Jack Reacher

ECRANS | Très bonne surprise que cette série B qui tente de lancer Tom Cruise en nouveau justicier dans la ville, avec derrière la caméra Christopher MacQuarrie, qui montre qu’il connaît ses classiques et sait même, à l’occasion, en offrir de brillantes relectures. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 2 janvier 2013

Le film de justicier (ou vigilante movie) est un genre cinématographique qui demande au spectateur de laisser son idéologie au vestiaire, si tant est du moins qu'elle penche plus à gauche qu'à droite. En effet, le programme basique du genre consiste à : 1) montrer l'impuissance de la police et des institutions à rendre justice aux victimes ; 2) trouver une solution parallèle en la personne d'un homme solitaire, citoyen lambda ou militaire / policier en délicatesse ou en retraite de sa hiérarchie ; 3) le laisser zigouiller en toute impunité gangsters, flics ou juges corrompus ainsi que tout ce qui se présente comme un obstacle à l'accomplissement de sa mission.

Jack Reacher applique méthodiquement les règles, lançant ainsi une franchise très claire où Tom Cruise ferait figure de Charles Bronson du XXIe siècle, en plus séduisant  — il bouge une paupière, toutes les filles tombent sous son charme ; c'est quasiment un running gag du film.

Série Bien

Première bonne décision de Christopher MacQuarrie, scénariste de Usual suspects dont le précédent Way of the gun avait laissé le souvenir d'un film archi-complaisant envers sa violence sauvage : garder l'esprit série B qui sied en général au vigilante movie. Ici, les scènes spectaculaires sont plus portées par des idées de mise en scène que par une surenchère pyrotechnique ou un surdécoupage frénétique intensifiant la casse orchestrée sous nos yeux.

À ce titre, les dix premières minutes, sans dialogue, sont un véritable tour de force : d'abord, en montage parallèle, la préparation minutieuse d'une balle de fusil et l'arrivée du tireur dans un parking. Ensuite, l'installation de son "plan" : sur un parking en hauteur, le sniper suit au hasard des hommes et des femmes sur les berges d'un fleuve, puis les exécute un par un. Tout est montré depuis la lunette du fusil, sans musique, juste avec la respiration du tueur, provoquant un effet de suspense et d'angoisse assez bluffant, rappelant le ride sanglant qui ouvrait Assaut de John Carpenter.

Enfin, l'enquête de la police, qui remonte très facilement la piste pour débusquer un ancien officier de l'armée américaine en Irak, psychopathe ayant réussi à échapper à une condamnation par un tribunal militaire pour avoir, juste avant son rapatriement, tué de sang-froid quatre mercenaires irakiens. Celui-ci demande seulement à ce qu'on contacte un certain Jack Reacher, qui a disparu des écrans depuis, justement, qu'il officiait comme «flic de l'armée» en Irak.

Héros sans âge

MacQuarrie insuffle ensuite une bonne dose d'humour à son script et surtout à ses dialogues (particulièrement salés) histoire de distraire le spectateur d'une intrigue à la fois bordélique et prévisible. Il doit d'ailleurs, à intervalles réguliers, l'expliciter — du coup, le film a un bon quart d'heure en trop. Il garde toutefois le cap dans sa mise en scène, qui se tient à la juste distance de la stylisation et de la sobriété, au service de ses personnages, valorisant l'action autant que l'avancée de l'enquête.

De toute façon, tout cela n'a qu'une utilité : asseoir la posture de son héros et, partant, de l'acteur qui l'incarne. Refusant obstinément de vieillir, Cruise en rajoute dans la virilité invincible et intensifie la chose en convoquant dans les seconds rôles des comédiens qui, à l'inverse, assument clairement leur âge : Richard Jenkins, Robert Duvall et Werner Herzog (étonnante présence, dans ce film qui joue de manière très ambivalente sur l'idée de peine capitale, du réalisateur d'Into the abyss !) ont des allures de papys face à l'éternellement jeune Tom Cruise. Qui, en définitive, grâce à un climax final réussi et une conclusion complètement gonzo où il se mue en défenseur de la veuve et de l'orphelin toute cause confondue, se coule assez bien dans ce nouveau registre, affirmant une posture badass et déterminée fidèle aux meilleurs archétypes du genre. Espérons que si suite il y a, MacQuarrie rempile pour conserver l'ambition cinématographique qu'il a insufflée à ce Jack Reacher.


