Un poison violent

ECRANS | De Katell Quillévéré (Fr, 1h32) avec Lio, Michel Galabru, Clara Augarde…

Christophe Chabert | Mercredi 7 juillet 2010

À Cannes, un confrère nous disait qu'Un poison violent était un film typiquement «CNC». Comprenez : un premier film «sensible» sur l'éveil d'une jeune fille à son corps et à ses désirs, entretenant une relation compliquée avec ses parents et complice avec son grand-père malade. Un programme en effet balisé, auquel Katell Quillévéré n'adjoint que deux bonnes idées : l'intrusion de la religion dans l'histoire (la jeune fille prépare sa première communion) et un papy libidineux et décomplexé, ce qui donne l'occasion à Michel Galabru d'offrir une composition géniale.

À part ça ? Le film est effectivement très attendu, ne ménageant guère d'audaces ni dans son scénario (le curé attiré par la mère, le père indifférent) ni, c'est plus problématique, dans sa mise en scène, effacée, comme paralysée à l'idée de sortir des clous d'un classicisme quasi-télévisuel. Ce n'est pas un mauvais film, juste l'ordinaire d'un jeune cinéma français standardisé.

Christophe Chabert

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Nicolas Galaud : « un des rares mérites de la crise : la prise de conscience de ce à quoi servent les bibliothèques »

Bibliothèques | Nicolas Galaud a pris son poste le 1er octobre à la tête du premier établissement culturel de la Ville de Lyon : le réseau des bibliothèques municipales. Fermées durant le premier confinement, elles sont désormais ouvertes. Et très fréquentées. Ce conservateur général des bibliothèques, passé par Reims, Brest et tout récemment Bordeaux, évoque cette situation particulière et son cap pour les prochaines années.

Nadja Pobel | Mercredi 14 avril 2021

Nicolas Galaud : « un des rares mérites de la crise : la prise de conscience de ce à quoi servent les bibliothèques »

Quel bilan tirer de la réouverture des bibliothèques municipales de Lyon depuis le 1er décembre ? Nicolas Galaud​ : La période actuelle est significative de la place qu’ont aujourd’hui les bibliothèques dans le paysage culturel. Je déplore bien sûr que les autres établissements culturels soient fermés et trouve incompréhensible que les musées soient portes closes, car il n’y a pas plus de risques sanitaires que dans les bibliothèques et nous les maitrisons. Il n’y a pas de clusters, alors que nous recevons 200 000 personnes par mois dans nos lieux. Les décisions gouvernementales répondent à d’autres logiques. Mais les bibliothèques sont partout le premier établissement culturel en terme de fréquentation, c’est l’une des principales portes d’entrée vers la culturel. Dans beaucoup de communes, c’est le seul établissement culturel existant. Les étudiants, les collégiens, les lycéens y trouvent aussi un espace de travail. Un des r

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Festivals d'été, faut pas rêver

Situation (sanitaire) : c'est compliqué | Si la ministre de la Culture se montre optimiste dans ses récents propos concernant les festivals d'été, c'est surtout parce qu'elle occulte tout ce qui concerne la jeunesse et les musiques qui se dansent, du rock à la techno en passant par le rap. Une vision "OK boomer" et bourgeoise de la culture qui laisse sur le carreau un pan entier de la création, et les emplois qui vont avec. Et des publics désemparés, à qui l'on fait croire à tort qu'ils pourront vivre normalement cet été. Explications et tour d'horizon des festivals lyonnais.

Sébastien Broquet | Mardi 2 mars 2021

Festivals d'été, faut pas rêver

C’est la pagaille. Euphémisme ! Solidays, Hellfest, Glastonbury, Garorock — ou Foreztival dans notre région : plusieurs des plus gros festivals européens prennent les devants et ont d’ores et déjà annoncé l'annulation de leur édition 2021. D'autres dévoilent comme si de rien n’était leur programmation et mettent en branle leur billetterie. Et Roselyne Bachelot continue de patauger dans une communication illisible, récupérant au passage l'idée des concerts test à Paris et Marseille dont elle n'est pas à l'origine (un écran de fumée pour les festivals : on ne voit pas à quoi les résultats, obligatoirement tardifs, leur serviront, a contrario des scientifiques — car il sera impossible pour la majorité d'entre eux d'appliquer les mêmes process sanitaires que lors de ces concerts soigneusement encadrés et gourmands en personnels ; à quoi bon essayer d'en organiser

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Eliott Jane, esprit libre

French Pop | Après avoir étrenné sa soif d'absolu en groupe et en envolées punk, la Lyonnaise Eliott Jane livre un premier EP solo, "Liberté chérie", entre variété pop et new-wave flashy. Où elle explore les chemins, souvent contrariés, qui mènent à la liberté. Celle d'être soi, quoi qu'il en coûte.

Stéphane Duchêne | Vendredi 19 février 2021

Eliott Jane, esprit libre

Liberté Chérie. Si l'on doit être un peu honnête, voilà un titre qui résonnerait presque de toute l'incongruité possible, tant on a fini par davantage la polir, notre liberté, que par la chérir. Pour pas dire qu'on la délaisse : on l'aime bien, hein, mais on l'a remisée, contraints-forcés, dans un coin de notre vie, juste à côté des envies de resto, des pogos baveux, des virées chez mamie avec un rhume et de phrases du genre « oh, ça va, tu peux boire dans mon verre, j'ai pas la gale ». En dépit du contexte, Eliott Jane, elle, n'en a cure, sa Liberté avec un grand Elle, la chanteuse continue de la chérir et au passage, s'il faut, elle vous emmerde. D'ailleurs son EP était sinon déjà en boîte — elle l'a enregistré pendant le confinement — du moins passablement sur le métier au moment où l'on a commencé il y a un an à faire l'expérience des apéros Zoom en pyjama et des séances de step sur la table basse. Il faut dire que ladite Liberté, la sienne, est un peu plus vaste que celle qu'on questionne depuis le début de ce paragraphe. Elle est chevillée au corps de la c

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Lionel Martin : rhino féroce

Jazz | C'est aux commandes d'un EP tellurique en faux Solo(s) entièrement enregistré en extérieur avec Bertrand Larrieu qu'est réapparu cet automne, sans jamais avoir pourtant disparu, le saxo tellurique de Lionel Martin à la conquête des vibrations du monde et de ses dimensions parallèles.

Stéphane Duchêne | Mercredi 9 décembre 2020

Lionel Martin : rhino féroce

Quiconque a un jour évoqué la personne de Lionel Martin aura souligné à quel point l'animal est singulier. Dans ses recherches musicales comme dans ses manières de les restituer et d'occuper le terrain, à commencer par la rue. Car c'est précisément, dans la rue, son jardin de grand enfant préféré que Lionel Martin est allé enregistrer son dernier projet. Un EP sobrement baptisé Solo(s). Après, entre deux embardées éthio-machinchose avec Ukandanz, un duo avec le pianiste bulgare Mario Stantchev à la remorque de la musique de Louis Moreau Gottschalk et un détour du côté de chez Count Basie et son Afrique, en compagnie de Sangoma Everett (un bon jazzeux est d'abord un jazzeux qui sait s'entourer), Martin est donc descendu en bas de chez lui — on exagère à peine — pour se livrer à une expérimentation

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Lyon : clique et collecte à la bibliothèque municipale

Covid-19 | Malgré une situation sanitaire « très inquiétante » selon Grégory Doucet, la Ville ne baisse pas les armes en matière de culture et va rendre les bibliothèques municipales accessibles à tous. Quant au 8 décembre… il sera un appel à lumignons.

Nadja Pobel | Lundi 16 novembre 2020

Lyon : clique et collecte à la bibliothèque municipale

Il est des différences qui ne sont pas anodines. La culture, totalement, scandaleusement, absente du discours de Jean Castex le jeudi 12 novembre, a été le premier sujet de Grégory Doucet lors de son troisième point presse du deuxième confinement, une fois le bilan sanitaire édicté. Si toutes les salles de spectacles sont fermées conformément aux décrets gouvernementaux, la bibliothèque municipale va rouvrir façon "clique et collecte" dans une opération baptisée "prêt à emporter". Le souhait du maire d’ouvrir spécifiquement aux étudiants avait été retoqué par la Préfecture au motif que ces derniers pouvaient aller (sur rendez-vous) à la BU. Cette fois-ci, les usagers n’auront pas accès aux salles mais pourront réserver « cinq à huit documents vraisemblablement » selon Nathalie Per

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Pendant le confinement, Grégory Doucet veut ouvrir les bibliothèques pour les étudiants

Covid-19 | Première conférence de presse de confinement pour Grégory Doucet. Le stationnement sera toujours payant et la bibliothèque pourrait peut-être être ouverte aux étudiants. La mairie en a fait la demande au Préfet. Détails.

