Into the wild

ECRANS | Même s'il dilue la force de ses premiers films dans une mise en scène parfois attendue, Sean Penn confirme qu'il est un cinéaste important avec ce road-movie existentiel sur les traces du cinéma américain des 70's. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 23 janvier 2008

La légère déception ressentie face à Into the wild est facile à expliquer. Depuis qu'il a décidé de passer derrière la caméra, Sean Penn s'est transformé en poète d'une Amérique éternelle qu'il contemple avec un romantisme noir et élégiaque, empruntant parfois les codes du cinéma de genre pour mieux les renverser au profit de la tragédie de ses personnages. Indian runner, Crossing guard et surtout le fabuleux The Pledge plaçait l'homme au milieu d'une nature qui rendait peu à peu dérisoires ses obsessions, ses peurs et ses passions. Into the wild prend les choses dans l'autre sens, ce qui est beaucoup plus attendu : Christopher MacCandless (Emile Hirsch, fantastique, paie de sa personne pour être à la hauteur du personnage) refuse la vie de petit-bourgeois qui lui tend les bras et décide de partir à l'aventure. Entre clochard céleste à la Kerouac et retour à l'état de nature façon Thoreau, il devient Alexander Supertramp, et arpente l'Amérique avec pour destination finale l'Alaska, choisie à cause de son environnement sauvage et hostile. Sean Penn pose donc de nouveau l'opposition nature/culture, mais c'est à nouveau quand il revient vers l'humain qu'il réussit son pari.

Sur la route

Car les nombreuses cartes postales qui relient les étapes de ce road-movie font figure de dépliant exotique naïf, et les réflexions philosophiques de MacCandless confirment le peu de distance du cinéaste envers cette idéologie sournoise des "vraies valeurs". Là où le film surprend, et s'avère même par moments sublime, c'est quand il oppose à sa figure de héros idéaliste de simples Américains qui tous perçoivent le piège dans lequel il s'enfonce. Un couple de hippies vieillissants, un petit fermier magouilleur (étonnant Vince Vaughn), une jeune fille amoureuse, un sexagénaire endeuillé (le plus beau passage du film, absolument bouleversant) : tous regardent MacCandless comme un garçon emporté par sa fougue («Tu es jeune» lui dit-on, et cela suffit à lui faire sentir son inconscience), fuyant des fantômes en se réfugiant derrière de grandes idées de sagesse. Le style de Sean Penn s'assagit alors (malgré sa longueur, le film ressemble parfois à un assemblage de bandes-annonces) et laisse entrevoir un tout autre projet. Car, plus que le véritable MacCandless, Penn semble chercher ses propres origines de cinéaste dans les spectres du cinéma des années 70 : Monte Hellman, Dennis Hopper, Sam Peckinpah, Michael Cimino, autant d'aïeux revendiqués qui ont eux aussi disparu dans la nature, happés par une sauvagerie nommée système hollywoodien puis recrachés en marginaux échoués que Sean Penn ressuscite le temps d'un film, dont on excuse du coup le lyrisme un peu appuyé.

Into the wild
De Sean Penn (ÉU, 2h27) avec Emile Hirsch, Catherine Keener, Vince Vaughn...

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"The Jane Doe Identity" de André Øvredal : chair inconnue

ECRANS | de André Øvredal (G-B ; E-U, int. -12 ans avec avert., 1h39) avec Emile Hirsch, Brian Cox, Ophelia Lovibond…

Vincent Raymond | Mardi 30 mai 2017

Un médecin-légiste et son fils entreprennent la dissection du corps incroyablement intact d’une jeune inconnue trouvée sur une scène de crime barbare. Peu à peu, d’étranges phénomènes paranormaux interfèrent avec l’autopsie, menaçant leur santé mentale, voire leur vie… Quasi huis clos en quasi temps réel, ce thriller horrifique dissimule sous sa gangue de série B une pulpe complexe, révélant à l’examen d’appétissants composants : traces d’Histoire, extraits de politique, essence de légendes urbaines… À la vérité, c’est la raison d’être du film d’épouvante que de transmuter des éléments sulfureux et de les hybrider avec des germes gothiques pour en tirer des allégories contemporaines : Hawks a ainsi évoqué le communisme dans The Thing (1951), Siegel le conformisme dans Body Snatchers (1956) et Coppola le sida dans son Dracula (1992). André Øvredal crée donc un jeu de piste pour carabins à travers les organes de la malheureuse victime qui montre bien comment l’Homme réagit face à l’irrationnel : l’obscura