Jack Reacher

De Christopher McQuarrie (ÉU, 2h11) avec Tom Cruise, Rosamund Pike... Un homme armé fait retentir six coups de feu. Cinq personnes sont tuées. Toutes les preuves accusent l’homme qui a été arrêté. Lors de son interrogatoire, le suspect ne prononce qu’une phrase : « Trouvez Jack Reacher. »
Pathé Vaise 43 rue des Docks Lyon 9e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Marjane Satrapi : « l’art est une recherche de la vérité à travers le prisme de la beauté »

Radioactive | On ne peut s’empêcher de voir des similitudes entre la figure de Marie Curie et celle de Marjane Satrapi. La cinéaste bouscule l’image d’Épinal en signant un portrait non pas de la seule scientifique, mais également du rayonnement de ses découvertes. Entretien exclusif.

Vincent Raymond | Mardi 10 mars 2020

Marjane Satrapi : « l’art est une recherche de la vérité à travers le prisme de la beauté »

À l’instar de Flaubert parlant de Madame Bovary, pouvez vous dire que cette Madame Curie, c’est un peu vous ? Marjane Satrapi : C’est un génie auquel je ne peux me comparer, mais que je comprends très bien. On est arrivées à Paris au même âge pour pouvoir réaliser ce que l’on ne pouvait pas faire chez nous, je comprends donc sa difficulté d’être une immigrée parlant français avant de venir en France. Comme elle, je ne cherche pas à plaire à tout le monde — je m’en fous, en fait. J’apprécie tout particulièrement ça chez elle, et le fait qu’elle ne soit pas quelqu’un de parfait. Je n’ai pas voulu en faire une héroïne, c’est-à-dire l’image parfaite de la femme merveilleuse, parce qu’elle n’était pas toujours commode. C’était un être humain avec ses imperfections ! Au-delà de l’album de Lauren Redniss, qui vient de paraître, comment avez-vous déterminé ses contours ? Il y avait évidemment les biographies, les historiens, mais chacun donne son interprétation de l’histoire. Pour moi, on a la perception la plus correcte de qui elle était à travers ses propres écrits, ses

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Brillante fusion pour Marjane Satrapi : "Radioactive"

Le Film de la Semaine | Évocation indirecte des lois de l’attraction et du magnétisme, Radioactive dépeint simultanément les atomes crochus entre Pierre et Marie Curie ainsi que les propriétés de ceux qu’ils mirent en évidence. De la science, des frictions et le regard de Marjane Satrapi.

Vincent Raymond | Mardi 10 mars 2020

Brillante fusion pour Marjane Satrapi :

Paris, aube du XXe siècle. Jeunes scientifiques assoiffés de savoir, Marie Skłodowska et Pierre Curie s’allient au labo comme à la ville pour percer le mystère de la radioactivité. De cette union naîtront, outre deux enfants, d’inestimables découvertes, des Prix Nobel, ainsi qu’une certaine jalousie teintée de haine xénophobe et machiste, Marie étant Polonaise… Aux premières images de Radioactive montrant Madame Curie au soir de sa vie s’effondrant et se remémorer son existence par flash-back façon Les Choses de la vie, on s’inquiète un peu. Marjane Satrapi aurait-elle succombé à cette facilité du biopic hagiographique, ces chromos animés surglorifiant des célébrités ? Heureusement, non : la Madame Curie dont elle tire ici le portrait en s’inspirant du roman graphique de Lauren Redniss va se révéler bien différente des images déjà connues : moins fofolle que celle vue par Jean-Noël Fenwick (Les Palmes

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Redoublement en 6e pour Tom Cruise : "Mission : Impossible - Fallout"

