Ne te retourne pas

ECRANS | De Marina De Van (Fr-Lux-Belg-It, 1h51) avec Sophie Marceau, Monica Bellucci…

Christophe Chabert | Mercredi 27 mai 2009

Photo : © Wild Bunch distribution - 2009


Marina De Van, ancienne scénariste de François Ozon, avait signé un premier film intrigant, bancal mais intéressant, Dans ma peau. Rien ne laissait donc penser que son deuxième long serait une telle catastrophe… C'est pourtant le cas ici : rien ne passe, ni l'idée de départ (une femme se transforme en une autre sans que cela provoque de réaction particulière dans sa famille), ni sa mise en équation scénaristique (retour à l'enfance et au trauma oublié), ni sa mise en scène (une suite d'effets balourds traités avec une esthétique outrageusement lisse et laide). Le pire étant le jeu des acteurs, qui semblent paumés dans une sitcom métaphysique, récitant leurs dialogues avec un manque de conviction sidérant. On n'est pas loin du nanar complet, et l'ambition de De Van (placer son film quelque part entre Nicolas Roeg et L'Échelle de Jacob) vire au pensum prétentieux à fort potentiel de ridicule.

CC

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Rencontre avec André Dussollier et François Ozon : « j’aime les défis, les choses un peu extrêmes »

Tout s’est bien passé | Comme toujours impressionnant dans le rôle d’un vieil homme diminué par un AVC (et odieux) demandant à sa fille de l’aider à mourir, André Dussollier est au centre du nouveau film de François Ozon. Tout sauf mortifère, ce voyage au cœur d’une pure névrose familiale traversé d’éclats franchement burlesques, est adapté du récit d’une ancienne coscénariste du cinéaste, Emmanuèle Berhneim. Rencontre avec le réalisateur et son acteur.

Vincent Raymond | Vendredi 24 septembre 2021

Rencontre avec André Dussollier et François Ozon : « j’aime les défis, les choses un peu extrêmes »

Vous avez hésité avant d’adapter le livre d’Emmanuèle Bernheim… François Ozon : En 2013, elle m’avait envoyé les épreuves son livre en me demandant si ça m’intéressait parce que plusieurs réalisateurs voulaient l’adapter. Je l'ai lu et l’ai trouvé très beau — elle m’avait raconté un peu l’histoire de son père. Mais je lui avais que je me sentais pas capable de raconter son histoire : c’était tellement personnel, tellement intime… Et la connaissant, je ne voyais pas trop où trouver ma place. J’ai passé mon tour. Là-dessus, Alain Cavalier a voulu faire un film avec elle (comme Pater avec Vincent Lindon) où elle jouait son propre rôle, elle a dit OK, et là elle a développé un cancer assez fulgurant dont elle est décédée. Le film de Cavalier s’est alors transformé en documentaire, Être vivant et le savoir. Après sa mort, j’ai relu le livre et tout d’un coup, je n’ai plus vu ce m’avait fait peur en 2013 — le sujet, la fin de vie, le suicide assisté — mais autre chose : la famille, son rapport à son père, la responsabilité d’organiser quelque chose comme ça et le poids que ça avait a

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"Tout s’est bien passé" de François Ozon présenté à Lyon avec l'équipe du film

Avant-Première | Grand chelem lyonnais ou presque pour le film Tout s’est bien passé, l’adaptation par François Ozon du récit de la romancière Emmanuèle Bernheim relatant le désir (...)

Vincent Raymond | Mercredi 8 septembre 2021

Grand chelem lyonnais ou presque pour le film Tout s’est bien passé, l’adaptation par François Ozon du récit de la romancière Emmanuèle Bernheim relatant le désir de son père André, diminué après un AVC, d’en finir avec la vie. Présenté en compétition à Cannes en juillet, ce film interprété par Sophie Marceau et prévu en sortie nationale le 22 septembre, sera projeté en avant-première le jeudi 16 septembre en présence du réalisateur et de ses comédiens Géraldine Pailhas et André Dussollier. Vous aurez le choix de le découvrir au Pathé Bellecour à 19h45, à l’UGC Confluence à 20h15 ou encore au Cinéma Comœdia à 20h30 — lequel proposera un débat avec l’équipe à l’issue de la séance.

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Monica Bellucci et Carole Bouquet : « on fait ce métier pour réaliser une partie des fantasmes de l’humanité »

Les Fantasmes | Duo vénéneux et de charme dans le film à sketches Les Fantasmes des frères Foenkinos, Carole Bouquet et Monica Bellucci incarnent un couple s’épanouissant en mêlant Eros et Thanatos. Une occasion d’évoquer avec elles et Stéphane Fœnkinos la question du fantasme…

Vincent Raymond | Lundi 16 août 2021

Monica Bellucci et Carole Bouquet : « on fait ce métier pour réaliser une partie des fantasmes de l’humanité »

