Mes meilleures amies

ECRANS | De Paul Feig (ÉU, 2h04) avec Kristen Wiig, Maya Rudolph, Rose Byrne…

Christophe Chabert | Mercredi 6 juillet 2011

Jusqu'ici très geek et masculines, les productions Apatow changent de genre avec ce film où les hommes sont réduits au statut de pénis parlants (à l'exception d'un flic attachant et sensible), tandis qu'une poignée de filles se préparent à jouer les demoiselles d'honneur (d'où le titre original, Bridesmaids) sur fond de rivalités entre Annie, pâtissière au chômage, et Helen, bourge friquée, pour avoir les faveurs de la future mariée Lilian. Annie est interprétée par l'épatante Kristen Wiig, également auteur du scénario, qui a réuni au casting la plupart de ses comparses issues de sa troupe d'improvisation. Cette générosité complice est la qualité et la limite de Mes meilleures amies : Feig et Apatow semblent avoir accepté toutes les propositions de leurs comédiennes, gonflant la durée et laissant beaucoup de déchets comiques au milieu de quelques séquences parfois hilarantes. Mes meilleures amies répond aussi aux dérives mercantiles de Sex and the city (la scène d'essayage où les marques sont inventées et qui se termine par une hallucinante explosion scatologique) et à la beauferie de Very bad trip (ici, le voyage à Las Vegas s'arrête dans l'avion !). Sans oublier la véritable révélation du film : la truculente Mellissa McCarthy, sorte de garçon raté jouant les éléphants dans un magasin de porcelaine, mais qui s'avèrera en bout de course bien plus qu'une grosse sympa. Ce n'est pas encore l'humanisme des Farrelly (et la mise en scène est loin de l'élégance classique des deux frangins), mais on s'en approche un tout petit peu.
Christophe Chabert

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Rien ne sert de raccourcir… : "Downsizing"

Le Film de la Semaine | Et si l’humanité diminuait pour jouir davantage des biens terrestres ? Dans ce reductio ad absurdum, Alexander Payne rétrécit un Matt Damon candide à souhait pour démonter la société de consommation et les faux prophètes. Une miniature perçante.

Vincent Raymond | Mardi 9 janvier 2018

Rien ne sert de raccourcir… :

Disparu en novembre dernier dans une consternante indifférence, le réalisateur français Alain Jessua aurait à coup sûr raffolé de l’idée. Cousinant avec ses fables d’anticipation dystopiques que sont Traitement de choc (1972) ou Paradis pour tous (1982), Dowsizing est en effet un de ces contes moraux où une “miraculeuse” avancée scientifique, perçue comme une panacée devant soulager l’humanité de tous ses maux, finit par se révéler pire remède que la maladie elle-même. La découverte est ici un procédé (irréversible) permettant de réduire les organismes humains afin d’économiser les ressources de notre planète surpeuplée, augmentant mathématiquement le patrimoine des sujets miniaturisés. Alléchés par cette perspective, Paul et son épouse s’inscrivent au programme. Mais au dernier moment, la belle se déballonne : Paul en est réduit à vivre rapetissé et seul. Au paradis ? Pas vraiment… À naïf, à demi-naïf Il y a deux actes biens distincts dans

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"Sausage Party" : voulez-vous consommer avec moi ce soir ?

ECRANS | L’intenable Seth Rogen imagine un monde où les aliments d’un grand magasin vivent heureux dans la chaste attente du Paradis. Jusqu’à ce qu’une saucisse impatiente de fourrer (sic) un petit pain ne découvre leur funeste destinée. Scabreux, grossier, incorrect, inégal, ce film d’animation ne manque décidément pas de qualités…