La rédaction | Vendredi 30 octobre 2020

Pendant le confinement, Grégory Doucet veut ouvrir les bibliothèques pour les étudiants

Soumis aux injonctions gouvernementales, Grégory Doucet a précisé ce vendredi les mesures adaptées à la Ville de Lyon, mettant en avant les solidarités et la coopération. Concernant la culture, les lieux fermés au public seront bien ouverts aux artistes pour des répétitions, avec éventuellement des captations de leur pratique, pouvant être diffusées sur le Web. Les modalités restent à définir. La Bibliothèque Municipale fermée depuis ce vendredi 30 octobre pourrait faire l’objet d’une dérogation. « Avec d’autres maires de la Métropole, j’ai demandé au préfet une dérogation pour les ouvrir aux étudiants, car les universités sont désormais fermées et les bibliothèques universitaires ne sont pas ouvertes à toutes et tous, car leur fréquentation est sur rendez-vous pour respecter la distanciation physique » a déclaré Grégory Doucet. La réponse devrait être rendue dans quelques jours. Le stationnement ne sera pas rendu gratuit comme au printemps. Les mairies d’arrondissement seront ouvertes pour les services d’état civil et l'accès aux droits. Toutes seront fermées de 12h30 à 13h30. Les marchés couvert

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Au Musée des Confluences, la vie des objets avec Simonetta Greggio

Concours d'écriture | Un téléphone, un châle de soie de mer, un fossile, un fragment de météorite, ce sont autant d'objets investis par des écrivains — J.B. Pouy, Emmanuelle (...)

Stéphane Duchêne | Mercredi 14 octobre 2020

Au Musée des Confluences, la vie des objets avec Simonetta Greggio

Un téléphone, un châle de soie de mer, un fossile, un fragment de météorite, ce sont autant d'objets investis par des écrivains — J.B. Pouy, Emmanuelle Pagano, Philippe Forest, Olivia Rosenthal — au cœur de fictions inédites pour la collection Récits d'objets du Musée des Confluences. Collection qui fait doublement sa rentrée en ce début d'automne avec des habits neufs — un nouvel éditeur : Cambourakis. D'abord parce que l'autrice italienne et francographe Simonetta Greggio et la Mauricienne Ananda Devi y publient L'Ourse qui danse et Fardo où la fiction s'empare respectivement d'une statuette inuit et d'une momie de femme péruvienne. Ensuite, via un concours d'écriture ouvert à tous en partenariat avec la BmL (et Le Petit Bulletin). L'idée : imaginer, dans l'esprit de la collection, une fiction autour d'un des trois objets exp

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Papa, maman, forbans : "Kajillionaire" de Miranda July

Comédie | Miranda July retrouve la tonalité du cinéma indé US du milieu des années 1980 à 1990.

Vincent Raymond | Jeudi 1 octobre 2020

Papa, maman, forbans :

Un couple d’escrocs semi-clochards et leur fille de 26 ans Old Dolio vivent de combines médiocres en attendant l’arnaque absolue. Attirée par cette famille atypique, une jeune beauté joint le gang. Et c’est le cataclysme intérieur… N’était le générique attestant leur présence à l’écran, on refuserait d’admettre que sous la défroque usée et hagarde des protagonistes se cachent Debra Winger et Evan Rachel Wood. Mais il y a aussi quelque chose de réjouissant à les (non) voir, puisqu’elles s’effacent totalement derrière des personnages, passant leur temps à se faire oublier d’un monde les ayant exclues. Avec ces bras cassés et son absurdité burlesque, Miranda July retrouve la tonalité du cinéma indé US du milieu des années 1980 à 1990 pratiqué par Jarmush, LaBute, DiCillo, Zwigoff voire Wes Anderson… — ne manque ici que Steve Buscemi pour assurer la caution vintage ! Si elle évite le maniérisme, elle ne résiste pas à un p’tit cliché en insistant lourdement sur l’obsession de Old Dolio pour le Big One. La méchanceté pure et la folie de ses parents rattrapent heureusement cette facilité.

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Extinction Rebellion : les trottinettes en ligne de mire

Désobéissance Civile | La bataille fait rage au cœur de la capitale des Gaules : Extinction Rebellion espère débarrasser l’espace public des trottinettes électriques. Né à Londres en 2018 et importé en France, ce mouvement écologique et social veut lutter contre l’effondrement écologiste et le réchauffement climatique grâce à la désobéissance civile.

Léa Zaïdat | Mardi 8 septembre 2020

Extinction Rebellion : les trottinettes en ligne de mire

Mercredi 2 septembre, 5h30. Nous avions pris contact avec Extinction Rebellion via l’application de messagerie sécurisée Signal, pour convenir du rendez-vous. Un de ses membres accueille les journalistes cours Lafayette et nous briefe : consignes en matière de photographie, objectif de la démonstration du jour… Il nous explique qu’une action de neutralisation des trottinettes électriques a eu lieu la veille. Contrairement à l’événement auquel nous assistons, cette dernière n’était pas publique « en raison du risque juridique plus élevé ». Nous nous dirigeons vers un lieu tenu secret jusque-là : la place de l’Hôtel de Ville. Arrivés en terrain “hostile”, nous retrouvons une petite dizaine de militants de tous âges. Certains sont partis chercher les trottinettes électriques destinées à être entassées sur la place. D’autres entreprennent de recouvrir les barrières devant la maison commune de pancartes. Plusieurs slogans s’affichent, destinés à interpeller les passants qui ne tarderont pas à affluer en allant au travail : « trottis c’est fini ! », « vos batteries lithium nou

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À la librairie Les Mangeurs d'Étoiles, la curiosité est un joli défaut

Librairie | C'est une excellente nouvelle pour le quartier de Vaise : une librairie flambant neuve vient d'ouvrir ses portes rue de la Claire. En musique et après plusieurs cafés, rencontre avec son fondateur, Lionel Bosnier.

Léa Zaïdat | Mercredi 9 septembre 2020

À la librairie Les Mangeurs d'Étoiles, la curiosité est un joli défaut

Pugnace. C'est le mot que choisit Lionel Bosnier pour décrire son état d'esprit à la librairie Les Mangeurs d'Etoiles. Il en a en effet fallu de l'énergie à cet ancien directeur éditorial pour ouvrir ce nouveau lieu de vie au cœur de Vaise. Tombé sous le charme de ce quartier à son image, le libraire a reçu un soutien important à la fois des habitants, mais aussi de la Région, de la DRAC et du CNL. Autant de raisons de penser que cette partie du 9e arrondissement de Lyon, lieu d'un véritable brassage culturel, méritait la création d’une librairie à la hauteur de ses concitoyens. Enfant turbulent, cet ex-footballeur n'aimait pas beaucoup la lecture jusqu'à ce que sa mère commence à lui lire le roman Les Indes noires de Jules Verne. C'est au second chapitre qu'il se surprend à se prendre au jeu : il ne se passera plus jamais des livres. Plus tard, lassé des a priori et des préjugés auxquels il fait face durant ses études, il se réfugie dans l'écriture — et accomplit ainsi ses premiers pas dans l'édition. L’étudiant en Histoire accumule les rencontres et fourbit ses armes au sein de groupes prestigieux comme G

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Nicolas Galaud, nouveau directeur de la Bibliothèque Municipale de Lyon

Mercato | Nicolas Galaud sera le futur directeur de la Bibliothèque Municipale de Lyon et prendra ses fonctions le 1er octobre prochain, succédant ainsi à Gilles (...)

Sébastien Broquet | Jeudi 18 juin 2020

Nicolas Galaud, nouveau directeur de la Bibliothèque Municipale de Lyon

Nicolas Galaud sera le futur directeur de la Bibliothèque Municipale de Lyon et prendra ses fonctions le 1er octobre prochain, succédant ainsi à Gilles Eboli, bientôt retraité, qui était en poste depuis 2011 et « a fait un travail remarquable » selon Loïc Graber, l'adjoint à la culture. Nicolas Galaud dirige actuellement la bibliothèque de Bordeaux, depuis 2016, après avoir œuvré à Brest et à Reims. « C'est un très bon profil pour nos BM. Il saura succéder à Gilles Eboli » nous a déclaré l'adjoint à la culture. La date de nomination a été imposée par l'État, qui souhaitait que la décision soit prise le 22 juin au plus tard.

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Un été culturel lyonnais encadré

Tout l'Monde Dehors | Malgré des directives sanitaires évolutives, la Ville de Lyon tente de mettre presque tout le monde dehors avec 90 manifestations prévues et des bibliothèques ouvertes — c'est une première — tout l'été.

Nadja Pobel | Jeudi 11 juin 2020

Un été culturel lyonnais encadré

Rouvertes le 2 juin avec des horaires réduits et un système de mise en quarantaine de dix jours des documents rendus, les 16 bibliothèques municipales seront ouvertes exceptionnellement en août. Des rendez-vous de lecture seront organisés par les équipes dans les parcs et jardins de la ville, sur pré-inscription. Les six musées municipaux seront également ouverts et celui des Beaux-Arts proposera enfin son expo phare consacrée à Picasso (du 15 juillet au 3 janvier) qui aurait du être inaugurée mi-mars. La manifestation Tout l'monde dehors affichera 90 événements au compteur (contre 300 habituellement) avec des jauges maximales de 200 personnes (alors qu'elles allaient parfois jusqu'à 600) sur 800m2 minimum. Tous les projets retenus initialement verront leur subvention maintenue comme prévue, mais la programmation finale n'est pas encor

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Fabio Viscogliosi : où est Harpo ?

