Bright star

ECRANS | De Jane Campion (ÉU-Ang, 1h59) avec Abbie Cornish, Ben Whishaw…

Christophe Chabert | Mercredi 23 décembre 2009

L'histoire d'amour entre le poète romantique John Keats et sa jeune voisine Fanny Brawne, amour d'abord hésitant, puis passionné et finalement tragique, semblait un sujet en or pour Jane Campion, un peu en déshérence depuis sa Palme d'or avec "La Leçon de piano". Mais "Bright star" repose sur une convention envahissante qui, si on la rejette, met le film par terre. Campion dénie à ses personnages le droit à la quotidienneté, et les fige dans un langage et des situations qui renvoient sans arrêt à leurs aspirations poétiques. Il y a quelque chose comme un cliché absolu à voir Keats et Brawne se réciter toutes les cinq minutes un poème en prenant un air pénétré, ou à les regarder se tourner autour, n'osant pas se rapprocher charnellement malgré leur évidente communion spirituelle. L'humour cynique à la Oscar Wilde apporté par le personnage de Brown, ami et négatif de Keats, sonne tout aussi artificiel… La mise en scène de Campion, corsetée jusqu'au pléonasme, accentue encore la sensation d'être devant la vision fantasmée d'une époque, comme peuvent l'être certains péplums où tous les personnages s'expriment avec des dialogues de tragédie antique. La cinéaste, autrefois chantre d'un sensualisme cinématographique troublant, ne regarde plus que l'éther des idées en cherchant la grâce des mots, oubliant au passage de les incarner — le chat Topper vole par exemple régulièrement la vedette aux deux comédiens principaux, tant il semble beaucoup plus libre et spontané !

CC

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Festival Lumière : hello, Sydney Pollack !

Festival Lumière | Officiellement, le programme s’en tient toujours à ses premières annonces : Prix Lumière dévolu à Jane Campion, ciné-concert autour du Casanova (1927) restauré (...)

Vincent Raymond | Jeudi 26 août 2021

Festival Lumière : hello, Sydney Pollack !

Officiellement, le programme s’en tient toujours à ses premières annonces : Prix Lumière dévolu à Jane Campion, ciné-concert autour du Casanova (1927) restauré d’Alexandre Volkoff, ajout de Kinuyo Tanaka à la section Histoire permanente des femmes cinéastes. Si la rumeur bruisse de la projection du Van Gogh de Pialat restauré, le directeur artistique du Festival Lumière Thierry Frémaux a surtout glissé au détour d’une interview accordée à Variety de possibles compléments. D’abord, une rétrospective Sydney Pollack (1934-2008). Comédien, puis cinéaste et producteur de premier plan, l’éclectique réalisateur de Out of Africa (1985) ou de Tootsie (1982) a touché à tous les genres, y compris au documentaire sur la fin de sa carrière. Ensuite, un hommage à Léa Seydoux qui aurait dû en juillet d

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Jane Campion, 13e Prix Lumière

Festival Lumière | Le timing est bien choisi : tous les yeux sont braqués sur la Croisette où débute demain le 74e Festival de Cannes, et c’est vers octobre qu’on nous (...)

Vincent Raymond | Lundi 5 juillet 2021

Jane Campion, 13e Prix Lumière

Le timing est bien choisi : tous les yeux sont braqués sur la Croisette où débute demain le 74e Festival de Cannes, et c’est vers octobre qu’on nous invite à nous projeter… Le 15, très précisément, date à laquelle la 13e récipiendaire du Prix Lumière recevra sa récompense à Lyon. Son nom vient d’être dévoilé : Jane Campion. La cinéaste néo-zélandaise continue d’ouvrir la voie en étant la première réalisatrice à figurer au palmarès, après avoir été la seule couronnée d’une Palme d’Or à Cannes (La Leçon de Piano, 1993, ex aequo avec Adieu ma concubine). Révélée dans la section Un certain regard en 1986 avec Two Friends en 1986, c’est avec Sweetie et surtout Un Ange à ma table (1990), biopic fleuve de Janet Frame qui révéla Kerry Flox qu’elle se fit connaître. Prolifique durant dix ans, où elle offre aux actrices du moment des p

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Graine de malheur : "Little Joe"

Thriller | Et si le bonheur de l’Humanité se cultivait en laboratoire ? Jessica Hausner planche sur la question dans une fable qui, à l’instar de la langue d’Ésope, tient du pire et du meilleur. En témoigne son interloquant Prix d’interprétation féminine à Cannes pour Emily Beecham.

Vincent Raymond | Mardi 12 novembre 2019

Graine de malheur :

Amy travaille dans un laboratoire de phytogénétique sur le projet Little Joe, une plante rendant ses possesseurs heureux. Mais à la suite d’une série de dysfonctionnements, le “prototype“ contamine son fils et certains chercheurs, qui commencent à agir étrangement… Sur le papier, Little Joe aguiche plus qu’il ne promet tant ce conte moral paraît en phase avec des préoccupation sociétales, éthiques, biologiques et écologiques. Jessica Haussner coche toutes les cases en abordant autant les dangers encourus par la manipulation du vivant que le désir illusoire de fabriquer un bonheur universel… mais totalement artificiel — sur ce chapitre, la science n’est pas la seule concernée par cette philippique filmique : les religions affirment à leurs adeptes que leurs doctrines aspirent aux mêmes résultats. Cette promesse de mieux vivre ne peut qu’aboutir à une catastrophe, au nom de l’adage « le mieux est l’ennemi du bien » : le pollen de Little Joe transforme ceux qui le respirent en monstres dépourvus d’empathie. À cette fable effrayante, la cinéaste ajoute une dimension plastique stupéfiante : palette trav