Au générique, il est précisé que Les Fantasmes est une adaptation ; comment êtes-vous tombés sur l’original ? Stéphane Foenkinos : Ce sont les producteur Éric et Nicolas Altmayer qui sont venus avec ce projet. Mon frère David et moi, on était en train de travailler tranquillement sur un autre film et ils nous ont parlé d’un film australien sur le même principe — des gens qui se croisaient avec des fantasmes. Mon frère David m’a dit : « regarde ! ». C’était très drôle, très cru, mais je ne me voyais pas du tout faire un truc pareil. David l’a regardé et m’a dit : « t’es fou, c’est ça qu’on doit faire, mais on doit aller plus loin. » Et ça a été le défi : en fait, on en a conservé 10 ou 15%, mais on a étendu. La partie de Carole Bouquet et Monica Bellucci vient de notre âme très tourmentée (rires). Elles nous ont demandé : « mais comment vous avez sorti ça de votre tête ?! » Carole Bouquet : Mais c’est qu’il n’y avait pas que ça ! Ils nous ont raconté plein d’autres fantasmes ! Une liste impressionnante… Il y a vraiment de tout, ils sont vra

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"Les Fantasmes" des frères Foenkinos : six couples en quête d’ardeur

Comédie | Faut-il mettre du piment ou du sel sur sa vie de couple ? Et comment faire son conjoint ne partage pas les mêmes goûts ? Les frères Foenkinos s’attaquent à la drôle de cuisine des fantasmes amoureux dans un film à sketches où les uns mitonnent, les autres mythonnent…

Vincent Raymond | Lundi 16 août 2021

Six histoires où les relations amoureuses répondent à des impératifs différents de la “norme“ car l’un des partenaires (ou les deux) vit sa passion en assouvissant un jeu de rôle sexuel. Six sketches autour de fantasmes, de ce qu’ils provoquent au sein d’un ménage, mais aussi à l’extérieur… Rêve ou pulsion, le fantasme tient à la fois de l’idéal, de l’interdit ou de la transgression possible dont on ne sait jamais s’il faut, si l’on doit, la conserver comme une ligne d’horizon infranchissable ou bien l’assouvir. Parfait Janus, sa capiteuse ambiguïté le rattache autant à la séduction érotique mutuelle qu’à des formes de perversions inquiétantes qu’on n’aimerait pas croiser le soir dans une rue déserte. Bref, il est doté d’un spectre large et affriolant lui permettant d’être attaqué par la face nord du drame et de la perversion sinistre comme celle, plus légère, de la comédie ludique. Si telle est l’option retenue par les frères Foenkinos, ceux-ci ne se privent cependant jamais de recourir à l’humour noir-grinçant. L’on croise

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Tu veux ou tu veux pas

ECRANS | De Tonie Marshall (Fr, 1h28) avec Sophie Marceau, Patrick Bruel, André Wilms…

Christophe Chabert | Mardi 30 septembre 2014

Tu veux ou tu veux pas

Le pitch de Tu veux ou tu veux pas n’est, si l’on est honnête, pas plus stupide que ceux de la plupart des comédies américaines trash régulièrement louées dans nos colonnes : une nymphomane tente de faire craquer son nouveau patron, un ancien sex addict abstinent depuis un an. On doit même reconnaître à Tonie Marshall l’envie de donner à son film un rythme soutenu et une précision dans la gestion de ses effets comiques, situations comme dialogues. Un énorme handicap pèse cependant sur la mise en scène : Patrick Bruel. Il erre dans les plans en marmonnant son texte, ne punche jamais aucune de ses répliques et traîne son regard de poisson mort durant tout le film comme s’il se demandait s’il joue dans une comédie ou une tragédie. Il offre ainsi un boulevard à une Sophie Marceau épatante, et pas que par contraste, alliant naturel et folie délurée avec une décontraction irrésistible. Ce déséquilibre finit par avoir raison du film tout entier, lorsque se profile une hypocrite et rassurante résolution de comédie romantique lestée de quelques idées auteurisantes complètement hors de propos. Comme si Marshall voulait rappeler in extremis qu’ell

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Dark touch

ECRANS | De Marina De Van (Fr-Irl, 1h30) avec Missy Keating, Marcella Plunkett…

Christophe Chabert | Mardi 18 mars 2014

Dark touch

Après l’échec sans appel de Ne te retourne pas — et une dépression qu’elle évoquait dans son "roman" Passer la nuit — Marina De Van effectue un sursaut spectaculaire grâce à ce Dark touch tourné en Irlande, où elle consomme pour de bon son flirt avec le cinéma d’horreur. Tout en respectant les codes du genre et en installant un climat de terreur où suggestion et images chocs sont habilement dosées, De Van développe un propos particulièrement dérangeant sur les violences familiales et la résilience impossible. On comprend très vite — peut-être un peu trop — que Neve, 11 ans, est victime de maltraitance de la part de ses parents et que son "don" — elle déplace les objets lors de ses crises d’angoisse — est le véritable responsable de l’incendie qui a ravagé sa maison. Cousine lointaine de la Carrie de Stephen King, Neve va se transformer en ange vengeur qui va faire payer aux adultes les abus commis sur les enfants. De Van prend clairement le parti de sa jeune héroïne, ne la diabolise jamais et cherche à comprendre par quel mécanisme t