Action | Suite directe de Rogue Nation, Fall Out revisite les fondamentaux de la franchise Mission : Impossible en passant la sixième vitesse. La rapidité, une manière comme une autre pour Tom Cruise de défier le temps qui passe…

Vincent Raymond | Mercredi 1 août 2018

Redoublement en 6e pour Tom Cruise :

Censé empêcher un groupe terroriste de s'emparer de sphères de plutonium, Ethan Hunt compromet sa mission afin de sauver un membre de son équipe. La CIA lui met alors dans les pattes l’agent Walker chargé d’évaluer l’IMF ; charge à lui de récupérer les éléments radioactifs… Pour ce sixième opus, on ne change pas une équipe qui gagne (des dollars), et encore moins l’architecture narrative de la franchise : une nouvelle fois, il est ici avéré qu’une taupe trahit l’Agence et des preuves accablantes s’accumulent contre Hunt ; lequel, placé en fragilité, doit jouer contre sa hiérarchie pour sauver le monde avant même de prouver son innocence. Voilà qui n’est pas sans rappeler la trame de l’excellent film inaugural de DePalma (1996). Impression renforcée par un finale à coup d’hélicoptères, une large inscription territoriale du film entre Paris et Londres et le démasquement grâce à un masque du traître de l’histoire. Les références à l’épisode matriciel deviennent des révérences assumées. Éternelle genèse Vingt ans plus tard, ce

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Vol suspendu : "Otages à Entebbe"

Reconstitution | de José Padilha (G-B, 1h47) avec Daniel Brühl, Rosamund Pike, Eddie Marsan…

Vincent Raymond | Lundi 30 avril 2018

Vol suspendu :

1976. Convergence des luttes terroristes : des membres du Front Populaire de Libération de la Palestine reçoivent le soutien de gauchistes allemands des Cellules Révolutionnaires afin de détourner un vol Athènes-Tel Aviv vers l’Ouganda et de protester contre la politique israélienne… À certains égards, José Padhila signe ici une double reconstitution historique. Il fabrique un “film d’époque” assez convaincant, avec ses coupes de vêtements ajustées et ses cheveux gras seventies. Dans le même temps, il renoue avec ces euro-puddings qui faisaient jadis florès sur les écrans : des coproductions internationales causant dans une langue véhiculaire (donc l’anglais), farcies de stars représentant chacun des pays contributeurs. Douce aberration, qui nous donne ici à entendre Rabin et Peres échanger dans l’idiome de Churchill — l’un des deux interprètes étant britannique. Pas rédhibitoire, mais légèrement contrariant. Cela étant dit, Otages à Entebbe a le mérite d’ouvrir une brèche en abordant un événement peu relaté, et dévoile quelque

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Un bon Indien… : "Hostiles"

Western | de Scott Cooper (E-U, 2h13) avec Christian Bale, Rosamund Pike, Wes Studi…

Vincent Raymond | Mardi 13 mars 2018

Un bon Indien… :

1892. Peu avant de quitter l’active, le capitaine Blocker se voit confier une ultime mission : escorter sur ses terres sacrées le chef Yellow Hawk moribond et les siens. Or Blocker, vétéran des guerres indiennes, hait les Cheyennes. Au terme d’un voyage agité, il révisera ses opinions. Le western constitue plus qu’un genre cinématographique : une merveilleuse éponge, s’imprégnant davantage de son contexte de tournage que de l’époque qu’il est censé dépeindre. Ainsi, le 1892 vu par Scott Cooper en dit-il long sur 2018 et l’approche de plus en plus ouvertement nuancée d’Hollywood vis-à-vis de la “Conquête de l’Ouest”. La représentation manichéenne, historiquement biaisée, du “gentil pèlerin propre sur lui face au vilain sauvage” a ainsi été rectifiée depuis les années 1970 (avec notamment Soldat Bleu et Little Big Man) ; et la terminologie elle-même a changé : les pionniers sont devenus des colons et les Indiens, des Amérind

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"HHhH" de Cédric Jimenez : tête de mort

ECRANS | de Cédric Jimenez (Fr, 2h00) avec Jason Clarke, Rosamund Pike, Jack O’Connell…

