Edge of tomorrow

ECRANS | De Doug Liman (ÉU, 1h53) avec Tom Cruise, Emily Blunt…

Christophe Chabert | Mardi 3 juin 2014

Sur le papier, il y a comme du high concept foireux derrière Edge of tomorrow : en gros, il s'agit d'opérer le croisement improbable entre Le Soldat Ryan, Un jour sans fin et Starship troopers, inspiré d'un manga d'Hiroshi Sakurazaka. D'ailleurs, le temps que la greffe prenne (quinze minutes) on reste un peu incrédule, avalant couleuvres scénaristiques sur couleuvres scénaristiques, en particulier celle qui envoie au front un officier spécialisé dans la communication, sans expérience de terrain et ayant dépassé la limite d'âge – Tom Cruise a beau faire tout ce qu'il peut pour le faire oublier, c'est aujourd'hui un quinquagénaire encore en forme mais trop vieux pour jouer les héros.

Quand enfin tout est en place (un système assez ludique de reboot temporel qui permet à Cruise de rejouer un débarquement futuriste sur les plages normandes pour bousiller des aliens et retrouver une « full métal bitch » campée par la passionnante Emily Blunt), l'alliance entre le scénario habile et très bien écrit de Jez Butterworth (magistral dramaturge anglais) et Christopher MacQuarrie (déjà derrière l'excellent Jack Reacher) et la mise en scène légère et souple de Doug Liman (un authentique cinéaste pop au geste aérien et décontracté) s'avère largement payante. L'heure centrale d'Edge of tomorrow joue d'une double répétition : celle que vit le personnage principal, et celle que le film opère de l'Histoire réelle à sa transposition futuriste.

Dommage que dans sa dernière demi-heure, le film soit rattrapé par le travers des blockbusters actuels qui, laissant leurs velléités d'originalité sur le bas-côté, se contentent de filmer des effets spéciaux plutôt que de les fondre dans une réelle mise en scène de l'action. Mais Edge of tomorrow confirme que son studio (Warner) est aujourd'hui le seul à produire des prototypes risqués plutôt qu'à courir après d'éventuelles franchises.

Christophe Chabert


Edge of tomorrow

De Doug Liman (ÉU, 1h53) avec Tom Cruise, Emily Blunt...

De Doug Liman (ÉU, 1h53) avec Tom Cruise, Emily Blunt...

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Dans un futur proche, des hordes d'extraterrestres extrêmement organisés, appelés les Mimics, ont livré une bataille acharnée contre la Terre, réduisant les grandes villes en cendres et causant la mort de millions d'êtres humains.


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Emily Blunt : « Mary Poppins est une super-héroïne qui place les autres au centre de l’histoire »

ECRANS | Suite lointaine d’un des plus grands triomphes des Studios Disney qui avait glané 5 Oscar (dont celui de la meilleure actrice pour Julie Andrews), "Le Retour de Mary Poppins" est le Disney de Noël 2018. Rencontre avec le réalisateur et l’interprète de la nounou magique.

Vincent Raymond | Mercredi 19 décembre 2018

Emily Blunt : « Mary Poppins est une super-héroïne qui place les autres au centre de l’histoire »

Signer la suite d’un film considéré comme un classique depuis un demi-siècle a de quoi impressionner, non ? Rob Marshall : À chaque étape, cela a été impressionnant. Et un travail colossal. Mais si quelqu’un devait s’atteler à la tâche, je voulais que ce soit moi, car ce film signifie énormément pour beaucoup de personnes de ma génération. Il fallait que cette suite reflète dignement l’esprit du film de 1964, même si la barre était particulièrement haute. Avec mes co-scénaristes Dave Magee et John de Luca, nous avons dû créer un script pour lier les parties musicales entre elles. Car les livres de P. L. Travers fonctionnent par épisodes ; il n’y a pas vraiment de narration liant les chapitres les uns aux autres. Puisque Le Retour de Mary Poppins dépeint l’époque de la Grande Dépression à Londres, il fallait comprendre les difficultés de cette période et trouver un écho très contemporain. C’était un exercice d’équilibriste d’arriver à cett

