La Piel que habito

ECRANS | Avec "La Piel que habito", Pedro Almodóvar revient aux récits baroques et teintés de fantastique de sa jeunesse, la maturité filmique en plus, pour un labyrinthe des passions bien noir dans lequel on s’égare avec un incroyable plaisir. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 6 juillet 2011

La Piel que habito se déroule à Tolède l'année prochaine, mais il se passe aussi bien avant ce présent qui n'est pas le nôtre. De ce laps temporel qui enjambe gentiment notre actualité pour aller fouiller dans le passé et anticiper un futur proche où la science sans contrôle ne servira plus que les désirs de ceux qui la maîtrisent, Pedro Almodóvar fait plus qu'une pirouette narrative ; c'est un vrai geste de cinéaste, retournant aux sources de son œuvre pour lui donner un nouveau souffle, là où ses derniers films avaient tendance à s'enfoncer dans un auto-académisme à base de scénarios virtuoses et réflexifs et de mélodrames au féminin mis en scène avec une élégance glacée.

Il faut remonter à Matador ou La Loi du désir pour trouver chez lui une histoire aussi tordue, qui n'hésite pas à emprunter les voies du cinéma de genre (le fantastique en tête, avec des références très assumées aux Yeux sans visage de Georges Franju et au Frankenstein de James Whale) pour distraire à tous les sens du terme le spectateur de son horreur fondamentale. Que l'on ne dévoilera pas, histoire d'être fidèle aux souhaits de l'auteur.

Carnaval tragique

Ce que l'on peut dire : un médecin spécialiste de la chirurgie plastique a inventé une peau de synthèse qu'il teste sur une jeune femme qu'il maintient prisonnière dans sa grande demeure à l'écart de la ville. Ce dont elle ne semble pas se plaindre, passant ses journées à faire du yoga et à lire des revues féminines. En guise de garde-chiourme, une vieille femme reste l'œil rivé sur des écrans de contrôle qui filment cette créature d'une beauté renversante — est-ce grâce à cette fameuse peau de synthèse et pourquoi en a-t-elle eu besoin ? Le labyrinthe narratif qu'Almodóvar va développer pour élucider les motifs qui ont réuni ce trio est assez époustouflant, allant de surprises en twists tous plus inattendus les uns que les autres.

À intervalles réguliers, de nouveaux personnages débarquent dans les diverses époques du film : le fils de la «gardienne», un truand évadé de prison qui s'est déguisé en tigre pour se fondre dans le carnaval annuel et échapper à la police ; un adolescent qui vend des fringues dans une boutique branchée ; la femme morte du médecin et sa fille renfermée suite à cette disparition. Almodóvar maintient longuement la déconnexion entre les morceaux de son intrigue, et il s'agit bien, dans un dernier mouvement proprement jouissif, de les coudre entre eux tels les morceaux de peau qu'habite sa prisonnière. En cela, le dessin du film se superpose à son propos : ici, tout n'est que masques, faux-semblants, changements de genres et ruptures de ton.

La mue de Pedro

Face à cette œuvre nettement plus sombre que ses précédentes réalisations, Almodóvar conserve la même virtuosité scénaristique et le même plaisir de mettre en scène. On retrouve par exemple la direction artistique époustouflante d'Étreintes brisées, cette manière de fondre les personnages dans des décors qui, parfois captés en d'impressionnantes plongées zénithales, ressemblent à des toiles de Joan Miró. Si l'ombre d'Hitchcock et du grand cinéma hollywoodien classique (revisité par un cinéphile pétri de la plus intense modernité) plane au-dessus du film, Almodóvar en a surtout retenu une leçon fondamentale : le plaisir du jeu. Jeu avec le spectateur, mais aussi jeu des acteurs : il y a une jubilation manifeste de la part d'Antonio Banderas à incarner ce méchant ambivalent, une ironie discrète qui rappelle certains rôles de James Mason.

Quant à Elena Anaya, sa performance est d'autant plus louable qu'il faut presque une deuxième vision, l'intrigue remise dans l'ordre, pour en saisir toute la complexité. D'ailleurs, c'est en bout de course aussi qu'Almodóvar prouve que La Piel que habito n'aura fait que reprendre ses thèmes favoris, mais dans une variation radicale. La conclusion, d'un culot extraordinaire, est plus qu'un effet de signature : le retour imprévisible du mélodrame almodóvarien, régénéré par ce détour par le grand autre cinématographique, le thriller macabre et fantastique. Lui aussi a, à sa manière, changé de peau, et on est curieux de voir ce que cette mue réussie va lui inspirer par la suite.