Vincent Raymond | Mardi 6 juin 2017

Allemagne, 1931. Radié de la marine pour une affaires de mœurs, Reinhard Heydrich épouse Lina von Osten et avec elle le nazisme. Il créera pour Himmler un service de renseignements, puis les Einsatzgruppen ; théorisera la Solution finale avant de périr en 1942 dans un attentat. Le roman de Laurent Binet, HHhH (en français décrypté, “le cerveau d’Himmler s’appelle Heydrich”) fait partie de ces ouvrages qu’une adaptation cinématographique condamne immanquablement au nivellement par la médiocrité, au sens propre du terme. Les contraintes budgétaires sont telles qu’il faut accumuler les coproductions (donc les concessions) quitte à édulcorer les audaces narrative et/ou artistique. Avec sa distribution internationale et sa version originale anglophone, HHhH renvoie à ces euro-puddings qui faisaient l’ordinaire des années soixante-dix. Cédric Jimenez, qui avait déjà montré son attachement à cette période dans La French, tente d’en limiter la fatale pesanteur grâce à une construction non strictement

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L’avant-dernier mot pour Tom Cruise

ECRANS | Excellente initiative que la programmation de l’ultime réalisation de Stanley Kubrick, Eyes Wide Shut (1999). Inspirée de Schnitzler, cette déambulation (...)

Vincent Raymond | Mardi 20 décembre 2016

L’avant-dernier mot pour Tom Cruise

Excellente initiative que la programmation de l’ultime réalisation de Stanley Kubrick, Eyes Wide Shut (1999). Inspirée de Schnitzler, cette déambulation nocturne dans les rues de New York, à travers les chemins défendus traversant les alcôves d’un couple et les fantasmes d’un homme, envoie aux enfers un pantin mondain un peu fiérot, puis s’achève sur un mot bien trouvé, énoncé par Nicole Kidman : “Fuck”. Le lendemain, pénultième jour de l’année, fin de la rétrospective Tom Cruise avec Né un 4 juillet. Eyes Wide Shut À l’institut Lumière le jeudi 29 décembre à 21h

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Nuit Mission : Impossible

ECRANS | Une fois que vous aurez assisté à la soirée de palmarès du Festival du film court de Villeurbanne au Zola, vous pourrez vous rendre rue du Premier-Film, où (...)

Vincent Raymond | Mardi 22 novembre 2016

Nuit Mission : Impossible

Une fois que vous aurez assisté à la soirée de palmarès du Festival du film court de Villeurbanne au Zola, vous pourrez vous rendre rue du Premier-Film, où se tient actuellement une rétrospective Tom Cruise pour suivre le marathon Mission : Impossible. Une quasi intégrale, puisqu’il ne manque que le 3e volet de cette pentalogie — celui signé par J.J. Abrams. Prévoyez de finir un peu avant six heures du matin si vous bouclez toute la nuit, ce qui n’est pas obligatoire : à l’impossible, nul n’est tenu. Nuit Mission : Impossible À l’Institut Lumière le samedi 26 novembre dès 20h

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Berlinale 2015, jour 2. Un taxi en Iran, Kidman et Herzog dans le désert…

ECRANS | « Taxi » de Jafar Panahi. « 600 Miles » de Gabriel Ripstein. « Histoire de Judas » de Rabah Ameur-Zaïmeche. « Queen of the desert » de Werner Herzog.

Christophe Chabert | Samedi 7 février 2015

Berlinale 2015, jour 2. Un taxi en Iran, Kidman et Herzog dans le désert…

Les hostilités ont vraiment commencé aujourd’hui dans la compétition à la Berlinale avec la présentation de Taxi de Jafar Panahi. C’est, pour une multitude de raisons, un choc, mais un choc en douceur, à l’image de son réalisateur, dont le sourire et le visage empreint de bonté irradient l’image chaque fois qu’il en occupe le centre. Pour ceux qui n’auraient pas suivi, Panahi a été interdit d’exercer son métier de cinéaste par les autorités iraniennes suite à sa participation aux manifestations contre le régime. Et pourtant, il continue à faire des films dans la clandestinité, entre les murs de sa maison ou, comme ici, avec un courage remarquable, à l’air presque libre, dans les rues de Téhéran, faux taximan et vrai filmeur qui a truffé l’habitacle de caméras qu’il manipule à vue. Dans la première séquence, on assiste à la querelle entre un partisan de la peine de mort et une femme voilée, professeur dans une école, qui lui reproche sa sévérité et le soupçonne de défendre ses propres intérêts. À cet instant, le dispositif rappelle évidemment Ten de Kiarostami, dont il serait une version «pirate». Mais, dès que ces deux premiers passag