Littérature | En imaginant une aventure française d'Harpo, le plus taiseux des Marx Brothers, Fabio Viscogliosi continue à sonder le puits sans fond de la mémoire, à la fois matrice identitaire et boussole du destin.

Stéphane Duchêne | Mardi 28 janvier 2020

Fabio Viscogliosi : où est Harpo ?

Jusqu'ici l'œuvre littéraire de Fabio Viscogliosi avait infusé une matière autobiographique : éclats de vie, images d'enfance, souvenirs dispersés sur les pages par un écrivain du fragment. Pour la première fois, avec Harpo, l'auteur-dessinateur-musicien-chanteur semble dévier l'objectif. Ce pourrait être un bouleversement s'il n'avait toujours investi ses passages même les plus intimes de modèles et mentors, d'épiphanies esthétiques éclairant auto-analyse et confessions mouchetées. Tout cela, chez Fabio, est un peu mélangé. Parce que flux de pensée, inconscient déplié, satoris mnémoniques et expériences vécues ne voyagent pas en compartiments. « Ce qui est autobiographique, c'est de parler des autres » résumait l'auteur dans un entretien sur francetvinfo.fr. Alors quand il nous livre une histoire, apocryphe, d'Harpo Marx, déjà croisé jadis dans ses pages, on

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L’espion qui venait de l’asile : "Le Lion"

Comédie | Médecin en hôpital psychiatrique, Romain s’est vu confier le cas de Léo Milan, “le Lion”, un malade surexcité se disant agent secret. Quand la compagne de Romain disparaît, le Lion y voit un coup des services ennemis et accepte d’aider son toubib, à condition qu’il le fasse évader…

Vincent Raymond | Mardi 28 janvier 2020

L’espion qui venait de l’asile :

Inépuisable mais loin d’être simple à réussir, le buddy movie est un genre payant lorsque sa mécanique, bien huilée, est respectée : il suffit en général d’allier deux caractères dissemblables, et plus spécifiquement d’adjoindre à un costaud sûr de lui un velléitaire ayant le tracassin (clown banc & auguste), et de les plonger dans une quête (compte à rebours, poursuite, fuite, etc.). Force est de constater que les scénaristes du duo Matt Alexander ont respecté les codes à la lettre. Et que l’association fonctionne entre Dany Boon — de plus en plus attiré par les emplois physiques — et Philippe Katerine, qui ne surexploite pas ici, à raison, son aura de Pierrot lunaire. Cavale burlesque autant que film d’action dans la lignée des Bébel-Lautner (la B.O. très blaxploitation en rajoute une jolie couche vintage années 1970), la réalisation de Ludovic Colbeau-Justin est à la hauteur de celle du Zidi de La Totale, auquel Le Lion renvoie également — et qui, on s’en souvient, inspira True Lies à

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Gavalda remix : "Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part"

Drame | Jean-Pierre, qui s’est jadis rêvé comédien, a depuis rejoint avec succès le négoce des vins. Aîné d’une fratrie comptant Juliette (une prof démangée par l’écriture et tout juste enceinte), Mathieu, employé timide et Margaux, photographe en galère, il traverse une phase difficile…

Vincent Raymond | Mardi 21 janvier 2020

Gavalda remix :

En transposant à l’écran l’ouvrage homonyme d’Anna Gavalda, Arnaud Viard s’est attelé à un double défi. D’abord, d’unifier les nouvelles du recueil en une seule trame narrative sur le modèle de ce qu’avait accompli Robert Altman à partir de Neuf histoires et un poème de Carver pour bâtir son Short Cuts. Ensuite, de prendre le risque de décevoir les millions (oui oui) de lecteurs — voire adulateurs — de l’autrice qui avaient pu se forger du recueil leurs propres images. On ne contestera pas l’option choisie, évitant le morcellement du film à sketches, ni le choix de la distribution (les comédiennes et comédiens sont globalement bien trouvés, en particulier Rouve et Taglioni, quand la douleur les traverse comme un fantôme puis les habite). Mais quelle plaie de devoir, encore et toujours, subir ces destins de familles parisiennes pseudo normales, c’est-à-dire forcément pourvues d’une gentilhommière en province ou en grande couronne, où l’on se rend pour les anniversaires d’ancêtres et la Noël (et les chamailleries afférentes). Il y a quand même une douce contradic

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"Le Lion" à Lyon (et Dany Boon, et Philippe Katerine aussi)

Avant-Première | Grand classique de la comédie française d’aventures, le buddy movie porte parfois un nom d’animal : La Chèvre, Le Jaguar, Le Poulpe, L’Ours… À cette (...)

Vincent Raymond | Mardi 14 janvier 2020

Grand classique de la comédie française d’aventures, le buddy movie porte parfois un nom d’animal : La Chèvre, Le Jaguar, Le Poulpe, L’Ours… À cette ménagerie il faut désormais ajouter un nouveau membre, Le Lion de Ludovic Colbeau-Justin, où Dany Boon et l’ubiquiste Philippe Katerine doivent sans doute découvrir qu’ils sont félins pour l’autre. Quoi qu’il en soit, l’équipe sera présente pour l’avant-première… à Lyon. Le Lion Au Pathé Vaise ​le mercredi 15 janvier à 21h

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Lionel Martin, un souffle continu

Jazz | Sax pas commun, label manager au plaisir, animateur de rues par tous temps, Lionel Martin s'engouffre à l'Ambuscade ce jeudi en compagnie de collègues de Ukandanz. Cuivré.

Sébastien Broquet | Mercredi 27 novembre 2019

Lionel Martin, un souffle continu

Vous le croisez dans la rue, devant l'Opéra de Lyon où il aimait à se poser avant travaux, donnant rendez-vous en ce spot qu'il appelle « son bureau », ou encore sur la passerelle du Palais de Justice, sax en bouche et pédales d'effets voisinant avec le sac de vinyles. Ou encore, dans une salle de concert style Périscope, croisant le fer avec Sangoma Everett, batteur mythique installé encore récemment du côté de Bellecour, qui œuvra derrière Dizzie Gillespie, Branford Marsalis ou Archie Shepp. Possiblement, vous l'avez vu gesticuler aux Nuits de Fourvière, en ouverture d'Iggy Pop, pour un concert resté mémorable car un poil bruitiste — son instrument l'avait lâché en cours de route. Vous l'avez sinon peut-être vu en squatt, à La défunte Miroiterie à Paris, où son pote Férid Kaddour, éditeur de Gilbert Shelton, lui avait fait rencontrer Steve McKay, autre grand dingo du saxo devenu mythique en tant que membre des séminaux Stooges au début des 70's. Ukandanz Lui, c'est Lionel Martin, m

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Cinq expos à voir en septembre

Bons Plans | De l'art brut, une friche industrielle, des galeries et deux musées qui s'accouplent : voici cinq expositions à découvrir en cette rentrée.

Jean-Emmanuel Denave | Lundi 9 septembre 2019

Cinq expos à voir en septembre

Le Palais de Tokyo investit une friche lyonnaise pour la Biennale L’événement artistique du mois, c’est l’ouverture de la nouvelle Biennale d’Art Contemporain, dont l’exposition internationale principale se tiendra aux (immenses) usines Fagor et au Musée d’Art Contemporain. L’équipe du Palais de Tokyo de Paris y présente cinquante-cinq artistes de tous horizons (esthétiques et géographiques), autour de la thématique du paysage. Peu d’entre eux sont connus et 90 % des œuvres exposées seront des créations. Une biennale pleine de surprises, donc ! 15e Biennale d’art contemporain, Là où les eaux se mêlent À Fagor-Brandt du 18 septembre au 5 janvier 2020 De l'art brut dans toute la ville L’art brut a le vent en poupe dans les musées, les galeries, les foires d’art contemporain. Mais, à Lyon, cela fait mai

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C’est l’histoire de la vie (bis) : "Le Roi Lion"

Animation | En donnant à voir sa nouvelle version du "Roi Lion", les studios Disney seraient-ils en train de préfigurer un cinéma nouvelle génération ? Derrière l’histoire du cycle de la vie et des successions naturelles, en affleure une où l’image est remplacée par une autre plus vraie que nature…

Vincent Raymond | Mercredi 17 juillet 2019

C’est l’histoire de la vie (bis) :

Dans la savane africaine, la naissance de Simba, le fils du roi Lion Mufasa ravive la colère de son frère et rival Scar, qui fomente un plan diabolique pour le tuer, aidé par les hyènes. Débarrassé de son aîné, Scar persuade Simba qu’il est responsable de mort de son père et le contraint à l’exil… Le Roi Lion étant depuis un quart de siècle l’un des plus grands succès de la Maison de Mickey, cette nouvelle version à l’identique rassurera ses nombreux fanatiques : l’esprit de l’histoire, sa morale et son tempo demeurent inchangés. C’est sa forme qui a naturellement subi les plus profondes modifications. Il serait erroné de croire que la stratégie de reprise des “classiques“ d’animation des studios Disney en film “en prises de vues réelles“ soit gouvernée par une unique logique — fût-elle de rentabilité commerciale. Les productions se succédant, avec une accélération exponentielle ces derniers mois, ne font pas que suivre à la lettre le canevas des scripts existants : chaque film constitue ainsi une sorte de mini laboratoire, où s’élabore à risques (et coû

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Jamel Debbouze : « C’est une expérience sensorielle incroyable »

Le Roi Lion | Acquises à la cause de Simba depuis leur plus tendre enfance, les voix françaises de la nouvelle version (Jamel Debbouze, Anne Sila et Rayane Bensetti) ne cachent pas leur fascination pour le film original et son remake. Propos rapportés d’une rencontre enjouée.

