Être là

ECRANS | De Régis Sauder (Fr, 1h34) documentaire

Jerôme Dittmar | Mercredi 31 octobre 2012

Le documentaire pénitentiaire, on a déjà donné, entre les reportages coups de poing TF1 et la TNT, reine de l'audience judiciaire crasse. Rodé mais toujours écœuré par ces plongées carcérales, on avait forcément un a priori sur Être là, docu d'auteur sur le personnel féminin des Baumettes à Marseille.

Passé le dispositif un peu pesant (noir et blanc sous pression, surcadrages envahissants, monologue face caméra), cette rencontre avec les psychiatres, infirmières et autres ergothérapeutes dévoile beaucoup plus que des conditions de travail difficiles.

Devant des détenus toujours hors champ, la caméra observe et écoute, à l'image de ces femmes. Tout est question ici de regard et de parole, de trouver la bonne distance et savoir désamorcer les conflits, gérer les états d'âme, panser au mieux les destins brisés. Le film de Régis Sauder s'adapte ainsi, pudique, livrant une vision humaine mais jamais compatissante. Un simple accompagnement, lucide, éclairant, depuis les enfers.

Jérôme Dittmar

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"Retour à Forbach" : mauvaises mines

ECRANS | de Régis Sauder (Fr, 1h18) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 11 avril 2017

Venu pour solder la maison de famille, Régis Sauder arpente Forbach — autrefois cité minière, désormais dévorée par le chômage et gagnée par les votes extrêmes. Sur les traces de son enfance mosellane, il confronte ses souvenirs de prolo complexé à la réalité contemporaine, retrouve des camarades d’antan. En leur compagnie, mais aussi avec quelques grands témoins (telle une tenancière de café, parfait coryphée moderne) il enregistre la réalité du quotidien forbachois, dans son effrayante apparence de cité fantôme : plans fixes sur des pas-de-portes désertés, des échoppes à l’abandon, des commerces fermés, auxquels succède l’empilement des bulletins en faveur de l’extrême-droite lors des élections régionales. Dans cette région autrefois occupée, les mémoires sont courtes, et Sauder profite de son amer pèlerinage pour rappeler la cause du malheur actuel : l’exploitation minière, qui fit les “beaux jours” et la richesse du pays — c’est-à-dire des quelques familles possédant les mines, pompant le sol comme l’énergie vitale des ouvriers. Dépourvu d’illusion et de rêve, Forbach apparaît ici écrasé entre

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Voir l’invisible

ECRANS | Une nouvelle édition pertinente du festival À nous de voir à Oullins, où le cinéma scientifique est aussi passionnant sur son versant cinéma que sur son versant science. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 15 novembre 2013

Voir l’invisible

Qu’on se le dise : À nous de voir est un des meilleurs festivals de cinéma de l’agglomération. Il n’a qu’un seul inconvénient : il tombe en même temps qu’un autre des meilleurs festivals de cinéma de l’agglomération, celui du film court de Villeurbanne. Même si les deux jouent la complémentarité, dur pour le spectateur de se dédoubler afin de suivre l’un et l’autre, et c’est souvent à rebours que l’on constate les trésors qui sont montrés à Oullins. L’an dernier, par exemple, le festival présentait en compétition le très beau Le Bonheur… terre promise de Laurent Hasse, qui a depuis connu un joli voyage dans les salles hors des circuits de diffusion traditionnels. Pour cette 27e édition, À nous de voir reste donc fidèle à son credo, celui du film scientifique, appréhendé tant dans sa dimension cinématographique que par sa manière d’aborder des sujets relevant des sciences dures comme des sciences humaines ou sociales. Fidélité à sa formule aussi : les films donnent lieu à des débats avec des intervenants, que ce soient les réalisateurs ou des spécialistes des questions soulevées.

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Quoi de neuf, docs ?

ECRANS | Alors que le mois du film documentaire bat son plein, deux festivals complémentaires y seront exclusivement consacrés durant les quinze jours à venir. (...)

Christophe Chabert | Lundi 12 novembre 2012

Quoi de neuf, docs ?

Alors que le mois du film documentaire bat son plein, deux festivals complémentaires y seront exclusivement consacrés durant les quinze jours à venir. Histoires vraies.doc au Ciné Duchère tire le premier, avec parmi les reprises proposées De mémoires d’ouvriers de Gilles Perret, sur la naissance de la classe ouvrière dans les Alpes ou encore le beau film de Safinez Bousbia sur El Gusto, ce groupe de papys du chaâbi algérois façon Buena Vista Social Club. La musique sera au cœur de cette édition avec Les Fils du vent, sur les héritiers de Django Reinhardt, Traviata et nous, ou comment Nathalie Dessay et Jean-François Sivadier se sont confrontés au monument de Verdi et enfin, en avant-première, un documentaire sur la rencontre entre les Pockemon Crew, troupe de danseurs hip-hop lyonnais et Emelthée, un chœur spécialisé dans la musique baroque et contemporaine. Du côté de Décines, Les Écrans du doc ouvrira sa troisième édition avec l’avant-première des Invisibles de Sébastien Lifschitz, témoignage d’une

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