Vincent Raymond | Mardi 29 novembre 2016

Parents, tenez vos enfants à distance de ce film ! Non qu’ils risquassent d’en sortir traumatisés, mais vu que la plupart des gags se situent en-dessous de la ceinture — donc leur passant au-dessus du crâne —, vous vous exposez à devoir répondre à des questions incongrues toutes les cinq secondes (“Elle fait quoi, la saucisse, dans le trou du bagel ? Et la madame pain à hot dog, pourquoi elle a un collier de perles dans les fesses ? etc.”). De toutes façons, ils peineront à entrer : la commission de classification des œuvres cinématographiques a restreint l’accès aux plus de douze ans, et le bon goût le limite aux amateurs de V.O. — sinon, c’est la sanction Hanouna en V.F. Sausage, comme des images Nanti de ce héros aussi explicite que turgescent, Sausage Party s’ouvre sur un boulevard de grivoiseries (et se conclura sur une “orgie” alimentaire), en enchaînant les propos orduriers au sous-texte sexuel, pour bien rappeler le contexte du film d’animation transgressif. Mais l’enrobage cul laisse vite la place à une subversion plus forte encore : l’assimilation des religions à une imposture, une sorte de conte destiné à endorm

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Sisters : une gênante plaisanterie

ECRANS | de Jason Moore (E-U, 1h58) avec Amy Poehler, Tina Fey, Maya Rudolph…

Vincent Raymond | Mardi 10 mai 2016

Sisters : une gênante plaisanterie

Du même tonneau que Projet X, Babysitting ou Very Bad Trip, Sisters fait penser à ces plaisanteries de fins de soirées, pâteuses, redondantes, avec queues mais peu de têtes, gênantes pour qui les raconte et les entend (une fois que chacun a dessoulé). Écrite à la masse et au burin, cette comédie parait n’avoir été mise en chantier que pour assouvir le désir de filmer la mise à sac d’une maison et les pulsions de vandalisme de quadras ravis de s’encanailler. À ceux qui objecteraient que The Party (1968) se soldait également par le ravage de la résidence où se tient la réception que parasite malgré lui le héros, on répondra que les dégradations sont secondaires dans le film de Blake Edwards. Catalyseur de destruction, le personnage campé par Sellers est surtout le révélateur du karma en ruine de ses hôtes ; il permet au final d’accorder leur décoration intérieure avec leur état psychique réel. Ici, la relation entre les deux sœurs aux caractères diamétralement opposés était censée servir de mur porteur ; elle apparaît plutôt comme un vague coffrage recouvrant a minima des séquences régressives ou des numéros de soli

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La Vie rêvée de Walter Mitty

ECRANS | Ben Stiller passe à la vitesse supérieure en tant que réalisateur avec ce modèle de comédie romantique d’une classe visuelle permanente, où il s’agit de faire d’un héros du quotidien le vestige d’une époque en train de disparaître. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 17 décembre 2013

La Vie rêvée de Walter Mitty

Que se serait-il passé si Walter Mitty, plutôt que d’envoyer un poke sur un site de rencontres à sa collègue de bureau, l’avait simplement abordée dans la vraie vie ? Rien d’exceptionnel sans doute, et c’est sur ce gouffre initial que se bâtit toute l’ampleur romanesque mais aussi toute la philosophie de La Vie rêvée de Walter Mitty, cinquième film de Ben Stiller derrière une caméra, le plus abouti, le plus étonnant aussi. Mitty, que Stiller incarne avec un sens exceptionnel du tempo qu’il soit comique ou dramatique, est un monsieur tout le monde tel que Capra aimait les peindre. De Capra à Capa, il n’y a qu’un pas que le film franchit en le faisant travailler au service photo de Life, institution de la presse américaine sur le point de déménager en ligne, décision prise par une bande d’idiots cravatés et barbus — c’est tendance — entraînant le licenciement d’une partie des salariés. Mitty doit gérer l’ultime couverture du journal, réalisée par un photographe légendaire et solitaire, lui aussi aux prises avec la grande mutation du XXIe siècle : il refuse le numérique et n’aime que l’argentique. Sauf qu’il n’a pas fait parvenir le cli

