Kick-ass

ECRANS | En cherchant à désacraliser la mythologie des super-héros et la fascination qu’elle inspire, Matthew Vaughn s’emmêle les pinceaux entre parodie et sérieux, stylisation fun et violence hard. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 16 avril 2010

Dave Lisewski est un geek ordinaire : puceau, introverti et rudoyé par les bullies du quartier. Lassé de n'être à peu près rien aux yeux du monde, il se dit qu'après tout, il pourrait devenir un super-héros digne des comics qu'il vénère. Il achète donc un costume grotesque et descend faire régner la justice dans les rues sous le nom de Kick-ass. C'est d'abord un échec cuisant — il finit à l'hosto fracturé de partout — avant que la magie de Youtube et de Myspace (gros placement produit niveau nouvelles technologies !) ne lui permette de devenir une star du web… sur un malentendu bien sûr. Jusqu'ici, "Kick-ass", le nouveau film de Matthew Vaughn, co-scénariste des premiers Guy Ritchie et réalisateur du plaisant "Layer's cake", s'en tient à son programme de teen movie post-"Apatow". Puis, il fait débarquer dans le récit deux personnages franchement inquiétants : un père (Nicolas Cage, qui prolonge son come-back déjanté amorcé dans "Bad lieutenant") et sa fille de onze ans, adeptes des armes et de la justice personnelle. La première scène montre le papa tirant à bout portant sur sa progéniture pour tester un gilet pare-balles. L'humour très noir de la situation ne cache pas la violence du propos : on est là face à deux fachos fracassés, doubles inversés et terrifiants du sympathique et inconsistant Kick-ass.

M16 taille fillette

Le film va tenter maladroitement de tenir ensemble ces deux options : d'un côté, un regard distancié et parodique sur la fascination adolescente pour les super-héros — il le réussit assez bien quand il s'attarde sur le personnage de Red mist, fils du super-vilan de l'histoire incarné par l'excellent Christopher Mintz-Plasse, découvert dans "Supergrave" ; de l'autre, un regard d'autant plus acide qu'il s'exerce sur un mode rigolard concernant les racines réactionnaires d'une mythologie fondée sur la paranoïa sécuritaire et la dénonciation d'un état corrompu. Vaughn n'hésite pas à faire cohabiter une ultra-violence très réaliste et un ton potache assumé, bousculant le politiquement correct lorsqu'il montre une fillette qui dégomme à tour de bras une dizaine de mafieux en leur faisant sauter la cervelle ou en les démembrant sauvagement. "Kick-ass" échoue pourtant à dépasser les clichés qu'il prétendait tordre : le geek séduira la bombasse du lycée, la fillette psychopathe deviendra une gentille héroïne… Ce retour à la normale est décevant, car le film, malgré son côté fun et distrayant, semblait aspirer à autre chose qu'à ouvrir une porte vers une future franchise façon "Spider-man".

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Matthew Vaughn : « Faisons les films que personne ne peut faire »

Kingsman - Le Cercle d'Or | Le réalisateur de Kingsman remet le couvert, plaçant une baronne de la drogue sur la route de son armada d’élégants. Du sur-mesure pour ses interprètes, et du cousu-main par l’auteur qui détaille ici son patron. Propos recueillis lors de sa conférence de presse parisienne.

Vincent Raymond | Mercredi 11 octobre 2017

Matthew Vaughn : « Faisons les films que personne ne peut faire »

C’est la première fois que vous tournez la suite d’un de vos films. En quoi Kingsman est-il si différent de Kick Ass ou X-Men ? Matthew Vaughn​ : Je n’a pas pu refuser de le réaliser ni lui résister : j’avais adoré tourner le premier ; il n’était pas question pour moi que quelqu’un prenne mes propres jouets et joue avec ! Le Cercle d’Or est davantage une expansion qu’une suite à Kingsman… MV : En effet. Il était très important pour moi de continuer l’histoire amorcée, plutôt que de faire une suite pour une suite ou pour, disons, l’argent. Kingsman est surtout l’histoire d’Eggsy, qui d’un très jeune garçon, évolue jusqu’au 3e opus. C’est son parcours, son voyage personnel que nous suivons, où qu’il nous emmène. En aucun cas je n’ai voulu me répéter : ça aurait été aussi ennuyeux pour vous que pour moi. Quand avez-vous pris la décision de réintégrer le personnage de Colin Firth ? Était-ce prévu dès son exécution à la fin du précédent épisode ? MV :