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"Get Out" : black out

ECRANS | de Jordan Peele (É-U, int. -12 ans, 1h44) avec Daniel Kaluuya, Allison Williams, Catherine Keener…

Vincent Raymond | Mardi 2 mai 2017

Chris part passer le week-end chez les parents de sa petite amie Rose. Avec appréhension : il ne les a jamais rencontrés ; ils sont blancs et lui noir. Après un accueil très (voire trop) bienveillant, Chris découvre un gros méchant loup, et qu’il est piégé comme un mouton à l’abattoir… Vous la voyez venir, la métaphore politique, sociale et raciale ? Avec ses gros sabots qui claquent, il faudrait être sourd jusqu’aux yeux pour ne pas la sentir arriver. Il y a cinquante ans et réduit à 26 minutes, Get Out aurait pu être un épisode génial de The Twilight Zone ; aujourd’hui, il manque un tantinet de fraîcheur — celle qui glace les omoplates. Le film ne manque pourtant pas de bonnes idées : engagé comme une romance indé, il est insensiblement gagné par une forme d’intranquillité galopante, entrelardé de gags à la Chris Rock, avant de s’achever dans une épouvante organique que ne dédaignerait pas Cronenberg. Las, il est pénalisé par son rythme trop lent qui condamne le spectateur à prendre de l’avance sur l’intrigue. Dommage.

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"Un jour dans la vie de Billy Lynn" : Post trauma, luxe

Le film de la semaine | De ses dommages collatéraux en Irak à ses ravages muets sur un soldat texan rentré au bercail pour y être exhibé comme un héros, la guerre… et tout ce qui s’ensuit. 24 heures de paradoxes étasuniens synthétisés par un patron du cinéma mondial, le polyvalent Ang Lee.

Vincent Raymond | Mardi 31 janvier 2017

Suggérant à la fois un roman de Zweig et une chanson des Beatles, le titre français de Billy Lynn's Long Halftime Walk ne trahit pas, loin s’en faut, l’esprit du film de Ang Lee ; son apparente banalité le contient en effet dans son entier, respectant l’unité de temps en dessinant une perspective plus vaste. Tout se déroule durant la journée particulière de Thanksgiving : ayant accompli un acte héroïque en Irak, le jeunot Billy Lynn bénéficie d’une permission exceptionnelle au Texas afin, notamment, de parader au sein de son unité durant le spectacle de mi-temps d’un match de football américain. Avant de participer à cette mise en scène aussi grotesque qu’obscène — censée galvaniser ou distraire, on ne sait guère, une populace déconnectée de la réalité du terrain —, le troufion aura essuyé les suppliques de sa sœur l’incitant à se faire réformer, découvert la béance entre l’image que se font les civils du front et la réalité, mais surtout été bombardé intérieurement d’envahissants souvenirs constitutifs d’un traumatisme latent. Full frontal, Foule frontale Ang Lee montre dans ce stupéfiant raccourci la germinatio

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"Personal Shopper" : perservare diabolicum est

ECRANS | de Olivier Assayas (Fr, 1h45) avec Kristen Stewart, Lars Eidinger, Sigrid Bouaziz…

Vincent Raymond | Mardi 13 décembre 2016

Avec Personal Shopper, Olivier Assayas s’essaie au film fantastique-lol — un truc si improbable qu’il devrait prêter à rire tant il se prend indûment au sérieux. Las, d’aucuns ont dû lui trouver une insondable profondeur, une beauté ineffable, au point de le juger digne de figurer dans un palmarès. En découle un aberrant Prix de la mise en scène à Cannes — dépouillant de fait Cristian Mungiu de l’intégrité de ses justifiés lauriers. On suit donc ici une jeune Américaine, Maureen, chargée de garnir la penderie parisienne d’une quelconque vedette, entre une session d’emplettes et une vague séance de spiritisme. Car Maureen, plus ou moins médium ayant perdu son frère jumeau, guette la manifestation post mortem d’icelui… Prolongation morne et inutile du ticket de Kristen Stewart chez Assayas, après l’inégal

