plan m

Continuer à lire

"Les Drapeaux de papier" : prison avec survie

ECRANS | de Nathan Ambrosioni (Fr, 1h42) avec Guillaume Gouix, Noémie Merlant, Sébastien Houbani…

Vincent Raymond | Mardi 12 février 2019

Charlie habite seule, entre ses rêves artistiques et son boulot de caissière, au seuil de la précarité. Débarque alors dans sa vie Vincent, son frère aîné libéré de prison. Une cohabitation de fait s’engage, d’autant plus difficile que Vincent doit se réinsérer et apprendre à gérer sa colère… Abordons d’emblée la question de l’âge du réalisateur Nathan Ambrosioni, puisque sa grande jeunesse (19 ans) n’a pas manqué d’être divulguée : entre l’"argument de vente" et la performance, elle constitue objectivement une curiosité, tant la précocité est monnaie peu courante dans l’industrie cinématographique. Elle permet également de rappeler la réelle proximité entre l’âge des personnage et celui de l’auteur, mais aussi d’expliquer – voire excuser – sa naturelle et sans doute inconsciente porosité aux atmosphères et/ou situations déployées par quelques devancier.es. Ainsi en est-il de ce frère dévoré par une rage incoercible, gâchant les chances qui lui sont offertes, cousin lointain de celui interprété par Viggo Mortensen dans Indian Runner (1991) de Sean Penn. Ou de ces scènes voulant "faire cinéma", à l’image des ambiances de Laetitia Mas

Continuer à lire

Rencontre avec le groupe grenoblois Arabella

Musique | Il sortira son premier EP "Arabella" vendredi 8 février.

La rédaction | Jeudi 31 janvier 2019

Rencontre avec le groupe grenoblois Arabella

Lien vers le Facebook du groupe

Continuer à lire

"Les Invisibles" : enfermées dehors

ECRANS | De Louis-Julien Petit (Fr, 1h42) avec Audrey Lamy, Corinne Masiero, Noémie Lvovsky…

Vincent Raymond | Mardi 8 janvier 2019

Manu dirige L’Envol, un centre d’accueil de jour pour femmes SDF. La tutelle municipale ayant décidé de sa fermeture prochaine, lui et ses éducatrices entrent en campagne pour accélérer la réinsertion de leurs habituées. Quitte à outrepasser leur rôle et à tricher avec les règles… Louis-Julien Petit va-t-il devenir le porte-voix des sans-voix, le relai des opprimé·es et des victimes du déclassement social, avec Corinne Masiero en égérie ? Discount (2015) pointait les aberrations éthiques d’une grande distribution préférant détruire des denrées au seuil de péremption plutôt que de les distribuer aux nécessiteux ; Les Invisibles dénonce dans la foulée les rigidités administratives du secteur social, ainsi que la disparition de l’humain dans la "gestion" (prenons à dessein des expressions comptables, c’est dans l’air du temps) d’une misère déplacée dans des méga-complexes hors des villes. S’il recourt volontiers à la comédie de caractère réaliste et aigre-douce prisée par Paul Laverty (en manifestant une nette prédominance pour les figures féminines), Petit a encore du mal à s’affranchir de la double influence du scénariste de

Continuer à lire

Un "Noël au balcon" pour « croiser les publics »

Festival | Fidèle au rendez-vous, la 9e édition du festival « de danse, de théâtre et de musique » Noël au balcon initié par Mann’Art(e) (un « collectif (...)

Alice Colmart | Mardi 11 décembre 2018

Un

Fidèle au rendez-vous, la 9e édition du festival « de danse, de théâtre et de musique » Noël au balcon initié par Mann’Art(e) (un « collectif regroupant plusieurs associations culturelles et artistiques grenobloises ») s’installera cette semaine à la Salle noire des Barbarins fourchus, dans le quartier Bouchayer-Viallet. « C’est un quartier très riche culturellement ! Il y a Cap Berriat, la Belle électrique, l’Ampérage… D’ailleurs, même si on a déjà essayé de le faire par le passé, ce serait intéressant de créer un vrai projet ensemble » explique Christoo Duron, coordinatrice du festival. En attendant, ce Noël avant l'heure réserve bon nombre de surprises, « l’objectif étant de croiser les publics et partager des émotions artistiques à travers une programmation très éclectique ». Au menu, des propositions participatives, « pour profitez ensemble de ces moments que sont les périodes de Noël, ces moments familiaux où l'on se réunit ». Avec, par exemple mercredi 12 décembre, une création jeune public du collectif Grim(m) (« un co

Continuer à lire

Arabella : quatre garçons dans le vent

Concert | « Nourris depuis l'enfance à la culture rock et à la pop anglophone, les quatre garçons d'Arabella proposent leur propre lecture du rock'n'roll, quelque part entre le Swinging London des 60's et le rock des années 2000 » nous assure la salle l'Ampérage qui les accueille samedi 15 décembre. On vous en dit plus.