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Werner Herzog : «L’aventure est un concept qui n’appartient pas à notre époque»

ECRANS | Cinéaste à la filmographie labyrinthique hors des genres et des formats, né en Allemagne mais ayant tourné aux quatre coins du monde, nanti d’une curiosité insatiable et entouré d’une série de légendes liées à ses tournages homériques et à ses rapports complexes avec Klaus Kinski, Werner Herzog est à l’honneur de l’Institut Lumière pendant deux mois. Rencontre exclusive avec un maître tranquille. Propos recueillis et traduits par Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 13 janvier 2015

Werner Herzog : «L’aventure est un concept qui n’appartient pas à notre époque»

On vient de découvrir en France deux films de 40 minutes inédits de vous, réunis sous le titre Les Ascensions de Werner Herzog. Quelle est l’importance des courts-métrages dans votre carrière par rapport aux longs que vous avez tournés ? Werner Herzog : J’ai fait des films de quatre minutes, de dix minutes, un film de 34 minutes sur le danger d’envoyer des textos en conduisant qui n’est visible que sur YouTube [From one second to the next, NdlR]… Les choses viennent comme elles viennent, il n’y a pas d’idéologie, de méthode, de plan ou de carrière. Je fais ce que j’ai envie de faire avec pragmatisme. Mais quand vous commencez un projet, avez-vous une idée de sa durée ? Oui, bien sûr.

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Werner Herzog, cinéaste des cimes

ECRANS | C’est peut-être l’événement de cette fin d’année cinéma à Lyon : la venue le dimanche 16 novembre à l’Institut Lumière de l’immense Werner Herzog pour présenter deux (...)

Christophe Chabert | Mardi 11 novembre 2014

Werner Herzog, cinéaste des cimes

C’est peut-être l’événement de cette fin d’année cinéma à Lyon : la venue le dimanche 16 novembre à l’Institut Lumière de l’immense Werner Herzog pour présenter deux moyens-métrages documentaires de sa tentaculaire filmographie : La Souffrière (1977), sur les habitants d’un village guadeloupéen qui décident de rester sur leur sol malgré la menace d’explosion du volcan avoisinant, et Gasherbrum (1984), où deux alpinistes décident de gravir l’Himalaya d’une seule traite. Évidemment, ces deux films sont moins connus que les grandes épopées tournées par Herzog avec son «ennemi intime» Klaus Kinski — Aguirre, Fitzcarraldo ou Cobra Verde. Moins connus aussi que ses commandes américaines, de l’inédit Rescue Dawn au dément Bad Lieutenant : escale à la Nouvelle-Orléans. Sans parler de ces grands documentaires que sont

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Gone Girl

ECRANS | Film à double sinon triple fond, "Gone Girl" déborde le thriller attendu pour se transformer en une charge satirique et très noire contre le mariage et permet à David Fincher de compléter une trilogie sur les rapports homme / femme après "The Social Network" et "Millenium". Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 7 octobre 2014

Gone Girl

Dans le commentaire audio de The Game, David Fincher affirme qu’il avait tourné là son dernier film pensé pour le soir de sa «première». Tournant majeur qui consiste à ne plus vouloir scotcher le spectateur sur son siège par une succession d’effets de surprise, mais à s’inscrire dans un temps plus long où le film gagnerait en profondeur et en complexité, révélant à chaque vision de nouvelles couches de sens. C’est ce qui a fait, en effet, le prix de Fight Club, Zodiac et The Social Network. Gone Girl, cependant, a les apparences du pur film de «première» : le calvaire de Nick Dunne, accusé de la disparition de sa femme le jour de leur cinquième anniversaire de mariage, repose sur un certain nombre de retournements de situations importés du roman de Gillian Flynn qu’il convient de ne pas révéler si l’on veut en préserver l’efficacité. La matière est donc celle d’un bon thriller psychologique : un écriv