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"La Chanson de l’éléphant" : les mimiques exagérées de Xavier Dolan

ECRANS | Un film de Charles Binamé (Can, 1h50) avec Bruce Greenwood, Xavier Dolan, Catherine Keener…

Vincent Raymond | Mercredi 6 juillet 2016

L’appétence de Xavier Dolan pour les rôles de jeunes hommes détraqués ayant un problème avec leur môman et, accessoirement, une orientation homosexuelle, risque de l’enfermer dans un carcan dont il aura le plus grand mal à s’extraire lorsque la puberté aura achevé de le travailler. S’il s’agissait de montrer l’étendue de ses capacités de comédien, la prestation qu’il a livrée à Cannes en recevant son Grand Prix en mai dernier laissait déjà planer de sérieux doutes. A-t-il voulu camper (en anglais) un résident d’hôpital psychiatrique jouant au chat et à la souris avec le directeur de l’établissement par amour pour la pièce originale, pour en remontrer à ses confrères anglo-saxons, pour s’accorder une ultime chance ou bien par pur masochisme ? Quel que soit le mobile, ses mimiques exagérées de Norman Bates canadien valorisent le jeu retenu de ses partenaires — en particulier l’excellent Bruce Greenwood.

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Café Society : Hollywoody boulevard

ECRANS | Le 47e opus de Woody Allen-réalisateur semble avoir été taillé sur mesure pour effectuer l’ouverture de la 69e édition du festival de Cannes : glamour, artifices et nostalgie des vieilles bobines s’y bousculent. On passe un charmant moment, sans être transporté…

Vincent Raymond | Jeudi 12 mai 2016

Café Society : Hollywoody boulevard

Un film situé, au moins partiellement, dans les arcanes du Hollywood de l’âge d’or ne pouvait que finir (ou, à tout le moins, commencer sa carrière) sur la Croisette. Café Society tend une sorte de miroir temporel pareil à une vanité à la foule des producteurs, cinéastes, comédiens, agents qui se pressent aux marches du Palais et dans les réceptions pour participer à la gigantesque sauterie cannoise. Car du cinéma, il ne montre absolument rien si ce n’est un extrait de La Dame en rouge (1935) de Robert Florey. En cela, il se situe aux antipodes de Avé César des frères Coen qui avait effectué l’ouverture de la Berlinale. Ici, les stars demeurent cachées dans leurs résidences exubérantes, ou des noms évoqués par paquets de dix, d’éphémères symboles de puissance dans l’Usine à rêve, totalement privées de substance et d’incarnation. Woody et ses doubles C’est plus la nostalgie jazzeuse, l’élégance du cadre et les vestes cintrées qui intéressent Woody Allen dans ce décor-prétexte. Les plateaux, il leur a déjà réglé leur compte dans Hollywood Ending (2002), comédie décriée et pourtant débordant

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Sils Maria

ECRANS | D’Olivier Assayas (Fr, 2h03) avec Juliette Binoche, Kristen Stewart…

Christophe Chabert | Mardi 15 juillet 2014

Sils Maria

La prétention qui suinte de la première à la dernière image de Sils Maria ne surprendra pas ceux qui, comme nous, ont pris en grippe le cinéma d’Olivier Assayas. Il y raconte, sans le moindre scrupule de crédibilité, comment une star entre deux âges (Juliette Binoche, qui pose tout du long en alter ego de Juliette Binoche) décide de reprendre la pièce qui l’a rendue célèbre et dont l’auteur s’est éteint, comme par hasard, au moment où elle allait lui rendre hommage en Suisse. Elle laisse le rôle de la jeune première à une nymphette hollywoodienne (Chloë Grace Moretz) et endosse celui de la femme mûre, ce qui déclenche chez elle un psychodrame dont le souffre-douleur sera son assistante (Kristen Stewart, la seule à surnager en adoptant un très respectable profil bas au milieu du désastre). «Tu l’as vu, mon Persona ?» nous susurre Assayas tout du long avec une finesse éléphantesque, des coquetteries stylistiques de grand auteur — le faux film muet, la musique classique — et une manière très désagréable de désigner ce qui est de l’art et ce qui n’en est pas. Les blockbusters de super-héros ? Des merdes à regarder avec des lunettes 3D ridi