Stéphane Duchêne | Mardi 11 décembre 2018

Arabella : quatre garçons dans le vent

Ceux qui suivent, comme on le fait régulièrement ici, les exploits de Quai d'Orsay (le groupe grenoblois, pas le ministère) ont peut-être déjà eu vent des premières embardées d'Arabella. Et pour cause, les deux groupes ont en commun leur leader Rémi Guirao, chanteur-guitariste et compositeur des premiers qui avoue volontiers son goût pour le parallélisme des expériences. La différence, ici, c'est que Guirao partage les responsabilités créatives avec son acolyte Noé Trystram. Mais également qu'Arabella est autant une aventure musicale que le ressurgissement d'une vieille histoire d'amitié (les deux Quentin, Faverger et Planchenault, complètent le tableau), ses quatre membres se connaissant « depuis toujours ». Musicalement, au jeu des comparaisons, Arabella assume une posture bien plus rentre-dedans que Quai d'Orsay, brute, tranchante mais empreinte d'un certain romantisme – le groupe doit tout

Continuer à lire

Le Père Noël est musicien (ou comédien)

CONNAITRE | Le centre-ville grenoblois se met en mode marché de Noël jusqu'au dimanche 30 décembre. Avec pas mal de concerts et de spectacles.

Aurélien Martinez | Lundi 3 décembre 2018

Le Père Noël est musicien (ou comédien)

Voilà, c’est décembre : le marché de Noël, les petits chalets, le froid… Et les animations proposées sur les différents sites grenoblois (places Victor-Hugo et Grenette et square Docteur-Martin). Car consommer, c’est bien (même si cette assertion est politiquement contestable, mais là n’est pas la question), mais consommer tout en profitant d’un spectacle ou d'un concert gratuit, c’est mieux. Ainsi, square Docteur-Martin (la partie plus "économie sociale et solidaire" du marché de Noël), c’est l’association Mix’Arts, dont on parle souvent dans ces colonnes, qui assure la programmation (que l’on relaiera chaque semaine dans l’agenda papier du journal) tant musicale que spectacle. Et il y aura du prometteur comme, par exemple, l’excellent Quintana Dead Blues Experience (dont on a aussi souvent parlé dans ces pages) vendredi 7 décembre à 18h30, le spectacle Fichtre Diantre présenté comme une « farce médiévale tout public » dimanche 9 à 16h ou encore les efficaces

Continuer à lire

"Mimi & Lisa, les lumières de Noël" : une guirlande d’amis

ECRANS | de Katarina Kerekesova (Slova, 0h47) animation

Vincent Raymond | Mardi 20 novembre 2018

C’est le retour des inséparables Mimi (brunette non-voyante se fiant à tous ses sens) et Lisa (blondinette habituée à foncer tête baissée dans toutes les aventures). Avant de plonger dans le court-métrage grand format (et le temps) donnant son nom à ce programme, elles aident un lombric à se repérer sous terre, cuisent des gâteaux en apprenant à suivre la recette et adoptent ensemble un chien en peluche grognon. La jolie idée de cette série au trait naïf et au rendu "papier-découpé modifié informatique" est de considérer les atouts sensoriels (odorat, tact, goût…) de Mimi plutôt que sa cécité. Mais aussi sa prudence, qui la prémunit des bosses dont Lisa se retrouve gratifiée. Voyantes ou non, les deux copines partagent beaucoup, surtout leur propension à imaginer… l’invisible. En arrière-plan de ces trois épisodes "plus un", on assiste à l’inéluctable rapprochement de leurs parents célibataires (nommés dans la version hexagonale François et Catherine). Voilà qui est peu courant, car l’on a l’habitude de cadres immuables et de séquences ritualisées dans les séries jeune public ; or cette inflexion laisse entrevoir un éventuel foyer commun pour les deux amies

Continuer à lire

"Climax" : sangria folle on the dancefloor avec Gaspar Noé

ECRANS | Le réveillon d’un corps de ballet vire inexplicablement en orgie hallucinatoire et sanglante, rythmée par le tempo du DJ. Après "Love", Gaspar Noé signe un nouveau film de beat ; un cocktail de survival et de transe écarlate soignant au passage la télé-réalité à la sangria arrangée.