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"La Voix Humaine - The Human Voice" de Pedro Almodóvar : quitte mains libres

Cinéma | Présenté hors compétition à la dernière Mostra de Venise et en première française en clôture du Festival Lumière 2020, le nouveau Almodóvar tient à la fois du renouvellement et de la synthèse en un court-métrage. Exclusivement en DVD ou VOD à partir du 19 mars.

Vincent Raymond | Vendredi 12 mars 2021

C’est un classique bientôt centenaire, pensé pour la scène par Cocteau, et depuis à de nombreuses reprises déjà transposé au cinéma, plus ou moins directement — par Pedro Almodóvar notamment, deux fois (dans La Loi du Désir et Femmes au bord de la crise de nerf). Racontant la consommation d’une rupture amoureuse via le monologue téléphonique de l’abandonnée, La Voix Humaine se révèle tout autant un texte dramatique que conceptuel du début de l’âge du virtuel — invisible et inaudible, le correspondant masculin dématérialisé étant supposé synchrone. Un ovni de luxe dans le ciel du court-métrage, et une parenthèse pour Pedro Almodóvar qui s’essaie pour la première fois à la langue anglaise en confiant à Tilda Swinton ce rôle-trophée de victime superbe, jadis échu à Anna Magnani à l’écran ou Simone Signoret (sur disque)

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Robert Downey Jr. : « je suis un homme à chats »

Le Voyage du Dr Dolittle | Avenant mais peu loquace, Robert Downey Jr. est venu brièvement à la rencontre de la presse pour présenter son nouveau personnage, le Dr Dolittle.

Vincent Raymond | Mardi 4 février 2020

Robert Downey Jr. : « je suis un homme à chats »

Qu’est-ce qui vous a poussé vers ce nouveau personnage de scientifique atypique ? Robert Downey Jr. : Cela fait plus de dix ans que je fais des films où les enfants se cachent les yeux lorsqu’apparaissent les aliens. Je me suis dit qu’il était temps que je fasse un film de famille : je n’en avais jamais fait. Et je vois que tout le monde s’y amuse. WC Fields disait qu’il ne fallait jamais jouer avec un enfant ni avec un animal. Or vous partagez l’affiche avec deux jeunes partenaires et un zoo complet. Est-ce que vous aviez envie de relever un défi punk ou de donner tort à Fields ? Oh, Fields ! C’était un dingue — un doux dingue ! Et apparemment, il disait ça aussi des téléphones et de la nourriture, alors… Après avoir côtoyé — par écran interposé — tout ce bestiaire, quel est votre animal préféré ? Je suis un homme à chats. Totalement. Et donc, dans le film, j’aime Barry le tigre, parce qu’il est complètement barré.

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Parle à mon zoo, ma reine est malade : "Le Voyage du Dr Dolittle"

Comédie | Reclus en son domaine depuis la disparition de son épouse bien-aimée, le Dr Dolitlle (qui a le pouvoir de parler aux animaux) est appelé au chevet de la Reine d’Angleterre, gravement malade. Découvrant qu’elle a été empoisonnée, il part en quête d’une plante légendaire pour la sauver…

Vincent Raymond | Mardi 4 février 2020

Parle à mon zoo, ma reine est malade :

Troisième avatar cinématographique du personnage (extravagant par nature) créé par Hugh Lofting, ce Dolittle a été cousu sur mesure pour Robert Downey Jr., puisque le comédien campe un scientifique aussi aventureux qu’auto-destructeur, dont la mélancolie est mâtinée par un goût certain pour la dérision. Le rôle constitue une suite logique (et en redingote) aux aventures de son Iron-Man, dans un décor paradoxalement plus “disneyen“ que celui de la franchise Marvel — la séquence animée qui ouvre le film lui confère d’ailleurs une aura vintage de merveilleux enfantin. Dans ce festival de FX virtuose, où décors et personnages secondaires sont engendrés par numérique, Downey Jr. se trouve en pays de connaissance : devant le fond vert d’un studio. Près de trente ans après le film qui l’a consacré, Chaplin, on sourit en constatant que le comédien a effectué une part non négligeable de sa carrière sous le signe du mime. Ce Voyage n’en est pas moins trépidant et si le conte s’avère plaisan

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Autoportrait de l’homme en vieil artiste : "Douleur et Gloire" de Pedro Almodóvar

Almodóvar | Un cinéaste d’âge mûr revisite son passé pour mieux se réconcilier avec les fantômes de sa mémoire et retrouver l’inspiration. Entre Les Fraises sauvages, Stardust Memories, Journal Intime et Providence, Almodóvar compose une élégie en forme de bilan personnel non définitif illustrant l’inéluctable dynamique du processus créatif. En compétition à Cannes 2019.