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La Vie rêvée de Walter Mitty

ECRANS | Ben Stiller passe à la vitesse supérieure en tant que réalisateur avec ce modèle de comédie romantique d’une classe visuelle permanente, où il s’agit de faire d’un héros du quotidien le vestige d’une époque en train de disparaître. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 17 décembre 2013

La Vie rêvée de Walter Mitty

Que se serait-il passé si Walter Mitty, plutôt que d’envoyer un poke sur un site de rencontres à sa collègue de bureau, l’avait simplement abordée dans la vraie vie ? Rien d’exceptionnel sans doute, et c’est sur ce gouffre initial que se bâtit toute l’ampleur romanesque mais aussi toute la philosophie de La Vie rêvée de Walter Mitty, cinquième film de Ben Stiller derrière une caméra, le plus abouti, le plus étonnant aussi. Mitty, que Stiller incarne avec un sens exceptionnel du tempo qu’il soit comique ou dramatique, est un monsieur tout le monde tel que Capra aimait les peindre. De Capra à Capa, il n’y a qu’un pas que le film franchit en le faisant travailler au service photo de Life, institution de la presse américaine sur le point de déménager en ligne, décision prise par une bande d’idiots cravatés et barbus — c’est tendance — entraînant le licenciement d’une partie des salariés. Mitty doit gérer l’ultime couverture du journal, réalisée par un photographe légendaire et solitaire, lui aussi aux prises avec la grande mutation du XXIe siècle : il refuse le numérique et n’aime que l’argentique. Sauf qu’il n’a pas fait parvenir le cli

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L’Impasse tragique

ECRANS | Une semaine après Scarface, le Cinéma Lumière propose de redécouvrir son pendant tourné dix ans plus tard, L’Impasse, toujours avec De Palma derrière la caméra et (...)

Christophe Chabert | Jeudi 31 octobre 2013

L’Impasse tragique

Une semaine après Scarface, le Cinéma Lumière propose de redécouvrir son pendant tourné dix ans plus tard, L’Impasse, toujours avec De Palma derrière la caméra et Pacino devant. Plutôt que d’offrir une suite à leur film culte, les deux choisissent d’en faire l’inverse exact : Scarface était furieusement de son temps ? L’Impasse sera intemporel… Tony Montana était un idiot intégral, obsédé par la réussite et prêt à buter tout ce qui entraverait son ascension ? Carlo Brigante ne pensera qu’à se ranger, affichant tout du long une sagesse mélancolique face à un monde du crime qu’il méprise. De Palma s’offre une rime visuelle entre les deux : une affiche publicitaire vantant un «Paradis» caricatural à base de lever de soleil, de plage et de palmiers. Dès la première scène de L’Impasse, où l’on voit Brigante agoniser sur une civière, on sait que ce paradis-là ne sera jamais atteint, et cette introduction en forme de requiem donnera sa tonalité tragique à

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Prince of Texas

ECRANS | De David Gordon Green (ÉU, 1h34) avec Paul Rudd, Emile Hirsch…

Christophe Chabert | Lundi 28 octobre 2013

Prince of Texas

Après trois comédies graduellement décevantes, Prince of Texas marque le retour en forme de David Gordon Green, dont on avait tant aimé L’Autre rive. Retour discret toutefois : ce road movie minimaliste où deux hommes tracent une route au milieu de nulle part séduit par sa nonchalance, son humour pince-sans-rire et son goût des creux dramatiques. Il ne s’y passe donc pas grand chose, et lorsque des événements importants arrivent aux personnages, c’est hors de leur périmètre, méticuleusement respecté. Le film ne quitte donc jamais cette route sans début ni fin, mais y fait transiter des lettres, des anecdotes et des fantômes, le temps de séquences suspendues où les caractères vacillent peu à peu — le psychorigide comprend la vacuité de son existence, le chien fou se découvre doué d’une forme insoupçonnée de compassion. Petit film donc, parfait pour patienter avant le prochain David Gordon Green, Joe, avec Nicolas Cage. Christophe Chabert

