Blanc sur blanc

ARTS | À la faveur d’une sélection d’œuvres variées, l’exposition collective "White" du Musée Géo-Charles donne une résonance nouvelle au blanc dans l’art. Plus encore, le parcours redéfinit la notion d’espace et de temps au gré de toiles abstraites, dont l’accessibilité est de mise, pour une mise au point avec ces mouvances contemporaines. Charline Corubolo

Charline Corubolo | Vendredi 24 janvier 2014

Derrière la notion (floue) d'abstraction se cache un fondement tangible, aux applications plastiques diverses, que la nouvelle exposition du Musée Géo-Charles cherche à mettre en confrontation par le prisme d'une palette principalement composée de blanc. Un mouvement et un coloris qui, de prime abord, pourraient décourager même les plus aventureux dans ce parcours White, mais c'est sans compter sur une scénographie qui fait sens et des œuvres qui ouvrent les champs de l'analyse et/ou du sensible avec simplicité.

Bien que la teinte soit la thématique de l'évènement, l'origine découle en réalité de deux séries du photographe coréen Bohnchang Koo : White (photo) et Vessel. Malgré des sujets très différents – la première dévoile des traces de lianes séchées sur des murs, la seconde des objets relatifs à la culture de l'artiste –, l'objectif demeure le même : interroger le rapport au temps par le biais de la trace, humaine ou végétale, dans une blancheur lissée. Ce postulat de départ a abouti à un rassemblement de pièces, où la figuration est furtive et l'abstraction patente, mais toujours baignées dans une lueur immaculée.

L'invisible dévoilé

Et c'est en mettant en parallèle des toiles fondamentalement opposées, dans la technique comme dans le rendu, que l'abstraction trouve une nouvelle lecture, simplifiée et dense. Tableaux en relief, sculptures, monochromes et photographies se confrontent dans des nuances incolores et tendent à ouvrir le regard sur ce qui n'est pas visible. Tel est le leitmotiv du mouvement né au début du XXe siècle autour de peintres russes, et que l'on retrouve clairement dans l'exposition. En résonance ou en tension, les œuvres dialoguent entre elles afin d'offrir une cohérence artistique à une période énigmatique.

La proposition apparaît dès lors comme une somme d'interrogations plastiques sur des structures spatiales, avec notamment un jeu entre le plein et le vide, mais aussi des structures mentales, que l'on entrevoit avec l'artiste Aurélie Nemours et sa peinture intitulée Structure du silence, matérialisées par plusieurs rectangles noirs sur fond blanc. Le titre de la pièce renvoie à la notion propre au courant, selon laquelle la peinture ne doit plus représenter la réalité. De part une géométrie rigoureuse et épurée, le silence apparaît, le vide prend forme.

Il en est de même avec le tableau-objet Single line relief de Norman Dilworth, qui tient presque du minimal art, mouvance abstraite pour laquelle la volonté de dépouillement de l'objet, avec simplicité et lissage, c'est-à-dire sans laisser la trace matérielle de l'action de l'artiste, sont essentielles. Des lignes de bois blanches s'entremêlent selon un schéma géométrique esquissant une sorte de mandala (représentation symbolique de l'évolution universelle selon un point central), et cela même si ce courant artistique se défend de toute spiritualité. L'occupation de l'espace par ces formes mathématiques prend un aspect métaphysique et la simple contemplation de cette esthétique minimale suffit à apprécier les œuvres.

Remplir le blanc

Au contraire, d'autres artistes cherchent littéralement à envahir le vide, comme le néerlandais Herman De Vries avec une toile, Relief, sur laquelle une multitude de rectangles noirs en 3D se dispersent à la surface. S'agit-il d'un chemin ? D'un plan ? Ou même encore d'une invasion ? La réponse n'est pas, et c'est là tout l'enjeu de l'abstraction. Libre à chacun d'y voir ce qu'il désire, avec la certitude qu'une telle création essaie d'exprimer la dualité entre le plein et le vide et d'aspirer à un équilibre, notion pas si abstraite, ni même inconnue à l'être humain.