Vincent Raymond | Mardi 14 mai 2019

Autoportrait de l’homme en vieil artiste :

Le temps des hommages est venu pour Salvador Mallo, cinéaste vieillissant que son corps fait souffrir. Son âme ne l’épargnant pas non plus, il renoue avec son passé, se rabiboche avec d’anciens partenaires de scène ou de lit, explore sa mémoire, à la racine de ses inspirations… Identifiable à son auteur dès la première image, reconnaissable à la vivacité de ses tons chromatiques, mélodiques ou narratifs, le cinéma d’Almodóvar semble consubstantiel de sa personne : une extension bariolée de lui-même projetée sur écran, nourrie de ses doubles, parasitant sa cité madrilène autant que ses souvenirs intimes… sans pour autant revendiquer l’autobiographie pure. À la différence de Woody Allen (avec lequel il partage l’ancrage urbain et le goût de l’auto-réflexivité) le démiurge hispanique est physiquement absent de ses propres films depuis plus de trente ans. Almodóvar parvient cependant à les “habiter” au-delà de la pellicule, grignotant l’espace épi-filmique en imposant son visage-marque sur la majorité de l’environnement iconographique — il figure ainsi sur nombre de photos de tournages, rivalisant en no

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Julieta : une lettre à l'absente

Festival de Cannes | de Pedro Almodóvar (Esp, 1h36) avec Emma Suárez, Adriana Ugarte, Daniel Grao…

Vincent Raymond | Mercredi 18 mai 2016

Julieta : une lettre à l'absente

Accrochant un nouveau portrait de femme abattue aux cimaises de sa galerie personnelle, le cinéaste madrilène semble avoir concentré sur cette malheureuse Julieta toute la misère du monde. Avec son absence de demi-mesure coutumière, Almodóvar l’a en effet voulue veuve, abandonnée par sa fille unique, dépressive, en délicatesse avec son père et rongée par la culpabilité. Un tableau engageant — qui omet de mentionner son amie atteinte de sclérose en plaques… Construit comme une lettre à l’absente, Julieta emprunte la veine élégiaque de l’auteur de La Fleur de mon secret. On est très loin des outrances, des excentricités et des transgressions des Amants passagers (2013), son précédent opus façon purge s’apparentant à un exercice limite de dépassement de soi — et qui s’était soldé par un colossal décrochage. Revenu les pieds sur terre, Almodóvar se met ici au diapason de sa bande originale jazzy : en sourdine. Au milieu de ce calme relatif, seules les couleurs persistent à crier — les personnages et le montage faisant l’impasse sur l’hystérie mécanique emblématique de son cinéma et tellement épuisante. Alors oui, on a l’impressi

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Almódovar : boulevard et gaspacho

ECRANS | La saison cinéma de patrimoine se termine (presque) comme elle avait (presque) commencé. Alors qu’en octobre, Lyon vivait au rythme espagnol avec le prix (...)

Christophe Chabert | Mardi 9 juin 2015

Almódovar : boulevard et gaspacho

La saison cinéma de patrimoine se termine (presque) comme elle avait (presque) commencé. Alors qu’en octobre, Lyon vivait au rythme espagnol avec le prix Lumière remis à Pedro Almódovar, c’est en ce mois de juin les salles indépendantes réunies sous la bannière du GRAC qui visitent un chapitre de son œuvre : pas n’importe lequel, puisque Femmes au bord de la crise de nerfs est le premier grand succès populaire — et mondial — du cinéaste madrilène, visage filmique de la Movida, le mouvement qui permit à l’Espagne de tourner culturellement la page du franquisme. Pourtant, rien de particulièrement underground dans cette comédie de mœurs en huis clos où une femme trompée se retrouve au cœur d’un imbroglio sentimentalo-policier mêlant une demi-douzaine de personnages, tous reliés à l’amant volage et en fuite. Dans une sorte de boulevard sous psychotropes — résumé par l’épisode mythique du Gaspacho bourré de somnifères — Almódovar multiplie les situations burlesques tout en montrant, déjà, son envie de mélodrame, qui s’épanouira pleinement dans la deuxième partie de sa carrière. Le trait d’union entre les deux : des décors volontairement artificie