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Gangster squad

ECRANS | De Ruben Fleischer (ÉU, 1h52) avec Josh Brolin, Ryan Gossling, Sean Penn…

Christophe Chabert | Mardi 29 janvier 2013

Gangster squad

Le ratage de ce Gangster squad est plutôt surprenant : un casting en or, une relecture du film de gangsters par un cinéaste habile à revigorer les codes des genres (son Zombieland était grandiose à ce niveau)… Assez vite, il faut se rendre à l’évidence : le script n’est qu’un laborieux décalque de celui des Incorruptibles, sans les dialogues admirables de David Mamet, mais avec beaucoup de grandes phrases toutes plus ridicules les unes que les autres. Du coup, les acteurs sortent les rames. Sean Penn a beau en faire des caisses dans le rôle de Mickey Cohen, on ne voit que son maquillage qui lui donne des allures de freak grotesque. Très mauvais aussi, Josh Brolin, mâchoire serrée et front plissé tout du long. On aimerait sauver le duo archi-glamour Emma Stone-Ryan Gossling du naufrage, mais leur couple ressemble plutôt à des icônes lisses sorties d’un poster d’époque. Quant à la mise en scène, desservie par une photo numérique d’une absolue laideur, elle tente de noyer le poisson en en rajoutant dans la violence (et même le

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Killer Joe

ECRANS | À 77 ans, William Friedkin prouve qu’il n’a rien perdu de sa rage corrosive avec cette comédie très noire autour d’une famille de Texans dévorés par une même cupidité. Cru et violent, génialement écrit et servi par un casting parfait. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 29 août 2012

Killer Joe

Il y a deux types de cinéastes vieillissants : ceux qui adoptent une forme de sagesse et affinent film après film leur point de vue — l’école Eastwood ; et ceux qui s’autorisent un surcroît de fantaisie — l’école Resnais. En fait, il faut en ajouter un troisième, minoritaire : les metteurs en scène qui retrouvent dans cette dernière ligne droite une rage juvénile qu’on ne leur soupçonnait plus. Cela donne Battle Royale de Fukasaku et aujourd’hui cet incroyable Killer Joe d’un William Friedkin de retour au sommet. Bug, son film précédent, montrait déjà une hargne retrouvée, mais aussi des limites par rapport au matériau théâtral qu’il se contentait de transposer sagement à l’écran. L’auteur, Tracy Letts, est aussi celui de la pièce qui a inspiré Killer Joe ; cette fois, il a pris le temps de bosser avec Friedkin une vraie adaptation cinématographique, aérée et fluide, du texte original. Un choix plus que payant : le dialogue brillant de Letts trouve dans la mise en scène de Friedkin un allié de poids, le cinéaste étant trop content d’aller en découdre avec so

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Sur la route

ECRANS | On se demande encore ce qui a motivé Walter Salles a porté le roman de Jack Kerouac à l'écran, tant son adaptation tombe dans tous les travers du cinéma illustratif, académique et laborieux. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 24 mai 2012