Vincent Raymond | Mercredi 17 juillet 2019

Jamel Debbouze : « C’est une expérience sensorielle incroyable »

Avez-vous un souvenir de votre première vision du Roi Lion de 1994 ? Anne Sila : Je ne me souviens pas de la première fois, mais je l’ai vu un millier de fois, je le connais par cœur ! Il fait partie des histoires qui, bizarrement, touchent tout le monde, quoi qu’on ait vécu : il touche à l’enfance, et on retrouve notre petit cœur de bébé (sourire) Jamel Debbouze : J’ai tout fait pour le voir, c’était un événement tellement incroyable, tout le monde en parlait, on ne pouvait pas passer à côté ! Je me rappelle avoir resquillé tellement j’avais envie de le voir : un ami à Trappes avait payé sa place au cinéma Le Grenier à Sel et avait ouvert la porte de secours…(rires) Je me souviens encore très bien de toutes les sensations, j’étais passé par tous les états : la joie, de la peine, et re-de la joie… C’est un film incroyable. On a tous vu des images du nouveau film, et même si on a tous été au cinéma souvent, c’est incroyable : j’ai rarement vu un truc pareil, ça défie les lois de la pesanteur ! On voit des animaux parler, vivre, se mouvoir… La première fois, l’histoire

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Cinq expos à voir cet été

Bons Plans | Notre sélection subjective de cinq belles expositions à découvrir tout l'été, dans les musées de Lyon et de la région...

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 9 juillet 2019

Cinq expos à voir cet été

Des coiffes qui décoiffent A la suite d'une donation du collectionneur Antoine de Galbert, le Musée des Confluences présente quelque 350 coiffes du monde entier, datant essentiellement des XIXe et XXe siècles. Cérémonielles, ornementales, hiérarchiques, guerrières ou autres, ces coiffes fascinent par leur inventivité esthétique, leur prolixité symbolique, leur aspect parfois un peu délirant. Au Musée des Confluences jusqu'au 15 mars 2020 Pierre Buraglio, Bas voltage Depuis presque soixante ans, Pierre Buraglio traverse courants et mouvements artistiques en toute singularité, renversant les codes de la peinture et de la représentation. Il utilise aussi bien des châssis dénudés que des fenêtres glanées dans des chantiers, et peint volontiers sur des portes de 2CV, des cartes postales, des pages de journaux... Parallèlement, l'artiste musarde dans les musées et dessine d'après Seurat, Courbet, Munch, Monet, Rodin... Son œuvre inclassable fait l'objet d'une grande rétrospective

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Guillaume de Tonquédec : « Quand on choisit un rôle, il y a toujours une résonance avec sa propre vie »

Roxane | Révélé au grand public par "Le Prénom" ou la série "Fais pas ci, fais pas ça", le comédien se glisse pour "Roxane" dans le bleu de travail d’un éleveur de poules amoureux de théâtre. Et se révèle convainquant dans ce premier film. Conversation lors des Rencontres du Sud.

Vincent Raymond | Lundi 26 août 2019

Guillaume de Tonquédec : « Quand on choisit un rôle, il y a toujours une résonance avec sa propre vie »

Avez-vous tourné dans une authentique exploitation ? Guillaume de Tonquédec : La réalisatrice, Mélanie Auffret, est petite-fille d’agriculteurs. Or il n’y a rien de plus beau que quelqu’un qui parle d’un sujet qui le touche — surtout dans un premier film. Sa nécessité de raconter m’a embarqué. Et je me suis laissé imposé avec plaisir une semaine de préparation : pour moi qui suis un citadin, c’était important de voir la vie des agriculteurs dans les fermes. Souvent, elle prétextait des décors à trouver pour me laisser seul avec eux sur un gros tracteur en rase campagne, ou avec des vaches ou des haricots à planter… J’ai appris b eaucoup de trucs ! Mais honnêtement, ce qui m’a le plus touché, c’est l’amour des agriculteur pour leur patrimoine, pour la terre, les animaux, leur travail… Tous ceux que j’ai rencontrés mon dit : « je ne voudrais pas faire autre chose ». Ça résonnait en moi, en tant qu’acteur, ce qui est de l’ordre de la passion, du sacerdoce, presque du sacrifice. Et quand l’un d’entre eux, qui a 55 ans et qui bosse du lundi au dimanche, m’a dit « cette année, je vai

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Tout en majesté

Festival Berlioz | Pour le 150e anniversaire de la mort de Berlioz - acte 2 - on nous annonce : "Le roi Hector". L’acte 1 nous avait montré un "sacré Berlioz". In fine, on célèbre un sacré roi Hector Berlioz par toutes ses facettes, dans tout son génie.

Pascale Clavel | Mardi 11 juin 2019

Tout en majesté

Berlioz, compositeur si singulier dans l’histoire de la musique, est fêté en grande pompe, et cela promet de la démesure, du faste, du grandiose mais aussi beaucoup d’émotions en tous genres. Il ne faut jamais oublier que Berlioz est un immense compositeur et à la fois, cela ne peut le résumer lui qui est écrivain, chef d’orchestre, journaliste, grand voyageur, amoureux transi, visionnaire fou et surtout autodidacte talentueux… Pour cette édition 2019 du Festival Berlioz, clin d’œil appuyé au roi Hector le compositeur doublé d’un autre clin d’œil au fameux roi Hector de l’Énéide tué par Achille au cours de la guerre de Troie. Cette programmation a été tricotée à partir de cette histoire et de ce que Berlioz en a fait. De la démesure, puisqu’un village troyen va être installé au cœur même de la Côte-Saint-André, de la démesure encore puisqu’un cheval de six mètres de haut déambulera dans les rues du village, quelques musiciens cachés dans son ventre… Bruno Messina promet que l’on boira et dansera toute la nuit, ivresse assurée. Une grande fête populaire pour ouvrir le Festival et le public pourra se balader à sa guise dans un village fantastique, pourra se pre

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Les œufs de la rampe : "Roxane"

Comédie | De Mélanie Auffret (Fr, 1h28) avec Guillaume de Tonquédec, Léa Drucker, Lionel Abelanski…

Vincent Raymond | Mardi 11 juin 2019

Les œufs de la rampe :

La coopérative du village ayant mis un terme au contrat le liant à son exploitation avicole, Raymond tente le tout pour le tout pour sauver ses poules : lui, le passionné de théâtre, se filme sur Internet en train de déclamer des vers à ses gallinacés. Au cas où ça ferait un buzz… Pas très éloigné en thématique (ni sur la carte) du pathétique Normandie nue, ce premier long-métrage de Mélanie Auffret touche infiniment plus juste que la pantalonnade téléfilmesque de Philippe Le Gay. Oh, il y aura bien des esprits forts pour dénigrer par principe une comédie sociale s’inscrivant dans la ruralité ou moquer certains raccourcis. N’empêche : Roxane parle avec une appréciable fraîcheur de sujets aussi profonds que ceux abordés par Hubert Charuel dans Petit paysan : le cynisme des gros agro-industriels organisant la disparition des petites exploitations, le manque de soutiens accordés aux paysanneries non productivistes, l’avidité des banques “spécialisées“, l’absence de solidarité inter-professionnelle ou cette désespérance chroni

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Cinq expos à voir en avril

Bons Plans | Cinq très bonnes expositions à découvrir ce mois-ci dans de petits ou grands lieux d'art lyonnais. Et en plus toutes sont… gratuites !

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 29 mars 2019

Cinq expos à voir en avril

En apesanteur Fasciné par l’univers visuel de la conquête spatiale, le photographe Vincent Fournier a parcouru le monde (Floride, Guyanne, Inde, Russie, Norvège…) et les stations spatiales… Il en a ramené d’impressionnantes images tirées en très grand format qui immergent le spectateur dans un monde à la fois effrayant (par sa technologie froide) et hypnotisant. À la Fondation Bullukian jusqu’au 18 mai Parcours Sabatté La beauté et l’horreur, l’attirant et le repoussant : c’est sans cesse entre ces polarités qu’oscille et que crée Lionel Sabatté. Faisant de feuilles de thé des sculptures de grands boucs musculeux, ou de peaux mortes de pieds humains de jolis pétales de fleurs de mûrier... Ses œuvres sont présentées à Lyon sous la forme d’un parcours (gratuit) à travers la ville en trois étapes : le Nouvel Institut Franco-chinois, le Musée Gadagne et la Fondation Bullukian.

