The Master

ECRANS | Après «There will be blood», Paul Thomas Anderson pousse un cran plus loin son ambition de créer un cinéma total, ample et complexe, en dressant le portrait d’un maître et de son disciple dans une trouble interdépendance. Un film long en bouche mais qui fascine durablement. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 2 janvier 2013

Depuis sa problématique mise en chantier, The Master était annoncé comme un film sur l'église de scientologie. Ce qui, de la part de Paul Thomas Anderson, n'aurait pas été étonnant puisque son œuvre revient comme un aimant vers la question religieuse, tantôt pour en faire un soubassement moral (Magnolia), tantôt pour la mettre en pièces (le pasteur sournois incarné par Paul Dano dans There will be blood). Or, non seulement The Master ne parle pas directement de la scientologie — le «Maître» Lancaster Dodd a bien fondé une nouvelle doctrine, mais celle-ci s'appelle «La Cause» — mais surtout, il n'en fait jamais son sujet. Ce qui intéresse Anderson est ailleurs, et c'est ce qui rend le film si complexe — ses détracteurs diront "confus" : il ne se fixe jamais sur un sujet central, ou plutôt, celui-ci semble se déplacer à mesure que le récit avance.

De l'alcool contre une famille

Au départ, il y a un ancien soldat revenu brisé psychologiquement du front Pacifique, Freddie. Visiblement obsédé sexuel, mollement reconverti en photographe dans une galerie commerciale, il fabrique sa propre gnole et se biture avec, quand il ne l'administre pas à dose létale à de pauvres ouvriers lors de ses moments d'ivresse. À l'instar de la musique abstraite et expérimentale de Jonny Greenwood, Anderson dresse le portrait de Freddie par fragments de séquences aussi disloquées et hiératiques que le comportement du personnage. C'est une nouvelle démonstration de la virtuosité du cinéaste, où chaque plan, qu'il soit long et chorégraphié ou bref et pictural, imprime la rétine du spectateur. Anderson a dépoussiéré pour l'occasion les dernières caméras 70 mm encore en usage, pour retrouver les tonalités chromatiques et la netteté des images de l'époque (les années 50), dit -il ; certes, mais on sent surtout chez lui l'envie de se mesurer à des maîtres comme Kubrick, Cimino ou David Lean, les derniers à avoir sublimé le format.

Justement, Freddie aussi se cherche un maître pour dompter sa violence, donner un sens à sa trajectoire chaotique et apaiser ses tourments — une romance avortée par la guerre avec une fille beaucoup plus jeune que lui. Il tombe un soir sur Lancaster Dodd, célébrant sur un bateau les futures noces de sa fille, et celui-ci noue un pacte avec lui : une place dans la famille contre de l'alcool fait maison. Car Dodd a un grand projet : faire de La Cause une religion majeure en colportant sa parole à travers les États-Unis, formant des ambassadeurs mais aussi des disciples. Pourquoi jette-t-il son dévolu sur l'imprévisible Freddie, alors que son fils bien propret est tout désigné pour devenir son successeur ? Pourquoi se choisit-on un héritier spirituel plutôt qu'un héritier naturel ? Là est, peut-être, la vraie question posée par The Master

Trouble Cause

Peut-être car le film, comme son anti-héros, ne se laisse pas domestiquer si facilement. Dans le dédale narratif créé par Anderson viennent se glisser la question du rapport entre sexe et pouvoir, mais aussi une Lady Macbeth inattendue qui perturbe l'équilibre déjà délicat entre Dodd et Freddie. Par moments, The Master s'avère tout à fait impénétrable, comme lors de cette séquence où, alors que Dodd se met à chanter devant ses ouailles, les femmes se retrouvent toutes inexplicablement nues. Un fantasme, oui, mais de qui ? Du maître, de son disciple ou des deux ? Ou encore lorsque la petite confrérie se grise à moto sur une vaste étendue désertique, scène dont l'utilité dramatique laisse un peu songeur. En cela, The Master est moins immédiatement enthousiasmant que There will be blood, qui proposait une ligne claire accompagnant le trajet du capitaliste intraitable qu'était Daniel Day Lewis. Moins enthousiasmant, mais pas moins spectaculaire et généreux.

