Ivre de peinture et d'abstraction

ARTS | Le musée de Grenoble crée l’évènement en organisant la première exposition regroupant les œuvres du peintre allemand contemporain détenues par les musées français. Passionnant, même si difficilement saisissable aux premiers abords. Aurélien Martinez

François Cau | Lundi 9 mars 2009

Un monochrome gris, un paysage de campagne, une toile des plus abstraites… En se baladant dans les différentes salles du musée pour cette exposition Richter en France, il y a de quoi rester pantois. Car l'œuvre du peintre contemporain allemand surprend et questionne par son foisonnement de styles. Pourtant, à y regarder de plus près, le travail de Richter occupe une place centrale dans l'histoire récente de l'art. Notre homme s'est ainsi posé de nombreuses questions sur la peinture et ses fonctions ; questions qu'il offre aux visiteurs par le biais de son œuvre. Quand on dispose des quelques clés nécessaires, ce cheminement peut s'avérer passionnant : il est donc impératif de se renseigner sur Richter avant de se rendre au musée, sous peine de passer à côté de l'exposition.

Photo vs. peinture

Première question posée par Richter dès ses débuts : celle de la représentation. Celui qui a toujours voulu « peindre comme un photographe » a réalisé de nombreuses toiles à partir de clichés. L'artiste accepte donc son époque faite d'images, mais désire ardemment ne pas rester spectateur de ce flot. La photographie devient alors un prétexte, comme l'était le paysage pour les impressionnistes qui s'en servaient pour étudier la lumière et les jeux de couleurs. Voilà pourquoi Richter ne s'intéresse qu'à des images secondaires qui n'ont pas de grandes valeurs artistiques (photos de presse, d'amateurs…). Mais il va plus loin en reconnaissant que la peinture perdra toujours face à la photo pour représenter le réel. Ses toiles utilisent donc de façon assumée ce qui apparaîtrait comme des défauts sur une photographie, avec notamment l'usage du flou, de la surexposition ou encore du décentrage. Tous ces jeux sur la nature même de son œuvre vont naturellement conduire Richter, dès la fin des années 60, à laisser la peinture prendre le dessus sur sa fonction de représentation : est si elle parlait pour elle-même ? Car Richter est surtout connu pour son travail autour l'abstraction. On pense ainsi au tableau Nuages, réalisé en 1968 et représentant, à la manière d'un pointillisme sommaire, une mer de nuages. La fonction de représentation est bien présente (ce sont des nuages !), mais dépassée, voire sublimée (on se doute bien qu'en soit, ce ne sont pas les nuages qui passionnent Richter, mais ce qu'ils renvoient). « Les toiles abstraites mettent en évidence une méthode: ne pas avoir de sujet, ne pas calculer, mais développer, faire naître » explique-t-il.

Colore le monde

Mais son travail le plus représenté au sein des collections françaises tourne principalement autour de la couleur, avec la présentation de son tableau phare 1024 couleurs acquis par le Centre Pompidou. Richter compte ainsi en millions d'années-lumière le temps nécessaire à un artiste pour peindre toutes les couleurs existantes. Cette notion d'infinité des possibles se retrouve dans sa série réalisée autour des trois couleurs primaires, dont un exemple est présenté dans l'exposition : qu'est ce qu'on peut faire avec du bleu, du jaune et du rouge ? Plein de choses répond Richter ! Parallèlement, le musée évoque avec force son travail autour du gris, « la couleur du néant », grâce à de grands monochromes qui eux aussi tendent à leur façon à l'infini : le gris n'est-il pas obtenu en mélangeant n'importe quelles couleurs entre-elles ? Toutes ces questions vont donner naissance, dans les années 80, à une première synthèse dans le travail du peintre, avec ses huiles sur toiles colorées (l'une d'entre elles habille magnifiquement notre Une). Au final, on sort de Richter en France ravi d'en savoir plus sur le bonhomme et son travail, l'exposition abordant l'œuvre de l'artiste allemand sous plusieurs regards. Mais on est quelque peu frustré de ne pas en saisir tous les tenants et aboutissants, la production de Richter étant tellement énorme et diverse. La rétrospective sera pour la prochaine fois !

RICHTER EN FRANCE
Jusqu'au 1er juin au Musée de Grenoble

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BIO. Gerhard Richter est l’un des artistes encore vivants les plus importants de notre époque. Celui qui cartonne régulièrement dans les records de vente sur les différents marchés de l’art est né en 1932, à Dresde. Mais le réalisme socialiste à l’œuvre en Allemagne de l’Est lors de ses études artistiques ne lui convient pas du tout. Il s’installe donc à 29 ans à l’Ouest, à Düsseldorf précisément, et peint la première œuvre de son catalogue un an après : ce sera Table, une peinture à l’huile réalisée d’après une vulgaire photo de presse. Mais à cette époque, la scène européenne est dominée par l’école de Paris et son abstraction informelle, qui tranche avec l’art de l’Est. Richter ne se retrouve pas non plus dans cette approche-là. Il sera alors ravi de découvrir le pop art américain, et sa critique de la société de consommation à partir de choses a priori banales. Par dérision, il se réclamera même le représentant du pop art allemand, mais n’en retiendra que l’utilisation de la photographie. En 1977, le Centre Pompidou lui consacre sa première exposition française. Les années 80 vont marquer le début de son ascension, sa réputation allant crescendo. C’est à partir de cette péri

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