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Au Zola, l’Espagne sera au coeur des Reflets

ECRANS | Si sa superbe programmation va beaucoup fureter du côté de l’Amérique latine, c’est bien l’Espagne qui va faire plusieurs fois l’événement lors des 31e Reflets du cinéma ibérique et latino-américain du Zola. Ou comment une production touchée par la crise survit grâce à sa diversité et l’inventivité de ses cinéastes. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 10 mars 2015

Au Zola, l’Espagne sera au coeur des Reflets

Aux derniers Goya, l’équivalent espagnol de nos César, deux films se tiraient la bourre dans la course aux récompenses finales : La Isla Minima (qui sortira en France sous le titre Marshland) et La Niña de Fuego. Deux films de genre, l’un tirant vers le cinéma criminel, l’autre vers le thriller. Cela fait longtemps qu’on loue dans nos colonnes la force des cinéastes espagnols lorsqu’ils s’attaquent à des territoires squattés par les productions anglo-saxonnes, mais cette reconnaissance par les professionnels — ainsi que par le public, les deux films ayant été de gros succès au box-office national — montre que, loin de s’être commué en académisme ou en opportunisme commercial, le cinéma de genre made in Spain est encore en pleine effervescence. Et ce malgré la crise qui a touché le pays et, par voie de conséquence, le financement de son industrie cinématographique ainsi que sa distribution — nombre de salles ont fermé leurs portes ces dernières années. Marshland : un thriller post-franquiste La Niña de Fuego et Marshland seront les deux événements majeurs de la nouvelle édition des Reflets du ci

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Lumière 2014 : Almodóvar fait son cinéma…

ECRANS | Bien sûr, il y a le Prix Lumière qui lui sera remis vendredi soir en présence d’invités prestigieux — dont, dit-on, Penelope Cruz… Bien sûr, il y a la (...)

Christophe Chabert | Lundi 13 octobre 2014

Lumière 2014 : Almodóvar fait son cinéma…

Bien sûr, il y a le Prix Lumière qui lui sera remis vendredi soir en présence d’invités prestigieux — dont, dit-on, Penelope Cruz… Bien sûr, il y a la rétrospective de ses films, de ses œuvres provocatrices période Movida à ses opus de la maturité, mélodrames flamboyants dont Tout sur ma mère, Parle avec elle et Volver sont les plus beaux fleurons. Mais Pedro Almodóvar chaussera aussi, pour ce festival Lumière, la casquette du cinéphile à travers deux cartes blanches qui font figure d’aérations nécessaires au sein de la programmation, par la rareté des films choisis comme par leur éclectisme. "El cine dentro de mí" propose un joli laboratoire où le cinéaste Almodóvar crée de stimulantes correspondances entre ses films et les films des autres, non pas comme des influences directes, mais plutôt comme des souvenirs féconds et obsédants dont la trace se retrouve sur l’écran, remodelé par son désir et ses obsessions. C’est parfois évident — L’Homme qui rétrécit, matrice du petit film muet en noir et blanc de Parle avec elle ; Le Voyeur, dont le personnage de Victoria Abril dans Kika est comme la reproduction à l’è

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Tout sur la clôture de Lumière

ECRANS | Les billets pour le Prix Lumière remis à Pedro Almodóvar (avec la projection de Parle avec elle) se sont arrachés en 45 minutes. Combien de temps faudra-t-il (...)

Christophe Chabert | Vendredi 26 septembre 2014

Tout sur la clôture de Lumière

Les billets pour le Prix Lumière remis à Pedro Almodóvar (avec la projection de Parle avec elle) se sont arrachés en 45 minutes. Combien de temps faudra-t-il pour ceux de la séance de clôture, où sera projeté Tout sur ma mère du même Almodóvar, en présence du réalisateur et de son actrice Marisa Paredes ? En tout cas, ils seront mis en vente ce mardi 30 septembre à partir de 13h, sur Internet et dans les points de vente habituels. La séance, elle, aura lieu le dimanche 19 octobre à 15h30 à la Halle Tony Garnier.