Sur la route

La longue et tortueuse gestation de Sur la route, passé entre beaucoup de mains dont celles, prestigieuses, de Francis Ford Coppola, n'explique que partiellement la médiocrité du résultat final, signé Walter Salles. Car autant on peut comprendre ce que le cinéaste d'Apocalypse now pouvait voir de mythologies américaines dans le bouquin de Kerouac mais aussi de résonances personnelles, autant le Brésilien aborde ce matériau avec un œil extérieur, réduisant la chose à un témoignage sur les fondations de la culture beat. Très vite, Sur la route n'est qu'une affaire de reconstitution appliquée où tout est réduit à sa dimension décorative, Salles voyant dans ses écrivains balbutiant qui nourrissent leur vie de road trips et d'expériences sexuelles et narcotiques les ancètres de nos hipsters modernes. Sens unique À ce titre, le casting fait particulièrement gravure de mode : trop beaux, trop propres, trop lisses, tous semblent déjà prendre la pose pour les photos promos à venir. Cette aseptisation s'étend à toutes les strates du film : les étapes des voyages, comme autant de dépliants touristiques, le rapport à la musique, bousillé par un m

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This must be the place

ECRANS | Sean Penn en rocker glam vieillissant et déprimé qui part à la recherche du tortionnaire nazi de son père mort : c’est l’improbable, déroutant et en fin de compte attachant nouveau film du réalisateur d’Il Divo. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 6 juillet 2011

This must be the place

Imaginez un Robert Smith dépressif dans une maison art-déco de Dublin, traînant au supermarché avec sa pote gothique, faisant de la pelote basque dans sa piscine vide… Voici Cheyenne, anti-héros du nouveau film de Paolo Sorrentino, sous les traits d’un Sean Penn grimé en chanteur de Tokio Hotel viré vieux travelo. Réaction logique du spectateur : prendre ce type pour un crétin et regarder ce petit monde tourner en rond dans les cadres chiadés du réalisateur comme une mauvaise contrefaçon du cinéma des frères Coen — la présence de Frances MacDromand dans le rôle de la femme de Cheyenne pousse d’autant plus à la comparaison. Après une demi-heure de ce manège agaçant, Sorrentino commence à renverser tous ses clichés. This must be the place s’avère alors graduellement attachant, en dépit d’une partie dramatique où Cheyenne part aux Etats-Unis à la recherche du nazi qui a torturé son père, road movie qui frôle plus d’une fois la sortie de route. Le rocker philosophe Le film réussit toutefois son pari pour deux raisons : d’abord, nous faire épouser le regard de Cheyenne sur le monde, cette ironie qui en fait un sage au mili

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Welcome to the Rileys

ECRANS | De Jake Scott (ÉU, 1h50) avec James Gandolfini, Kristen Stewart…

Christophe Chabert | Mardi 2 novembre 2010

Welcome to the Rileys

Doug Riley s’est éloigné de sa femme après la mort de leur fille de 15 ans. Sa maîtresse décède à son tour et, au cours d’un congrès à la Nouvelle-Orléans, il rencontre une jeune strip-teaseuse à la dérive. Sur un coup de tête, il s’installe chez elle et décide, sans contrepartie, de lui servir de protecteur. Argument ténu, possiblement scabreux, que Jake Scott et son scénariste Ken Hixon traitent avec une délicatesse et une justesse touchantes. "Welcome to the Rileys" croit dans les capacités du cinéma à restituer toute la bouleversante fragilité des êtres et les rapports complexes qu’ils entretiennent entre eux. Des séquences comme les retrouvailles entre Doug et sa femme, ou celle où Doug repousse les avances de Malliory, reposent sur une étonnante capacité à saisir le temps qui s’écoule, la répétition d’un geste, les hésitations d’un corps. Très beau, très émouvant, le film doit beaucoup à la rencontre entre le massif Gandolfini et la frêle Stewart : tous deux s’emploient à s’écarter de leurs rôles mythiques (Tony Soprano pour lui, Bella pour elle), sans vraiment y parvenir. Mais cela renforce la vérité de leurs personnages, en quête éperdue d’une nouvelle vie, d’un autre ho

