Fausta

ECRANS | De Claudia Llosa (Pérou, 1h33) avec Magaly Solier, Susi Sanchez…

Christophe Chabert | Jeudi 11 juin 2009

Dans une compétition a priori très faible, Fausta, deuxième film de la Péruvienne Claudia Llosa, a décroché l'Ours d'or au dernier festival de Berlin. Une récompense qui peut paraître disproportionnée par rapport à ce film modeste, dont les qualités sont discrètes et qui soufre encore de quelques facilités auteuristes. Voici donc Fausta, qui a vécu auprès d'une mère traumatisée dans sa chair lors des années de terrorisme au Pérou, et a refilé à sa fille une drôle de maladie : «la teta asustada», expression difficile à traduire (les sous-titres parlent de «lait de la douleur»). En fait, c'est un tout autre virus dont souffre Fausta : une phobie des autres, une peur panique de la sexualité qui la conduit à s'enfoncer une pomme de terre dans le vagin. Rien de graveleux dans la manière dont Llosa expose ce point de départ, mais un humour noir bienvenu qui fait passer la pilule. Après la mort de la mère, momifiée et conservée sous son lit, et pendant le mariage sans fin de sa cousine, le film suit la lente guérison de Fausta, au contact d'une concertiste bourgeoise et d'un jardinier bienveillant … Si le scénario est trop programmatique pour tenir la distance, la mise en scène capte l'énergie complexe de son personnage avec une certaine grâce. Inscrit dans des décors inédits (la maison de Fausta, à la fois ouverte et fermée, est une belle idée de cinéma) et relancé par des pointes d'ironie détonantes, Fausta est aussi, de manière inattendue, un film chanté. Du prologue jusqu'aux dernières images, les chansons improvisées par l'héroïne forment un drôle de commentaire de l'action, exprimant ce que le personnage ne peut traduire par ce corps terrifié et pourtant attirant, celui de la révélation du film, la sublime Magaly Solier.

CC

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"L'Attrape-rêves" : glace et attrapes

ECRANS | de Claudia Llosa (Esp-Fr-Can, 1h33) avec Cillian Murphy, Jennifer Connelly, Mélanie Laurent…

Vincent Raymond | Mardi 18 octobre 2016

On était prêt à se montrer bienveillant envers Claudia Llosa. Pas parce que L’Attrape-rêves (quelle substance a donc ingéré le distributeur pour proposer un titre français aussi moisi et déconnecté du film ?) exile Mélanie Laurent au-delà du Cercle polaire, mais en souvenir de Fausta (2009), son œuvre précédente. Alors, on tient bon bravement devant cette fable new age gentiment sans objet, construite pour faire genre dans l’alternance de deux époques. D’accord, il y a Jennifer Connelly à l’écran, et la voir est toujours un plaisir, même si l’évolution de son personnage laisse dubitatif : d’abord mère d’un enfant malade allant voir un guérisseur mystique sans conviction aucune, elle se transforme — ‘cadabra ! — en guérisseuse mystique au look de Patti Smith hallucinée, incapable d’user de son don pour elle. C’est un peu l’histoire des cordonniers mal chaussés, ou de ces devins totalement myopes sur leur propre situation. Et c’est parfois pesant, quand Ci

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