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Luz 2014

ECRANS | Pedro Almodóvar Prix Lumière, des rétrospectives consacrées à Capra et Sautet, des invitations à Ted Kotcheff, Isabella Rossellini et Faye Dunaway, des ciné-concerts autour de Murnau, des hommages à Coluche et Ida Lupino… Retour sur les premières annonces de Lumière 2014. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 2 septembre 2014

Luz 2014

C’est donc Faye Dunaway qui viendra inaugurer la sixième édition du Festival Lumière à la Halle Tony Garnier le lundi 13 octobre. Actrice mythique, que l’on avait pu redécouvrir à Lumière dans un de ses plus grands rôles — celui de Portrait d’une enfant déchue de Schatzberg — elle présentera la version restaurée de Bonnie and Clyde, classique du film criminel et rampe de lancement d’un certain Nouvel Hollywood dont son réalisateur, Arthur Penn, fut un agitateur discret mais essentiel. On le sait, Lumière se targue d’être un festival de cinéma grand public et, après le doublé Belmondo / Tarantino de l’an dernier, la barre était placée assez haute en matière d’invités prestigieux. Pour donner le change, le Prix Lumière atterrira donc en 2014 dans les mains de Pedro Almodóvar ; le festival prépare sa venue tout au long du mois de septembre avec une séance spéciale d’Attache-moi — pas forcément son meilleur film, cela dit — et une autre de La Mauvaise éducation précédée d’une confé

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Almodóvar, por fin…

ECRANS | Son nom était sur les listes des possibles récipiendaires du Prix Lumière depuis au moins la deuxième édition… Ça y est ! En 2014, Pedro Almodóvar recevra la (...)

Christophe Chabert | Mardi 24 juin 2014

Almodóvar, por fin…

Son nom était sur les listes des possibles récipiendaires du Prix Lumière depuis au moins la deuxième édition… Ça y est ! En 2014, Pedro Almodóvar recevra la fameuse distinction des mains de Thierry Frémaux et Bertrand Tavernier, couronnant une œuvre foisonnante et scindée en deux : d’un côté, la partie libertaire, brouillonne et décoiffante des années Movida (de Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier jusqu’à Femmes au bord de la crise de nerfs) ; et le moment où celle-ci affirme une souveraine maîtrise des codes (mélodrame, comédie et film noir) et de la mise en scène, qu’elle soit au service d’émotions fortes (Talons aiguilles, Tout sur ma mère, Parle avec elle, La Piel que habito) ou d’une démarche plus réflexive (Kika, La Fleur de mon secret, La Mauvaise éducation, Étreintes brisées). On espère que son activité de producteur sera aussi soulignée, pas tant pour le navet argentin en compétition à Cannes cette année que pour avoir accompagné l’éclosion d’un Alex De La Igle

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Prix Lumière 2014 : Pedro Almodovar

ECRANS | On se demandait comment le Festival Lumière allait pouvoir rebondir sur l'édition 2013, portée par un Quentin Tarantino d'une générosité et d'une culture sans (...)

Benjamin Mialot | Mercredi 2 juillet 2014

Prix Lumière 2014 : Pedro Almodovar

On se demandait comment le Festival Lumière allait pouvoir rebondir sur l'édition 2013, portée par un Quentin Tarantino d'une générosité et d'une culture sans pareils. Thierry Frémaux a apporté des éléments de réponse ce matin, d'abord en dévoilant le récipidiendaire du prochain Prix Lumière : le cinéaste espagnol Pedro Almodovar, qui viendra le recevoir en compagnie de la pulpeuse Penelope Cruz - voir ci-dessus la photo utilisée pour l'affiche de Lumière 2014, qui se tiendra du 13 au 19 octobre. Pour le reste, le festival tracera sa ligne directrice (donner à voir le cinéma du passé avec la complicité de ceux qui le font maintenant) au travers de trois rétrospectives (Claude Sautet, Frank Capra et le western italien), deux hommages (un à Isabella Rossellini, l'autre au méconnu Tod Kotcheff, réalisateur du premier Rambo), trois sections thématiques (les grandes restaurations de 2014, les plaisirs coupables et les chefs-d'oeuvre méconnus), et quantité d'hommages plus ciblés (au compositeur Michel Legrand, à Ida Lupino, l'une des