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"Le Retour de Mary Poppins" : Mary à tout prix (et pareille à elle-même)

ECRANS | De Rob Marshall (ÉU, 2h10) avec Emily Blunt, Lin-Manuel Miranda, Ben Whishaw…

Vincent Raymond | Lundi 17 décembre 2018

Trente ans se sont écoulés depuis le départ de Mary Poppins. La voici de retour, quasi identique, pour s’occuper des enfants de Michael Banks, alors que leur père, jeune veuf, s’emploie à sauver leur maison d’une saisie. Heureusement, sa magie sera le sucre qui aidera la médecine à passer… Disons-le tout net, cette suite est une délicieuse mine de paradoxes. Tout d’abord parce qu’elle s'applique davantage à répliquer l’opus initial qu’à le prolonger, histoire de montrer l’immutabilité de la nounou – laquelle, pourtant, a changé de physionomie en changeant d’interprète (Emily Blunt). Ainsi le ramoneur est-il ici remplacé par un allumeur de réverbères (même genre de monte-en-l’air, en plus propre sur lui) ; l’oncle Albert s'envolant au plafond troqué par une cousine Topsy vivant tête-bêche ; la séquence champêtre en animation par… une séquence champêtre en animation (avec une touche de cabaret en sus). Bénéficiant des évolutions techniques contempora

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"Mission Impossible – Fallout" : redoublement en 6e

ECRANS | Suite directe de "Rogue Nation", "Fallout" revisite les fondamentaux de la franchise "Mission Impossible" en passant la sixième vitesse. La rapidié, une manière comme une autre pour Tom Cruise de défier le temps qui passe…

Vincent Raymond | Jeudi 19 juillet 2018

Censé empêcher un groupe terroriste de s'emparer de sphères de plutonium, Ethan Hunt (Tom Cruise) compromet sa mission afin de sauver un membre de son équipe. Le CIA lui met alors dans les pattes l’agent Walker (Henry Cavill) chargé d’évaluer l’IMF ; charge à lui de récupérer les éléments radioactifs… Pour ce sixième opus, on ne change pas une équipe qui gagne (des dollars), et encore moins l’architecture narrative de la franchise : une nouvelle fois, il est ici avéré qu’une taupe trahit l’Agence et des preuves accablantes s’accumulent contre Hunt ; lequel, placé en fragilité, doit jouer contre sa hiérarchie pour sauver le monde avant même de prouver son innocence. Voilà qui n’est pas sans rappeler la trame de l’excellent film inaugural de De Palma (1996). Impression renforcée par un finale à coup d’hélicoptères, une large inscription territoriale du film entre Paris et Londres et le démasquement grâce à un masque du traître de l’histoire. Les références à l’épisode matriciel deviennent des révérences assumées. Éternelle genèse Vingt ans plus tard, cette constance apparente peut sembler étonnante dans

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"The Wall" : duel sous le soleil irakien

ECRANS | Un soldat étasunien derrière un mur, un sniper irakien de l’autre côté. Doug Liman revisite le duel au soleil cher au western dans ce huis clos en plein air aux accents beckettiens, qui n’hésite pas à renverser certains paradigmes ordinaires. Une tragédie, et un film politique.