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Insidious : chapitre 2

ECRANS | Après la somme qu’était "Conjuring", James Wan allait-il faire avec ce deuxième "Insidious" le film d’horreur de trop ? Que nenni ! Passée une maladroite introduction, ce chapitre 2 s’avère au contraire son film le plus fou, baroque et expérimental. Un grand cinéaste, cette fois, c’est sûr ! Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 2 octobre 2013

Insidious : chapitre 2

James Wan n’en a pas fait mystère, Insidious chapitre 2 marque ses adieux au genre qui l’a rendu célèbre : le film d’épouvante. Il peut passer à autre chose l’esprit tranquille : il lui a rendu ses lettres de noblesse et parvient même, dans son ultime effort, à en pousser encore les murs. Deux mois à peine après la sortie de Conjuring et son succès planétaire, il y avait pourtant un petit risque : comment surpasser sa magistrale première heure, aboutissement de la méthode Wan, fondée sur la suggestion et le contrôle de l’espace, du temps et des mouvements d’appareil pour créer des climats d’angoisse vintage d’une efficacité redoutable ? Le début d’Insidious chapitre 2 laisse penser qu’en effet, le cinéaste signe peut-être ici son film de trop. Si cette première demi-heure fait peur, c’est plus pour son côté débraillé et sa façon d’embrayer sans conviction sur la conclusion du premier volet que par ses instants de terreur. Peu inspirée, la mise en scène arrive tout juste à

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Les Flingueuses

ECRANS | De Paul Feig (ÉU, 1h57) avec Sandra Bullock, Melissa McCarthy…

Christophe Chabert | Jeudi 11 juillet 2013

Les Flingueuses

Deux scènes très drôles encadrent Les Flingueuses : la première, attendue, voit la géniale Melissa McCarthy, qui n’a pas exactement un corps de film d’action, courser un dealer claudiquant. La poursuite dure la longueur d’un étal de fruits et légumes, et Paul Feig la filme en un seul plan fixe, transformant les limites physiques de la comédienne en pure puissance comique. Plus tard, c’est au tour de Sandra Bullock de faire l’expérience de cette action au ralentie, rampant dans un couloir d’hôpital un flingue à la main. C’est sans doute ce qu’il y a de mieux dans ce buddy cop movie au féminin, dont l’intrigue paresseuse n’est qu’un prétexte pour la confrontation de ses deux stars, l’une flic dans les rues de Boston, vulgaire et cash, l’autre agent modèle du FBI, coincée et rigide. Le reste permet quelques beaux numéros, notamment de McCarthy, tornade dont on n’est pas près de se lasser, et d’autres beaucoup plus lourdingues, comme cette scène de beuverie dans un bar plutôt vulgos. Toutefois, au détour d’un gag gore et macabre ou d’une séance de pétage de plombs familial, Les Flingueuses r

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Mariage à l’anglaise

ECRANS | De Dan Mazer (Ang-Fr, 1h37) avec Rose Byrne, Rafe Spall, Anna Faris…

Christophe Chabert | Dimanche 7 avril 2013

Mariage à l’anglaise

Dépositaire historique du genre, le studio Working Title signe sans doute ici le crépuscule de la comédie romantique anglaise, en la faisant s’acoquiner dangereusement avec le trash à l’américaine, ici prétexte à une série de sketchs interminables de vulgarité. L’embarras se fait sentir très vite face à ce catalogue peu ragoûtant de clichés sur la vie d’un couple mal assorti dont l’union semble vouée à l’échec dès le départ. Aussi rance et démago que les pièces de café-théâtre avec les mots «hommes», «femmes», «couple» et «sexe» dans leur titre, Mariage à l’anglaise ne fait que rire de ses personnages, jamais avec eux, chargeant la mule du stéréotype, notamment quand il s’agit de se gausser des prolos et des pauvres, qui bien entendu finiront ensemble, les riches se retrouvant autour de leurs valeurs communes. Au milieu de cette tambouille antipathique, seule la lumineuse Anna Faris affiche une distance bienvenue, loin des rôles de ravissante idiote qui l’ont faite connaître. Christophe Chabert