On n'a encore rien dit de Joaquin Phoenix et Philip Seymour Hoffman, qui incarnent respectivement Freddie et Dodd : ils proposent chacun une géniale leçon de jeu, le premier en allant très loin dans la mise en danger physique et le déséquilibre psychologique — on pense à certains rôles de Patrick Dewaere, à la fois instinctifs et cérébraux ; l'autre en se délestant peu à peu de son cabotinage habituel, révélant l'homme froid et déterminé derrière le showman contrôlant sa propre mise en scène.

On peut regarder The Master en se laissant porter par les morceaux de bravoure que leur affrontement procure — la scène du test, par exemple. On peut aussi admirer l'immense maîtrise avec laquelle le cinéaste réussit à donner des allures de grand film moderne en soignant le moindre détail visuel et sonore de sa mise en scène. On peut enfin laisser The Master mûrir lentement, comme un alcool raffiné et néanmoins puissant, ou comme un souvenir induit qu'Anderson aurait réussi, à l'instar de Lancaster Dodd, à instiller dans la conscience du spectateur. Cela s'appelle faire de la forme un fond, ou l'inverse, et c'est du grand art, assurément.

The Master
De Paul Thomas Anderson (ÉU, 2h17) avec Joaquin Phoenix, Philip Seymour Hoffman, Amy Adams, Laura Dern…


The Master

De Paul Thomas Anderson (ÉU, 2h17) avec Joaquin Phoenix, Philip Seymour Hoffman...

De Paul Thomas Anderson (ÉU, 2h17) avec Joaquin Phoenix, Philip Seymour Hoffman...

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Freddie, un vétéran, revient en Californie après s’être battu dans le Pacifique. Alcoolique, il distille sa propre gnôle et contient difficilement la violence qu’il a en lui… Quand Freddie rencontre Lancaster Dodd, charismatique meneur d’un mouvement, il tombe sous sa coupe...


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Ris amer : "Joker"

Le Film de la Semaine | La douloureuse naissance de l’antagoniste de Batman en mode rite initiatique sadique et parcours contre-résilient. Bouc émissaire virant bourreau, Joaquin Phoenix est plus qu’inquiétant dans cette copie-carbone du cinéma des 70’s. Un interloquant Lion d’Or.

Vincent Raymond | Mardi 8 octobre 2019

Ris amer :

Atteint d’un trouble mental lui provoquant d’irrépressibles fous-rires, Arthur Fleck vit seul avec sa mère grabataire. Effectuant des prestations de clown pour survivre, il ambitionne de se lancer dans le stand-up. Mais rien ne se passe comme prévu, et une spirale infernale l’aspire… Un déclassé humilié par tous dans une grande métropole en crise devenant un héros populaire après avoir commis un acte délictuel ; un humoriste raté se vengeant de ses échecs sur son idole… Une quarantaine d’années environ après Taxi Driver (1976) et La Valse des Pantins (1982), Martin Scorsese vient donc de recevoir (par procuration) le Lion d’Or de la Mostra pour un film portant nombre de ses “stigmates“ — ne manque guère qu’un petit fond de religiosité chez le personnage principal —, mais aussi payant un lourd tribut à Sidney Lumet (Network, Un après-midi de Chien) comme à DePalma, dont le Blow Out (1981) brille au fronton d’un cinéma de Gotham. Todd Philipps a en effet signé avec Joker un

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Adam McKay & Amy Adams : « Il fallait un regard un peu de côté pour comprendre »