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La suite à l’anglaise : "Kingsman - Le Cercle d’or" de Matthew Vaughn

Espionnage | de Matthew Vaughn (G-B-EU, 2h21) avec Taron Egerton, Colin Firth, Mark Strong, Julianne Moore…

Vincent Raymond | Mardi 10 octobre 2017

La suite à l’anglaise :

Promu Agent Galahad et fiancé à une princesse scandinave, le jeune Eggsy a tout l’avenir devant lui. Las ! La trafiquante de drogue psychopathe Poppy Adams éradique Kingsman. Pour se venger, Eggsy va pouvoir compter sur Merlin et les cousins d’Amérique de l’Agence Statesman… Stupéfiante combinaison entre un spoof et un action movie (à la violence hallucinante, mais monstrueusement bien chorégraphiée), Kingsman (2015) aurait difficilement pu demeurer à l’état de singleton — d’autant qu’il s’était révélé des plus rentables. Certes, ce nouvel opus ne bénéficie plus de l’effet de surprise du précédent, mais il renoue avec les fondamentaux de ce qu’il faudra donc considérer comme la matrice de la franchise, plaçant dès l’ouverture sa séquence de bravoure : une poursuite dans les rues de Londres dont la réalisation n’a rien à envier aux MI où cavale Tom “Peter Pan” Cruise. Si Kingsman est ouvertement plus décalé que James Bond, longeant volontiers les rives du fantastique ou de la parodie sarcastique, il se montre a

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Kingsman : services secrets

ECRANS | De Matthew Vaughn (Ang, 2h09) avec Colin Firth, Taron Egerton, Samuel L. Jackson…

Christophe Chabert | Mardi 17 février 2015

Kingsman : services secrets

Drôle de film raté que ce Kingsman, antipathique à force de chercher la connivence et le deuxième degré avec le spectateur. L’idée est de créer une sorte de James Bond 2.0 qui connaîtrait par cœur les codes de son modèle et se plairait à les pasticher en multipliant clins d’œil et références décalées. Une sorte de Scream de l’espionnage que Matthew Vaughn, tentant de reprendre la formule déjà contestable de son Kick-Ass, plonge dans une esthétique de comic book où la violence, pourtant extrême — corps coupés en deux, têtes qui explosent — serait dans le même temps totalement déréalisée. Même le propos politique, plutôt judicieux sur le papier — comment un nerd félé, incarné par un Samuel L. Jackson s’amusant manifestement à jouer avec son cheveu sur la langue, utilise le consumérisme ambiant pour pratiquer une ségrégation radicale entre les élites et le peuple, promis à l’autodestruction — ne va finalement pas plus loin qu’une grosse baston dans une église et des décapitations en série transformées en feux d’artifices multicolores. Des idées to

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Joe

ECRANS | De David Gordon Green (ÉU, 1h57) avec Nicolas Cage, Tye Sheridan…

Christophe Chabert | Mardi 29 avril 2014

Joe

Joe aurait dû être le film d’une double renaissance : celle d’un auteur américain un peu égaré dans des commandes foireuses (David Gordon Green) et celle d’un acteur en roue libre dans des nanars que seuls quelques critiques français en mal de notoriété prennent encore au sérieux (Nicolas Cage). C’est pourtant l’inverse : cette adaptation d’un bouquin de Larry Brown où un adolescent rompt avec son père alcoolique pour se rapprocher d’un mentor ambivalent, est totalement ratée, plombée par une narration incohérente où l’on change sans cesse de point de vue et de registre — chronique sociale, film noir, récit d’apprentissage — tout en tournant en rond dans un pré carré de personnages dont les rencontres "fortuites" sentent le mauvais storytelling. Stylistiquement, Gordon Green hésite entre naturalisme et élégie à la Terrence Malick — mélange fatalement voué à l’échec ; quant à Cage, il ne sait trop s’il doit se racheter une virginité en cherchant la sobriété ou s’il doit se lancer dans son habituel cabotinage. Un gâchis spectaculaire. Christophe Chabert Sortie le 30 avril

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Effraction

ECRANS | De Joel Schumacher (ÉU, 1h31) avec Nicole Kidman, Nicolas Cage, Cam Gigandet...

