Tony Manero

ECRANS | De Pablo Larraín (Chili/-Brésil, 1h38) avec Alfredo Castro, Amparo Noguera…

Christophe Chabert | Lundi 9 février 2009

Oh le beau projet casse-gueule que voilà : démontrer l'horrible absurdité du régime de terreur instauré par Pinochet dans les heures les plus sombres de son régime, via le prisme forcément déviant d'un fan de Tony Manero (le personnage interprété par John Travolta dans La Fièvre du Samedi Soir), dont le parcours chaotique résonne symboliquement avec les exactions du gouvernement chilien. Autant vous dire que le film de Pablo Larrain exige de son spectateur une suspension d'incrédulité à toute épreuve ! Théoriquement, le film est de fait passionnant dans l'exploitation de son postulat narratif carrément improbable, sur sa volonté kamikaze de s'attacher à la froide description d'une névrose qui finira par dévorer son protagoniste déconnecté des réalités l'entourant. Formellement, Pablo Larraín abuse un peu trop d'une complaisance misérabiliste surlignant ses intentions au lieu de leur donner l'ampleur voulue, en particulier dans sa description crue du marasme sexuel de son personnage principal. Le réalisateur nous plonge la tête dans le sordide et le pathétique sans oser s'en relever, et s'enferme volontairement dans le cinéma à thèse pour festivalier en goguette. Dommage.

François Cau

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"Jackie" : Une reine pour Larraín

ECRANS | de Pablo Larraín (E-U, 1h40) avec Natalie Portman, Peter Sarsgaard, Greta Gerwig…

Vincent Raymond | Mardi 31 janvier 2017

Novembre 1963. JFK vient d’être assassiné et sa désormais veuve Jackie Bouvier Kennedy reçoit un journaliste dans sa résidence glacée pour évoquer l’attentat de Dallas, mais aussi son avenir. Au fil de la discussion, elle se remémore pêle-mêle les jours heureux à la Maison-Blanche, les préparatifs des obsèques et la journée fatale… À l’instar de Neruda sorti il y a un mois, Jackie est un biopic transgressif où le sujet principal ayant la pleine conscience de sa future place dans l’Histoire, se permet d’en soigner les contours en abrasant la moindre irrégularité apparente : la si lisse Mrs. Kennedy affirme ainsi ne pas fumer… en écrasant une de ses innombrables cigarettes ; la si droite Jackie tient debout… gavée de calmants et d’alcool. Dans la famille Kennedy, l’apparence prime sur l’expression publique d’un quelconque affect privé ; qu’importent les circonstances, Jackie se doit de participer à l’écriture de la glorieuse geste de cette dynastie. La construction achron

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"Neruda" : Attrape-moi si tu peux !

Le Film de la Semaine | D’un authentique épisode de la vie clandestine du poète chilien Pablo Neruda, Pablo Larrain tire un dys-biopic tenant de la farce, du polar politique et du western. Une palpitante mise en abyme de la création artistique célébrant la supériorité de tout artiste sur le commun des politiques.

Vincent Raymond | Mardi 3 janvier 2017

1948. Immense figure populaire, poète encensé, Pablo Neruda est aussi un député communiste s’opposant avec vigueur au président Videla. Lequel profite des tensions entre les grands blocs internationaux pour justifier son arrestation. Mais Neruda, pareil à une anguille, échappe à la traque menée par l’inspecteur Óscar Peluchonneau. Et s’il ne parvient pas à quitter le pays, il va jusqu’à instaurer à distance un dialogue taquin avec son obstiné poursuivant… En préambule à son film, Larrain aurait pu reprendre le mot de Boris Vian, à propos de L’Écume des jours : « Cette histoire est entièrement vraie puisque je l'ai imaginée d'un bout à l’autre ». Car si Neruda ne respecte pas “l’Histoire” stricto sensu ; si rien n’est authentique dans ce film, rien n’est réellement inexact. Tansformer en acte artistique un biopic d’artiste lui donne sa saveur, sa beauté et pour tout dire son véritable sens. En effet, raconter l’alpha et l’oméga d’une carrière ne présente, à part pour les indécrottables fans, qu’un intérêt médiocre : c’est ce qui différencie, parm

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Roberto Farias touche au cœur et à l'estomac

Théâtre des Célestins | Vu à Lyon il y a un an grâce au festival Sens interdits, Acceso revient. Et c’est une immense chance de (re)découvrir l'un des spectacles absolument majeurs de cette saison, signé du cinéaste Pablo Larrain et du comédien sidérant qu'est Roberto Farias : il nous a accordé une interview aussi à vif que la pièce.