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Lionel Sabatté, demande à la poussière

Art Contemporain | Invité par le Nouvel Institut Franco-Chinois, Lionel Sabatté propose un parcours artistique en trois étapes dans la ville. Et présente des œuvres dont la puissance et la fragilité sont mises sous tension.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 26 mars 2019

Lionel Sabatté, demande à la poussière

Aux Beaux-Arts de Paris, Lionel Sabatté se rongeait beaucoup les ongles pendant les cours. De ses rognures, il improvisa un jour un dessin-sculpture d'un petit visage souriant. Cette anecdote s'avérera rien moins que matricielle pour son œuvre future, et notamment pour ses dessins et sculptures constitués des matériaux les plus inattendus, voire les plus rebutants : rognures d'ongle, peaux mortes, amas de poussière, matières végétales... L'artiste part de l'informe et du rebut pour le sublimer en représentations animales, humaines ou paysagères. Il est question aussi, depuis le rongement originaire, de transmuter l'angoisse en sourire et en traits de joie. Ou plutôt de les maintenir l'un à côté de l'autre, en une ambivalence qui est la signature récurrente de ses créations artistiques : à la fois puissances de vie et figures fragiles, élans de joie traversés d'angoisses sourdes, beauté mêlée d'horreur, vitalité hantée de disparition... Déplacements Pour sa première exposition personnelle à Lyon, Lionel Sabatté a voulu un parcours à travers trois lieux de la ville, à l'instar de sa déma

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Philippe Godeau & Omar Sy : « le film parle d’un voyage, il en est aussi un pour moi »

YAO | En dédiant YAO à leurs pères respectifs, Philippe Godeau et Omar Sy insistent sur l’importance de la question de la transmission et des racines se trouvant au cœur du film. Retour sur ses origines en compagnie du scénariste-réalisateur et du comédien.

Vincent Raymond | Mardi 22 janvier 2019

Philippe Godeau & Omar Sy : « le film parle d’un voyage, il en est aussi un pour moi »

Vous êtes tous deux coproducteurs. Autrement dit, votre implication est double puisqu’elle va au-delà de l’investissement artistique. Pourquoi spécifiquement sur ce film ? Philippe Godeau : Omar, c’est l’acteur numéro 1. En faisant un film en Afrique, au Sénégal, j’avais l’envie de partager une expérience, le voyage… Je savais en plus qu’il avait une envie de produire et je trouvais que c’était bien de faire ce voyage à deux. Comme je suis un vieux producteur et un jeune metteur en scène ; qu’Omar est un acteur d’aujourd’hui et novice en production (sourire), je lui ai proposé… Omar Sy : Et j’ai accepté ! Le fait qu’il me laisse cette place, cette chance même, j’ai accepté parce que l’envie de partager quand on est producteur est rare. Avoir ce partage était intéressant : le film parle d’un voyage, il en est aussi un pour moi ainsi que l’aventure avec Philippe : c’est la première fois que je participe à des discussions sur la manière dont on fait, on réfléchit un film, comment on le prépare, on le tourne, on le monte. Et le voyage n’est pas terminé ! Du coup, mon implication

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Cahier d’un retour au pays des ancêtres : "YAO"

Comédie dramatique | De Philippe Godeau (Fr-Sen, 1h44) avec Omar Sy, Lionel Louis Basse, Fatoumata Diawara…

Vincent Raymond | Mardi 22 janvier 2019

Cahier d’un retour au pays des ancêtres :

Petit Sénégalais de treize ans, Yao vénère la star européenne Seydou Tall, au point de connaître son livre par cœur. Apprenant que l’idole est de passage à Dakar, Yao fait les 400km séparant son village pour le rencontrer. Touché (et poussé par le destin), Seydou décide de le ramener chez lui. Il s’agit là clairement d’un conte où le voyageur pensant maîtriser son cheminement se trouve “voyagé“, guidé par des forces de plus en plus pressantes à accomplir une mission initiatique à laquelle il n’était pas préparé. Dans ce récit, Yao n’est pas le héros mais le déclencheur inconscient, l’adjuvant à travers lequel le fatum va se manifester pour infléchir la trajectoire de Seydou ; un cicérone malgré lui tirant par ailleurs des leçons profitables de son escapade. Godeau et Sy ont tenté manifestement d’éviter le “folklorisme“ tout en préservant un certain réalisme dans la vision du pays. Toutefois, il ne faut pas non plus s’attendre à une vérité documentaire : la caméra ne reste pas assez longtemps pour cela, c’est l’histoire qui le veut… et le genre road movie, qui lui aussi e

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Nouvel an, nouveaux romans

Littérature | Sur le modèle de son rendez-vous de septembre, Auvergne-Rhône-Alpes Livre et Lecture duplique pour la première fois sa traditionnelle rentrée des auteurs (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 22 janvier 2019

Nouvel an, nouveaux romans

Sur le modèle de son rendez-vous de septembre, Auvergne-Rhône-Alpes Livre et Lecture duplique pour la première fois sa traditionnelle rentrée des auteurs auralpins au mois de janvier pour une deuxième salve de rencontres consacrées à une sélection des romans à paraître en ce début d'année. Le 28 janvier à 17h dans les locaux d'Auvergne-Rhône-Alpes Livre et Lecture du 25 rue Chazière, huit auteurs viendront ainsi présenter leur nouvelle publication : Yamina Benahmed Daho pour De mémoire (L'Arbalète / Gallimard), Sophie Chabanel pour Le Blues du chat (Cadre Noir / Seuil), Antoine Choplin pour Partiellement nuageux (La Fosse aux Ours), Daniel Parokia pour Chasseurs dans la neige (Buchet Chastel), Irma Pelatan pour L'Odeur de chlore (La Contre-allée), Paola Pigani pour Des orties et des hommes (Liana Lévi), Benoît Reiss pour Le Petit Veilleur (Buchet-Chastel) et Lionel Salaün pour Whitesand (Actes Sud). Une rencontre ouverte –

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Galerie Slika, le retour

Street Art | La galerie Slika revient secouer le paysage artistique lyonnais dans un espace deluxe et avec une exposition collective flamboyante.

Lisa Dumoulin | Mardi 18 décembre 2018

Galerie Slika, le retour

Après s’être fait la malle en juin de leur écrin de la rue des remparts d’Ainay, le fondateur de la galerie Slika Jérémie Masurel et son acolyte Félix Baezner annonçaient un retour à l’automne. Nous y sommes : la galerie a déménagé quelques pâtés de maison plus loin, au numéro 25 de la prestigieuse rue Auguste Comte. Dans un lieu incroyable : un ancien atelier de 280 mètres carrés (l’ancienne galerie en faisait 60) au fond d’une cour, cachée au public depuis 1985. Six mois de travaux plus tard, avec le concours de l’architecte Thibaut Ressy, de l’architecte d’intérieur Anne-Laure Aliaga et de la styliste d’intérieur Nathalie Rives, l’espace prend forme. Sous une verrière de cinq mètres de hauteur et des poutres apparentes, le lieu est pensé comme un espace d’exposition - doté d’un éclairage exceptionnel - mais aussi comme résidence d’artistes, territoire d’expérimentations et d’échanges lors d’évènements, et toujours de lieu de vie avec la continuité du café, déjà présent depuis l’inauguration de la galerie Slika en 2014. ADN Pour son “grand opening”, Slika tape fort et propose une exposition collective en lien di

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En vert et contre tous ! : "Le Grinch"

Animation | de Yarrow Cheney & Scott Mosier (E-U, 1h26) avec les voix (v.f.) de Laurent Lafitte, Lior Chabbat, Nicolas Marié…

Vincent Raymond | Mardi 27 novembre 2018

En vert et contre tous ! :

Grommelant dans sa grotte solitaire en marge de Chouville, la cité où les Choux vivent dans l’attente heureuse de Noël, le verdâtre Grinch abhorre cette fête durant laquelle les gens se témoignent leur affection mutuelle. Alors, il décide de voler Noël… Signée par le studio Imagination fabriquant les Minions à la chaîne, cette nouvelle adaptation du conte du Dr Seuss en polit la structure un peu trop âpre (à la limite terrifiante) et trop inscrite dans un folklore américain. Il suffit de se replonger dans la précédente (2000), réalisée par Ron Howard en prises de vues réelles et incarnée par Jim Carrey, pour être saisi d’horreur : décor, costumes, scansion rimée… Tout puait le factice et l’import frauduleux. Le Grinch de Cheney & Mosier est ici un “gentil“ méchant, dont la laideur physique et morale est adoucie : poil soyeux, farces pas trop graves justifiées par une enfance traumatisée. Ce ne sera donc pas si difficile de le convertir à l’esprit de Noël. Graphiquement honnête mais sans surprise, cette version aseptisée convient à l’époque et au marc

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Tombeau pour être vrai : "Chris the Swiss"

Documentaire animé | de et avec Anja Kofmel (Sui-Cro-All-Fin, 1h25) avec également Heidi Rinke, Julio César Alonso…

Vincent Raymond | Mardi 2 octobre 2018

Tombeau pour être vrai :