Jerôme Dittmar | Vendredi 13 juillet 2012

Effraction

Plus indéfendable que Joel Schumacher, tu meurs. En chute libre depuis dix ans, c'est à croire qu'il n'a plus rien à perdre, enchaînant avec une certaine malice suicidaire des projets toujours plus borderline. Effraction n'enlèvera rien aux pulsions droitières du bonhomme qui, dans ce proto remake de Desperate Hours, embarque Nicolas Cage et Nicole Kidman (couple bourgeois en crise) dans une spirale infernale de violence. Jouant d'une intrigue à tiroirs où une banale histoire de prise d'otage et d'argent débouche sur des trahisons en cascade, Schumacher dépeint un portrait malade de la famille et des relations conjugales, engoncées dans leurs mensonges et désirs inavoués. En ressort un objet tendu, souvent hystérique et écoeurant de mauvais goût, mais qui prend progressivement forme pour accoucher d'une vision radicale et déviante. Jusqu'au-boutiste, problématique, ambigu, aberrant, Schumacher trace sa route au mépris des conventions et sans se soucier de plaire. Pour ça, respect. Jérôme Dittmar

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X-Men: Le Commencement

ECRANS | Sous l’impulsion de Matthew Vaughn et de son producteur Bryan Singer, ce reboot de la saga mutante a le mérite de poser de bonnes questions, et nous venge avec les honneurs des récents blockbusters super-héroïques. François Cau

Dorotée Aznar | Mardi 31 mai 2011

X-Men: Le Commencement

Tout le monde a sa propre vision du super-héros. Un individu extraordinaire, à même de pallier ses (nos ?) frustrations en devenant quelqu’un d’autre ; une métaphore de toutes les minorités, vouées à se dépasser face à l’adversité ; ou juste un frimeur en costume moulant qui, “en vrai“ tiendrait deux minutes dans une favela brésilienne. Mais par un savant mélange de simili hasard et d’opportunisme qui fait marcher son usine à rêves depuis de trop nombreuses décennies, Hollywood nous a récemment imposé un seul modèle, à travers les figures d’Iron Man, Green Hornet et Thor : le fils à papa arrogant, m’as-tu-vu, qui se lance dans la baston justicière comme d’autres feraient un caprice pour qu’on leur achète un scooter, avant de réaliser que bon sang de bois, quand on a de grands pouvoirs, on a comme qui dirait de grandes responsabilités. Et de fait, on redoute dans les séquences d’introduction de X-Men au commencement que la recette ne soit de nouveau appliquée sur la personne du mythique Professeur Xavier, qu’on a toujours connue vieux - pardon, sage - chauve et en fauteuil roulant. Ici, on a affaire à un jeune diplômé bourge, dragueur et picoleur, un peu trop ra

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Hell driver

ECRANS | De Patrick Lussier (ÉU, 1h44) avec Nicolas Cage, Amber Heard…

Christophe Chabert | Dimanche 20 mars 2011

Hell driver

Échappé des flammes de l’enfer pour sauver sa petite fille kidnappée par un adorateur de Satan, Milton récupère bagnole et belle blonde, puis casse tronches et tronçons d’autoroutes sur fond de hard-rock qui tâche, se transformant en icône pour adeptes du mélange tuning-baston. Qu’on se le dise : "Hell driver" est un parangon de beauferie vulgos et décomplexée, un pur film de drive in sans le commentaire distancié qu’en avait fait Tarantino et Rodriguez. Le début tient la route grâce à un humour bien noir, un réel culot pour montrer des filles à poil et des crânes défoncés, et un certain soin dans la réalisation (3D comprise) et la caractérisation des personnages (notamment le «comptable» joué par William Fichtner). Après, ça sent nettement plus la série Z : effets spéciaux pourris, direction artistique scandaleuse (le repère des satanistes à la fin aurait mérité le licenciement du chef déco), cascades de dialogues pour débiles légers et incohérences de scénario trop voyantes pour être honnêtes. La leçon à en tirer : même le n’importe quoi mérite un tant soit peu de conscience professionnelle. Niveau inconscience, le film est au diapason d’un Nicolas Cage dont on se demande sinc