Vincent Raymond | Lundi 17 septembre 2018

Chorégraphe, Selva a réuni une équipe internationale de danseurs pour son nouveau projet qu’elle achève de répéter dans une salle isolée. Après un ultime filage, la troupe s’octroie un réveillon festif sur la piste, s’enivrant de musique et de sangria. Mais après quelques verres, les convives se mettent à vriller sérieusement. Qu’y avait-il donc dans cette satanée sangria ? On achève bien les chevaux, Orange mécanique, La Mort en direct et Chorus Line (à sniffer) sont sur un parquet, et c’est Gaspar Noé qui mène le bal, imprimant son rythme de contredanse dès une brève ouverture proleptique annonçant la boucherie finale, sur fond de générique (grandiose) à rebours. Comme un shoot de futur pour amplifier, par l’excitation de l’attente, l’effet obtenu par la désagrégation progressive de la mécanique artistique la plus disciplinée qui soit : une chorégraphie. Sauf que celle-ci se déroulant durant un réveillon, point d’orgue dionysiaque de tous les paganismes, elle est vouée à la dilacération. Piste rouge S’il n’y a paradoxalement rien de nouveau dans le propos du cinéaste (qui ressasse à l’envi son

Continuer à lire

Rentrée cinéma 2018 : et voici les films qui feront les prochains mois

ECRANS | Quels sont les cinéastes et, surtout, les films à ne pas louper avant la fin de l'année ? Réponses en presque vingt coups – dix-neuf pour être précis.

La rédaction | Mardi 4 septembre 2018

Rentrée cinéma 2018 : et voici les films qui feront les prochains mois

Les Frères Sisters de Jacques Audiard Sortie le 19 septembre Escorté par son inséparable partenaire et coscénariste Thomas Bidegain, Jacques Audiard traverse l’Atlantique pour conter l’histoire de deux frères chasseurs de primes contaminés par la fièvre de l’or. Porté par l’inattendue fratrie John C. Reilly/Joaquin Phoenix (à l’œil puant le vice et la perversité), ce néo-western-pépite empli de sang et de traumas ne vaut pas le coup, non, mais le six-coups ! Climax de Gaspar Noé Sortie le 19 septembre Une chorégraphe a réuni une équipe internationale de danseurs pour son nouveau projet qu’elle achève de répéter dans une salle isolée. Après un ultime filage, la troupe s’octroie un réveillon festif sur la piste, s’enivrant de musique et de sangria. Mais après quelques verres, les convives se mettent à vriller sérieusement. Qu’y avait-il donc dans cette satanée sangria ? Noé compose un cocktail de survival et de transe écarlate à déguster séance hurlante.

Continuer à lire

Jérôme Noetinger : paysages sonores

Concert | Rendez-vous mardi 13 mars à la Source pour découvrir le travail original du compositeur et improvisateur de musique électro-acoustique grenoblois.

Damien Grimbert | Mardi 6 mars 2018

Jérôme Noetinger : paysages sonores

« Si l’on considère le paysage comme l’ensemble d’un pays qui s’offre à la vue, ce programme en propose l’équivalence sonore. » Une phrase qui résume à la perfection la proposition artistique présentée par le compositeur et improvisateur de musique électro-acoustique grenoblois Jérôme Noetinger mardi 13 mars à 19h30 à la Source, dans le cadre de la deuxième saison de la manifestation Paysage > Paysages orchestrée par le Département de l’Isère. Construit à partir de compositions et de captations sonores brutes réalisées dans différentes contrées du monde, le programme de musique concrète réalisé pour l’occasion sera diffusé sur un orchestre de haut-parleurs pour mieux immerger le spectateur dans le son, « comme dans un parcours à traverser ». Une proposition d’autant plus alléchante que Jérôme Noetinger, fondateur en 1987 de la Cellule d’Intervention Metamkine (un groupe d'artistes français dont les performances associent musique électroacoustique et projection cinématographique) et figure de proue de l’avant-garde grenobloise depuis de nombreuses années, est très loin d’en être à son premier coup d’essai.

Continuer à lire

"Santa & Cie" : on tient enfin le futur classique télévisuel de Noël !

ECRANS | de & avec Alain Chabat (Fr., 1h35) avec également Pio Marmaï, Golshifteh Farahani, Audrey Tautou…

Vincent Raymond | Lundi 4 décembre 2017

Comme par un fait exprès, la Saint-Nicolas tombe cette année le jour de la sortie de la nouvelle comédie d’Alain Chabat consacrée au Père Noël. Un Père Noël à sa hotte, c’est-à-dire prêt à transgresser les conventions. En l’occurence de quitter le pôle Nord en avance afin de venir chercher de quoi soigner la soudaine épidémie frappant ses lutins. Sauf que Santa Claus n’ayant pas l’habitude des usages du monde réel, ni des enfants éveillés, il va un peu patiner… Chabat ne cesse de se bonifier avec le temps. Au départ très inféodé aux ZAZ (ces stakhanovistes du gag visuel/référentiel le distribuant à la mitraillette dans Y a-t-il un pilote dans l’avion et compagnie), le réalisateur-comédien s’est depuis affranchi de ces tutelles d’outre-Atlantique hurlantes pour travailler un registre où la connivence demeure, mais à un niveau plus souterrain : la parodie n’étant plus une finalité, il dispose de plus de place pour sa vaste fantaisie. Ses multiples niveaux de lecture font de ce film une authentique comédie grand public et familiale, dépourvue de ce kitsch façon glaçage de cupcake dont la majorité des films de Noël sont recouverts. On ti

Continuer à lire

Le Marché de Noël de Grenoble, c'est aussi culturel

Concerts et spectacles | Plusieurs concerts et spectacles sont à découvrir jusqu'au 24 décembre.