Parti couvrir le conflit yougoslave pour la radio suisse, le jeune Christian Würtenberg est retrouvé mort en 1992 revêtu de l’uniforme d’une milice pro-croate. Marquée à l’époque par sa disparition, sa cousine enquête de nos jours sur ce héros de roman et son assassinat… Aux yeux d'efant d’Anja, Chris était nimbé d’un séduisant mystère, accomplissant une noble mission “à l’autre bout du monde”. La vérité est aussi nuancée que ce personnage aux motivations incertaines : était-il, comme le prétend doucereusement le terroriste Carlos, un espion suisse ; s’était-il infiltré dans la faction paramilitaire d’extrême-droite pour en raconter l’existence en journaliste ? Ou bien avait-il, en homme désarçonné par les atrocités observées, réellement décidé de combattre les Serbes en renonçant à sa double neutralité, helvétique et journalistique ? Dans son for intérieur, Anja avait sa réponse ; elle fait donc en sorte de donner de Chris un portrait respectable — sans doute conforme à la réalité. Au-delà d’une nécessité personnelle, sa démarche se distingue p

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Pareil, et en moins bien : "Alad'2"

Comédie | de Lionel Steketee (Fr, 1h38) avec Kev Adams, Jamel Debbouze, Vanessa Guide…

Vincent Raymond | Mardi 2 octobre 2018

Pareil, et en moins bien :

Sofia a quitté Sam. Dans l’avion pour la rejoindre, Sam imagine la suite des aventures d’Aladdin, chassé de Bagdad par le cruel Shah Zaman qui, de surcroît veut épouser la princesse Shalila. Aidé par son génie, le rusé voleur repart en conquête de sa promise et de Bagdad… La coutume veut que la suite d’un succès cherche à le superlativer — en y parvenant rarement, d’ailleurs — grâce à une histoire plus époustouflante, la montée en gamme de la réalisation et une distribution de prestige. C’est visiblement ce troisième point qui a été privilégié avec le recrutement de Jamel Debbouze comme co-star (par ailleurs intercesseur idéal pour qui souhaite tourner au Maroc, semble-t-il). Mais associer les deux humoristes revient à mélanger de l’eau et de l’huile (ou l’inverse) ; de fait, chacun déroule son one man show à sa sauce dans son segment de film sans qu’il y ait réellement de rencontre. On suit donc en alternance des sketches où Kev, aventurier aux adbos souriants, croise pléthore de stars venues faire des caméos, et d’autres où Djamel, en félon, b

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Cachées : "Le Dossier Mona Lina"

Espionnage | de Eran Riklis (Isr-All, 1h33) avec Golshifteh Farahani, Neta Riskin, Lior Ashkenazi…

Vincent Raymond | Mardi 3 juillet 2018

Cachées :

Remise d’une mission éprouvante, une agent du Mossad est affectée à une opération en théorie tranquille : veiller le temps de sa convalescence sur une transfuge du Hezbollah libanais, Mona, dans une planque sécurisée en Allemagne. Mais les anciens alliés de Mona sont sur ses traces… Qui manipule qui, qui est l’appât, qui est la proie ? À la base complexe — et plongée dans un vortex diplomatique depuis les décisions intempestives de Donald Trump — la situation géopolitique au Levant constitue un terreau favorable pour un bon thriller d’espionnage en prise avec le réel. Rompu aux questions de frontières (voir notamment La Fiancée syrienne), le réalisateur israélien n’hésite pas ici à critiquer le cynisme officines d’État — y compris le sien — manœuvrant en dépit de la morale et en fonction des intérêts du moment, quitte à sacrifier autant de pions (c’est-à-dire de vies) que nécessaire. Après un démarrage tonitruant porté par une musique et une distribution dignes des grandes productions internationales, le film s’engage dans un face à face prometteur puisq

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Berlioz, un sacré musicien !

Festival Berlioz | Chaque fin d’été à la Côte-Saint-André, Berlioz renait. Le Festival est devenu un événement musical incontournable pour les amoureux d’une musique française romantique inclassable. 2018, un cru prestigieux.

Pascale Clavel | Mardi 19 juin 2018

Berlioz, un sacré musicien !

Après le succès d'une édition 2017 "so british", le festival se tourne vers les œuvres sacrées de Berlioz et en même temps accueille les commémorations du 150e anniversaire de la mort du compositeur. Par son ambiguïté, "Sacré Berlioz", résume bien l’homme à la personnalité toute singulière : compositeur romantique avant-gardiste, écrivain, poète, orchestrateur hors cadre, maître de l’idée fixe (ce thème principal obsessionnel qui ne vous lâche jamais…), Berlioz pousse l’écriture de ses mélodies comme personne : des phrases fiévreuses, des envolées charnelles, jamais décoratives, des thèmes qui vous collent aux oreilles, absolument. Il fallait oser, sacré festival ! Qui s’ouvre sur une grande fête des moissons avec musiques et métiers d’antan, à Saint-Pierre de Bressieux. On y retrouve la folle ambiance d’un village dauphinois comme on y vivait au 19e siècle. Les batteuses, les jeux en bois, la fabrication du pain artisanal et la fanfare des Violons du Rigaudon, constituée de violonneux traditionnels. L’orchestre Les Corsaires Rouges fera danser les festivaliers jusqu’au bout de la nuit lors d’un petit bal o

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Porcs salut : "Miracle"

Truisme | de Egle Vertelyte (Lit, 1h31) avec Eglè Mikulionyté, Vyto Ruginis, Andrius Bialobzeskis…

Vincent Raymond | Lundi 14 mai 2018

Porcs salut :

Lituanie, 1992. L’effondrement du communisme provoque la désorganisation en cascade de toute la chaîne collectiviste. Dont la ferme porcine administrée par Irena. Au bord de l’asphyxie, elle espère un miracle. Il aura le visage d’un investisseur américain baroque. L’homme providentiel ? Alors que le temps a accompli son œuvre, créant de facto un sas entre la fin du bloc de l’Est et notre époque, les comédies post-ost ont été plutôt rares — Goodbye Lenine faisant figure de notable exception. Sans doute fallait-il pour cela, au-delà de l’ostalgie, éprouver le sentiment même inconscient de renouer avec la bipolarisation d’antan ; donc que la Russie retrouve son influence internationale. Après presque deux décennies de régime poutiniste, le moment est donc bien trouvé pour ce Miracle — à quelque chose chose, malheur est-il bon ? S’il s’ancre dans le lisier et la fin du communisme en Lituanie, ce premier long-métrage d’Egle Vertelyte tient beaucoup de la fable intemporelle : celle du Laboureur et ses Enf

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Flash-back sur le Petit Bulletin Festival

MUSIQUES | De la pop, électro ou pas, française comme sud-africaine, les extravagances du rock anglais, une soirée 100 % féminine à base de folk américain et de performances voyageuses et l'un des plus grands orchestres d'Afrique de l'Ouest... Pour sa deuxième édition, le Petit Bulletin Festival est parti dans tous les sens sous la verrière des Subsistances. Et cela a valu quelques beaux moments dont il faudra se souvenir.

Stéphane Duchêne | Mercredi 2 mai 2018

Flash-back sur le Petit Bulletin Festival

Vendredi 27 avril Sage C'est Sage qui a ouvert les hostilités vendredi soir pour le concert inaugural du Petit Bulletin Festival sous la verrière des Subsistances. Des hostilités il faut bien le dire particulièrement avenantes mais un rien surprenantes pour qui est habitué aux disques de l'ancien Revolver. C'est en groupe – dont faisait partie la chanteuse et musicienne Theodora – et en mode plutôt rock que Sage a fait la blague, livrant des extraits ici particulièrement saignants de son album à venir en juin, Paint Myself. Ceux qui aiment cet artiste en mode piano-solo auront, ô joie, pu en profiter quelques précieuses minutes lors d'un concert surprise sis à la Boulangerie des Subistances pendant le deuxième changement de plateau. Là, Sage s'est livré, entre autres, à quelques reprises et à des collaborations complices avec Theodora pour un moment suspendu. Nakhane Vint le tour de Nak

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Contre-danse : "Foxtrot"

Drame | de Samuel Maoz (Isr-Fr-All, 1h53) avec Lior Ashkenazi, Sarah Adler, Yonaton Shiray…

Vincent Raymond | Mardi 24 avril 2018

Contre-danse :

Dafna et Michael apprennent brutalement un matin que leur fils Yonatan, militaire affecté sur un poste frontière dans le désert israélien, a été tué. Il faut gérer la douleur, les démarches administratives, la famille, les cérémonies officielles absurdes. Sauf qu’il y a un coup de théâtre… Un film ? Plutôt trois et demi en un, alternant les couches ou les tranches comme dans un sandwich. Or, chacun le sait, le meilleur du sandwich, c’est rarement le pain. L’épisode central le confirme ici : après une ouverture ayant pour fonction de démontrer l’habileté du réalisateur, son goût pour la géométrie et son art à gérer les hauteurs, la spatialité, on découvre ce qui aurait pu (dû ?) demeurer un fantastique court-métrage. Cœur du récit et nœud du drame, la vie au poste frontière est un mélange d’absurde et d’esthétique rappelant Le Rivage des Syrtes, mais revisité par Jean-Pierre Jeunet époque Bunker de la dernière rafale. Un moment de sombre beauté en temps de guerre, où entre deux banalités dans le quotidien de troufions ab

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Cookie custom et délire sucré

Goûter | À deux pas de la place Sathonay, les délicieux cookies d'Amandine Gillot se savourent dans sa boutique Coney Cookies.