Vincent Raymond | Mardi 6 juin 2017

2007, fin de la guerre en Irak. Deux sergents étasuniens appelés en renfort sur un chantier découvrent les corps des ouvriers abattus par un sniper, lequel les prend aussitôt pour cible. Si l’un des militaires est touché, l’autre, bien que blessé, s’abrite derrière un mur de fortune. Et se fait aborder, voire confesser via sa radio par son assaillant… Décidément, Doug Liman confirme qu’il ne peut s’attaquer à un genre sans essayer de l’hybrider avec un autre – souvenez-vous de son ludique Edge of Tomorrow (2014), et oubliez son Mr. & Mrs. Smith (2005). The Wall opère à présent la rencontre assez inouïe entre un film de guerre US traditionnel (impacts traversant l’écran, gros plan sur genou en bouillie, "continuez-sans-moi-les-gars"...) et une pièce de théâtre absurdo-métaphysique ; un mariage où le verbe et la station prennent le pas sur le bruit brut et l’action. Et cette inversion des perspectives n’est pas isolée. Sans brique, t’as plus rien L’ennemi désigné dès le départ se trouve rapidement

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Oblivion

ECRANS | Après "Tron l’héritage", Joseph Kosinski avait toutes les cartes en main pour confirmer son statut de nouveau maître de la SF avec cette adaptation de son propre roman graphique. Hélas, le voilà rattrapé par son fétichisme kubrickien, qu’il tente vainement de transformer en blockbuster à grand spectacle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 11 avril 2013

Oblivion

Dans une des pubs qui l’avaient fait connaître, Joseph Kosinski s’amusait à faire circuler le spectateur dans la reproduction virtuelle de l’hôtel Overlook imaginé par Stanley Kubrick pour Shining. Dans Tron l’héritage, qui marquait ses débuts prometteurs au cinéma, il recréait la chambre de 2001 et faisait circuler ses personnages dans un bar qui ressemblait comme deux gouttes de lait à celui d’Orange mécanique. Autant dire que Kosinski fait une fixette sur l’immense Stanley ; ce qu’on ne lui reprochera pas, loin de là, mais disons qu’il faut avoir les épaules solides pour oser se mesurer à un tel monument. Face à Oblivion, qui croule sous les références à 2001 — jusqu’au nom d’une des boîtes de production du film, Monolith pictures ! — on ne peut que constater que cette obsession est filtrée par une culture geek avec qui elle ne fait pas forcément bon ménage. Et que l’univers visuel et virtuel de Tron collait dans le fond beaucoup mieux à l’

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Jack Reacher

ECRANS | Très bonne surprise que cette série B qui tente de lancer Tom Cruise en nouveau justicier dans la ville, avec derrière la caméra Christopher MacQuarrie, qui montre qu’il connaît ses classiques et sait même, à l’occasion, en offrir de brillantes relectures. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 2 janvier 2013

Jack Reacher

Le film de justicier (ou vigilante movie) est un genre cinématographique qui demande au spectateur de laisser son idéologie au vestiaire, si tant est du moins qu’elle penche plus à gauche qu’à droite. En effet, le programme basique du genre consiste à : 1) montrer l’impuissance de la police et des institutions à rendre justice aux victimes ; 2) trouver une solution parallèle en la personne d’un homme solitaire, citoyen lambda ou militaire / policier en délicatesse ou en retraite de sa hiérarchie ; 3) le laisser zigouiller en toute impunité gangsters, flics ou juges corrompus ainsi que tout ce qui se présente comme un obstacle à l’accomplissement de sa mission. Jack Reacher applique méthodiquement les règles, lançant ainsi une franchise très claire où Tom Cruise ferait figure de Charles Bronson du XXIe siècle, en plus séduisant  — il bouge une paupière, toutes les filles tombent sous son charme ; c’est quasiment un running gag du film. Série Bien Première bonne décision de Christopher MacQuarrie, scénariste de Usual suspects dont le précédent Way of the gun avait laissé le souvenir d’un film archi-complaisant

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Rock forever

ECRANS | D’Adam Shankman (ÉU, 2h02) avec Julianne Hough, Diego Boneta, Russell Brand, Tom Cruise…