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Avignon - Jour 1 - Static or not static

SCENES | "Par les villages" et "Remote Avignon"

Nadja Pobel | Jeudi 11 juillet 2013

Avignon - Jour 1 - Static or not static

En sortant de la cour d'honneur du Palais des Papes, 4h30 apres y être entré, un soulagement a envahi l'ensemble des spectateurs restés jusqu'au bout du solo de Jeanne Balibar, crispant quand il était audible. Car en adaptant Par les villages, long poème dramatique de Peter Handke, Stanislas Nordey, artiste associé de l'édition 2013 du Festival d'Avignon, a aussi fait le choix de l'anti spectacle. Autant l'enchaînement de deux monologues dans Clôture de l'amour ne manquait pas de puissance, autant l'exercice produit ici une ambiance mortifère, les émotions restant enfouies sous des gravas de logorrhée. La faute à une absence de réelle mise en scène - les acteurs, ultra-statiques, se parlent à dix mètres les uns des autres sur un plateau dont l'immensité offrait pourtant des conditions de jeu inouïes. Balibar n'est jamais dans son rôle, hautaine et absente à la fois. À cour, Olivier Mellano assure lui un splendide début de spectacle, avant que sa partition se fasse de plus en plus menue - et c'est d'a

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Des gens qui s’embrassent

ECRANS | De Danièle Thompson (Fr, 1h40) avec Kad Merad, Éric Elmosnino, Monica Bellucci, Lou de Laâge…

Christophe Chabert | Mardi 2 avril 2013

Des gens qui s’embrassent

Poursuivant ce qu’elle pense être une observation de la société française, Danièle Thompson invente surtout au fil des films une grande célébration des classes supérieures et de leurs valeurs : famille, religion, argent, apparences, réussite… Elle a beau, comme ici, créer des oppositions — les artistes contre les nantis, les candides contre les cyniques — ce n’est qu’une habile diversion avant la réconciliation finale — dans ce film-là, incroyablement bâclée. Et quand il s’agit de critiquer vaguement l’arrogance de ses personnages, c’est à travers des stéréotypes embarrassants, pas aidés par des comédiens parfois en pleine panade — Monica Bellucci est catastrophique en bourgeoise hystérique. Surtout, Des gens qui s’embrassent a l’ambition d’un film choral, mais se retrouve coincé dans un format de prime time d’évidence trop étroit et qui intensifie tous ses défauts : ainsi la narration avance par bonds temporels, s’attarde sur des événements sans intérêt et passe à toute vitesse sur ce qui pourrait créer du trouble — le déterminisme amoureux qui relie les deux cousines, par exemple.

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Arrêtez-moi

ECRANS | De Jean-Paul Lilienfeld (Fr, 1h40) avec Sophie Marceau, Miou Miou...

Benjamin Mialot | Lundi 4 février 2013

Arrêtez-moi

Adaptation de l'indigeste et neuneu Jean Teulé par l'auteur de La Journée de la jupe, Arrêtez-moi orchestre la nuit exténuante d'une flic (Miou Miou) refusant de prendre la déposition d'une femme battue (Sophie Marceau) qui cherche à se faire condamner pour le meurtre de son mari, tué dix ans plus tôt. Fable faussement intelligente sur la culpabilité, le pardon, la justice ou plus généralement la morale et sa relativité, Arrêtez-moi est surtout d'une ringardise filmique aussi terrifiante que la bêtise dont il fait preuve. Décors théâtreux impossibles réchappés des années 80, dialogues chichiteux pavés de mots d'auteur balourds et injouables, acteurs hystériques en roue libre, ambiguïté inexistante ou toujours battue en brèche par la pire vision déterministe et sociale, tout frise ici le supplice permanent. Le sommet étant atteint par le gimmick visuel du film : la femme battue en vue subjective. Pire que tout, cette immersion de Gaspar Noé du pauvre donne la nausée. Jérôme Dittmar

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L’Âge de raison

ECRANS | De Yann Samuell (Fr, 1h37) avec Sophie Marceau, Jonathan Zaccaï…

Christophe Chabert | Mercredi 7 juillet 2010

L’Âge de raison

Après "Jeux d’enfants" et son remake hollywoodien inédit de "My Sassy girl", Yann Samuell revient en France, entre la Cité internationale à Lyon et Saoû dans la Drôme exactement, pour raconter l’histoire d’une business woman hyperactive qui reçoit les lettres qu’elle s’était écrite enfant et dans laquelle elle avait consigné ses rêves de petite fille. Qui, de la réalité libérale ou du conte de fée, triomphera ? La naïveté volontariste de Samuell ne laisse guère de doute sur la réponse, mais c’est surtout le cinéma qui sort perdant de l’affaire : très mal écrit et filmé comme une contrefaçon cheapos du style Jean-Pierre Jeunet, "L’Âge de raison" déroule son programme lénifiant entre embardées oniriques façon origami et comédie de l’époque déjà datée. Quant à Sophie Marceau, en plein trip, on a le sentiment de la voir refaire pendant une heure trente son discours cannois.CC

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