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Edge of Tomorrow

ECRANS | De Doug Liman (ÉU, 1h53) avec Tom Cruise, Emily Blunt…

Christophe Chabert | Mardi 3 juin 2014

Edge of Tomorrow

Sur le papier, il y a comme du high concept foireux derrière Edge of Tomorrow : en gros, il s’agit d’opérer le croisement improbable entre Le Soldat Ryan, Un jour sans fin et Starship Troopers, inspiré d’un bouquin d’Hiroshi Sakurazaka. D’ailleurs, le temps que la greffe prenne — quinze minutes — on reste un peu incrédule, avalant couleuvres scénaristiques sur couleuvres scénaristiques, en particulier celle qui envoie au front un officier spécialisé dans la communication, sans expérience de terrain et ayant dépassé la limite d’âge — Tom Cruise a beau faire tout ce qu’il peut pour le faire oublier, c’est aujourd’hui un quinquagénaire encore en forme mais trop vieux pour jouer les héros. Quand enfin tout est en place — un système assez ludique de reboot temporel qui permet à Cruise de rejouer un débarquement futuriste sur les plages normandes pour bousiller des aliens et retrouver une «full métal bitch» campée par la passionnante Emily Blunt — l’alliance entre le scénario habile et très bien écrit de Jez Butterworth — magistral dramaturge anglais — et Christopher MacQuarrie — déjà derrière l’excellent

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Oblivion

ECRANS | Après "Tron l’héritage", Joseph Kosinski avait toutes les cartes en main pour confirmer son statut de nouveau maître de la SF avec cette adaptation de son propre roman graphique. Hélas, le voilà rattrapé par son fétichisme kubrickien, qu’il tente vainement de transformer en blockbuster à grand spectacle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 11 avril 2013

Oblivion

Dans une des pubs qui l’avaient fait connaître, Joseph Kosinski s’amusait à faire circuler le spectateur dans la reproduction virtuelle de l’hôtel Overlook imaginé par Stanley Kubrick pour Shining. Dans Tron l’héritage, qui marquait ses débuts prometteurs au cinéma, il recréait la chambre de 2001 et envoyait ses personnages dans un bar qui ressemblait comme deux gouttes de lait à celui d’Orange mécanique. Autant dire que Kosinski fait une fixette sur l’immense Stanley ; ce qu’on ne lui reprochera pas, loin de là, mais disons qu’il faut avoir les épaules solides pour oser se mesurer à un tel monument. Face à Oblivion, qui croule sous les références à 2001 — jusqu’au nom d’une des boîtes de production du film, Monolith Pictures ! — on ne peut que constater que cette obsession est filtrée par une culture geek avec laquelle elle ne fait pas forcément bon

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Into the abyss

ECRANS | Et si le cinéma d'Herzog n'avait jamais été aussi passionnant que depuis ces dernières années ? Avec "Into the abyss", documentaire à charge contre la peine de mort, l'auteur de "Fitzcarraldo" offre le portrait fascinant d'une Amérique monstrueuse et définitivement humaine. Jérôme Dittmar

Jerôme Dittmar | Vendredi 19 octobre 2012

Into the abyss

Werner Herzog s'est découvert une passion : l'Amérique et ses criminels. Précédent On Death row (sur une prison haute sécurité et son couloir guillotine) et Hate in America (une série en projet), Into the abyss ouvre le premier la porte des enfers. Direction donc le Texas, à la rencontre d'un condamné à la sentence capitale et son complice, leurs proches et ceux des victimes. À l'origine du film, une histoire aussi dérisoire qu'effroyable : un bête vol de voiture par deux adolescents paumés tournant au triple meurtre. Pour remonter le fil de l'histoire, Herzog opte pour la méthode classique, la parole, prise en plan simple et mise en scène dans des cadrages lumineux aux allures un peu irréelles. Ce choix d'aller vers un format documentaire a priori balisé n'est pas un formatage, il est évident : Into the abyss n'est qu'une grande et folle confession, s'ouvrant dans un mélange de facéties et de gravité sur un pasteur, filmé en amorce d'un cimetière de condamnés à mort. Compassion généralisée Ce plan matrice du personnage religieux qui à la fois guide et écoute, Herzog l'endosse jusqu'au bout et dans le but d'u

