The Voice

MUSIQUES | Des tréfonds du chanteur de poche Asaf Avidan jaillit une voix hallucinante, fruit d'un petit tas de douleurs personnelles et universelles semblant remonter aux temps bibliques et que le chanteur transcende. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 20 septembre 2013

Parmi les Lévites désignés comme chantres (laudateurs de Dieu) auprès de l'Arche d'Alliance par le roi David, se trouvait un certain Asaph. Il serait l'auteur d'une partie des psaumes attribué au tombeur de Goliath devenu deuxième roi des Juifs. Le Psaume 77 (1-3) par exemple, où Asaph chante « Ma voix s'adresse à Dieu et je crierai ; ma voix s'adresse à Dieu, et Il m'écoutera ». Si l'on dit parfois qu'un homme est déterminé par son prénom, comment ne pas faire le parallèle avec un autre Asaf, Avidan de son patronyme, dont la voix ahurissante semble à la fois s'adresser à une force supérieure et être traversée par elle. Une voix qui arbore le sexe d'anges auxquels la rédemption n'a pas fait oublier la chute.

Né en Israël, grandi entre États-Unis et Jamaïque, Asaf a traversé la vie comme une épreuve, traumatisé par son service militaire en Israël et par le fait de n'avoir pu l'exécuter jusqu'au bout – la faute à de terribles cauchemars qui ne le quittent plus, comme l'autre Asaph, que les lamentations dues à sa charge empêchaient de dormir – ; une rupture amoureuse aussi destructrice que constructive – elle lui vaudra de se lancer dans la musique – ; et, au milieu de tout ça, un cancer du sang contracté à 21 ans et dont il réchappe, oserions-nous dire, par miracle.

Pain de douleurs

Il faut croire que cette créature de poche est plus résistante qu'elle n'y paraît. Elle a même trouvé en sa voix – encore plus déroutante dans la nudité de l'expérience acoustique que dans le fatras d'une pop un rien pompière –, le moyen d'exprimer sa toute-puissance. On pense forcément à une somptueuse parade de freaks vocaux eux aussi malaxés par le malheur : l'homme à la voix d'enfant Jimmy Scott, l'androgyne Antony Hegarty, le borgne Jónsi (Sigur Rós), l'albinos poissard Roy Orbison et le mort-vivant Klaus Nomi.

Mais cette voix-là fait encore davantage figure de déchirure béante, de plaie non cicatrisée dont la vue – ici l'écoute – est désagréable à certains quand pour d'autres elle est un enchantement, un réconfort face à des souffrances quotidiennes. Des souffrances semblables au fond à celles rencontrées par Asaph lui-même lorsqu'il se convainquit des paroles de Salomon : « C'est en vain que vous vous levez matin et que vous vous couchez tard, que vous mangez le pain de douleurs. » On ignore si Asaf Avidan chante pour les âmes qui « refusent d'être consolées », on sait en revanche qu'il chante pour apaiser la sienne.


Asaf Avidan


Summum Rue Henri Barbusse Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Asaf Avidan


MC2 4 rue Paul Claudel Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Asaf Avidan : il était une voix

MUSIQUES | L'Israélien à la voix divine sera en concert à la Belle électrique deux soirs de suite pour défendre "Gold Shadow", deuxième album solo arrivé juste après le carton "Different Pulses".

Aurélien Martinez | Mardi 9 juin 2015

Asaf Avidan : il était une voix

Certaines des réussites artistiques les plus brillantes sont le fruit de douleurs. La musique est remplie de ces déchirures amoureuses couchées sur papier et transformées en mélodies à broyer un cœur heureux. Les productions qui en découlent sont communément appelées des « break-up albums », pour que les choses soient on ne peut plus claires. L’Israélien Asaf Avidan ajoute une pierre à cet édifice de larmes créatrices avec Gold Shadow, deuxième livraison solo venue juste après le carton Different Pulses et son One Day / Reckoning Song converti en tube planétaire par le DJ allemand Wankelmut. Et le fait sobrement, sans verser dans un sentimentalisme outrancier. Musicalement, alors qu’on aurait pu l’attendre sur une pop haute de gamme bien dans son temps, il est parti à la recherche de sons des décennies passées ; et les a trouvés : du blues, du jazz, du rock… Un grain vintage, écrin royal à des textes poétiques où les images affluent en nombre – « We're moles my friend / Blind against the dark » (« nous sommes des taupes mon ami / aveugles face à l’obscurité

Continuer à lire

Dans la famille Asaf Avidan, je demande...