Et quand De Vries s'affaire à créer une balance entre les volumes, Roman Opalka, lui, court après le temps. Encore une fois le concept est plus important que la réalisation plastique : le peintre franco-polonais entame une série dès 1965 en commençant par écrire "1" en blanc sur une toile noire, et ne cessera de compter jusqu'à la fin de sa vie. Suivant un processus évolutif, il augmente de 1% de blanc le fond noir, qui petit à petit va devenir gris puis blanc. Tentative de capter le temps, de marquer son caractère irréversible, deux exemples de la série sont présentés dans l'exposition.

Cet ensemble de pièces, conceptuelles ou minimales, est accompagné d'œuvres offrant une figuration à la lisière de l'abstraction, à chaque fois sublimé par le blanc. Les photographies d'Éric Bourret donnent ainsi à voir des paysages floutés, où la question de l'espace persiste mais dans lesquelles l'absence de couleur prend une nouvelle valeur. La lumière n'est plus transcription d'une forme de spiritualité mais révélation d'une nature pleine de pureté. Autant de diversités plastiques qui permettent de mieux appréhender l'essence du blanc en art et le versant abstrait de certains artistes.

White, jusqu'au 30 mars, Musée Géo-Charles (Échirolles)


White

Exposition collective autour de la thématique du blanc et des œuvres du photographe coréen Bohnchang Koo
Musée Géo-Charles 1 rue Géo-Charles Échirolles
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Un palmier au Musée dauphinois grâce à l'artiste Douglas White

ARTS | Les habitués des terrasses du Musée dauphinois pourraient bien être surpris par l’étrange palmier qui y a surgi de terre en ce début de mois d’octobre. Noir (...)

Benjamin Bardinet | Mardi 20 octobre 2020

Un palmier au Musée dauphinois grâce à l'artiste Douglas White

Les habitués des terrasses du Musée dauphinois pourraient bien être surpris par l’étrange palmier qui y a surgi de terre en ce début de mois d’octobre. Noir abrasif, il semble absorber la luminosité ambiante. Et pour cause, il est le résultat de l’habile tressage de lambeaux de pneus éclatés récupérés sur les bas-côtés des routes. Familier des détournements et des réemplois d’objets en tous genre, l’artiste britannique Douglas White joue de la troublante proximité structurelle de ces débris de pneus et de la tige ligneuse des palmiers. Il confronte ainsi la trivialité de rebuts industriels à l’élégance de ce palmier annonciateur du réchauffement climatique – lui-même conséquence de la production industrielle. Une ultime proposition artistique de la saison Paysage -> Paysages 2020.

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"Roads" : en (bonne) route !

ECRANS | De Sebastian Schipper (All-Fr, 1h40) avec Fionn Whitehead, Stéphane Bak, Moritz Bleibtreu…

Vincent Raymond | Mardi 16 juillet 2019

Après une friction familiale, Gyllen, tout juste 18 ans, "emprunte" en guise de représailles le camping-car de son beau-père et décide de rallier la France depuis le Maroc. Il embarque William, jeune Congolais en quête de son frère exilé. Leur route épique les mènera à Calais… D’un extrême à l’autre pour Sebastian Schipper qui, après le plan-séquence berlinois de Victoria (2015), se lance ici dans un road movie de 3000 km. Le défi kilométrique remplace le concentré temporel, mais le principe demeure, au fond, le même : raconter un "moment" tellement décisif pour ses jeunes protagonistes qu’il est susceptible d’en conditionner l’existence entière. Transposition du roman de voyage initiatique, le road movie permet de télescoper paysages et visages, récit picaresque et drames saisissants ; bref d’offrir un concentré de vie qui "rode" le jeune adulte : un hippie allemand bipolaire, des sans-papiers africains en détresse, une savonnette de haschisch, un père peu amène, des Français racistes ou encore les assauts des forces de l’ordre sur

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"Les Éternels (Ash is purest white)" : les amants maudits