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Nowhere boy

ECRANS | De Sam Taylor-Wood (Ang, 1h38) avec Aaron Johnson, Kristin Scott-Thomas…

Christophe Chabert | Mercredi 1 décembre 2010

Nowhere boy

Que nous apprend "Nowhere boy" sur la jeunesse de John Lennon ? Rien d’inexact, au demeurant : il découvre que sa mère, qu’il pensait partie vivre très loin, habitait en fait à quelques pas de chez sa tante devenue sa tutrice ; il était rebelle à toute forme d’autorité ; MacCartney, sage et réfléchi, était son antithèse ; et les Beatles sont nés presque par accident, d’une bande de gamins glandant dans le même quartier. Mais, comme dans tout (mauvais) biopic, Sam Taylor-Wood fait de cette collection de faits une petite machine explicative et psychologique qui bannit le hasard, la liberté et in fine, le mystère de la création artistique et de la naissance d’un artiste. Explorer des fêlures, créer de l’identification, sublimer les traumas ; "Nowhere boy" est un travail de psy, pas une œuvre de cinéaste. CC

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Chatroom

ECRANS | D’Hideo Nakata (Ang, 1h37) avec Aaron Johnson, Imogen Poots, Hannah Murray…

Christophe Chabert | Mercredi 7 juillet 2010

Chatroom

La fascination du cinéma pour les univers virtuels semble devenir un vrai piège dès que celui-ci se met au défi d’en faire un sujet. C’est l’impasse dans laquelle s’est engouffré Hideo Nakata avec cette production anglaise tournée avec une partie du casting de "Skins". Dès l’ouverture où le cinéaste matérialise à l’écran l’espace virtuel de la discussion on line entre un groupe d’adolescents (la chatroom du titre), ça sent le cramé : entre les poncifs (les ados sont mal dans leur peau, c’est pour ça qu’ils vont sur internet) et la pauvreté du dispositif (l’espace virtuel est coloré, la réalité est toute grise), le film sonne faux. Plus il avance, plus il s’avère en plus incroyablement moralisateur : le web, pour Nakata, n’est qu’un déversoir à pulsions destructrices, perversions, violences en tout genre, et c’est bien sûr en reprenant pied dans le réel que l’on peut retrouver les vraies valeurs humaines. Brice Hortefeux, sors de ce corps immédiatement et rends-nous le réalisateur de "Dark Water" ! CC

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Bad lieutenant : escale à la Nouvelle-Orléans

ECRANS | Loin du film de Ferrara dont il ne reprend à peu près que le titre, Werner Herzog signe un polar burlesque et parodique, aussi déjanté et borderline que son personnage. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 15 mars 2010

Bad lieutenant : escale à la Nouvelle-Orléans

La première question qui se pose face à ce "Bad lieutenant", c’est celle de son titre. Pourquoi Werner Herzog a-t-il fait croire qu’il tournait un remake du film d’Abel Ferrara avec Nicolas Cage en remplaçant d’Harvey Keitel ? Car à l’écran, il n’y a pas l’once d’un point commun entre les deux, sauf si on considère qu’un flic accroc à la dope et amateur de paris sportifs est la seule invention de Ferrara ! Plus profondément, Werner Herzog adopte un traitement aux antipodes du naturalisme crasseux et brutal qui faisait l’essence esthétique du Bad Lieutenant original. Ici, dès que la possibilité d’une stylisation se profile, dès qu’une parenthèse peut s’ouvrir, Herzog s’engouffre dedans comme s’il voulait absolument échapper aux carcans du genre. Quand Herzog fait l’iguane… De fait, "Bad lieutenant : escale à la Nouvelle-Orléans" est plus une comédie qu’un polar, un exercice risqué de détournement d’un film de commande. L’ouverture, en plein ouragan Katrina, montre le Lieutenant du titre, encore sergent et pas bad du tout, s’illustrer en sauvant la vie d’un prisonnier qui risque de se noyer. Il sort de cet exploit avec un mal de

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