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Friends With Kids

ECRANS | De Jennifer Westfeldt (USA, 1h47) Avec Adam Scott, Jennifer Westfeldt, Maya Rudolph

Jerôme Dittmar | Vendredi 13 juillet 2012

Friends With Kids

Dans l'enfer moderne de la comédie romantique, Friends With Kids sort étonnamment son épingle du jeu. Tout en reprenant la tendance lourde actuelle (l'amour sécuritaire, le non-engagement, le zéro risque), le film de Jennifer Westfeldt en sape tranquillement les impasses. Le sujet du jour : comment faire un enfant hors couple, entre amis, pour fuir les aléas du mariage, se voit ainsi traité avec une intelligence que la première bobine, un peu manichéenne, ne présumait pas. Embrassant la question avec sensibilité et humour, le film surprend graduellement à force d'étoffer son classicisme. La moralité est toujours la même : nul ne peut se préserver des sentiments, mais Westfeldt l'impose en quelques scènes clés où les idées s'entrechoquent avec une étonnante lucidité. Contre l'arrogance de ceux qui croient gérer leur vie amoureuse comme leur carrière professionnelle, le film balance des vérités nuancées comme ses personnages. C'est tendre, démocratique, et assez réussi.Jérôme Dittmar  

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Insidious

ECRANS | James Wan applique le principe du «less is more» dans ce remarquable film d’épouvante à l’ancienne qui rappelle opportunément l’objectif du genre : faire peur ! Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 7 juin 2011

Insidious

Révélé grâce à un film de vidéoclub opportuniste ayant ensuite connu une exploitation agressivement commerciale (Saw), James Wan aurait pu capitaliser sur ce succès et jouer les mercenaires au sein des studios. Avec une intégrité devenue rare, il a choisi au contraire de rester fidèle à une économie modeste, travaillant avec une ambition tout sauf dérisoire le cinéma de genre comme un territoire où tout n’a pas encore été montré et où le premier degré est indispensable pour susciter des émotions fortes. Après le film fantastique (Dead silence) et le film d’autodéfense (Death sentence), Wan situe Insidious à cheval entre le film de possession et le récit de maison hantée ; il y dépeint une gentille famille américaine qui s’installe dans sa nouvelle demeure. Après quelques alertes — un grenier inquiétant, des apparitions flippantes — Dalton, l’aîné des trois enfants, tombe dans le coma, et la mère est persuadée qu’une force maléfique cherche à s’emparer de son corps — le père est plus sceptique. Le reste de l’intrigue est riche en retournements de situations et climax terrifiants que Wan orchestre avec un indéniable savoir-faire.

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Away we go

ECRANS | De Sam Mendes (ÉU, 1h38) avec John Krasinsky, Maya Rudolph…

Christophe Chabert | Mercredi 28 octobre 2009

Away we go

Derrière tout feel good movie, il y a un monstre de cynisme qui sommeille… À peine neuf mois après 'Les Noces rebelles', Sam Mendes signe une nouvelle histoire de couple, contemporaine cette fois et sans star au générique. Un «petit» film donc, qui s’offre un tour de l’Amérique d’aujourd’hui sur les traces de Burt, vendeur d’assurances par téléphone, et Verona, enceinte de six mois. Ils cherchent un endroit où fonder un foyer et rencontrent à chaque étape un couple qui les renvoie à leurs doutes, leurs espoirs, leurs craintes. Cela devrait être charmant, mais c’est compter sans la lourdeur habituelle de Mendes. Quelque part entre le théâtre arty et le roman de gare, il déroule pépère le programme d’'Away we go', balisé dans tous les sens (les cartons d’introduction, les chansons folk en conclusion…) et reposant sur une vision particulièrement binaire de ses personnages : soient ils sont mélancoliques et attachants, soient ils sont cons et détestables. Pour Mendes, c’est une belle occasion de ne pas se poser de questions de cinéma : entre le pathos complice et la mesquinerie rigolarde, aucune place pour la nuance. Feeling good ? Plutôt envie de fuir… CC

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