ECRANS | de Jia Zhangke (Chi, 2h15) Avec Zhao Tao, Fan Liao, Zheng Xu…

Vincent Raymond | Lundi 25 février 2019

2001, Datong. Amie d’un caïd de la pègre locale, Qiao effectue de la prison pour lui mais se trouve rejetée à sa libération – les anciens bandits étant devenus des notables. Elle va alors s’en tenir aux préceptes du milieu et tenter de reconquérir ce qu’elle a perdu... Concourant l’an dernier pour la Palme d’or, Les Éternels est l’ultime film de la compétition cannoise à sortir sur les écrans, à bonne distance du bruit et de la fureur animant la Croisette dont le prolifique Jia Zhangke est un régulier visiteur. De manière générale, le cinéaste est un homme d’habitudes, fidèle à sa comédienne Zhao Tao (son épouse à la ville), à sa région du Shanxi (dont il vient d’être élu député) et à ses structures narratives laissant de la place au temps et à la succession des époques. Il faut dire que l’évolution accélérée de la Chine contemporaine a de quoi stimuler les inspirations : Dong Yue avait lui aussi succombé à la tentation pour Une pluie sans fin (20

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Black & White Zulus : des graphistes grenoblois à la rue (du Drac)

GUIDE URBAIN | Le street-art, ce n’est pas forcément que sur les murs. La preuve en ce moment à Grenoble où la rue du Drac est petit à petit recouverte de motifs en noir et blanc grâce au collectif grenoblois Black & White Zulus. Une action autant artistique que pratique comme nous l’a expliqué l’un des membres de l’aventure.

Aurélien Martinez | Vendredi 18 mai 2018

Black & White Zulus : des graphistes grenoblois à la rue (du Drac)

Depuis début avril, l’asphalte de la rue du Drac, dans le quartier Chorier-Berriat, se pare de plusieurs motifs en noir et blanc. Une action artistique qui découle d’un des projets issus du budget participatif de la Ville de Grenoble édition 2016, projet porté par le collectif Déclic qui « propose des actions ludiques et pédagogiques dans le cadre d'événements de valorisation et de (ré)appropriation citoyenne de l'espace public » (extrait de leur site web). Dans ce cas précis, il s’agit de « transformer une rue en zone aménagée / zone de rencontre limitée à 20 kilomètres-heure où les piétons et les cyclistes sont prioritaires » comme nous l’a expliqué Mickaël Blanc qui, avec une dizaine d’autres membres du collectif Black & White Zulus et une trentaine de bénévoles, s’occupe de la réalisation de l’aventure censée notamment montrer aux automobilistes qu’ils ne sont plus sur une route traditionnelle. « Concrètement, on va décorer entièrement la rue en faisant des zones de motifs avec de la peinture signalétique blanche et grise, le sol faisant office de noir. Ces zones de motifs vont changer tous les 20 mètres p

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"Alpes là !" : Éric Bourret et Emmanuel Breteau aux sommets

Musée | Toujours guidé par l'envie de renouveler notre regard sur la montagne, le Musée dauphinois dévoile, avec "Alpes là !", deux visions différentes du monde alpin. Une exposition qui esquisse ainsi une continuité entre la photographie picturale d’Éric Bourret et celle humaniste d’Emmanuel Breteau.

Charline Corubolo | Jeudi 30 mars 2017

Quand le premier s’aventure sur les sommets montagneux, le second part à la rencontre des habitants du Trièves. Une façon d’appréhender le médium photographique qui diffère pour une plasticité offrant deux visions sensibles des Alpes. Avec Éric Bourret, la photographie se trouve ainsi chargée d’une dimension picturale. À la demande du Musée dauphinois, l’artiste-marcheur a arpenté, deux hivers de suite, la chaîne de Belledonne, le Dévoluy, l’Oisans et le Vercors. Il en a ramené un Carnet de marche pour une expérience du paysage qui passe par le mouvement. De prises de vues multipliées sur le même négatif offrant des "all-over" du temps sur le temps en clichés où s’inscrit avec précision la minéralité de la nature, Éric Bourret crée son œuvre en rencontrant le territoire. En résulte un dessein de l’expérience qui épouse les accidents du relief tel un tableau impressionniste. Le photographe capte ainsi les fluctuations du paysage qui se meut parallèleme

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Les quatre expositions à découvrir début 2017 à Grenoble

Panorama rentrée 2017 | On vous propose d'aller au Musée de Grenoble, au Musée dauphinois, à Spacejunk ou encore à la Halle de Pont-en-Royans.

