Jeux de pouvoir

ECRANS | De Kevin Macdonald (ÉU, 2h07) avec Russell Crowe, Ben Affleck…

Christophe Chabert | Vendredi 19 juin 2009

Au départ, une trépidante mini-série anglaise créée par Paul Abbott pour la BBC, sorte de réponse british à 24 heures chrono. À l'arrivée, un remake américain qui réduit le nombre de personnages, condense l'action mais en reprend grosso modo toutes les ficelles. On y voit un journaliste (Crowe, en mode post-hippie) enquêter sur le meurtre de la maîtresse d'un député influent (Affleck, plus fade que jamais) qui est, par ailleurs, son ami intime. Kevin Macdonald, qui avait un peu abusé son monde avec Le Dernier Roi d'Écosse, montre ici son vrai visage : un yes man sans personnalité qui illustre laborieusement en pompant à droite à gauche (un peu Mann, un peu Pakula) son matériau passionnant. L'exploit de Jeux de pouvoir est que rien n'y est crédible et, surtout, qu'il ne véhicule aucun suspense, sinon en avertissant le spectateur par l'usage d'une musique anxiogène. Un thriller arthritique qui, pour les fans de la série, ne sert strictement à rien.

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Joel Edgerton, au “non“ du père : "Boy Erased"

Drame | De Joel Edgerton (É-U, 1h55) avec Lucas Hedges, Nicole Kidman, Russell Crowe…

Vincent Raymond | Mardi 26 mars 2019

Joel Edgerton, au “non“ du père :

Victime d’un viol à l’université, Jared se trouve contraint de dévoiler son homosexualité à sa famille. Pasteur de leur petite communauté, son père l’oblige à suivre un stage visant à le “guérir“ de son orientation sous la houlette de Victor Sykes, un illuminé religieux pervers et nocif… On se souvient que Desiree Akhavan avait l’an passé dans Come As You Are abordé ce même sujet des pseudo thérapies de conversion, colonies sectaires où les familles à la limite de l’intégrisme placent leur enfant gay dans l’espoir que des gourous vomissant des versets de la Bible (tout en usant de tortures psychologiques et/ou physiques) les transforment en bons petits hétéronormés. Résultat ? Un taux de suicide hors norme. Le comédien-cinéaste Joel Edgerton reprend cette trame — et cette dénonciation — en lui donnant fatalement plus de lumière : d’une part parce qu’il adapte un fait divers (ne manquez pas à ce titre le carton de fin, d’un rare tragi-comique) ; de l’autre en conférant à des camarades oscarisés les seconds rôles. Russell Crowe

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Sépulture pop pour Whitney Houston : "Whitney"

Documentaire | Après Idi Amin Dada, Klaus Barbie ou Bob Marley, Kevin Macdonald poursuit son éclectique galerie de portraits par cet inattendu (et édifiant) documentaire sur la chanteuse Whitney Houston. Au-delà de la star, le miroir d’une époque, d’un système et d’une enfant déchue…

Vincent Raymond | Lundi 3 septembre 2018

Sépulture pop pour Whitney Houston :

Whitney Houston (1963-2012) aura connu une gloire précoce dans la musique, accumulé les records au sommet des charts, triomphé sur grand écran grâce à Bodyguard, défrayé la chronique à cause des frasques de son conjoint Bobby Brown et de leur addiction commune aux stupéfiants… avant de sombrer dans le pathétique et de disparaître prématurément. Une issue inéluctable, à tant d’autres pareille dans l’étincelante galaxie du show-bizness, où les divas aux ailes consumées se comptent par légions. Comment, alors, raconter “autrement“ le parcours de la chanteuse, sans choir dans le pathos confit en dévotion du thuriféraire de base, ni le voyeurisme douteux du vautour de caniveaux ; sans sacrifier non plus à la complaisance hagiographique ni être instrumentalisé par les clans familiaux, détenteurs des droits, des images et des témoignages ? Kevin Macdonald, avec son impressionnant sens du sujet et sa manière de l’approcher dans une globalité pour parvenir à en isoler la singul

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The Nice Guys : attachant polar

ECRANS | de Shane Black (E-U, 1h56) avec Ryan Gosling, Russell Crowe, Kim Basinger…