Alice Colmart | Lundi 4 décembre 2017

Le Marché de Noël de Grenoble, c'est aussi culturel

Sur le marché de Noël de Grenoble, disséminé en centre-ville depuis le 24 novembre, on peut boire du vin chaud, trouver de l’artisanat local, mais aussi profiter d’animations culturelles… ce qui est plutôt sympa ! Dans la partie « équitable et culturelle » située square Docteur Martin et gérée par l’association grenobloise Mix’Arts, groupes et artistes locaux se succèdent chaque jour (sauf les lundis) sur la petite scène. « Du spectacle de cirque au concert de rap en passant par la chanson burlesque, les animations que l’on propose s’éloignent des codes traditionnels » nous explique Fanchon Menart Pajean, chargée de communication de l’association. « Pour preuve, on a déjà accueilli le groupe de reggae et de dub Roots Collective, ou encore le DJ Lakay, mais ce n’est pas fini. Il y aura par exemple la Diva rurale, une chanteuse qui reprend des chansons paillardes de manière classe. » Et aussi le Grenoblois Bleu Russe (David Litavicki ) et son « punk / rap / rock / électro » (c’est lui qui le dit), le crew techno de Nymphony Records, le dub de Docteur B.brain

Continuer à lire

"Mother!" : la (vaniteuse) vie d’artiste

ECRANS | Thriller fantastique aux échos polanskiens, cette réflexion sur les affres effroyables de la création signée Darren Aronofsky ("Black Swan", "Requiem for a Dream"...) est aussi une puissante création réflexive. Et le récit du voyage aux enfers promis à celles et ceux qui gravitent trop près autour d’un·e artiste. Métaphorique, hypnotique et bourré de stars – Jennifer Lawrence, Javier Bardem, Michelle Pfeiffer...

Vincent Raymond | Lundi 11 septembre 2017

Un poète en panne d’écriture vit à l’écart du monde dans la vaste demeure que sa jeune et aimante épouse achève de rafistoler. L’arrivée d’un couple d’inconnus perturbe leur intimité. Mais si la maîtresse de maison est troublée par ces sans-gênes, le poète se montre des plus exaltés… À croire qu’une internationale de cinéastes s’est donné pour mot d’interroger les tourments de l’inspiration littéraire : après Jim Jarmusch (Paterson), Pablo Larraín (Neruda), Mariano Cohn et Gastón Duprat (Citoyen d’honneur), voici que Darren Aronofsky propose sa vision du processus d’écriture. Vision divergée, puisqu’épousant les yeux de la muse plutôt que celle de l’auteur. Mais pas moins douloureuse : afin d’accomplir l’œuvre lui permettant

Continuer à lire

Thierry de Peretti : « Il faut arrêter Astérix en Corse ! »

ECRANS | Avec "Une vie violente", en salle le 9 août, le metteur et scène, acteur et cinéaste Thierry de Peretti consacre un film à son île d’origine, la Corse. Une œuvre politique, loin des clichés, qu’il évoque avec son comédien fétiche Henri-Noël Tabary.

Vincent Raymond | Jeudi 20 juillet 2017

Thierry de Peretti : « Il faut arrêter Astérix en Corse ! »

Thierry, depuis combien de temps portiez-vous Une vie violente ? Thierry de Peretti : Depuis Les Apaches, je cherchais un récit capable d'évoquer la force romanesque de ce que je vois et ressens en Corse – sur la société corse de cette époque-là. Mais pour moi, c’est moins une reconstitution qu’une évocation ou qu’un dialogue avec ces années-là. Ce n’est pas le film ultime sur le nationalisme en Corse et la lutte armée. Le personnage de Stéphane passe par là comme Rimbaud passe par la poésie et se rêve ailleurs. Il est un peu comme le Prince Mychkine dans L’Idiot de Dostoïevski : il nous fait pénétrer plusieurs cercles de la société : les étudiants, les petits voyous, les nationalistes… Henri-Noël, comment vous êtes vous immergé dans ce rôle et ce contexte ? Henri-Noël Tabary

Continuer à lire

"Une vie violente" : bons baisers de Corse

ECRANS | de Thierry de Peretti (Fr., 1h47) avec Jean Michelangeli, Henry-Noël Tabary, Cédric Appietto...