Charline Corubolo | Mardi 3 janvier 2017

Les quatre expositions à découvrir début 2017 à Grenoble

Fantin-Latour Né en 1836 à Grenoble, admirateur des grands maîtres et peintre incontesté des fleurs au XIXe siècle, Henri Fantin-Latour s’est aussi illustré avec des portraits et des tableaux de groupe. C’est en suivant ces trois axes que le Musée de Grenoble invitera le public à (re)découvrir cet artiste isérois à travers une vaste rétrospective. Associé aux impressionnistes dont il rejette cependant la parenté, Fantin-Latour a laissé derrière lui une touche unique où le romantisme flirte avec le symbolisme. Au Musée de Grenoble Du 18/03 au 18/06 ________ Éric Bourret & Emmanuel Breteau Mettre en valeur le patrimoine de la région, tout en apportant un regard contemporain sur la création d’aujourd’hui, le Musée dauphinois s’y emploie depuis de nombreuses années. C’est ainsi que seront réunis en mars prochain, autour de l’exposition Alpes là, les photographes Éric Bourret et Emmanuel Breteau. Photographe marcheur, le premier expérimente la montagne à travers le mouvement offra

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Les ombres mélodiques d'Emily Jane White

MUSIQUES | Ce n’est pas la chaleur, mais plutôt la noirceur de la Californie qui emplira avec délicatesse la Maison de la musique de Meylan vendredi 25 novembre. Avec son cinquième album, l'Américaine navigue entre des textes brutaux et des compositions d’une légèreté enveloppante.

Charline Corubolo | Mardi 22 novembre 2016

Les ombres mélodiques d'Emily Jane White

La noirceur ne cesse de prendre de l’ampleur dans l’œuvre de la Californienne Emily Jane White. Mais cette noirceur textuelle est magnifiée par un son folk vaporeux et une voix à la douceur enveloppante. Pour son cinquième album They Moved in Shadow All Together, au titre inspiré par une phrase d’un roman de Cormac McCarthy, l’artiste explore les violences humaines, qu’elles soient racistes comme sur le titre Black Dove ou envers les femmes avec Womankind. Et si les mots sont durs, la mélodie apaise leur sens dans un contraste déroutant. Alternant piano et guitare, Emily Jane White nous fait ainsi naviguer au creux d’une mélancolie épurée, qui oscille entre harmonies légères et arrangements finement tissés. En enrichissant sa palette vocale avec des excursions dans le chant classique, elle compose un opus chargé en émotions au gré de ballades ténébreuses, telle une ombre gracile qui ricocherait d’accord en accord selon un équilibre périlleux mais lumineux. Une œuvre fragile, faite d’instants fugaces comme un voile qui effleurerait le grain de la peau et qui se lèvera vendredi à Meylan.

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Expo : les cinq temps forts de la saison à Grenoble et dans l'agglo

Saison 2016 / 2017 | Cette année, direction le Musée de Grenoble, la galerie Spacejunk, le Musée dauphinois, le Musée de l'Ancien Évêché ou encore la Ville d'Échirolles.

Charline Corubolo | Mardi 27 septembre 2016

Expo : les cinq temps forts de la saison à Grenoble et dans l'agglo

Le bleu de Paris Les femmes (Georgia O'Keeffe et Cristina Iglesias) vont laisser place aux artistes disparus au Musée de Grenoble. Et si en mars prochain l'institution se consacrera à la touche d'Henri Fantin-Latour, sa saison s'ouvrira avec les années parisiennes de Vassily Kandinsky (1866-1944). Père de l'art abstrait dont l'œuvre est principalement connue pour sa construction géométrique, le peintre russe a laissé son style flirter avec le biomorphisme durant ses dernières années à Paris (1933-1944), lorsqu'il fuyait le nazisme. Les angles deviennent courbes, manifestation de sa passion pour les sciences, comme autant d'organismes cellulaires perdus dans le Bleu du ciel, pour une abstraction au plus près de la nature sous forme de synthèse d'œuvre. L’exposition de cette rentrée 2016. Kandinsky, les années parisiennes (1933-1944)

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Techno océanique avec DJ Richard et December

MUSIQUES | Ce samedi à l'Ampérage, la techno sera plus que de la techno. Et c'est tant mieux.

