Leonera

ECRANS | Chronique fictionnelle d’une prison accueillant des mères et leurs enfants, Leonera est une réussite reposant sur la complicité entre Pablo Trapero (réalisateur) et Martina Gusman (actrice et co-auteur). Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 26 novembre 2008

Après le génial Hunger, retour à la case prison avec le beau Leonera de Pablo Trapero. Mais là où MacQueen filme ses hommes enfermés avec une stupéfiante radicalité formelle, le cinéaste argentin choisit un réalisme efficace pour parler de la condition des femmes-mères en prison. Après un générique en forme de comptine illustrée de dessins naïfs, Leonera attrape son personnage principal, Julia, au lendemain d'une nuit visiblement mouvementée. Elle s'habille, enquille calmement une journée de travail, puis rentre à son appartement où l'attendent ses deux amants baignant dans le sang d'une scène de crime sauvage. En est-elle l'auteur ? Pourquoi en avoir refoulé le souvenir ? Le film décale le moment des explications pour se concentrer sur le présent de cette héroïne ambiguë : arrestation, transfert pour une prison de femmes, premiers contacts difficiles avec la population carcérale… En cours de route, on apprendra que Julia est enceinte, et que l'institution dans laquelle elle se retrouve est réservée aux femmes dans son cas.

Lionne en cage

La mécanique criminelle du film se commue alors en chronique d'une réalité peu vue à l'écran : ce lieu à mi-chemin entre la crèche joyeuse et une déprimante impasse sociale, où il n'y a que des mères et des enfants et où chacun essaye de vivre comme si de rien n'était. Pablo Trapero compose alors d'intenses moments de cinéma où la métaphore de la «lionne» (traduction du titre) en cage prend tout son sens. Rendues à leur seul instinct maternel, ces femmes retrouvent des réflexes d'animaux sauvages : préserver leur progéniture des dangers extérieurs (que ce soit les matonnes inflexibles ou les grands-mères inquiètes) et lier des amitiés tendres avec le reste de la meute pour tromper l'ennui. Dans un cinémascope somptueux et des clairs très obscurs, le cinéaste capte ces corps débordant d'une vie brouillonne, communauté sans chef où la violence peut se retourner contre les geôliers mais aussi contre soi. Si, comme dans les autres films de Trapero, le récit s'enlise un peu en cours de route, il trouve un nouveau souffle dans sa dernière partie, véritable petit thriller qui rappellera aux cinéphiles l'œuvre qui avait révélé le cinéaste, El Bonaerense. Un dernier tiers qui souligne le talent époustouflant de Martina Gusman, actrice principale mais aussi co-scénariste et productrice. Elle est celle lionne magnifique qui porte autant son personnage qu'un film qui lui doit presque tout.

Leonera
De Pablo Trapero (Arg, 1h53) avec Martina Gusman, Eli Medeiros…

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Elefante blanco

ECRANS | Sans atteindre les hauteurs de son précédent "Carancho", le nouveau film de Pablo Trapero confirme son ambition de créer un cinéma total, à la fois spectaculaire, engagé, personnel et stylisé, à travers un récit qui mélange foi, politique et désir. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 15 février 2013

Elefante blanco

Le prologue très Werner Herzog d’Elefante blanco semble avancer en territoire inconnu. Pour échapper à des guerilleros, Nicolas (Jérémie Rénier) se réfugie dans la jungle avant de dériver sur un fleuve. Entre l’urgence et le lyrisme, Pablo Trapero affirme son envie d’un film qui embrasserait tout ce que le cinéma peut offrir comme spectacle. Déjà, dans son précédent Carancho, il disait le désespoir social de l’Argentine à travers un récit codifié façon film noir, ponctué d’éclats de violence et de grandes envolées stylistiques. Elefante blanco tente de réitérer l’exploit — et y parvient presque. La patte Trapero Nicolas est en fait un prêtre missionnaire. Il est envoyé dans un bidonville de Buenos Aires où exerce son ami Julian (le toujours parfait Ricardo Darin), prêtre lui aussi, qui tente depuis des années de renouer un lien social en construisant un hôpital. Cachant la maladie qui le ronge, sentant sa fin approcher, il voit en Nicolas un successeur possible. Mais leurs tempéraments sont opposés : Julian est calme, raisonné, diplomate ; Nic

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Carancho

ECRANS | À la fois sublime histoire d’amour et thriller oppressant à l’arrière-goût tenace de corruption sociale, le nouveau film de Pablo Trapero convainc sur tous les tableaux grâce à une sensibilité cinématographique rare. François Cau

Dorotée Aznar | Jeudi 27 janvier 2011

Carancho

Sosa (Ricardo Darin, l’un des plus grands acteurs du monde, rappelons-le) est un avocat véreux à la solde de la “Fondation“, une structure simili-mafieuse spécialisée dans le détournement d’assurances d’accidentés de la route. C’est un “carancho“, un rapace, en quête de futurs clients dans les hôpitaux, les commissariats ou les rues de Buenos Aires. Une nuit, sa besogne lui fait croiser le chemin de Lujan (Martina Gusman, encore plus magnétique que dans Leonera), une urgentiste, accro à la dope pour tenir sa cadence infernale. Fortuitement, les deux créatures de la nuit vont se rapprocher, se dévoiler leurs fêlures, succomber à leurs charmes respectifs et aspirer à de meilleurs lendemains, ce qui va s’avérer pour le moins délicat. À chaud, on serait tenté de décréter que la force de Carancho réside pour beaucoup dans sa montée en puissance finale - Pablo Trapero y déploie l’art de sa mise en scène dans une poignée de plans-séquences saisissants, qui vous retournent le cœur pour peu que vous vous soyez un minimum attaché aux personnages. Mais plus les jours passent, et plus le souvenir de l’œuvre s’imprime dans la mémoire avec une grande précision, au moins égale à l’émotion susc

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