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Fair Game

ECRANS | De Doug Liman (ÉU, 1h46) avec Sean Penn, Naomi Watts…

Christophe Chabert | Mardi 26 octobre 2010

Fair Game

Espionne pour la CIA, Valerie Plame a eu le malheur d’être mariée à un diplomate américain, Joe Wilson, qui révéla dans la presse le bidonnage des preuves sur les armes de destruction massive en Irak. Pour allumer un contre-feu, l’Agence lève l’alias de Valerie, ce qui provoque son licenciement et son discrédit. Beau sujet au demeurant : comment au nom d’une raison d’État défaillante, une vie peut être ruinée jusque dans son intimité (c’était aussi celui de "L’Échange" de Clint Eastwood). "Fair game", pourtant, ne tire de cet argument qu’une pénible fiction de gauche hollywoodienne, avec tous les tics du genre : un excès de dramatisation, des grands sentiments en lieu et place d’une véritable réflexion, une mise en scène qui confond efficacité et précipitation. L’ordinaire du cinéma anti-Bush, un peu à la bourre pour le coup, et qu’un film comme "Green zone" avait largement ringardisé. Reste le couple Watts-Penn. OK, ils en font des tonnes ; mais ils donnent de la consistance humaine à ce film schématique, simpliste et dans le fond, anodin.CC

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Les Runaways

ECRANS | De Floria Sigismondi (ÉU, 1h45) avec Kristen Stewart, Dakota Fanning, Michael Shannon…

Christophe Chabert | Mercredi 8 septembre 2010

Les Runaways

Dans le registre souvent casse burne du biopic musical, "Les Runaways" s’en sort avec les honneurs. Certes, la mythologie rock est convoquée avec ses clichés habituels (la drogue, les groupies en transe, le succès brusque, la redescente plus brutale encore) ; mais l’odyssée de Joan Jett et de Cherie Currie, deux très jeunes rockeuses qui en 1975 inventeront avec les Runaways un pendant féminin au glam-rock de Bowie, a de solides atouts. D’abord, les images du prodige Benoît Debie, négociant un virage américain réussi après ses exploits chez Fabrice Du Welz ; ensuite, son tandem d’actrices (et une mention spéciale pour ce cinglé de Michael Shannon, ici en producteur odieusement mégalo). Le film est alors passionnant : il est beau de voir Kristen Stewart salir son image de pucelle vampirisée en roulant de grosses galoches à sa partenaire, en sautant en culotte noire sur son lit ou en sniffant de la colle dans les rues de L.A. Mais plus forte encore est la métamorphose de Dakota Fanning… L’ex enfant-star de "La Guerre des mondes" incarne un personnage lui aussi arraché à l’adolescence par l’appât de la célébrité, et qui cherche en vain à exister par-delà son image dévorante. C’est

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Hôtel Woodstock

ECRANS | D’Ang Lee (ÉU, 2h02) avec Demetri Martin, Emile Hirsch, Liev Schreiber…

Christophe Chabert | Mardi 15 septembre 2009

Hôtel Woodstock

Le cinéphile français attaché à la politique des auteurs ne peut qu’être désorienté par le parcours du tandem Ang Lee/James Schamus (son scénariste attitré). Sans véritable thème (sinon, et encore, l’homosexualité), sans style visuel défini (avec des grands écarts entre la sophistication formelle de Hulk et la sobriété romanesque de Lust, caution), ces deux-là sont des caméléons promenant leur cinéma à travers le monde, les genres et les budgets. Hôtel Woodstock surfe ainsi sur la vague des 'feel good movies', avec une pointe de Wes Anderson en prime. Surprise : ce cocktail est franchement plaisant, et même euphorisant. Traitant le mythique festival de rock par le petit bout de la lorgnette (une famille juive coincée dont le fils pense effectuer une bonne affaire en faisant venir la manifestation dans la petite ville sans histoire où ses parents tiennent un hôtel), jusqu’à en éclipser toute image de concert, Hôtel Woodstock raconte l’anecdote et laisse la légende au documentaire de Michael Wadleigh, dont le film plagie les scories visuelles avec un certain brio. Évidemment, l’un n’est jamais très loin de l’autre : le vent de liberté (et de marijuana) va souffler sur ce foyer con

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Harvey Milk

ECRANS | Un Sean Penn irrésistiblement solaire illumine ce biopic en définitive assez convenu, paisible renoncement consensuel d’un Gus Van Sant en petite forme. François Cau