Damien Grimbert | Mardi 7 juin 2016

Techno océanique avec DJ Richard et December

Organisée conjointement par Hedone et Micropop, soit deux des collectifs techno grenoblois les plus aventureux en la matière, la soirée de ce samedi à l’Ampérage devrait réconcilier tous ceux qui attendent des musiques électroniques plus qu’un simple support monotone pour danser jusqu’à ce que la lassitude s’installe. Privilégiant l’investissement émotionnel et la puissance d’évocation à la fonctionnalité pure et simple, ses deux têtes d’affiches – DJ Richard et December – défendent en effet une vision de la techno radicalement différente du tout venant. Co-fondateur de l’excellent label new-yorkais White Material, le premier (en photo) est l’une des figures de proue de la scène "outsider techno" qui rassemble, comme son nom l’indique, des artistes évoluant en marge des clichés habituellement accolés au genre. Sorti l’an passé sur Dial Records, son premier album Grind est ainsi emprunt d’une nostalgie pour les atmosphères côtières de l’État de Rhode Island, dans le Nord-Est des États-Unis, qui l’a vu grandir.

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White god

ECRANS | De Kornel Mundruczó (Hong-All-Suède, 1h59) avec Szófia Psotta, Sándor Szótér…

Christophe Chabert | Mardi 2 décembre 2014

White god

Surprise ! Alors qu’on croyait en avoir fini avec Kornel Mundruczó suite au fiasco cannois de son Tender son, The Frankenstein project (un film tellement raté qu’il n’a jamais trouvé de distributeur malgré sa sélection en compétition), le voilà qui réapparaît avec un objet assez épatant et plutôt imprévisible de sa part. Finies les postures auteuristes ; White god va droit au but via un récit puissant où un chien « bâtard », abandonné par l’adolescente qui l’adorait mais qui a dû se plier aux ordres de son père, va devenir le meneur d’une révolte canine spectaculaire. Mundruczó annonce la couleur dès le stupéfiant prologue où la meute de chiens déferle sur la ville désertée. Image marquante, dont le cinéaste raconte la genèse dans un long flashback parfaitement orchestré. La grammaire filmique largement empruntée à Lars Von Trier (caméra à l’épaule, légers zooms pour recadrer l’action) est d’une efficacité redoutable quand White god se concentre sur sa star : le chien Hagen (joué en alternance par deux toutous, mais sans aucun trucage numérique) d’une expressivité émotionnelle démente et dont la transformation de gentil compagnon en tueur impit

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White bird

ECRANS | Gregg Araki continue son exploration des tourments adolescents avec ce conte vaporeux et mélancolique, entre bluette teen et mélodrame à la Douglas Sirk, où la nouvelle star Shailene Woodley confirme qu’elle est plus qu’un phénomène éphémère… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 14 octobre 2014

White bird

Après avoir atteint une forme d’accomplissement créatif avec le sublime Mysterious skin, Gregg Araki souffle depuis le chaud et le froid sur son œuvre. La pochade défoncée Smiley face, la joyeuse apocalypse de Kaboom et aujourd’hui la douceur ouatée de White bird résument pourtant autant d’états d’une adolescence tiraillée entre ses désirs et la réalité, entre le spleen et l’insouciance, entre la jeunesse qui s’éloigne et la vie d’adulte qui approche à grands pas. C’est exactement ce que traverse Kat, l’héroïne de White bird : sa mère disparaît mystérieusement et la voilà seule avec un père bloqué entre douleur sourde et apathie inquiétante. Que faire ? Chercher la vérité ? Se laisser aller avec le beau voisin d’en face ? Traîner à la cave avec ses potes ? Préparer son départ pour l’université ? Ou rester dans la maison familiale hantée par ce fantôme encombrant ? Si Araki adapte ici un roman de Laura Kasischke, c’est surtout pour

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Vent de jeunesse sur la rentrée cinéma

ECRANS | Moins flamboyante que l’an dernier, la rentrée cinéma 2014 demandera aux spectateurs de sortir des sentiers battus pour aller découvrir des films audacieux et une nouvelle génération de cinéastes prometteurs. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 2 septembre 2014