Nadja Pobel | Mercredi 2 novembre 2016

Roberto Farias touche au cœur et à l'estomac

Vous évoquez dans la pièce les conditions de "rétention" des enfants sous Pinochet. Cette histoire-là est encore si actuelle au Chili ? Roberto Farias : Il existe encore des maisons des mineurs, des internats, le SENAME (NdlR : Service national gouvernemental de Jeunesse)... et cela continuera tant que les inégalités existeront. Dans mon pays, il y a toujours des enfants abandonnés, isolés sans aucune possibilité de s'en sortir en dehors des drogues, de la rue, de la délinquance. Sans doute une conséquence de la dictature ; mais Acceso est plus profond que cela. Pourquoi avoir écrit l'histoire de ce personnage, vagabond, abandonné par son pays post-Pinochet ? Il n'y a pas de connexion directe avec la dictature. La pièce parle de ce qui se passe avec les enfants de la rue maintenant, comme de ce qui a été mis en lumière avec le retentissant cas Spiniak (NdlR, du nom de cet homme d'affaires arrêté en 2003) : une affaire de prostitution infantile, d'orgies dans laquelle é

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Les Amant de Caracas : l'ennui

ECRANS | de Lorenzo Vigas Castes (Ven/Mex, 1h33) avec Alfredo Castro, Luis Silva, Alí Rondon…

Vincent Raymond | Mercredi 4 mai 2016

Les Amant de Caracas : l'ennui

Le schéma du quinqua bourgeois allant chasser sa chair fraîche du côté des petites frappes zonardes n’ayant pas grand chose d’ébouriffant ; celui du loubard-tendron n’acceptant d’assumer son homosexualité qu’après avoir rossé d’importance son protecteur guère davantage, que reste-t-il à ce film ? Un (tout petit) peu de contexte politique, d’ambiance et pas mal d’incertitudes sur les relations ambiguës existant entre Armando (le prothésiste dentaire quinquagénaire) et son vieux père, dont la réapparition semble raviver de vieilles cicatrices et turlupiner le giton. Bref, on s’ennuie à cent sous de l’heure. Ce qui ne fait pas cher la passe.

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Sens Interdits 2015 : le Chili de Pablo Larraín

SCENES | Pour sa première mise en scène de théâtre, le cinéaste Pablo Larraín livre avec "Acceso" un spectacle à l’image du festival Sens Interdits : férocement politique et fondamentalement humain. Retour sur son cheminement et sur l’histoire chilienne, que cette manifestation internationale raconte depuis trois éditions.

Nadja Pobel | Mardi 13 octobre 2015

Sens Interdits 2015 : le Chili de Pablo Larraín

Seul en scène, Sandokan trimbale sa vie en bandoulière. Dans sa sacoche, des babioles qu’il vend aux passants pour trois pesos six sous. Et puis aussi un livre, la nouvelle constitution politique du Chili, qui affirme que «chaque individu chilien a le droit d’avoir accès» (aux biens communs). Sur le mode de l’interpellation – qui sera la forme entière de la pièce – il s’adresse à son président. «Combien de fois nous avez-vous aidé ?» l’interroge-t-il. Sans vraiment dater leur propos, Larraín et son comédien Roberto Farias, qui ont travaillé de concert, questionnent ce que leur pays a à offrir à sa population dans cette époque contemporaine. Autrement dit pas grand chose. C’est de cette injustice-là que naît la colère du protagoniste qui, entre deux commerces (de peignes, d’une revue pour se muscler), déballe sa vie personnelle, de son enfance passée dans un centre de réinsertion pour mineurs où il a subi des sévices en tous genres à sa copine enceinte qui s’est pris des coups de pieds dans le ventre par son père qu’il a alors poignardé dix-huit fois. La langue est crue, vulgaire parfois, virulente toujours. Sandokan martèle cette inégalité de traitem

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La saison 2015/2016 des Célestins

