Summer Wars

ECRANS | Un "Second Life" murakamisé et piraté par une intelligence artificielle menaçant de détruire le monde. Un nerd, une jolie fille et sa famille dans un Japon rural pour sauver l’univers. Voici "Summer Wars", beau petit conte moderne et estival. Jérôme Dittmar

Dorotée Aznar | Vendredi 4 juin 2010

L'animation japonaise n'est plus ce qu'elle était. Outre l'endurance d'un Miyazaki et Satoshi Kon qui avec "Millenium Actress" signa son chef-d'œuvre, rares ont été ceux à survivre ou à émerger durant la décennie passée. Face à cet état des lieux, l'arrivée de Mamoru Hosoda en 2006 avec "La Traversée du temps" a apporté un peu d'air frais. Rien de révolutionnaire a priori, mais des lignes claires et lumineuses, un sens du cadre posé et plein, un récit maîtrisé, à la fois habilement conceptuel et installé dans le quotidien. Tout ce qu'est "Summer Wars", confirmant au passage le charme persistant du cinéma d'Hosoda. Une manière d'être à cheval entre les époques, à mi-chemin d'une ligne qui synthétiserait classicisme et hyper modernité. À l'image du pitch, difficile à résumer, mais où le souvenir vivant d'un Japon rural côtoie un univers virtuel aux couleurs du SuperFlat de Murakami. Comme si Second Life rencontrait une version pop de "Wargames" avec des réminiscences d'Ozu ou Hou Hsiao Hsien. La famille, nombreuse, les héros, plutôt adolescents, complétant un tableau aux allures de petite fable contemporaine solidement attachée à des valeurs locales sinon universelles.

SuperFlat Socialisme

L'intelligence de "Summer Wars" tient d'abord à sa façon d'éluder le discours opposant virtuel et réel. Hosoda préférant une voie plus animiste où illusion et réalité ne se contredisent pas, mais cohabitent. De ce principe de contamination, on pourra reprocher au film ses limites. Mais s'il traite à moitié de son sujet, c'est aussi pour s'attarder sur une foultitude de moments justifiant son processus. Ne comptent pas tant les dangers d'un réseau numérique qu'insister sur le concret, l'actuel, le lien et ceux qui le fondent. Pour Hosoda, "Summer Wars" montre une expérience collective. On sauve le monde d'une intelligence artificielle dégénérée depuis la campagne, en famille, sans que celle-ci soit préférée au réseau virtuel qui la complètera. La beauté de "Summer Wars" repose alors sur cet élan fédérateur, ludique, et son inscription dans un paysage estival. Le soin accordé aux détails, ambiances, lumières et couleurs dans ce décor champêtre, déroule un cadre quotidien typiquement japonais. Auquel répondent les envolées psychédéliques du monde virtuel où se déploient mille figures inspirées du manga. Par ce jeu complémentaire des textures ou motifs, ses références historiques, sa foi dans le lien social, familial et les sentiments, "Summer Wars" formule un nous simple, mais qui compte.

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Mamoru Hosoda : « le temps que je passe avec mes enfants m’a inspiré »

Entretien | Cela fera bientôt vingt ans que Mamoru Hosoda a débuté sa carrière de cinéaste. Il n’a depuis cessé de livrer des œuvres d’envergure, le plaçant parmi les plus grands noms de la japanimation. Conversation à l’occasion de la sortie de son dernier-né, Miraï, ma petite sœur.

Vincent Raymond | Mardi 18 décembre 2018

Mamoru Hosoda : « le temps que je passe avec mes enfants m’a inspiré »

Tirez-vous l’inspiration de Miraï de votre vécu de petit ou grand frère ? Mamoru Hosoda : En réalité, je suis un enfant unique : ce sont mes propres enfants qui ont servi de modèles. Quand ma fille est née, j’étais presque jaloux de mon fils car grâce à elle, il pouvait connaître une vie que je n’avais jamais connue. J’ai fait ce film pour imaginer ce que représente le fait d’avoir une petite sœur ou un petit frère. D’une certaine manière, c’est votre jalousie d’adulte que vous avez transposée et qui vous a inspiré… C’est le temps que je passe avec mes enfants qui m’a vraiment inspiré. Avant de devenir père, je croyais que les parents étaient des gens qui éduquaient, qui apprenaient aux enfants. Mais depuis, j’ai compris que c’était exactement l’inverse : ce sont eux qui m’apprennent plein de choses. Ils me permettent en plus de revivre ma propre enfance, l’époque où j’étais petit… Vous êtes donc à la fois dans le monde des grands et celui des petits. Justement, dans vos films, deux mondes coexistent souvent : un ré

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La cadette de ses soucis : "Miraï, ma petite sœur"

Animation | Ce futur classique, où un enfant unique apprend à aimer sa petite sœur nouvelle-née en voyageant dans le futur et le passé familial, comptera autant que Totoro ou Le Tombeau des Lucioles au panthéon de la japanimation, dont Mamoru Hosoda est l’indiscutable nouveau maître.