Vent de jeunesse sur la rentrée cinéma

Si la place de chouchou de la rentrée cinéma n'avait pas été ravie in extremis par l’extraordinaire Leviathan, nul doute qu’elle aurait échu à Céline Sciamma et son très stimulant Bande de filles (sortie le 22 octobre). Troisième film de la réalisatrice déjà remarquée pour son beau Tomboy, il suit le parcours de Meriem, adolescente black banlieusarde qui refuse la fatalité d’une scolarité plombée et se lie d’amitié avec une « bande de filles » pour faire les quatre cents coups, et en donner quelques-uns au passage afin d’affirmer sa virilité dans un monde où, quel que soit son sexe, la loi du plus fort s’impose à tous. Cette éducation par la rue et le combat n’est pas sans rappeler les deux derniers films de Jacques Audiard ; Un prophète en particulier, puisque Sciamma cherche elle aussi à fi

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Gemmes musicales

MUSIQUES | Au Royaume-Uni plus encore peut-être qu’en France, le rôle joué par les radios indépendantes dans la diffusion des musiques alternatives est prépondérant, car (...)

Damien Grimbert | Mardi 2 septembre 2014

Gemmes musicales

Au Royaume-Uni plus encore peut-être qu’en France, le rôle joué par les radios indépendantes dans la diffusion des musiques alternatives est prépondérant, car profondément ancré dans la culture populaire. Et c’est justement ce statut de passeur qu’ont décidé de célébrer le collectif d’associations DesNuéesDeSens et Radio Campus, en invitant à Grenoble le temps d’une semaine quatre figures de proue de la radio de Glasgow Subcity. Respectivement en charge des émissions The Dissolving Dancefloor et 12th Isle Transmissions, Stewart Brown, Al White et Joss Allen d’un côté et Fergus Clark de l’autre sont de véritables défricheurs de nouvelles frontières musicales, mêlant sans préjugés dans leurs sets techno, house, ambient, noise, bass music, punk, weirdo rock, reggae dub, minimal wave, free jazz et autres étrangetés psychédéliques et/ou expérimentales. En charge de la soirée d’accueil des étudiants Watt dooyoodoo organisée ce jeudi à EVE par l’Université Stendhal et l’asso

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Cannes par la bande (de filles)

ECRANS | Premier bilan à mi-parcours d’un festival de Cannes pour le moins insaisissable : les filles y ont pris le pouvoir, à commencer par celles de Céline Sciamma, événement de la Quinzaine des réalisateurs, qui pour l’instant éclipse la sélection officielle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 20 mai 2014

Cannes par la bande (de filles)

On ne sait vraiment pas par quel bout prendre ce drôle de festival de Cannes, compressé à cause des futures élections européennes, et dans lequel se télescopent en compétition gros films longs et parfois assez lourds à digérer et cinéma daté et has been, sinon carrément inepte. Pour l’instant, ami lecteur, réjouis-toi, les deux meilleurs films vus sont aussi ceux qui sortent cette semaine dans les salles françaises : Deux jours, une nuit et Maps to the stars. Il faut reconnaître toutefois qu’en ouvrant sa sélection avec ce navet indiscutable qu’est Grace de Monaco, déjà mort et enterré une semaine seulement après son arrivée sur les écrans, Thierry Frémaux n’a pas vraiment fait démarrer le festival du pied droit… On reviendra donc en détails la semaine prochaine sur la compétition, et on préfèrera lister ici les quelques découvertes faites au gré des sélections parallèles. Les combattantes Lesdites découvertes ont été marquées par l’émergence de figures féminines fortes et absolument contemporaines, comme dans la formidable comédie Les Combattants de Thomas Cailley, dont l’accueil enthousiaste lui promet déjà une bel

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Cannes 2014, jour 2 : Girls power

ECRANS | "Bande de filles" de Céline Sciamma (sortie le 22 octobre). "Party girl" de Marie Amachoukeli, Claire Burger et Samuel Theis (sortie le 3 septembre). "White bird in a blizzard" de Gregg Araki (sortie non communiquée)

