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SCENES | Alors que se tient en ce moment dans le Trièves le « festival international de contact improvisation et composition instantanée » baptisé Les Mille et Une, zoom sur une pratique artistique peu connue mais très fortement ancrée à Grenoble grâce à ses nombreux adeptes. Charles Perragin

Guillaume Renouard | Mardi 8 juillet 2014

Photo : Emmanuelle Latour


Les danseurs se meuvent dans une improvisation totale. Ils ne recherchent pas un mouvement gracieux, harmonieux. Les corps se choquent parfois, se déséquilibrent et chutent pour finalement s'ouvrir vers un autre mouvement, sans pouvoir prévoir les prochains pas : le contact improvisation est une danse tout en fluidité. Et comme toute improvisation, il implique un apprentissage technique important.

Cette danse encore peu connue est née au début des années 1970 aux États-Unis, initiée par Steve Paxton. Aujourd'hui, la pratique se développe particulièrement bien à Grenoble, en particulier grâce à son ambassadrice Isabelle Üski. La danseuse et chorégraphe, à qui l'on doit notamment le très réussi Cake Shop (qui sera repris dans l'agglo la saison prochaine), n'a pas découvert le contact improvisation à la John Weber Gallery de New York, où performait l'illustre Paxton. La rencontre a eu lieu par hasard, dans une salle de danse de Barcelone, en 1999. « Là, c'était une évidence ; c'est ce que je cherchais. Le plaisir de goûter le mouvement dans l'instant présent. Se mouvoir en complicité avec l'autreJ'ai plus appris à danser avec le contact impro qu'avec mes cours de danse contemporaine. Sans vouloir dévaloriser ces derniers, c'est avec le contact impro que j'ai appris à vraiment ressentir mon mouvement et du coup que j'ai clarifié mes appuis, épuré et affirmé ma danse. »

« Sortir des théâtres »

Après six ans de stages, d'apprentissage, de cours et de voyages, elle atterrit à Grenoble. Avec une nouvelle association, Chorescence, elle commence à proposer un cours de contact impro hebdomadaire avec son compagnon. Chaque semaine, elle fait la rencontre d'autres danseurs dans une "jam", en référence aux jam-sessions de New York dans les années 40 où se rejoignaient les jazzmen pour des improvisations endiablées. « Les danseurs s'y retrouvent et improvisent. C'est très libre. » C'est l'esprit du contact impro, pratique de performeurs dont l'essence est de « sortir des théâtres ». Pas étonnant de la retrouver dans les jams et les happenings. « Le contact impro a quelque chose d'éphémère. Nous ne sommes pas dans la logique d'un spectacle de danse reproductible. »

Dans ces salles, les futurs "contacteurs" se rencontrent et les cours se développent. « Ça a pris comme de la mayo. » Dès 2006, Chorescence organise des stages et double les cours. L'association invite les amateurs de contact improvisation à se rencontrer à des festivals. « Il fallait que ça circule, qu'un grand réseau se forme. » Cette saison, près de 50 "contacteurs" de 20 à 70 ans se sont retrouvés chaque semaine dans les cours d'improvisation organisés par Chorescence. « Je me suis rendu compte que ceux qui n'ont jamais dansé s'orientent plus facilement vers le contact impro. Ils peuvent oser danser car nous ne sommes ni dans la reproduction d'une forme, ni dans l'attente d'un rendu final, mais dans un rapport au vécu. Ceci, ainsi que l'engagement physique du corps assez enivrant du contact impro, fait aussi que ça attire beaucoup d'hommes. »

« La dimension artistique est sous-estimée »

Apprendre à se mouvoir avec l'autre, telle est la fin ultime. Mais il ne faut pas se cantonner à la satisfaction sociale et physique que donne un petit apprentissage technique. Ici, les "contacteurs" essaient d'acquérir une certaine complicité spontanée avec un partenaire. « Il y a le risque d'être tellement content de revoir une personne à une séance que l'on reste dans le lien social, et plus dans la création. » Isabelle Üski a d'ailleurs horreur d'entendre l'expression « danse contact » tant l'improvisation est centrale pour elle. « Il faut à tout prix garder le goût de l'exploration et de la créativité. Le contact impro souffre de tellement d'amalgames et parfois d'une réputation d'une simple activité rigolote où l'on se roule dessus. Ça fait mal au cœur, mais il y a plein de raisons à cela. Déjà, c'est une pratique où l'on prône le goût et le confort du geste mais c'est aussi une pratique qui demande beaucoup de rigueur pour qu'elle reste vraiment riche, pour qu'elle nourrisse encore et encore la présence, la sensation, le mouvement, la curiosité et l'ouverture à l'inconnu. Cette tension entre confort et rigueur fait peut-être que sa dimension artistique est souvent méconnue ou sous-estimée. »