Vincent Raymond | Lundi 17 juillet 2017

Au péril de sa vie, Stéphane sort de sa clandestinité parisienne et retourne en Corse assister aux obsèques de son compagnon d’armes Christophe, qui vient d’être exécuté. Il se remémore leur trajectoire commune… Traitant de la particulière situation corse, si chatouilleuse pour les insulaires, ce film qui fuit le folklore caricatural possède une dimension régionaliste forte. Pour autant, l’histoire n’a rien d’hermétique pour les "pinzuti" : le contexte, aussi dramatique que politique, est détaillé par des cartons explicites. On assiste ici à une scission dans les rangs des indépendantistes, entre une composante minoritaire inspirée par une doctrine marxiste, et une frange davantage tentée par le banditisme. À ces "philosophies" irréconciliables s’ajoutent des querelles personnelles, qui tournent vite, promiscuité oblige, en peines capitales. S’ouvrant sur un plan choc (et cependant sans gratuité ni complaisance) montrant frontalement l’abomination d’une élimination "typique", Une vie violente évoque par moments la tragédie grecque, en particulier lors d’un déjeuner de veuves. Entre rires

Continuer à lire

Seyssins et Seyssinet-Pariset main dans la main

Politique culturelle | Les deux villes à l'ouest de Grenoble ont décidé de travailler ensemble dès la saison prochaine en matière de culture. C'est-à-dire ?

Aurélien Martinez | Mardi 27 juin 2017

Seyssins et Seyssinet-Pariset main dans la main

« C’est un projet innovant car c’est la première fois sur le département que deux villes proposent une programmation culturelle commune. » Voilà comment Délia Moroté, première adjointe au maire de Seyssins, a présenté la semaine dernière en conférence de presse le projet de rapprochement culturel entre Seyssins et Seyssinet-Pariset. Concrètement, dès la saison prochaine, les habitants des deux villes se verront soumettre une offre commune englobant tous les équipements culturels comme le Prisme à Seyssins et l’Ilyade à Seyssinet-Pariset. Une décision qui, bien sûr, permet de réaliser des économies, mais qui fait surtout sens – chaque petite ville peut-elle encore bosser toute seule dans son coin ? « C’est vraiment la volonté de nos deux maires de travailler ensemble en matière culturelle. On n’est qu’au début de l’aventure » renchérit Frédéric Battin, adjoint à la culture de Seyssinet-Pariset. Et la programmation dans tout ça ? « Finalement le contenu artistique, ça a été la chose la plus facile à faire » assure

Continuer à lire

"Ava" : et Noée Abita creva l’écran

ECRANS | Dernier été pour les yeux d’Ava, ado condamnée à la cécité s’affranchissant des interdits ; et premiers regards sur le cinéma de Léa Mysius (coscénariste des "Fantômes d’Ismaël" d'Arnaud Desplechin) avec ce film troublant et troublé, ivre de la séduction solaire de la jeune Noée Abita.

Vincent Raymond | Mardi 20 juin 2017

Ava a treize ans, une mère célibataire fantasque, une petite sœur au biberon et une maladie qui va la rendre aveugle à la fin des grandes vacances. Loin de s’apitoyer sur son sort, l’ado profite de ce qui lui reste de vue pour longer les marges avec un jeune gitan qui la fascine… Bonne pioche pour la Semaine de la Critique du dernier Festival de Cannes que ce premier long-métrage de Léa Mysius, tout à la fois empli de la vitalité rebelle de la jeunesse et confronté à l’inéluctable d’une disparition précoce. Un poème sensoriel débarrassé d’un ancrage forcené au réalisme : Ava s’octroie ainsi des parenthèses de folie douce lorsqu’il s’agit d’évoquer le ressenti de la liberté, le frisson de l’incertain. Une révolte métaphorique dans une fuite à la poursuite de la beauté, où la suggestion discrète l’emporte sur la pataude monstration. Garde à vue On sait combien un film peut se trouver transfiguré par son acteur·trice grâce à l’accord intime entre l’interprète et son personnage. Ce que livre ici la débutante Noée Abita tient de la vibration : à l’âge des métamorphoses, avec son regard fixe et

Continuer à lire

"Ava" en avant-première mardi au Club

ECRANS | Présenté à Cannes lors de la dernière Semaine de la critique, le premier long-métrage de Léa Mysius (par ailleurs coscénariste avec Desplechin des Fantômes d’Ismaël) y (...)

Vincent Raymond | Mardi 13 juin 2017

Présenté à Cannes lors de la dernière Semaine de la critique, le premier long-métrage de Léa Mysius (par ailleurs coscénariste avec Desplechin des Fantômes d’Ismaël) y a révélé une toute jeune comédienne très prometteuse : Noée Abita. Elle porte sur ses épaules cet Ava dont elle interprète le rôle-titre, celui d’une adolescence plus mûre que sa mère. Vous en conviendrez volontiers lors de l’avant-première organisée par le Club mardi 20 juin à 20h15, en présence de la réalisatrice.

Continuer à lire

Alan Menken : « Avec Disney, c’est dans le journal que je découvre mon prochain projet ! »

ECRANS | Alan Menken a conquis en 1992 deux de ses nombreux Oscars pour la B.O. de "La Belle et la Bête". Toujours fringant et tressautant, il a ajouté quelques titres pour la nouvelle version en prises de vue réelles qui sort ce mercredi 22 mars. Rencontre autour d’un piano.