Christophe Chabert | Jeudi 15 mai 2014

Cannes 2014, jour 2 : Girls power

Deuxième jour à Cannes, et déjà l’école buissonnière hors de la compétition. Il faut dire que le jeudi est traditionnellement le jour de l’ouverture des sections parallèles, et comme elles sont assez alléchantes cette année, on peut très bien remettre à plus tard la projection du dernier Mike Leigh (2h30 sur le peintre Turner, c’est vrai qu’en début de festival, c’est sans échauffement). C’est un hasard, mais il est réjouissant : les femmes ont pris le pouvoir dans les trois films vus aujourd’hui, et notamment dans ce qui constitue le premier choc de Cannes, le nouveau film de Céline Sciamma, Bande de filles (photo). Après Naissance des pieuvres et Tomboy, Sciamma confirme qu’elle n’est plus très loin d’être une de nos grandes cinéastes, et ce troisième opus démontre une inéluctable montée en puissance qui n’est pas sans rappeler celle d’un Jacques Audiard. Avec qui elle partage une intelligence du scénario et de la mise en scène, mais surtout l’envie de faire émerger conjointement des héro(ïne)s et des comédien(ne)s qui vont hanter lon

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Zulu Nation

Exposition | Créée en septembre 2013, l’association Black & White Zulus réunit une dizaine de jeunes dessinateurs, illustrateurs et graphistes grenoblois oscillant (...)

Damien Grimbert | Lundi 27 janvier 2014

Zulu Nation

Créée en septembre 2013, l’association Black & White Zulus réunit une dizaine de jeunes dessinateurs, illustrateurs et graphistes grenoblois oscillant à la croisée de divers champs artistiques (photographie, dessin, vidéo, design graphique, web-design…), et partageant une passion commune pour le street-art, l’iconographie de l’art africain et... le noir et blanc. Présentée jusqu’au 2 février à la galerie Spacejunk (ce qui, vous l’aurez compris, ne vous laisse plus qu’une poignée de jours pour aller découvrir leur travail), leur exposition collective éponyme rassemble une pléiade d’œuvres réalisées en solo ou en duo sur des supports variés (papier, toile, skateboards, meubles, coques de smartphones…), ainsi qu’une installation interactive des plus surprenantes à l’étage, réalisée en collaboration avec Bento. Une jolie découverte, où la multiplicité des techniques utilisées (encre, peinture, posca…) ne fait paradoxalement que renforcer la cohérence esthétique qui se dégage de l’ensemble.

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Opalka 1965/1 – Roman Opalka

À la découverte des collections du Musée de Grenoble | [11/ 16] Nos coups de cœur issus des collections permanentes du Musée de Grenoble

Laetitia Giry | Mercredi 17 juillet 2013

Opalka 1965/1 – Roman Opalka

Nom de l’artiste : Roman Opalka (1931-2011) Titre de l’œuvre : Opalka 1965/1 Date de création : 1976 Médium : peinture Mouvement auquel l’intégrer : Art contemporain Analyse : Roman Opalka avait un projet : (faire) percevoir le temps en écrivant chaque jour des chiffres (de un à l’infini) sur une toile, avec un noir intense dérivant de gris en gris jusqu’au blanc. Achevée à sa mort en août 2011, cette œuvre est immense dans ses restes matériels, ténue dans son sujet et gigantesque par celui-là même, universel et absolu. Ténacité, persévérance et détermination apparaissent dans l’imperturbable suite de nombres, dans cette création qui à chaque touche apportée se déroulait plus vers sa disparition. Elle est le déroulé serein d’un édifice qui se construit avec la conscience de sa future destruction, d’un être qui grandit en sachant qu’il devra s’éteindre – comme un défilé de cendres convoquées pour mieux représenter le feu. La toile extraite de la série infinie (désormais finie) d’Opalka témoigne ainsi d’une vibration qu’i

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Un, deux, trois... swing !

MUSIQUES | Depuis cinq ans maintenant que le groupe grenoblois Miss White and the Drunken Piano existe, et fort de plus de 150 concerts, il n'a cessé de travailler (...)

Aurélien Martinez | Vendredi 26 avril 2013

Un, deux, trois... swing !