Christophe Chabert | Jeudi 26 février 2009

Harvey Milk

Ce qui frappe le plus dans Harvey Milk… c’est son absence quasi totale de surprise, surtout venant de la part d’un réalisateur célébré pour ses expérimentations narratives déroutantes. Ici, c’est plutôt du côté du metteur en scène de commandes pépères (comme Will Hunting ou À la rencontre de Forrester) qu’il faudra regarder… On démarre par l’annonce tragique de l’assassinat du personnage principal, premier élu ouvertement homosexuel des Etats-Unis. On poursuit avec un procédé narratif lourdement éculé (Milk, redoutant son destin funeste, enregistre son autobiographie – ce qui s’avère très pratique pour commenter ou faire avancer l’intrigue rapidement !). On fait correspondre la petite histoire (les romances d’Harvey) à la grande (le militantisme pour la cause gay). On schématise un rien les motivations du futur assassin, et on n’oublie pas de conclure avec l’habituelle séquence d’archive du “vrai“ héros de l’histoire, cerise sur le gâteau vouée à faire sortir cette foutue larme de l’œil du spectateur réticent, là, au fond, à droite. Gus Van Sant, à mille lieux de ses précédents films, se borne ainsi à suivre une mécanique dramatique qui a fait ses preu

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Twilight, chapitre 1 : fascination

ECRANS | Cinéma / De Catherine Hardwicke (ÈU, 2h10) avec Kristen Stewart, Robert Pattinson…

Dorotée Aznar | Vendredi 9 janvier 2009

Twilight, chapitre 1 : fascination

Entre True Blood, la série d’Alan Ball, Morse (lire le papier rentrée ciné en page 8) et ce Twilight, premier volet d’une trilogie inspirée par les best-sellers de Stephenie Meyer, le thème du vampire ado a le vent en poupe en ce début 2009. Bella, jeune fille à problème, quitte sa mère, son beau-père et Phoenix, Arizona pour s’installer dans le bled de son flic de père, Forks, Washington. Nouveau style de vie (gris et pluvieux), nouveau lycée, nouvelles fréquentations : parmi elles, un beau jeune homme au teint diaphane, aux yeux «golden brown» et au comportement bizarre, dont Bella va rapidement s’éprendre. Commence alors un jeu d’attirance-répulsion qui trouvera son explication quand Edward révèlera ses origines vampiriques tendance végétariennes. Curieusement, alors qu’il y avait matière à glousser, cette partie «film d’ado» est ce qu’il y a de mieux dans Twilight. Catherine Hardwicke, qui avait prouvé ses qualités en la matière avec Thirteen et Les Seigneurs de Dogtown, prend du temps, des silences et du champs pour installer ses personnages, jouant avec les codes du genre mais aussi avec un réalisme bienvenu (cette Amérique très profonde est assez saisissante). En revanche, ç

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Speed Racer

ECRANS | De Larry et Andy Wachowski (ÉU, 2h07) avec Emile Hirsch, Christina Ricci, Matthew Fox, John Goodman…

Christophe Chabert | Dimanche 15 juin 2008

Speed Racer

Speed Racer sort en France après s’être ramassé avec fracas dans tous les territoires où le film a été distribué, à commencer par son Amérique d’origine. Rude atterrissage pour les Wachowski après la trilogie Matrix… Entre temps, les frangins s’étaient illustrés en produisant leur adaptation de V pour Vendetta, une fable stupéfiante d’audace politique, dont ils avaient laissé la sage réalisation à James MacTeigue. Speed Racer, c’est l’anti-V pour Vendetta : un film décérébré mais d’une extrême sophistication formelle, un blockbuster expérimental pour enfants de 5 ans. Transposant une série d’animation japonaise sur de futuristes courses automobiles et leurs pilotes iconisés, ils inventent un univers ripoliné, où le virtuel est omniprésent au point que les acteurs, tous talentueux, ne ressemblent plus qu’à des papiers découpés perdu au milieu des effets spéciaux. Le scénario accumule les clichés, les situations sirupeuses, les bons sentiments et les méchants caricaturaux (à noter cependant que le mal absolu est une incarnation du capitalisme broyant les petits artisans passionnés !). Débile, et même débilitant, le

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