Vincent Raymond | Mardi 17 mai 2016

The Nice Guys : attachant polar

On ne s’étonnera pas de voir derrière The Nice Guys le producteur Joel Silver, qui a bâti une partie de sa fortune grâce au buddy movie avec 48 heures et les quatre volets de L’Arme fatale — parler de tétralogie en l’occurrence risquerait de froisser Wagner. Il avait déjà accompagné Shane Black, scénariste de L’Arme fatale, pour Kiss Kiss Bang Bang (2005) — un précédent réussi narrant association entre une carpe et un lapin sur fond d’investigation privée — il remet donc le couvert avec un nouveau duo chien et chat. Pourquoi diable changer des recettes qui fonctionnent et qui, justement, en rapportent ? Une fois que l’on a admis que le tonneau sur pattes à la carrure depardieutesque est Russell Crowe, on embarque pour un plaisant voyage carrossé jusqu’au bout du col pelle-à-tarte vintage années 1970. Plutôt que d’enchaîner les refrains connus à tour de platines, la B.O. procède en finesse en distillant des intros funky, groovy et disco. Shane Black met aussi la pédale douce du côté des répliques, abandonnant l’épuisante distribution de vannes surécrites. Du coup, on s’attache davantage à ses person

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Gone Girl

ECRANS | Film à double sinon triple fond, "Gone Girl" déborde le thriller attendu pour se transformer en une charge satirique et très noire contre le mariage et permet à David Fincher de compléter une trilogie sur les rapports homme / femme après "The Social Network" et "Millenium". Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 7 octobre 2014

Gone Girl

Dans le commentaire audio de The Game, David Fincher affirme qu’il avait tourné là son dernier film pensé pour le soir de sa «première». Tournant majeur qui consiste à ne plus vouloir scotcher le spectateur sur son siège par une succession d’effets de surprise, mais à s’inscrire dans un temps plus long où le film gagnerait en profondeur et en complexité, révélant à chaque vision de nouvelles couches de sens. C’est ce qui a fait, en effet, le prix de Fight Club, Zodiac et The Social Network. Gone Girl, cependant, a les apparences du pur film de «première» : le calvaire de Nick Dunne, accusé de la disparition de sa femme le jour de leur cinquième anniversaire de mariage, repose sur un certain nombre de retournements de situations importés du roman de Gillian Flynn qu’il convient de ne pas révéler si l’on veut en préserver l’efficacité. La matière est donc celle d’un bon thriller psychologique : un écriv

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Noé

ECRANS | Sauf le respect qu’on doit à Darren Aronofsky, ses débuts dans le blockbuster à gros budget relèvent du naufrage intégral, et cette libre relecture du mythe biblique est aussi lourdingue que formatée, kitsch et ennuyeuse… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Dimanche 13 avril 2014

Noé

Qui était Noé selon Darren Aronofsky ? Un fanatique écolo, illuminé par l’annonce d’un désastre et la damnation d’une humanité corrompue, entouré par des anges envoyés par Dieu et incarnés en géants de pierre aux yeux phosphorescents. Ce résumé lapidaire de la première heure — interminable — de Noé résume dans le fond le formatage auquel est soumis ce blockbuster : un peu d’air du temps, un peu de messianisme divin — quand va-t-on nous foutre la paix avec ces stupides histoires de religion et quand passera-t-on au XXIe siècle dans cet occident que l’on dit éclairé et que l’on trouve de plus en plus obscurantiste ? — et un peu d’héroïc fantasy. Comme liant, un sérieux papal dans des dialogues qui calquent grossièrement ceux de n’importe quel serial historique actuel — Game of thrones, pour ne pas le citer. Face à ce gros foutoir en forme de kouglof indigeste et laborieux, on attend, comme dans l’expression consacrée, le déluge, car tout Aronofsky qu’il soit, c’est bien ce qu’on demande à un cinéaste qui engloutit plus de cent millions de dollars dans un film sur l’arche de Noé : filmer ce putain de déluge, même si celui-ci n’est que l’addition d’effets n

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How I live now

ECRANS | L’éducation sentimentale d’une jeune Américaine névrosée chez ses cousins anglais en pleine Troisième Guerre mondiale : Kevin MacDonald mixe SF réaliste et romantisme sans jamais dégager de point de vue cinématographique sur ce qu’il raconte. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 13 mars 2014