Antoine Allègre | Mardi 3 avril 2018

Cookie custom et délire sucré

C'est à l'occasion d'un séjour à New York qu'Amandine Gilliot découvre les sugar cookies – des sablés so cute décorés avec précision. Une véritable institution à l'heure du goûter de l'autre côté de l'Atlantique. De retour à Lyon, elle se lance dans la confection de cette douceur typique et crée sa structure Coney Cookies. D'abord à la livraison, les gâteaux – personnalisables à l'infini – disposent désormais d'un joli petit écrin pour accueillir les curieux à la gueule sucrée. Dans cette échoppe décorée avec goût à deux pas de la place Sathonay, on retrouve bien évidemment les créations d'Amandine (dont ses fameux cookies archi-généreux), des boissons et jus de fruit chic, de la papeterie mais aussi différents ustensiles de décoration, emporte-pièces et autres artifices pour orner la table. Cerise sur le gâteau, la patronne des lieux organise les samedis matin (pas trop tard) des ateliers-confection de sugar cookies pour toute la famille, de typographie sur sablé et autres réjouissances yummy. Le tout à la demande après l'avoir contacté. Ça leur plaît ? C'est eux qui l'ont fait.

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Lior Shoov : humeur vagabonde

Petit Bulletin Festival | Parcourant le monde avec ses drôles d'instruments, la fée folk Lior Shoov y fabrique en chemin des comptines bricoleuses où la grâce le disputent à la fantaisie. Petit aperçu en vue sur la scène des Subsistances.

Stéphane Duchêne | Mercredi 28 mars 2018

Lior Shoov : humeur vagabonde

Si l'on fait bien les comptes, il y a comme deux Lior Shoov. Il y a l'artiste de scène, l'artiste de rue même, la vagabonde – qui a glané sur la route de multiples idées de rien et des instruments qu'on jurerait imaginaires : des trucs traditionnels ramenés du bout du monde ou des machins de bric et de broc, fait d'objets du quotidien – ukulele, hang, sanza, clochettes, charango, harmonica, jouets d'enfants, tubes en plastique. De ce bazar, dont elle joue comme la femme orchestre, la native de Tel-Aviv, qui chante en cinq langues : hébreu, français, anglais, espagnol et une langue de son invention, bricole seule en scène un bric à brac musical loufoque, barré, tenant autant de la chanson et de la comédie que du cirque dont elle est une adepte. Et puis il y a la musicienne qui, plus prosaïquement, enregistre des disques. Le sien, éponyme, parce qu'il l'incarne sans doute si bien que tout titre additionnel eut été superflu, ressemble à une collection de comptines pour pays imaginaire, de ber

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Sauvage veut populariser le cocktail

Bar à Cocktail | À Lyon, le slow drinking serait en passe de détrôner le souping et le juicing. Joie.

Julie Hainaut | Mardi 6 mars 2018

Sauvage veut populariser le cocktail

Que les choses soient claires : les nouveaux pseudo-phénomènes alimentaires, ça a tendance à nous hérissonner. L’idée de propulser des mets et boissons traditionnels au rang de singularité parce qu’on leur adjoint un suffixe tendance à connotation détox, ça nous donnerait presque envie de barboter dans de la crème fraîche à vie. Le slow drinking, c’est un peu différent : le suffixe –ing est présent, mais le côté détox n’est pas fondamental, ouf. L’idée, dans cette tendance, c’est de prendre le temps. Le temps de boire. Et comme on est plutôt du genre à aimer les bars qui en ont dans le goulot, le slow drinking, ça nous parle sévère. Le cocktail à l’heure de l’apéro En la matière, on a déniché Sauvage, un tout nouveau bar à cocktails qui prône cette tendance à travers le cocktail apéritif, installé en lieu et place du tant aimé Gonzo Bar dans lequel on a probablement pris nos premières pistaches. « Notre démarche est simple : prendre le temps de partag

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Pacte à la guatémaltèque : "Las Marimbas del infierno"

DOCU-FICTION | de Julio Hernández Cordón (Fr-Mex-Guat, 1h14) avec Don Alfonso, El Blacko, Victor Hugo Monterroso…

Vincent Raymond | Mardi 9 janvier 2018

Pacte à la guatémaltèque :

Guatemala, 2010. Sa musique ne faisant plus recette, un joueur de marimba est mis en cheville par son filleul magouilleur avec un métalleux de renom. L'idée ? La fusion entre hard satanique et percussions traditionnelles. Séduisant sur le papier, son projet se heurte à divers obstacles… Long fut le chemin entre le tournage et la sortie française pour ce film empruntant à la réalité ses protagonistes et son contexte tourmenté. Celui d’un pays en rupture, où la modernité et la crise économique condamnent le folklore à une représentation caricaturale pour touristes ; où les bandes rançonnent tranquillement les particuliers. Victime des uns et des autres, Don Alfonso avait ému Julio Hernández Cordón, au point de lui inspirer ce film doux-amer, aussi tragi-comique que crépusculaire sur les soubresauts créatifs du Guatemala. Le musicien est aujourd’hui le héros, et le héraut de cette cause, aux côtés de deux autres sacrés personnages : un toubib ex-sata

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Julio Hernández Cordón : « J’ai essayé de ne pas appliquer ce qu’on m’avait appris dans les écoles de cinéma »

Entretien | Près de huit ans après son tournage, Julio Hernández Cordón présente enfin en France son deuxième long-métrage, Las Marimbas del Infierno. Un film hybride qui lui a ouvert les portes de la notoriété : il écrit actuellement une série pour Netflix.

Vincent Raymond | Mardi 9 janvier 2018

Julio Hernández Cordón : « J’ai essayé de ne pas appliquer ce qu’on m’avait appris dans les écoles de cinéma »

Las Marimbas del Infierno se situe-t-il du côté du documentaire, de la fiction ou bien quelque part entre les deux ? Julio Hernández Cordón : C’est un mélange entre les deux. Si j’ai l’habitude de travailler avec des acteurs dans tous mes films, c’est un peu ma “marque de fabrique” de travailler avec des personnes ressemblant à des personnages de fiction : ils ne parlent pas comme moi, mais comme eux-mêmes. C’est grâce à cela que mes films deviennent tridimensionnels. Comment procédez-vous avec vos interprètes ? Je leur dis qu’ils ne vont pas jouer, pas mentir dans le film. Pour bien mentir, il faut qu’il y ait une part de vérité dans ce mensonge. Avant le tournage, j’essaie de faire une enquête sur mes personnages. Elles sont très simples, puisqu’elles consistent à les suivre dans leur vie personnelle, à être là sans interrompre, à les regarder agir au sein de leur famille et de leur cercle d’amis. C’est un peu voyeuriste. Ils ne se rendent pas compte que je leur vole de petits bouts de ce qu’ils sont pour les mettre dans le personnage, mais je leur demande

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Nelio, de graffeur à peintre

Peinture | Pour sa première exposition personnelle à la galerie Slika, Nelio surprend son public avec un véritable travail de peinture abstraite, éloignée de son style géométrique habituel. Sérigraphies, dessins, grands et petits formats peints sur bois : l’artiste présente près de 70 œuvres autour du thème du passage.

Sarah Fouassier | Mardi 24 octobre 2017

Nelio, de graffeur à peintre

Ce n’est pas la première fois que Nelio est invité par la galerie Slika. Nous l’avions repéré lors d’une très belle exposition collective regroupant Ekta, 108 et Erosie en 2015 ; et sur les murs de Lyon, sur lesquels il a peint seul ou à plusieurs mains, principalement avec THTF, mais aussi Bang ou Ducan Passmore. L'artiste et ses aérosols ont parcouru les différents continents, dans un style influencé par le constructivisme et le suprématisme. Sa peinture se veut rationnelle, géométrique, enrichie par le graphisme qu'il a étudié. D’expositions personnelles ou collectives en résidences et voyages, Nelio s’est contraint à ce style méthodique dans lequel il s’est pleinement épanoui, jouant avec les couleurs et les perspectives que lui offrent l’architecture et les textures de murs abîmés. Mais depuis quelques années, Nelio s’essaie à une peinture beaucoup plus personnelle et abstraite, où le geste se veut radicalement détaché de l’idée formelle d’une finalité. Cette exposition Passages permet de faire découvrir au public ce style à l’antithèse de ce à quoi il

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Guillermo del Toro : « Le genre de mon film ? Un film de moi ! »

Festival Lumière | Lion d’Or à Venise pour La Forme de l’eau, Guillermo del Toro fait escale au Festival Lumière ce week-end pour présenter une sélection de ses œuvres de chevet. Il en profitera pour montrer en avant-première sa romance fantastique entre un homme aquatique et une femme de ménage muette…