Aurélien Martinez | Lundi 9 juillet 2012

Rock forever

Pour tenir face à Rock of ages (titre original, traduit une fois de plus par une non traduction…), il faut avant tout supporter l’atroce kouglof musical qui l’inonde d’un bout à l’autre, véritable cauchemar pour les tympans qui mélange rock FM bien gras et tubes du grenier interprétés par des chanteurs à voix. Mission impossible, c’est sûr ; au-delà, on assiste à un machin complètement schizo qui hésite entre se prendre au sérieux et se moquer de lui-même. L’intrigue principale, love story entre deux têtards qui voudraient se lancer dans le rock, relève de la guimauve mille fois mâchée. Mais tous les à-côtés, nombreux, sont prétextes à de la déconne pas très fine, quoique déjà plus raccord avec ce projet improbable. Shankman semble incapable de choisir et bricole une mise en scène illisible pour noyer le poisson. On est donc face à une grosse daube certifiée dans laquelle pourtant se trouvent des éclats de talents, en l’occurrence les comédiens : Cruise qui rejoue son personnage de Magnolia, Malin Akerman, qu’on aimerait voir plus souvent sur les écrans, Russell Brand et Alec Baldwin pour une séquence mémorable, et surtout Paul Giamatti. Aussi génial que dans

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Mission : impossible – Protocole fantôme

ECRANS | De Brad Bird (ÉU, 2h13) avec Tom Cruise, Jeremy Renner, Paula Patton…

François Cau | Lundi 12 décembre 2011

Mission : impossible – Protocole fantôme

Alors que JJ Abrams avait tenté, sans convaincre totalement, une humanisation de l’agent Ethan Hunt, ce nouveau Mission : Impossible le remet dans la posture du héros indestructible traversant un monde en mutation tel que Brian de Palma l’avait défini dans le premier volet. Mais dès son évasion d’une prison moscovite, Hunt affirme aussi son goût du risque, un plaisir ludique à choisir toujours la voie la plus difficile pour se sortir des ennuis. C’est aussi le principe de ce blockbuster trépidant : multiplier les complications à l’intérieur des complications, les défis improbables à relever jusqu’au vertige (littéral et figuré). Que ce soit dans une incroyable poursuite à Dubai au milieu d’une tempête de sable ou dans un hallucinant ballet de corps et de voitures dans un parking automatique, tout ici repose sur le déchaînement des éléments et la résistance surhumaine de Hunt-Cruise. Si le scénario tente de dessiner une nouvelle géopolitique des rapports de force (une Amérique dépassée par les pays émergents), c’est bien ce côté cartoonesque et bigger than life qui impressionne ; la présence de Brad Bird, auteur de quelques-uns des plus beaux fleurons Pixar (Les Indestructibles e

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Fair game

ECRANS | De Doug Liman (ÉU, 1h46) avec Sean Penn, Naomi Watts…

François Cau | Jeudi 28 octobre 2010

Fair game

Espionne pour la CIA, Valerie Plame a eu le malheur d’être mariée à un diplomate américain, Joe Wilson, qui révéla dans la presse le bidonnage des preuves sur les armes de destruction massive en Irak. Pour allumer un contre-feu, l’Agence lève l’alias de Valerie, ce qui provoque son licenciement et son discrédit. Beau sujet au demeurant : comment au nom d’une raison d’état défaillante, une vie peut être ruinée jusque dans son intimité (c’était aussi celui de L’Échange de Clint Eastwood). Fair game, pourtant, ne tire de cet argument qu’une pénible fiction de gauche hollywoodienne, avec tous les tics du genre : un excès de dramatisation, des grands sentiments en lieu et place d’une véritable réflexion, une mise en scène qui confond efficacité et précipitation. L’ordinaire du cinéma anti-Bush, un peu à la bourre pour le coup, et qu’un film comme Green zone avait largement ringardisé. Reste le couple Watts-Penn. OK, ils en font des tonnes ; mais ils donnent de la consistance humaine à ce film schématique, simpliste et dans le fond, anodin. CC

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