How I live now

Quand l’Américaine Daisy débarque chez ses cousins anglais, c’est d’abord le choc des cultures : d’un côté, une post-ado grunge névrosée — elle entend des voix et souffre d’anorexie — de l’autre, une famille rurale dont la mère, inexplicablement, s’affaire à des questions de politique internationale. Il faut dire que la troisième guerre mondiale menace et que le péril nucléaire plane au-dessus de Londres — Paris, on l’apprend dans un flash télé, a déjà été réduit en cendres. Alors que Daisy s’amourache du solide Eddy et qu’ils folâtrent entre cousins au bord d’une rivière bucolique, le souffle d’une explosion et une pluie de cendres signalent que le conflit a commencé, et que l’heure n’est plus à la rigolade. Ça s’appelle une rupture de ton, et c’est tout le pari d’How I live now : passer presque sans transition du récit d’apprentissage à la SF réaliste, de la romance teen au survival post-apocalyptique. Comment Kevin MacDonald, documentariste brillant — voir son récent Marley — mais cinéaste de fiction balourd — Le Dernier roi d’Écosse, b

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À la merveille

ECRANS | L’amour naissant et finissant, la perte et le retour de la foi, la raison d’être au monde face à la beauté de la nature et la montée en puissance de la technique… Terrence Malick, avec son art génial du fragment et de l’évocation poétiques, redescend sur terre et nous bouleverse à nouveau. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 26 février 2013

À la merveille

Les dernières images de Tree of life montraient l’incarnation de la grâce danser sur une plage, outre monde possible pour un fils cherchant à se réconcilier avec lui-même et ses souvenirs. C’était sublime, l’expression d’un artiste génial qui avait longuement mûri un film total, alliant l’intime et la métaphysique dans un même élan vital. Autant dire que Terrence Malick était parti loin, très loin. Comment allait-il revenir au monde, après l’avoir à ce point transcendé ? La première scène d’À la merveille répond de manière fulgurante et inattendue : nous voilà dans un TGV, au plus près d’un couple qui se filme avec un téléphone portable. Malick le magicien devient Malick le malicieux : l’Americana rêvée de Tree of life laisse la place à la France d’aujourd’hui et les plans somptueux d’Emmanuel Lubezki sont remplacés par les pixels rugueux d’une caméra domestique saisissant l’intimité d’un homme et d’une femme en voyage, direction «la merveille» : le Mont Saint-Michel. La voix-off est toujours là, mais dans la langue de Molière — le film parle un mélange de français, d’espagnol, d’italien et d’anglais — et son incipit est là aussi une

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Les Misérables

ECRANS | À force d’adaptations, le roman de Victor Hugo devait en arriver là : la version filmée de la version anglaise de la comédie musicale. Elle confirme les limites de Tom Hooper derrière une caméra et accumule les faiblesses manifestes et les fautes de goût impardonnables. Pourtant… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 5 février 2013

Les Misérables

Les Misérables n’est pas un bon film. On pourrait même passer la critique entière à en lister les défauts. À commencer par le travail de Tom Hooper lui-même, dont le trop admiré Discours d’un roi montrait déjà les limites : par exemple, Hooper s’avère absolument incapable de donner une forme aux passages non chantés. Alternant grand angle et longues focales, ils sont cousus n’importe comment par un montage aberrant réduisant l’action à une bouillie d’images incohérentes. On peut aussi s’interroger sur la valeur musicale de la partition de Schönberg et Boublil : ces "tubes" pensés pour des chanteurs à voix ont pris du plomb dans l’aile et seul l’investissement des comédiens permet de leur donner un nouveau souffle. Au milieu de ce casting all stars, on trouve une incroyable faute de goût : Russell Crowe dans le rôle de Javert. L’acteur sort sa grosse voix dans les passages parlés, mais part dans les aigus dès qu’il se met à chanter, sapant toute la crédibilité du personnage. Le récit est ce qui résiste le mieux à ce duplicata musi

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L'Homme aux poings de fer

ECRANS | De RZA (ÉU, 1h35) avec Russell Crowe, RZA, Rick Yune

Jerôme Dittmar | Mercredi 19 décembre 2012

L'Homme aux poings de fer

A deux semaines d'intervalle, L'Homme aux poings de fer joue les amuse-gueules pour Django unchained. Sponsorisé par Tarantino, écrit par son complice Eli Roth, le premier film de RZA a forcément des airs de grindhouse movie en allant puiser son inspiration dans le cinéma d'arts martiaux hongkongais. Traumatisé par le genre depuis les débuts du Wu-Tang, le MC s'offre donc son film de fan. Au programme du maniérisme pur jus, une intrigue prétexte au combat, de l'humour qui tache et un défilé de nénettes canons, tout le casting de cette production sino-américaine flairant l'exotisme bon marché. Si on n'a rien contre cet esprit sympathiquement bâtard et assumé, cinématographiquement, c'est pas Tsui Hark ou Chang Cheh. Même s'il a compris les bases (comme définir les personnages par leur arme), RZA montre vite ses limites derrière une caméra, et délègue les meilleures scènes à Corey Yuen, chorégraphe et co-auteur de hits comme Dragons Forever ou Yes Madam!. C'est déjà ça de pris. Jérôme Dittmar