Vincent Raymond | Samedi 14 octobre 2017

Guillermo del Toro : « Le genre de mon film ? Un film de moi ! »

Quand vous avez reçu votre Lion d’Or, vous avez dit « Si vous restez pur et fidèle à ce que vous croyez — et pour moi ce sont les monstres —, alors vous pouvez faire ce que vous voulez ». D’où vous vient cette fascination pour les monstres ? Guillermo del Toro : Tout d’abord, je veux revenir sur cette phrase : à Venise, ils avaient traduit « monsters » par « mustard », c’est-à-dire « moutarde » (rires), trouvant que c’était une métaphore géniale : « il aime les condiments ». Mais sinon pour moi, ça a commencé tôt, presque au berceau, quand j’avais deux ans. Mon psy dit que c’était un mécanisme d’inversion, tellement j’était tellement effrayé d’être né. Quand j’étais gosse, je me sentais étrange. Déjà, j’étais incroyablement mince — si si —, mes cheveux étaient extrêmement blonds, presque blancs, et j’étais tellement timide que je boutonnais ma chemise jusqu’au col. Je me battais si fréquemment que j’ai commencé à prendre du poids pour être capable de me défendre. Alors forcément, j’éprouvais de l’empathie pour les monstres : je voyais la cr

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Bruno Messina : « Berlioz était un punk ! »

Festival Berlioz | Cela fait maintenant 24 ans que La Côte-Saint-André accueille un festival dédié au compositeur français Hector Berlioz (1803 – 1869). D’année en année, l’événement prend de l’ampleur, à tel point qu’il est aujourd’hui l’un des plus grands festivals de musique classique de la région. Pour Bruno Messina, son directeur artistique depuis 2009, un tel rassemblement est un hommage logique pour celui qui, de son temps, a toujours vu les choses en grand.

Nicolas Joly | Mardi 20 juin 2017

Bruno Messina : « Berlioz était un punk ! »

Grâce à vous, Berlioz est un véritable globe-trotter : après l’Italie en 2012 et l’Amérique en 2014, il se rend cette fois en Angleterre (le sous-titre de cette nouvelle édition est "Berlioz à Londres au temps des expositions universelles"). Pourquoi ce choix ? Bruno Messina : Berlioz était un vrai voyageur. Au XIXe siècle, il fut l’un des premiers compositeurs à connaître plus de succès à l’étranger qu’en France, et notamment en Angleterre. Surtout, la musique classique peut tenir à l’écart les gens qui ne la connaissent pas. C’est donc plus facile d’amener le public à s’y intéresser en lui racontant une histoire, qui est celle de l’aventurier qu’était Berlioz. D’autant plus que Berlioz vouait un amour profond à l’Angleterre, un amour de cœur. Il découvrit Shakespeare à 24 ans, qui le fascina, et se découvrit en même temps une passion pour une actrice irlandaise, Harriet Smithson, qui sera le deuxième grand coup de foudre de sa vie et pour laquelle il écrira la Symphonie fantastique. C’est aussi cette histoire que l’on va raconter. Son voyage au pays de Shakespeare a l’air de l’avoir beauco

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Mediatone : « Donner du plaisir aux gens cool »

Activisme | Après vingt ans d'activisme musical et de créations d'événements (Reperkusound, Just rock ?, le salon Diskover) et d'action sociale, Mediatone, plus ancienne association de sa catégorie à Lyon, s'organise une fête d'anniversaire bien méritée au Transbordeur. Petit bilan avec ses fondateurs : Jérôme Laupies et Éric Fillion.

Stéphane Duchêne | Mardi 6 juin 2017

Mediatone : « Donner du plaisir aux gens cool »

Comment est né Mediatone ? Jérôme Laupies : En 1997, j'étais étudiant, déjà dans l'associatif et des copains m'ont demandé si ça me disait de monter un concert. On a fait Louise Attaque au Pezner, juste avant qu'ils n'explosent, avec des groupes locaux comme Les Gueules de Bois. Puis des concerts qui ont bien marché, comme Dolly et Cornu. On a monté l'asso en 1998, avec Éric – qui a été présent dès le début – avec pour devise, inscrite dans nos statuts : « donner du plaisir aux gens cool et ouvrir l'esprit des autres. » Éric Fillion : Pour moi, fan de musique, continuer Mediatone ça voulait dire faire deux ou trois concerts. Vingt ans plus tard, on est toujours là avec une structure qui a beaucoup évolué tout en gardant son objectif initial : faire le choix assumé de concerts très éclectiques et aider la scène locale à se développer, comme on l'a fait en suivant pendant plusieurs années des groupes comme Fake Oddity ou La Mine de Rien, qui ont été de vraies aventures humaines ou artistiques. On le sait moins mais Mediatone, c'est aussi de l'action sociale autour de la musique...

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Le vent nous portera... à l'atelier de graphistes Kolle Bolle

Dessin | Au vent léger de l'été, exposition présentée dans l'atelier du collectif de graphistes Kolle Bolle, porte bien son nom... Des dessins comme en apesanteur et (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 30 mai 2017

Le vent nous portera... à l'atelier de graphistes Kolle Bolle

Au vent léger de l'été, exposition présentée dans l'atelier du collectif de graphistes Kolle Bolle, porte bien son nom... Des dessins comme en apesanteur et tracés au gré du vent, parfois même réalisés sur des post-its, couvrent un long mur blanc. Il y a ceux de Dans le ciel tout va bien (pseudonyme d'un artiste qui dessine et produit des fanzines ou de petites auto-éditions), mêlés à ceux de Fabio Viscogliosi, artiste et aussi musicien, romancier, auteur BD. Le premier présente surtout des paysages volcaniques sur des post-its. Le second joue avec, rêve les formes les plus diverses, utilisant plusieurs techniques : peinture, aérographe, pochoirs... Il reste chez Fabio Viscogliosi quelques traces d'une esthétique BD, mais il s'en éloigne de plus en plus, avec beaucoup de liberté, flirtant avec le tachisme, l'abstraction, la géométrie. On y devine des rochers, des nuages, des rudiments de paysages, mais plutôt que de nous y confiner, Fabio Viscogliosi

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Les ramifications de Frédéric Houvert

Peinture | Le centre d'art Néon invite un artiste, Frédéric Houvert, qui en invite trois autres pour une exposition intitulée "Les tournesols". Où il est question de floraisons, de couleurs, de sobriété et de ramifications.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 16 mai 2017

Les ramifications de Frédéric Houvert

Avant d'être étudiant aux Beaux-Arts, Frédéric Houvert (né en 1980 à Toulon, installé aujourd'hui à Lyon) a fait une école d'horticulture. Cela n'explique rien, mais l'artiste (peintre, sculpteur, photographe) en a sans doute conservé un goût prononcé pour le motif floral et pour l'univers végétal en général. Il a notamment composé de nombreuses toiles représentant des fleurs, quasi monochromes, dans des nuances de tons très fines, où le motif paraît comme s'effacer, ou "affleurer" à peine. Comme par discrétion, ou comme une continuation possible de l'idée de modernité, lancée, entre autres, par Mallarmé : « Je dis : une fleur ! Et, hors de l'oubli où ma voix relègue aucun contour, en tant que quelque chose d'autre que les calices sus, musicalement se lève, idée même et suave, l'absente de tous les bouquets. » L'absolu moderniste, cherché dans le langage replié sur lui-même ou dans l'abstraction monochrome, s'ouvre à nouveau avec Frédéric Houve

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La bibliothèque, ce pilier de la démocratie que Lyon chérit

Politique Culturelle | Mission de service fondamentale, la bibliothèque municipale de Lyon est au cœur de la politique de la Ville. À l'heure où Grenoble choisit d'en fermer, Lyon en (ré)ouvre trois, à commencer par Gerland depuis le 28 mars. Gilles Éboli, directeur de la BML, fait le point.

Nadja Pobel | Mardi 2 mai 2017

La bibliothèque, ce pilier de la démocratie que Lyon chérit

La fréquentation de la bibliothèque est stable voire en léger recul (2, 8 millions de visiteurs en 2015, 2, 5 aujourd'hui). Quelle analyse en faites-vous ? Gilles Éboli : L'action de la ville de Lyon en matière de lecture publique est vraiment à souligner. On ouvre trois bibliothèques : réouverture de Gerland en mars, de celle du 6e – Clémence Hortet le 6 juin, puis première ouverture de Lacassagne fin septembre. On crée quinze postes. On met 15M€. C'est vraiment un projet énorme, et ce n'est pas le seul. Si on a eu moins de fréquentation, c'est qu'on a dû fermer des bibliothèques pour en rouvrir des nouvelles. On a un potentiel énorme de public. 16% des Lyonnais sont des abonnés de la BML. Pour la France, c'est un chiffre qui se situe dans la moyenne. Le chiffre des inscrits ne rend pas compte de l'activité - la bibliothèque n'est plus un stock de documents que l'on vient emprunter, c'est un espace de vie, un endroit où les citoyens peuvent se retrouver gratuitement. On n'est pas obligé de s'inscrire. Notre fréquentation a plus de sens. Et elle va augmenter avec la réouverture de Gerland, celle du 6e

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