Festival Les Mille et Une, jusqu'au 13 juillet à Mens, dans le Trièves

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« Danser avant tout »

SCENES | Jérémy Damian a découvert le contact improvisation il y a cinq ans, alors qu’il cherchait un sujet pour sa thèse d’anthropologie. Immédiatement séduit par cette discipline, et désireux de travailler sur le corps et les émotions, il décide d’y consacrer ses recherches, à l’UPMF Grenoble. Propos recueillis par Guillaume Renouard

Guillaume Renouard | Mardi 8 juillet 2014

« Danser avant tout »

L’une des spécificités du contact improvisation est qu’il se pratique en binôme. Comment se déroule cette rencontre entre deux corps ? Jérémy Damian : Le terme technique utilisé dans le jargon est « point de contact ». La technique de base consiste à établir ce point de contact avec son partenaire pour le faire rouler sans le perdre. Le but étant de pousser ça jusqu’à parvenir à un dessaisissement des volontés respectives de chaque danseur. D’où le terme contact, donc… La notion d’improvisation est-elle aussi importante ? Bien sûr. À partir de ce point de contact, la danse devient un momentum, un mouvement qui s’auto-entretient. On ne fait plus d’effort pour maintenir la danse, on entre dans un flot, on se laisse porter, ça coule tout seul. Rencontre et exploration, deux dimensions qui suggèrent un certain travail expérimental sur soi… Les participants viennent pour s’essayer, découvrir des manières de sentir, expérimenter à plusieurs. Parmi les nombreuses personnes que j’ai intervie

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Éclectiquement vôtre

CONNAITRE | Chaque fin d’année depuis trois ans, Noël au balcon pointe son nez. Un festival organisé par le collectif Mann'Art(e) qui regroupe des compagnies d’artistes (...)

Aurélien Martinez | Jeudi 5 décembre 2013

Éclectiquement vôtre

Chaque fin d’année depuis trois ans, Noël au balcon pointe son nez. Un festival organisé par le collectif Mann'Art(e) qui regroupe des compagnies d’artistes et plusieurs associations d’actions culturelles. D’où un événement qui brasse large, guidé par l’envie de créer un cadre agréable propice au spectacle comme au rassemblement populaire – les salles blanche et noire, où se déroulent les trois jours de festivités, sont des lieux parfaitement adaptés (pas de rapport figé et frontal artiste-public, vastes espaces de déambulation, ...). « Pour une autre approche de cette période de fête » dixit les organisateurs. Niveau programmation, on a surtout envie de mettre en avant le spectacle Cake Shop d’Isabelle Üski et Sébastien Coste. Un concert-dansé d’une grande intensité (comme on l’avait déjà écrit dans nos colonnes – interview toujours en ligne) qui a malheureusement été trop peu vu. Ce sera pour le je

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Festival : Les 1000 et une

SCENES |

Aurélien Martinez | Lundi 31 octobre 2011

Festival : Les 1000 et une

Vous ne le savez peut-être pas, mais depuis maintenant un an, Grenoble a son festival international de danse contact-improvisation. C’est-à-dire ? Le contact-improvisation est une pratique dansée, débarqué des États-Unis où il y est né il a une quarantaine d’années, et qui consiste à rentrer en contact avec ses partenaires de diverses manières possibles. Un art très étrange aux premiers abords, de par son aspect improvisé, qui rencontre un très fort écho en France depuis quelques années, notamment à Grenoble du fait d’un nombre d’adeptes assez conséquent. Du 7 au 13 novembre, l’association Chorescence proposera donc la deuxième édition du festival Les 1000 et une. Avec, outre des stages pour les aficionados, deux soirées ouvertes au public (dont une en amont) pour assister à diverses performances : jeudi 3 novembre à l’Amphidice, et mercredi 9 à l’Amphithéâtre de Voiron.

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Les 1000 et une

SCENES |

Aurélien Martinez | Jeudi 28 octobre 2010

Les 1000 et une

Du 8 au 14 novembre se tient dans l’agglo le premier festival international français de danse contact improvisation, mouvement né aux États-Unis dans les années 70. On imagine déjà vos mines interloquées à la lecture du nom de cette discipline obscure… « Difficile à enfermer dans une case, le contact improvisation peut se comprendre comme un art-sport, une pratique physique faisant la part belle à la sensation et l’exploration, une danse improvisée née de la rencontre et de l’écoute entre danseurs. » Wouh ! Le résultat, entre aïkido, gymnastique et danse, est surprenant, défiant toute rationalité (de nombreuses vidéos disponibles sur le web parlent d’elles-mêmes). Pour le festival, organisé par l’association Chorescence et principalement axé sur la pratique, une journée porte ouverte aura lieu le mercredi 10 novembre, au Tremplin Sport Formation de Voiron. Avec, entre autres, des performances et démonstrations à partir de 20h30. Plus d’infos sur www.1001festival.fr.

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