MUSIQUES | Artiste au timbre extraterrestre, Asaf Avidan s'inscrit dans la lignée de chanteurs à part, touchés par une grâce singulière combinant bénédiction artistique et malédictions personnelles. Voix transgenre, freaks vocaux ou interprètes surnaturels, tous ont à leur manière, et comme le jeune Israélien en concert cette semaine à la Belle électrique, redéfini la notion de voix et de chant, aux frontières de l'humainement possible et de la beauté divine. La preuve en sept exemples. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 9 juin 2015

Dans la famille Asaf Avidan, je demande...

Little Jimmy Scott : la part de l'ange « Le chanteur américain du XXe siècle le plus injustement ignoré » selon le New York Times. Enfant déjà prodigieux, remarqué très tôt pour sa voix (il chante dès l'âge de 12 ans dans des clubs interdits aux mineurs, ce qui au vu de la suite est d'une cruelle ironie), c'est à une maladie que Little Jimmy, devenu Little Jimmy Scott puis Jimmy Scott, doit sa singularité. Atteint du syndrome de Kallmann, le gamin de Cleveland voit sa croissance et sa puberté interrompues, ce qui lui vaut son surnom et lui "permet" de conserver sa voix d'enfant. Une voix, surtout, qui rendait impensable la distinction de genre. À écouter Jimmy Scott sans le savoir, on pouvait penser entendre la voix (magnifique) d'une femme. Sa carrière sera aussi répétitivement fulgurante que sa voix n'atteint le cœur de l'auditeur : les plus grands lui feront la cour (Sarah Vaughan, Lionel Hampton, dont il intègre un temps l'orchestre, Frank Sinatra), il enregistre avec Ray Charles mais ne cesse de se faire arnaquer par ses maisons de disque, disparaît et réapparaît plusieurs fois, dont, mémorable, dans Twin Peaks (on réalise al

Continuer à lire

Asaf Avidan en juin à la Belle électrique

MUSIQUES | Bonne nouvelle : « the voice » Asaf Avidan, exceptionnel en live, sera de retour à Grenoble pour deux concerts les lundi 15 et mardi 16 juin à (...)

Aurélien Martinez | Lundi 23 mars 2015

Asaf Avidan en juin à la Belle électrique

Bonne nouvelle : « the voice » Asaf Avidan, exceptionnel en live, sera de retour à Grenoble pour deux concerts les lundi 15 et mardi 16 juin à la Belle électrique. Il viendra défendre son Gold Shadow paru en janvier. La billetterie ouvrira ce mardi 24 mars.

Continuer à lire

Tel à vif

MUSIQUES | Jeune homme frêle à la trajectoire torturée (maladie, dépression, choc post-traumatique, pas forcément dans cet ordre), mais artistiquement fulgurante, Asaf (...)

Aurélien Martinez | Vendredi 6 septembre 2013

Tel à vif

Jeune homme frêle à la trajectoire torturée (maladie, dépression, choc post-traumatique, pas forcément dans cet ordre), mais artistiquement fulgurante, Asaf Avidan est de ces créatures dont le corps ne semble pas à la mesure de tout ce qu'il contient : un univers entier peuplé d'émotions insensées charriées par le vecteur transcendant d'une voix ébouriffante. Un timbre venu d'ailleurs, de limbes où se serait croisés Janis Joplin, Jeff Buckley, Nina Simone et Jónsi de Sigur Rós, qui a fait de l’Israélien, et en à peine quelques albums, un totem de la pop mondiale. Gageons que si le petit bonhomme de Tel Aviv à la coiffe iroquoise se paie cette saison un Summum, son potentiel inconnu laisse à penser qu'il n'a pas encore atteint son sommet. SD Asaf Avidan, jeudi 26 septembre à 20h, au Summum

Continuer à lire

Asaf Avidan & The Mojos

MUSIQUES | Une voix rauque et marquée évoquant ni plus ni moins que Janis Joplin : l’Israélien Asaf Avidan donne le ton d’emblée, notamment sur des titres bluffants (...)

François Cau | Lundi 7 juin 2010

Asaf Avidan & The Mojos

Une voix rauque et marquée évoquant ni plus ni moins que Janis Joplin : l’Israélien Asaf Avidan donne le ton d’emblée, notamment sur des titres bluffants comme Hangwoman ou Weak (et sa fin prenante). Comprendre que l’on est ici au contact d’une musique référencée, fleurant bon les 70’s, période foisonnante et anarchique où le folk lettré côtoyait les guitares saturées. Accompagné sur scène par quatre musiciens (The Mojos), cet ancien militaire n’ayant jamais abandonné sa passion pour l’art arrive à transmettre une véritable émotion non feinte, voguant du côté de la réappropriation salutaire plutôt que de celui, réducteur, de la copie démonstrative ; les vidéos live disponibles sur le web servant de preuves irréfutables. Bonne nouvelle : tout ce petit monde se produira à la Bobine ce samedi 12 juin à 21h, pour un concert que l’on espère à la hauteur de nos attentes. Aurélien Martinez

Continuer à lire