Vincent Raymond | Mardi 21 mars 2017

Alan Menken : « Avec Disney, c’est dans le journal que je découvre mon prochain projet ! »

Après le film d’animation et la comédie musicale, vous signez ici votre 3e partition pour La Belle et la Bête. Vous êtes encore inspiré ? Alan Menken : Quand on est chez Disney, on ne sait jamais où on en est, ni si on en a fini. Maintenant, ils parlent de faire La Petite Sirène et Aladdin en images réelles. Vous savez, ils ne me demandent pas mon avis. C’est dans le journal que je découvre quel sera mon prochain projet ! Comment composez-vous ? Toujours de la même manière : je recherche l’arc dramatique de l’œuvre en elle-même, puis j’essaie de construire un arc musical qui l’épouse et permette d’en suivre l’évolution. Pour le premier film de 1991, il fallait que la musique dénote et connote la France, mais aussi de la romance, du mystère. Le fait que ce soit un film d’animation musical pour Disney, avec des personnages enchantés, a coloré et ouvert la partition. S’il s’était agi de faire une mu

Continuer à lire

"La Belle et la Bête" : il était (encore) une fois…

ECRANS | de Bill Condon (É.-U., 2h14) avec Emma Watson, Dan Stevens, Luke Evans...

Vincent Raymond | Mardi 21 mars 2017

La jeune et pure Belle accepte de prendre la place de son père, capturé par la Bête – un prince charmant transformé en monstre par une sorcière. L’amour que Belle va lui porter pourrait lever le charme ; hélas, Gaston, un bellâtre bélître et jaloux, va tout faire pour les séparer… C’est au tour de La Belle et la Bête (1991) de bénéficier de la vaste entreprise de transposition du répertoire animé en prises de vues réelles. Appartenant au second "âge d’or" de la firme Disney, il se trouve donc archi-cousu de chansons (bien plus encore que Cendrillon ou Le Livre de la Jungle), voire conçu comme une comédie musicale. Une romance appelant du merveilleux, du chamarré et de la fantaisie, là où la trame supporterait volontiers un supplément de mélancolie, de gothique, de fantastique. Ici, les crocs de la Bête disparaissent bien vite lorsque Belle commence à l’amadouer ; et les personnages/objets parlants secondaires, adjuvants destinés à adoucir le cadre terrifiant, prennent une telle place qu’ils envahissent l’écran – d’autant qu’ils sont tous campés en V.O. par des comédiens plus connus que les premiers rôles à l’image.

Continuer à lire

Culture sous haute surveillance politique

politique culturelle | Fini le temps où les politiques culturelles étaient construites main dans la main avec les artistes et les professionnels ? Aujourd’hui, les élus semblent de plus en plus vouloir se réapproprier ce secteur avec, parfois, des méthodes abruptes et des arguments spécieux – ah, le fameux mot élitisme mis à toutes les sauces. Retour sur les derniers faits en date, notamment à Seyssinet-Pariset.

Jean-Baptiste Auduc | Lundi 31 octobre 2016

Culture sous haute surveillance politique

« On n’a pas très envie de revenir sur ce sujet. » Voilà ce qu’on nous répond à l’Ilyade de Seyssinet-Pariset lorsqu'on cherche à joindre l’équipe pour évoquer les difficultés qu’elle rencontre avec la mairie (de droite) et l’adjoint à la culture Frédéric Battin. Retour en mars 2016. La directrice de la salle de spectacle, Noémi Duez, boucle sa programmation pour la prochaine saison. Mais juste avant le dévoilement de celle-ci, la mairie lui demande un changement : sur les 17 spectacles prévus, un va devoir disparaître de la plaquette. Ce sera Vous reprendrez bien une petite danse, pièce de danse contemporaine présentant des personnes âgées. Comme l’Ilyade est une salle municipale (ce qui est le cas de nombreuses autres dans l’agglo), l’élu à la culture dispose d’un droit de regard. « Je me dois de donner une couleur à la programmation. Il nous a semblé que ce spectacle était celui qui correspondait le moins à ce que nous voulions pour l’Ilyade. » La programmation est pourtant un travail en soi, confié à la directrice et son équipe. Alors pourquoi cette décision, justifiée entre autr

Continuer à lire

"L'Attrape-rêves" : glace et attrapes

ECRANS | de Claudia Llosa (Esp.-Fr.-Can., 1h33) avec Cillian Murphy, Jennifer Connelly, Mélanie Laurent…