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Rock forever

ECRANS | D’Adam Shankman (ÉU, 2h02) avec Julianne Hough, Diego Boneta, Russell Brand, Tom Cruise…

Christophe Chabert | Lundi 9 juillet 2012

Rock forever

Pour tenir face à Rock of ages (titre original, traduit une fois de plus par une non traduction…), il faut avant tout supporter l’atroce kouglof musical qui l’inonde d’un bout à l’autre, véritable cauchemar pour les tympans qui mélange rock FM bien gras et tubes du grenier interprétés par des chanteurs à voix. Mission impossible, c’est sûr ; au-delà, on assiste à un machin complètement schizo qui hésite entre se prendre au sérieux et se moquer de lui-même. L’intrigue principale, love story entre deux têtards qui voudraient se lancer dans le rock, relève de la guimauve mille fois mâchée. Mais tous les à-côtés, nombreux, sont prétextes à de la déconne pas très fine certes, quoique déjà plus raccord avec ce projet improbable. Shankman semble incapable de choisir et bricole une mise en scène illisible pour noyer le poisson. On est donc face à une grosse daube certifiée dans laquelle pourtant se trouvent des éclats de talents, en l’occurrence les comédiens : Cruise qui rejoue son personnage de Magnolia, Malin Akerman, qu’on aimerait voir plus souvent sur les écrans, Russell Brand et Alec Baldwin pour une séquence mémorable, et surtout Paul G

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Mission : impossible – Protocole fantôme

ECRANS | De Brad Bird (ÉU, 2h13) avec Tom Cruise, Jeremy Renner, Paula Patton…

Dorotée Aznar | Lundi 12 décembre 2011

Mission : impossible – Protocole fantôme

Alors que JJ Abrams avait tenté, sans convaincre totalement, une humanisation de l’agent Ethan Hunt, ce nouveau Mission : Impossible le remet dans la posture du héros indestructible traversant un monde en mutation tel que Brian de Palma l’avait défini dans le premier volet. Mais dès son évasion d’une prison moscovite, Hunt affirme aussi son goût du risque, un plaisir ludique à choisir toujours la voie la plus difficile pour se sortir des ennuis. C’est aussi le principe de ce blockbuster trépidant : multiplier les complications à l’intérieur des complications, les défis improbables à relever jusqu’au vertige (littéral et figuré). Que ce soit dans une incroyable poursuite à Dubai au milieu d’une tempête de sable ou dans un hallucinant ballet de corps et de voitures dans un parking automatique, tout ici repose sur le déchaînement des éléments et la résistance surhumaine de Hunt-Cruise. Si le scénario tente de dessiner une nouvelle géopolitique des rapports de force (une Amérique dépassée par les pays émergents), c’est bien ce côté cartoonesque et bigger than life qui impressionne ; la présence de Brad Bird, auteur de quelques-uns des plus beaux fleurons Pixar (

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La Grotte des rêves perdus

ECRANS | En réalisant ce documentaire en 3D sur la grotte de Chauvet, Werner Herzog reste fidèle à son œuvre de fiction, tout en dissimulant dans les creux de sa caverne un autoportrait en cinéaste confiant dans l’avenir de l’art. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 26 août 2011