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Argo

ECRANS | Pour son troisième film derrière la caméra, Ben Affleck s’empare d’une histoire vraie où un agent de la CIA a fait évader des otages en Iran en prétextant les repérages d’un film de SF. Efficace, certes, mais très patriotique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 31 octobre 2012

Argo

Acteur sujet à de nombreuses railleries, Ben Affleck est en train de gagner ses galons en tant que réalisateur. Il faut dire qu’il est du genre élève appliqué, et si ni Gone baby gone, ni The Town ne révolutionnaient le film noir, ils prouvaient une certaine intelligence de mise en scène et un goût prononcé pour les personnages mélancoliques, en équilibre instable sur les frontières morales. En cela, Affleck s’affichait comme un disciple de Michael Mann ; si The Town était un peu son Heat, Argo est de toute évidence son Révélations : un thriller politique où un preux chevalier en voie de décomposition personnelle regagne l’estime de soi en allant défier un pouvoir inflexible. Ici, c’est l’Iran en 1979, juste après la chute du Shah et l’accession au pouvoir de Khomeiny, en pleine crise diplomatique : une attaque de l’ambassade américaine entraîne une vaste prise d’otages, dont seuls six personnes réussissent à réchapper pour se réfugier chez l’ambassadeur canadien. La CIA fait donc appel à son meilleur agent, Tony Mendez (Affle

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Marley

ECRANS | Avec ce documentaire fleuve sur la légende du reggae Bob Marley, Kevin MacDonald dessine un portrait fouillé et kaléidoscopique de l’homme, sa vie et sa musique mais aussi, en creux, ses contradictions. Passionnant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 7 juin 2012

Marley

La perspective d’aller se farcir 2h24 sur Bob Marley, dont la musique a été galvaudée par trop de passages radio et d’admirateurs sous substances, faisait frémir. En même temps, que Kevin MacDonald, cinéaste lourdaud dans la fiction et plutôt habile lorsqu’il revient à sa vocation première, le documentaire, nous ait épargné un énième film biographique est déjà un bon point. Mais la durée fleuve du film (et encore, MacDonald a monté une version plus longue pour la télévision) est en fait un atout majeur dans sa réussite : le cinéaste prend le temps de laisser parler ses interlocuteurs, ne laisse aucune piste d’exploration en jachère et retrace avec un souci du détail impressionnant la vie pourtant brève de Bob Marley (il est mort à 36 ans le 11 mai 1981, provoquant un émoi mondial sauf en France, occupée par une toute autre actualité…). Unité, dualité, identité MacDonald scénarise cette vie en lui trouvant un événement fondateur : le métissage de Marley, né dans un bidonville jamaïcain d’une mère noire et pauvre et d’un père officier anglais, blanc et coureur de jupons, vite évanoui dans la nature. «L’unité» qu’il n’a cessée de chanter et professer à tr

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The Company Men

ECRANS | De John Wells (ÉU, 1h44) avec Ben Affleck, Chris Cooper…

Dorotée Aznar | Mercredi 23 mars 2011

The Company Men

La crise, c’est mal. Des gens souffrent. Prenez le personnage de Ben Affleck dans ce film : cadre lourdé par sa boîte, il peine à retrouver un job aussi bien payé, doit passer des stages de motivation, ne peut plus jouer au golf, et doit même renoncer à sa Porsche. Pardonnez l’ironie, mais à côté des vraies victimes de ce scandale financier toujours impuni, on a beaucoup, beaucoup de mal à sympathiser avec les “héros“ de ce film, grande entreprise de déculpabilisation apparemment vouée à montrer que les cols blancs ont une âme et même, parfois, des cas de conscience quand ils sont au pieu avec leur blonde. Taillé à la serpe lorsqu’il s’agit de décrire l’évolution psychologique de ses protagonistes, The Company Men devient franchement gênant dans la caractérisation de son personnage principal, contraint de la jouer humble en acceptant un boulot sur un chantier, après que son fiston a vendu sa X-Box (il finira par découvrir que son beauf rustaud est en fait un bon gars). Coupé de la réalité, à côté de la plaque et par moments franchement indécent, le film de John Wells ne peut compter que sur son ahurissant casting pour se garantir un minimum de crédit. Et même face à cet improbab