Vincent Raymond | Lundi 24 octobre 2016

On était prêt à se montrer bienveillant envers la réalisatrice péruvienne Claudia Llosa. Pas parce que L’Attrape-rêve (quelle substance a donc ingérée le distributeur pour proposer un titre français aussi moisi et déconnecté du film ?) exile Mélanie Laurent au-delà du Cercle polaire, mais en souvenir de Fausta (2009), son œuvre précédente récompensée à l'époque par l'Ours d'or du meilleur film au Festival de Berlin. Alors on tient bon, bravement, devant cette fable new age gentiment sans objet, construite pour faire genre dans l’alternance de deux époques. D’accord, il y a Jennifer Connelly à l’écran, et la voir est toujours un plaisir, même si l’évolution de son personnage laisse dubitatif : d’abord mère d’un enfant malade allant voir un guérisseur mystique sans conviction aucune, elle se transforme – abracadabra – en guérisseuse mystique au look de Patti Smith hallucinée, incapable d’user de son don pour elle. C’est un peu l’histoire des cordonniers mal chaussés, ou de ces devins totalement myopes sur leur

Continuer à lire

"The Nice Guys" : Russell Crowe et Ryan Gosling chien et chat

ECRANS | de Shane Black (E.-U., 1h56) avec Ryan Gosling, Russell Crowe, Kim Basinger…

Vincent Raymond | Mardi 17 mai 2016

On ne s’étonnera pas de voir derrière The Nice Guys le producteur Joel Silver, qui a bâti une partie de sa fortune grâce au "buddy movie" avec 48 heures et les quatre volets de L’Arme fatale – parler de tétralogie en l’occurrence risquerait de froisser Wagner. Il avait déjà accompagné Shane Black, scénariste de L’Arme fatale, pour Kiss Kiss Bang Bang (2005), précédent réussi narrant l'association entre une carpe et un lapin sur fond d’investigation privée ; il remet donc le couvert avec un nouveau duo chien et chat. Pourquoi diable changer des recettes qui fonctionnent et qui, justement, en rapportent ? Une fois que l’on a admis que le tonneau sur pattes à la carrure depardieutesque est Russell Crowe, on embarque pour un plaisant voyage carrossé jusqu’au bout du col pelle-à-tarte vintage années 1970. Plutôt que d’enchaîner les refrains connus à tour de platines, la B.O. procède en finesse en distillant des intros funky, groovy et disco. Shane Black met aussi la pédale douce du côté des répliques, abandonnant l’épuisante distribution de vannes surécrites. Du coup, on s’attache davantage à ses personnages pou

Continuer à lire

Rosalie Blum

ECRANS | de Julien Rappeneau (Fr., 1h35) avec Noémie Lvovsky, Kyan Khojandi, Alice Isaaz, Anémone…

Vincent Raymond | Mardi 22 mars 2016

Rosalie Blum

On se réjouissait de voir portée à l’écran une BD parmi les plus originales de cette dernière décennie ; dommage que pour son premier film en tant que réalisateur, le scénariste Julien Rappeneau ait manqué le coche en signant cette adaptation de l’œuvre de Camille Jourdy. A-t-il été trop fidèle à l’original ? Pas assez rigoureux sur la direction d’acteurs ? Seul le décor urbain d’une province insipide (pardon pour la ville de tournage) semble ne pas souffrir de la transposition. Ce n’est pas le cas de certains personnages. Si Kyan Khojandi offre une neutralité bienveillante au sien, Noémie Lvovsky, dans le rôle-titre, surjoue l’effacement chuchoté avec une affection calamiteuse. Révélée dans des emplois pétulants, à l’aise lorsqu’il s’agit de faire passer force ou menace, la réalisatrice-actrice se montre beaucoup moins convaincante dans les minauderies. On se console ici avec des comédiens égaux à eux-mêmes (au point qu’ils doivent être inquiétants dans la vie quotidienne), Anémone et Philippe Rebbot…VR

Continuer à lire

Noël tardif au Magasin

ARTS | En parallèle de l'exposition de Didier Faustino prolongée jusqu'au 27 mars, le Magasin présente les lauréats de ses expositions de Noël 2013 et 2014. L'occasion de retrouver des artistes intéressants, avec comme grand gagnant le médium vidéo.

Charline Corubolo | Mercredi 24 février 2016

Noël tardif au Magasin

Quand, chaque année au mois de décembre, la célébration de la naissance du divin enfant approche, le Magasin, centre national d'art contemporain de Grenoble, n'est pas avare en cadeaux et propose sa traditionnelle exposition de Noël. Organisée depuis 2007 à l'Ancien musée de peinture place de Verdun, elle rassemble entre 20 et 30 artistes ayant un lien avec la région Rhône-Alpes. Une proposition qui permet une ouverture sur la création artistique locale, et qui se trouve accompagnée de la remise de deux distinctions : le prix de la Ville de Grenoble, décerné par le jury qui a sélectionné les jeunes créateurs, et le prix Édouard Barbe, donné par un groupe de collectionneurs. Pour chaque cru, deux artistes sont donc mis en avant et fort d'une excellente cuvée en 2013, dont un prix ex aequo, et en 2014, le Magasin présente aujourd'hui les lauréats de ces deux éditions, dans ses murs cette fois-ci. Le temps d'une exposition sont ainsi réunis les couronnés Laura Haby, Mükerrem Tuncay, Stéphanie Solinas, Laura Kuusk et Christophe Tournay. Un concentré de talents contemporains qui s'expriment en photographie, en installation, en peinture et en vidéo. Gloire à la vi

Continuer à lire

Noël ne se passe pas comme prévu

ARTS | Pour sa neuvième édition, l'exposition de Noël du Magasin s'avère inégale même si certains artistes méritent le détour. Direction l'Ancien musée de peinture.