ACTUS | Toujours plus internationale et comptant 8 créations et 9 co-productions, la nouvelle saison des Célestins, au cours de laquelle sa co-directrice Claudia Stavisky se mesurera au très caustique "Les Affaires sont les affaires" de Mirbeau, s'annonce prometteuse. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 2 juin 2015

La saison 2015/2016 des Célestins

Belgrade, l'un de leur meilleur spectacle de la saison en cours, n'a pas encore été joué que déjà les Célestins dévoilent déjà leur programmation 2015-2016. Bien que des mastodontes nationaux et internationaux soient à l'affiche, la jeunesse s'y fait une place avec : Piscine (pas d'eau) (du 3 au 13 février), pièce trash de Mark Ravenhill et inspirée de la biographie de la photographe Nan Goldin, récemment passée (plus que furtivement) à Nuits Sonores. La metteur en scène Cécile Auxire-Marmouget travaille par ailleurs avec Claudia Stavisky sur le projet La Chose publique, médiation avec les habitants de Vaulx-en-Velin. Pour Piscine, elle a notamment convié l'excellent David Ayala, l'amant un peu rustre de En roue libre cette année. Un beau ténébreux (du 10 au 13 mars) du très précieux mais pas si populaire Julien Gracq, mis en scène par Matthieu Cruciani, déjà aux manettes de Non réconciliés de François Bégaudeau, vu à la Célestine La fidélité qui caractériste par ailleurs le théâtre permettra cette saison de revoir des artistes particuli

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Berlinale 2015, jour 5. Deux visions du Chili…

ECRANS | « El Club » de Pablo Larraín. « The pearl button » de Patricio Guzman. « Mr Holmes » de Bill Condon. « As we were dreaming » d’Andreas Dresen.

Christophe Chabert | Mardi 10 février 2015

Berlinale 2015, jour 5. Deux visions du Chili…

Quelle édition de la Berlinale ! Pas encore remis du choc Malick hier, on a été cueilli dès le matin par le nouveau film de Pablo Larraín, El Club. On était curieux de savoir comment le cinéaste chilien allait négocier l’après No, et ce pour deux raisons. La première, c’est qu’il avait annoncé que celui-ci bouclait sa trilogie sur les années Pinochet, et donc qu’il allait nécessairement passer à autre chose ; la seconde, c’est qu’après deux films forts mais encore un peu rigides et dogmatiques dans leur forme, Larraín avait fait un pas de géant avec No où il proposait un récit prenant servi par une mise en scène qui, malgré son caractère expérimental, ne créait aucune barrière entre le spectateur et ce qu’il y avait sur l’écran. El Club relève ce double tournant avec un brio que l’on n’attendait pas à ce degré d’excellence, ce qui suffit à faire de Pablo Larraín un des cinéastes les plus intéressants en activité, de ceux que l’on va suivre avec impatience dans les années à venir. El Club a donc parfaitement digéré les leçons appri

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No

ECRANS | Le référendum de 1988 au Chili, pour ou contre le dictateur Pinochet, raconté depuis la cellule de communication du «Non» et son publicitaire en chef, ou quand la radicalité formelle de Pablo Larraín se met au service d’un véritable thriller politique, haletant et intelligent. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 26 février 2013

No

Format carré, couleurs baveuses, image dégueu : on se demande d’abord si, à l’ère de la projection numérique, l’opérateur ne nous a pas joué un sale tour en glissant une vieille VHS dans un magnétoscope acheté sur Le bon coin. L’arrivée à l’écran de Gael García Bernal achève de semer la confusion, et pour peu que l’on ne sache rien de ce que No raconte, on est en droit de se demander où Pablo Larraín veut nous emmener. Pourtant, tout va finalement faire sens. L’auteur de Tony Manero et Post Mortem, Santiago 73, achève avec No une trilogie sur l’histoire du Chili sous Pinochet, et sa radicalité formelle trouve ici une justification nouvelle. Nous sommes en 1988 et, face à la pression populaire, le dictateur fait un geste d’ouverture en organisant un référendum pour approuver ou rejeter sa présidence. L’opposition fait appel à un jeune publicitaire, René Saavedra, pour monter la campagne du «Non» à Pinochet. Celui-ci, ni particulièrement politisé, ni franchement hostile au régime, accepte pour une raison qui lui est propre : son p

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