Depuis cinq ans maintenant que le groupe grenoblois Miss White and the Drunken Piano existe, et fort de plus de 150 concerts, il n'a cessé de travailler un style musical très varié, sorte d’étonnante fusion entre le hip-hop, le jazz, le folk et le classique. Marieke Huysmans, chanteuse, jongle entre un univers de piano-bar, un ton swing, et une rhétorique anglophone librement inspirée de l'univers des ghettos new-yorkais. Les deux musiciens qui l'accompagnent développent une subtile alchimie – beatbox, batterie façon rock, et des partitions délirantes de saxophone de claviers ou de basses propices à l'improvisation. Un univers immanquablement drôle, parfois décalé, qui laisse jaillir de noires paroles révélatrices, chuchotées suavement d'abord, puis à cœur ouvert, avec conviction – « I’m not a sailor, I’m not a traveller but I scream that I’m free ». Same same, leur dernier album sorti en 2012, est un savoureux mélange qui puise son inspiration dans des génies musicaux tel que Bach (Backbach), Shakespeare (Opheliaopéra) ou Wagner, rien que ça. Un groupe qui joue ainsi avec et su

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Chasse spleen

ARTS | Une fois de plus, le musée Géo-Charles présente une exposition collective et le fait bien. Quatorze photographes, quatorze identités dialoguant autour du geste photographique, de l’excitation du clic à l’émerveillement de l’image ; sa mélancolie et sa joie. Laetitia Giry

Laetitia Giry | Lundi 25 février 2013

Chasse spleen

Et si ce n’était pas la mélancolie : le titre de l’exposition ressemble à une question mais ne présente pas le point d’interrogation qui le confirmerait. Il nous indique la voie suivie dans le choix et la disposition des œuvres présentées ici, celle d’une contestation de la mélancolie admise comme inhérente à la prise d’une photographie. Enregistrer une image à un instant T revient pourtant bien à capturer un morceau de temps, à figer et glacer quelque chose qui est, tout en ne cessant jamais de passer. « De toute évidence, vivre c’est s’effondrer progressivement. » F. Scott Fitzgerald le sait bien : vivre c’est éprouver le temps, et l’arrêter en un point, c’est avoir l’illusion de le retenir. Pas étonnant alors que les Arts – tous ! – entretiennent depuis toujours une relation si particulière à la mélancolie. De La Mélancolie de Dürer au spleen baudelairien, du moine esseulé de Friedrich au Melancholia de Lars von Trier, peinture, littérature, cinéma : aucun médium n’y échappe… Pourtant, force est de reconnaître que la photographie, plus que tous les autres, s’apparente à un manifeste de fugacité et en cela porte préci

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Éric Bourret : « Je me considère comme un piéton d’altitude »

ARTS | Parmi les photographes participant à l’exposition "Et si ce n’était pas la mélancolie", on trouve (et on aime particulièrement) Éric Bourret. Ses deux œuvres montrées ici, captivantes et mystérieuses, méritaient bien une petite discussion.

Laetitia Giry | Vendredi 22 février 2013

Éric Bourret : « Je me considère comme un piéton d’altitude »

Vos photographies sont le fruit d’une sorte de performance… Éric Bourret : Je suis un photographe marcheur, je fais œuvre sur le paysage à l’issue de mes traversées des Alpes du sud, des zones de littoral, ou d’une partie de la chaîne himalayenne (comme pour les deux photos exposées). Plusieurs mois par an, j’arpente ces terres sur une durée qui varie entre une journée et deux mois. Des images émergent grâce ou à cause de la relation que j’entretiens pendant une longue période avec le paysage. Sans compétition ni surenchère sportive, je me considère simplement comme un piéton d’altitude. Je fais ce que font énormément de gens, je marche, car j'en ai besoin pour que mon travail puisse se mettre en place. Ainsi, vous capturez en photo un temps que vous éprouvez dans la réalité, dans l’action de la marche ? Ce qui me fascine, c’est la capacité que peut avoir l’image photographique d’enregistrer du temps. Sur certaines séries (notamment Timescape), j’essaie de multiplier le temps plutôt que de l’arrêter une fois. Pour cela, j’ai mis en place un protocole, celui de réaliser un certain

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