Vincent Raymond | Mardi 18 décembre 2018

La cadette de ses soucis :

Heureux petit bonhomme passionné par les trains, Kun voit d’un mauvais œil l’arrivée au foyer de sa petite sœur, Miraï, qui lui vole selon lui l’attention et l’affection de ses parents. Mais grâce à des “sauts dans le temps”, il comprendra à quel point cette nouvelle venue lui est précieuse… Où l’on découvre que le chef-d’œuvre nippon de décembre n’était pas celui que l’on attendait… même si on le soupçonnait un peu. La gentille histoire de famille de Kore-Eda aura du mal à rivaliser avec ce qui doit être désormais considéré comme LE film à montrer à tout enfant connaissant le *bonheur* d’accueillir un ou une puîné. Par sa capacité à se mettre à la place d’un gamin chamboulé et à métaphoriser ses chagrins jaloux ; par sa force poétique comme sa richesse visuelle ou sa faculté à égrener les petits riens (tels que l’apprentissage du vélo) Miraï ma petite sœur touche à quelque chose d’universel. Cela en s’inscr

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Mamoru Hosoda, la visite d’un maître

Avant-Première | À quelques semaines de la sortie de Miraï, ma petite sœur (prévue pour le 26 décembre) le réalisateur japonais Mamoru Hosoda vient en personne accompagner (...)

Vincent Raymond | Mardi 30 octobre 2018

Mamoru Hosoda, la visite d’un maître

À quelques semaines de la sortie de Miraï, ma petite sœur (prévue pour le 26 décembre) le réalisateur japonais Mamoru Hosoda vient en personne accompagner l’avant-première son nouveau film d’animation. Et c’est peu dire qu’il s’agit d’un événement tant la filmographie de ce spécialiste compte déjà de merveilles : La Traversée du temps, Les Enfants Loups, Summer Wars, Le Garçon et la Bête… Des contes d’une époustouflante modernité, d’une drôlerie irrésistible, qui parlent en plus avec une délicate sensibilité des fractures de l’enfance. N’attendez pas Noël pour vous faire un cadeau. Miraï, ma petite sœur Au Comœdia ​le dimanche 4 novembre à 11h15

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Le Garçon et la Bête

ECRANS | Encore trop peu connu en France, le réalisateur Mamoru Hosoda est bien parti pour faire sortir l’anime nippon de sa zone de confiance totoresque. Il le prouve encore une fois avec cette déclinaison de "La Belle et la Bête"…

Vincent Raymond | Mardi 12 janvier 2016

Le Garçon et la Bête

La mise en retrait de Miyazaki a du bon. Considéré un peu hâtivement en Occident comme l’unique figure tutélaire de la japanimation, au détriment de son alter ego, l’immense Isao Takahata (l’auteur du Tombeau des lucioles, œuvre majeure du cinéma nippon), le vieux maître attirait trop les regards sur ses seules productions. Le paysage étant désormais libre de sa statue de Commandeur, les spectateurs n’auront plus l’impression de commettre un sacrilège en s’intéressant à la nouvelle génération, dont Mamoru Hosoda constitue un éminent représentant. Depuis La Traversée du Temps (2006), et surtout Summer Wars (2009) (que suivra Les Enfants loups en 2012), le réalisateur a imprimé une dynamique nouvelle à l’anime. Tout autant fasciné par les mondes parallèles peuplés de divinités que ses aînés, son ton plus rock n’amenuise en rien son sens de la narration poético-épique, pas plus qu’il ne modère ses ardeurs comiques et rabelaisiennes — en particulier dans le langage. Volontiers grossier, le dialogue dans Le Garçon et la Bête

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ECRANS | La Traversée du temps puis Summer wars avaient permis à Mamoru Hosoda d’incarner une possible relève de l’animation japonaise post-Miyazaki. Avec Les (...)

Christophe Chabert | Vendredi 24 août 2012

Les Enfants-loups, Ame et Yuki

La Traversée du temps puis Summer wars avaient permis à Mamoru Hosoda d’incarner une possible relève de l’animation japonaise post-Miyazaki. Avec Les Enfants-loups, Ame et Yuki, il n’y a plus de doute : on est en présence d'un grand cinéaste, qui signe ici un des films importants de l’année. Hosoda captive son spectateur dès l’introduction, idylle entre une jeune étudiante et un homme-loup qui donne naissance à deux enfants, Yuki et Ame. Plutôt que de s’appesantir sur les présupposés mythologiques de son récit, Hosoda préfère raconter avec délicatesse la naissance de cet amour, le temps de séquences superbes, enchaînement de plans sans dialogue rythmé par la belle musique de Kyôko Kitahara. Alors que l’histoire menace de verser dans le mélodrame, Hosoda prend un virage inattendu et va s’intéresser à l’éducation difficile (pour eux comme pour leur mère) des deux enfants, tiraillés entre leurs natures d’humain et de loup. Avec une grande souplesse de trait (dans l’animation comme dans la narration) et une attention constante aux détails, le cinéaste raconte

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