Charline Corubolo | Mardi 22 décembre 2015

Noël ne se passe pas comme prévu

Le Magasin, centre national d'art contemporain de Grenoble, dévoile en cette fin d'année sa désormais traditionnelle Exposition de Noël à l'Ancien musée de peinture. Ayant pour ambition de présenter dans un même lieu une sélection hétéroclite d'artistes contemporains de la région Rhône-Alpes, cette nouvelle édition tient malheureusement plus du déballage de cadeaux de Noël que de la manifestation défricheuse de nouveaux talents artistiques. Comme au petit matin du 25 décembre, il y a certaines pièces présentées place Verdun que l'on souhaiterait échanger sur eBay. Mais fort heureusement ça reste Noël, avec dans le lot toujours de bonnes surprises. On (re)trouve les photographies de nature mortifère d'Alexis Berar découvertes en octobre à la galerie Ex Nihilo. Jérôme Cavaliere et Stéphane Déplan, eux, présentent une vidéo intitulée Désaccords faite de séquences de baston récupérées sur Internet sur lesquelles ont été apposés des sous-titres ironiques sur le discours de l'art. Dès lors, un dialogue plein d'humour et de

Continuer à lire

PB d'or 2015 : cinéma

ECRANS | De cette année de cinéma, on a retenu un chef-d’œuvre charnel et une escroquerie familiale.

Vincent Raymond | Mardi 22 décembre 2015

PB d'or 2015 : cinéma

Le PB d’or du film le plus fantas(ma)tique : Love de Gaspar Noé Le fait qu’un groupuscule obscurantiste ait pleurniché auprès des tribunaux pour restreindre sa diffusion en réclamant que lui soit infligée une interdiction aux moins de 18 ans en raison de « scènes de sexe non simulées » (noooon ? pas possible dans un film qui s’appelle Love et qui traite d’une relation charnelle) confirme son statut de chef-d’œuvre. Car accuser Love d’outrage aux bonnes mœurs (comme Les Fleurs du mal ou Madame Bovary en leur temps) équivaut à décerner à Gaspar Noé un légitime brevet d’auteur classique contemporain. La moindre des choses : le cinéma qu’il propose s’attache à renouveler son médium, à dépasser ses contraintes et susciter des ressentis inédits chez les spectateurs. Love explore le champ de l’intime et de l’amoureux en utilisant des codes visuels du cinéma sensuel et la 3D autour d’un récit dramatiquement complexe, bannissant symétriquement l’hypocrisie de la représentation et la complaisa

Continuer à lire

Il était une fois la peinture avec Pécarrère et Lucci

ARTS | Malgré des techniques et des modèles différents, les univers de Marie-Noëlle Pécarrère et Dominique Lucci se croisent et s'entremêlent dans une sorte de manifeste pour la peinture figurative. Donnant la primeur aux signes, les deux artistes esquissent un fil enchanté et désenchanté empreint de métamorphoses. Un fil à suivre à l'Espace Vallès. Charline Corubolo

Charline Corubolo | Mardi 8 décembre 2015

Il était une fois la peinture avec Pécarrère et Lucci

La peinture et la figuration ont souffert un certain moment d'un manque d'intérêt, notamment durant la deuxième moitié du XXe siècle, lorsque l'abstraction américaine était légion malgré le pop art. La peinture figurative, pourtant porteuse d'une créativité narrative puissante, annonce néanmoins depuis quelques années un retour excitant. C'est avec ingéniosité que l'Espace Vallès le démontre en mettant en parallèle deux artistes adeptes d'une imagerie absurde et poétique, et en pinceaux donc. Dominique Lucci, Grenoblois exposé plusieurs fois dans la région, et Marie-Noëlle Pécarrère, Marseillaise dévoilée en Isère, travaillent des symboles appartenant à la mémoire collective pour aboutir à de nouvelles histoires issues de leur onirisme personnel mais dont la portée visuelle et le discours dissimulé finissent par trouver un écho commun. Par un jeu d'hybridations, animalières ou végétales, les deux artistes au style maniériste convoquent la banalité de la vie : Dominique Lucci en projetant des objets du quotidien dans ses univers en noir et blanc, Marie-Noëlle Pécarrère en tissant des références multiples dans ses œuvres. Une confrontation qui, dès lors, plonge le regard

Continuer à lire