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Emily Blunt : « Mary Poppins est une super-héroïne »

Le Retour de Mary Poppins | Suite lointaine d’un des plus grands triomphes des Studios Disney qui avait glané cinq Oscar (dont celui de la meilleure actrice pour Julie Andrews), "Le Retour de Mary Poppins" est le Disney de Noël 2018. Rencontre avec le réalisateur et l’interprète de la nounou magique…

Vincent Raymond | Lundi 24 décembre 2018

Emily Blunt : « Mary Poppins est une super-héroïne »

Signer la suite d’un film considéré comme un classique depuis un demi-siècle a de quoi impressionner, non ? Rob Marshall : À chaque étape, cela a été impressionnant. Et un travail colossal. Mais si quelqu’un devait s’atteler à la tâche, je voulais que ce soit moi, car ce film signifie énormément pour beaucoup de personnes de ma génération. Il fallait que cette suite reflète dignement l’esprit du film de 1964, même si la barre était particulièrement haute. Avec mes co-scénaristes Dave Magee et John de Luca, nous avons dû créer un script pour lier les parties musicales entre elles. Car les livres de P. L. Travers fonctionnent par épisodes ; il n’y a pas vraiment de narration liant les chapitres les uns aux autres. Puisque Le Retour de Mary Poppins dépeint l’époque de la Grande Dépression à Londres, il fallait comprendre les difficultés de cette période, qui trouve un écho très contemporain. C’était un exercice

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Mary à tout prix (et pareille à elle-même) : "Le Retour de Mary Poppins"

Comédie Musicale | De Rob Marshall (É-U, 2h10) avec Emily Blunt, Lin-Manuel Miranda, Ben Whishaw…

Vincent Raymond | Mardi 18 décembre 2018

Mary à tout prix (et pareille à elle-même) :

Trente ans se sont écoulés depuis le départ de Mary Poppins. La voici de retour, quasi identique pour s’occuper des enfants de Michael Banks, alors que leur père, jeune veuf, s’emploie à sauver leur maison d’une saisie. Heureusement, sa magie sera le sucre qui aidera la médecine à passer… Disons-le tout net, cette suite est une délicieuse mine de paradoxes. Tout d’abord parce qu’elle s'applique davantage à répliquer l’opus initial qu’à le prolonger, histoire de montrer l’immutabilité de la nounou — laquelle pourtant à changé de physionomie en changeant d’interprète. Ainsi le ramoneur est-il ici remplacé par un allumeur de réverbères (même genre de monte-en-l’air, en plus propre sur lui), l’oncle Albert s'envolant au plafond troqué par une cousine Topsy vivant tête-bêche, la séquence champêtre en animation par… une séquence champêtre en animation (avec une touche de cabaret en sus). Bénéficiant des évolutions techniques contemporaines, cette Mary Poppins est donc plus une 2.0 qu’une n°2. Mais si la trame se conforme à l’original, cet épisode se distingue

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The Danish Girl

ECRANS | De Tom Hooper (GB, 2h) Avec Eddie Redmayne, Alicia Vikander, Ben Whishaw…

Vincent Raymond | Mardi 19 janvier 2016

The Danish Girl

Cela va finir par se voir : certains réalisateurs et comédiens n’aspirent qu’à garnir leur cheminée de trophées. Peu leur importe le film, du moment qu’il satisfait à quelques critères d’éligibilité : biopic avec sujet concernant, pathos et performance d’interprète bien apparente. Sa sinistre parenthèse Les Misérables refermée, Tom Hooper renoue donc avec le portrait académique en jetant son dévolu sur Einar Wegener, peintre danois(e) entré(e) dans l’Histoire pour avoir fait l’objet d’une opération de réattribution sexuelle. Mais Hooper, léger comme un bison scandinave, tangue entre clichés niais et ellipses hypocrites — ah, la ridicule propension à occulter les aspects biographiques trop abrupts ! Il ne suffit pas de costumer un acteur aux traits androgynes pour créer un personnage authentique, ni de lui demander d’exécuter des poses délicates et des grimaces pleines de dents comme Jessica Chastain pour figurer le trouble ou l’émoi. L’inspiration et l’originalité du Discours d’un roi semblent, décidément, taries… VR

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Campion / Ciment : elle Jane, lui Michel

ECRANS | En mai dernier, alors que Jane Campion était présidente du jury au festival de Cannes — où elle reste la seule réalisatrice à avoir reçu une Palme d’or — Michel (...)

Christophe Chabert | Mardi 16 septembre 2014

Campion / Ciment : elle Jane, lui Michel

En mai dernier, alors que Jane Campion était présidente du jury au festival de Cannes — où elle reste la seule réalisatrice à avoir reçu une Palme d’or — Michel Ciment, rédacteur en chef de Positif, faisait paraître un recueil d’entretiens avec la cinéaste, Jane Campion par Jane Campion, aux éditions Cahier du cinéma — ce qui ne manque pas de piquant quand on connaît les coups de griffe de Ciment envers la revue ! Pour illustrer ces conversations fouillées, passionnées et passionnantes, Michel Ciment présentera ce week-end à l’Institut Lumière cinq films de Campion, en plus de signer son ouvrage et de donner une conférence sur son œuvre. Ne partageant pas totalement son engouement inconditionnel, on ne peut que conseiller de se concentrer sur les trois premiers films de Campion. À l’époque, celle-ci invente un cinéma au féminin où les névroses, sentiments et sensations de ses héroïnes composent le point névralgique de ses mises en scène, créant une confrontation envers un monde encore en proie à la domination masculine et à une grille de rationalité normative. Sweetie montre deux sœurs, l’une angoissée et malheureuse en amour, l’autre excentriq

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