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The Town

ECRANS | De et avec Ben Affleck (ÉU, 2h03) avec John Hamm, Rebecca Hall…

Christophe Chabert | Vendredi 10 septembre 2010

The Town

Le quartier irlando-américain de Charlestown à Boston est considéré comme le centre névralgique de la criminalité organisée. C’est là-bas que Ben Affleck a décidé de poser sa caméra pour filmer la traque d’un gang de braqueurs par une horde de flics emmenés par un agent du FBI particulièrement tenace. Après le mélancolique "Gone baby gone", Affleck monte d’un cran et s’essaye au polar d’action ; il y parvient plutôt bien d’ailleurs, car "The Town" possède une indéniable efficacité, ménageant plusieurs morceaux de bravoure spectaculaires où l’acteur-cinéaste fait preuve d’une réelle maîtrise de l’espace et du suspense. De plus, en posant un regard romantique sur le personnage de braqueur qu’il interprète (via une histoire d’amour avec une directrice de banque et un héritage criminel mal réglé avec son père) et en faisant du chef du FBI (John Hamm, assez génial) un sommet de raideur et de brutalité, il pratique une habile inversion des rôles entre le «bon» et le «méchant». Cela étant, si on le compare à ses modèles un peu trop visibles ("Les Infiltrés", "Heat" ou l’oublié mais puissant "Les Anges de la nuit"), "The Town" manque de cette originalité nécessaire, dans sa mise en scèn

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Mensonges d’état

ECRANS | À travers une complexe histoire d’espionnage au Moyen-Orient, Ridley Scott tente d’analyser le cynisme de la CIA dans sa lutte contre le terrorisme. Mouais… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 3 novembre 2008

Mensonges d’état

Ridley Scott enchaîne à une vitesse fulgurante les films, passant sans transition d’une épopée médiévale (Kingdom of heaven) à une comédie légère (Une grande année) puis à une fresque sur le gangstérisme (American gangster). À la vision de ce Mensonges d’état, on serait tenté de lui dire de calmer le jeu, tant il donne l’impression de manquer de recul, hésitant entre blockbuster d’espionnage et réflexion politique, perdant sur les deux tableaux de la clarté et de l’efficacité. Le film montre comment un agent de la CIA piste à travers le Moyen-Orient un djihadiste responsable d’une vague d’attentats en Europe. La première partie le montre au cœur d’une action qu’il tente de maîtriser, épié dans ses moindres faits et gestes par un supérieur pratiquant un trouble jeu. C’est la meilleure piste du début : le grand écart entre la confusion que vit Ferris sur le terrain et la froide machinerie des écrans de surveillance, à la précision millimétrée comme un wargame sur Playstation. Duplicité redoublée par l’opposition entre Di Caprio, qui abîme à nouveau sa gueule d’ange à coups d’hématomes, de cicatrices et de plaies,

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3h10 pour Yuma

ECRANS | de James Mangold (ÉU, 2h02) avec Russell Crowe, Christian Bale, Peter Fonda…

Dorotée Aznar | Mardi 25 mars 2008

3h10 pour Yuma

James Mangold est une anguille ; un modeste artisan se glissant dans tous les genres sans jamais chercher à y apposer sa patte. C’est ce côté caméléon qui a fini par rendre son cinéma attachant. Après le thriller horrifique (Identity) et le biopic musical (Walk the line), il s’attaque donc, toujours profil bas, au remake de 3h10 pour Yuma, western signé Delmer Daves qu’il ressuscite avec un casting renversant : Crowe, Bale, Fonda et l’étonnant Ben Foster dans un excellent second rôle de tueur sans merci… Un fermier (Bale), revenu éclopé du front, doit payer une dette à un puissant propriétaire pour conserver son domaine familial ; un bandit de grand chemin (Crowe) se fait connement arrêter lors d’une attaque de banque. L’un devra escorter l’autre pour espérer sauver sa famille de la faillite. Le charme de 3h10 pour Yuma tient curieusement à son caractère bancal. Mangold vise ouvertement l’héritage du western classique, avec ses codes, ses clichés et ses scènes à faire ; mais, conscient de l’empreinte d’Eastwood et de Peckinpah sur le genre, il voudrait aussi y ajouter une dimension mélancolique et crépusculaire en faisant tomber la barrière entre son «héros» et son «méchant», l’un

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