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Les Amants passagers

ECRANS | De Pedro Almodóvar (Esp, 1h3O) avec Javier Camara, Carlos Areces…

Christophe Chabert | Mardi 19 mars 2013

Les Amants passagers

Après un incident technique, un avion est en perdition au-dessus de Tolède, attendant une solution pour un atterrissage forcé. Le personnel de bord, stewards plus ou moins ouvertement pédés, drogue les passagers de la classe éco et tente de régler la situation avec les "privilégiés" (un tueur, un banquier corrompu, une mère maquerelle, un couple en voyage de noces, un homme volage). On voit bien la métaphore filée par Almodóvar derrière ce récit de pure fantaisie : alors que les mœurs évoluent en Espagne (un des stewards a même un mari !), l’économie régresse vers un archaïsme de classe dirigé par des puissants en pleine déréliction. Point de vue intéressant mais qui se heurte très vite au désir du cinéaste de retrouver l’esprit Movida de ses premiers films. Ce maître du scénario invente ainsi un récit complètement décousu, qui n’avance pas vraiment et se contente d’empiler les saynètes inégales. Les Amants passagers ne trouve jamais sa vitesse de croisière, même si l’ensemble n’est pas déplaisant à suivre. Alors que

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Qui veut la peau d'Almodovar ?

ECRANS | Guide de l'été, mode d'emploi : notre conseil de sortie ce Jeudi 18 août

Dorotée Aznar | Mardi 12 juillet 2011

Qui veut la peau d'Almodovar ?

On se dirige vers les pages centrales de ce journal pour lire, si ce n'est pas encore fait, la «une» de notre Cahier cinéma. On file ensuite voir La Piel que habito, sorti en salles hier.

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Cannes jour 9 : Dans sa peau

ECRANS | La Piel que habito de Pedro Almodovar. L'Exercice de l'État de Pierre Schoeller.

Dorotée Aznar | Jeudi 19 mai 2011

Cannes jour 9 : Dans sa peau

Hier, nous disions qu'il manquait à la compétition cannoise un film susceptible de rallier les suffrages des festivaliers autrement que par de la comédie nostalgique (The Artist et Le Havre sont pour l'instant les films les mieux notés par la presse étrangère). Mais ce jeudi, Almodovar est arrivé et c'est peu de dire que son nouveau film a fait son effet sur la Croisette. Vieil habitué du festival depuis Tout sur ma mère, mais jamais récompensé au-delà d'un prix de la mise en scène, Almodovar faisait face à un reproche justifié ces dernières années : ses films n'étaient jamais mauvais, mais ils répondaient un peu trop exactement à ce que l'on attend du cinéaste (un mélange de mélodrame et de réflexion sur l'illusion, qu'elle soit cinématographique ou amoureuse, dans un écrin élégant et précieux ). La Piel que habito réussit cette deterritorialisation devenue impérative : c'est un film de genre, un thriller aux relents fantastiques (pour se prémunir de tout reproche sur la crédibilité du pitch, il situe l'action à Tolède l'année prochaine). Almodovar était réticent à montrer le film à Cannes, de peur que

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Noche américaine

ECRANS | Avec Étreintes brisées, Pedro Almodovar semble avoir atteint ce qu’il n’avait que caresser dans La Mauvaise éducation : faire son 81/2, un grand film sur (...)

Christophe Chabert | Mercredi 17 juin 2009

Noche américaine

Avec Étreintes brisées, Pedro Almodovar semble avoir atteint ce qu’il n’avait que caresser dans La Mauvaise éducation : faire son 81/2, un grand film sur son art et son statut d’artiste. Comme si, arrivé à un point de reconnaissance que peu d’auteurs internationaux ont rencontré de leur vivant (un égal amour du public et de la critique), il se devait de peindre son autoportrait en cinéaste écartelé. Étreintes brisées multiplie cette figure de l’entre-deux : une femme entre deux hommes, un homme qui passe de la vue à la cécité, et en définitive deux figures de cinéaste, le filmeur compulsif dont les images finissent par modifier le cours des existences, et le metteur en scène réfléchi qu’on dépossède de son œuvre. Ce complexe écheveau, qui mélange autobiographie fantasmée et références cinéphiles, est brillamment scénarisé, réalisé et interprété. On regrettera juste qu’Almodovar ait un peu sacrifié ici l’émotion à la théorie… CC

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