La Grotte des rêves perdus

Des paléontologues s’enfoncent, lumières en main, dans une grotte dont les parois sont recouvertes de sédiments et y découvrent les peintures rupestres laissées par les hommes de Néanderthal, miraculeusement conservées après des milliers d’années. Immédiatement, ces images évoquent la conquête spatiale et les astronautes arpentant les cratères lunaires, ce que l’usage de la 3D vient renforcer. Ainsi Werner Herzog a-t-il pensé "La Grotte des rêves perdus" : comme un pont fascinant entre le passé et le futur dont il serait à la fois le témoin privilégié et l’architecte malicieux. Car s’il reste ici dans un cadre purement documentaire, le cinéaste y établit un dialogue avec ses œuvres de fiction les plus célèbres : les travellings le long des parois rappellent ceux du générique de "Nosferatu", les explorateurs sont de lointains cousins des conquistadors d’Aguirre, la montagne qui entoure Chauvet renvoie à celle que devait franchir le bateau de Fitzcarraldo… La bizarrerie des différents intervenants (l’un d’eux s’habille avec un costume inuit pour retrouver les sensations des hommes préhistoriques à l’ère glaciaire, un parfumeur sillonne les gorges de l’Ardèche pour y sentir l’odeur

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Bad lieutenant : escale à la Nouvelle-Orléans

ECRANS | Loin du film de Ferrara dont il ne reprend à peu près que le titre, Werner Herzog signe un polar burlesque et parodique, aussi déjanté et borderline que son personnage. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 15 mars 2010

Bad lieutenant : escale à la Nouvelle-Orléans

La première question qui se pose face à ce "Bad lieutenant", c’est celle de son titre. Pourquoi Werner Herzog a-t-il fait croire qu’il tournait un remake du film d’Abel Ferrara avec Nicolas Cage en remplaçant d’Harvey Keitel ? Car à l’écran, il n’y a pas l’once d’un point commun entre les deux, sauf si on considère qu’un flic accroc à la dope et amateur de paris sportifs est la seule invention de Ferrara ! Plus profondément, Werner Herzog adopte un traitement aux antipodes du naturalisme crasseux et brutal qui faisait l’essence esthétique du Bad Lieutenant original. Ici, dès que la possibilité d’une stylisation se profile, dès qu’une parenthèse peut s’ouvrir, Herzog s’engouffre dedans comme s’il voulait absolument échapper aux carcans du genre. Quand Herzog fait l’iguane… De fait, "Bad lieutenant : escale à la Nouvelle-Orléans" est plus une comédie qu’un polar, un exercice risqué de détournement d’un film de commande. L’ouverture, en plein ouragan Katrina, montre le Lieutenant du titre, encore sergent et pas bad du tout, s’illustrer en sauvant la vie d’un prisonnier qui risque de se noyer. Il sort de cet exploit avec un mal de

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Walkyrie

ECRANS | Cinéma / S’il peine à dessiner les contours précis de cette tentative de coup d’état contre le IIIe Reich, Bryan Singer offre néanmoins un thriller efficace, où la tension cinématographique monte crescendo. François Cau

Christophe Chabert | Vendredi 23 janvier 2009

Walkyrie

1943, Tunisie. En plein cœur de la machine de guerre nazie, le colonel Stauffenberg cache à grand peine sa défiance du régime. Laissé dans un piteux état par une attaque alliée, il est approché pendant sa convalescence par un groupuscule d’officiers du Reich, conscients du danger que représente Hitler… Dans la première séquence du film, Singer se plie à un classique d’une mise en scène qui passe en force : faire avaler aux spectateurs que ses personnages s’expriment autrement que dans leur langue naturelle. L’enrobant d’un cadre classique et d’une photo crépusculaire, le réalisateur nous fait entendre la voix-off d’un Tom Cruise s’exprimant d’abord en allemand, puis, à la faveur d’un discret changement de plan, en anglais. Problème : le stratagème n’est pas aussi évident qu’il le voudrait, principalement à cause de l’acteur sur lequel il se repose – Tom Cruise joue volontairement en retrait, comme pour rendre encore plus tangible l’état de doute permanent dans lequel s’enferme Stauffenberg. Malheureusement, à cause de ce parti pris, l’acteur ne donne jamais réellement chair à son personnage, et par incidence à toute la dramaturgie qu’il est censé véhiculer. Ce qui s’avère plutôt gê

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