Vice | Biopic pop d’un politicien matois peu bavard, Vice approche avec une roublarde intelligence et un judicieux second degré le parcours du terrible Dick Cheney. Nous avons rencontré son auteur à Paris, ainsi que l’interprète de Lynne Cheney. Et nous les avons fait parler…

Vincent Raymond | Mardi 19 février 2019

Adam McKay & Amy Adams : « Il fallait un regard un peu de côté pour comprendre »

Après le 11 septembre, étiez-vous conscient de la politique manipulatrice de Cheney ? Adam McKay : Franchement, non. Ça n’a été qu’au moment de l’invasion de l’Irak que soudain il y a eu une prise de conscience que quelque chose n’allait pas, qu’une riposte n’était pas justifiée. Nous avons participé à toutes les grandes manifestations de protestation, mais il a fallu près de deux ans pour que nous puissions réagir. Adam, vous dites en ouverture du film que les renseignements sur Cheney ont été difficiles à trouver. Comment avez-vous procédé ? AMcK : Au départ, notre équipe de chercheurs à exploré tout le corpus “cheneyen“ existant : tous les livres officiels, les interviews disponibles sur sa vie et son travail politique — ça ne manquait pas ! Une fois ce travail accompli, on a recruté nos propres journalistes qui sont allés faire des enquêtes sur les coulisses, à la rencontre de toutes ces personnes qui ont eu, à un moment ou un autre, affaire à la famille Cheney, à son parcours politique, à ce qui n’était pas officiel ni établi. Avez-vous cherché à

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Au cœur du pourri pouvoir : "Vice"

Biopic | En général, la fonction crée l’organe. Parfois, une disposition crée la fonction. Comme pour l’ancien vice-président des États-Unis Dick Cheney, aux prérogatives sculptées par des années de coulisses et de coups bas, racontées ici sur un mode ludique. Brillant et glaçant.

Vincent Raymond | Mercredi 13 février 2019

Au cœur du <s>pourri</s> pouvoir :

Le fabuleux destin d’un soûlard bagarreur troquant, après une cuite de trop et les admonestations de son épouse, sa vie de patachon pour la politique. D’abord petite main dans l’administration Nixon, l’insatiable faucon parviendra à devenir le plus puissant des vice-présidents étasuniens… Reconnaissons à Hollywood ce talent que bien des alchimistes des temps anciens envieraient : transformer la pire merde en or. Ou comment rendre attractive, à la limite du grand spectacle ludique, l’existence d’un individu guidé par son intérêt personnel et son goût pour la manipulation occulte. C’est que Dick Cheney n’est pas n’importe qui : un type capable d’envoyer (sans retour) des bidasses à l’autre bout du monde lutter contre des menaces imaginaires, histoire d’offrir des concessions pétrolières à ses amis, de tordre la constitution à son profit et de déstabiliser durablement le globe peut rivaliser avec n’importe quel villain de franchise. Il est même étonnant que McKay parvienne à trouver une lueur d’humanité à ce Républicain pur mazout : en l’occurrence son ren

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De sang et d’or : "Les Frères Sisters"

Lion d’Argent Venise 2018 | de Jacques Audiard (Fr, 1h57) avec Joaquin Phoenix, John C. Reilly, Jake Gyllenhaal…

Vincent Raymond | Mercredi 19 septembre 2018

De sang et d’or :

Mieux vaut ne pas avoir de différend avec le Commodore. Car il envoie ses deux dévoués Charlie et Eli Sisters, tireurs d’élite et cogneurs patentés. Les deux frères vont pourtant faire défection quand une de leurs proies explique avoir découvert un procédé permettant de trouver de l’or… On attendait, en redoutant que la greffe transatlantique ne prenne pas, cette incursion de Jacques Audiard en un territoire aussi dépaysant par les décors, les usages ou les visages, que familier par son poids mythologique et les séquences fondatrices ayant dû sédimenter dans son imaginaire. Mais même délocalisé, le cinéaste n’est pas abandonné en zone hostile. D’abord, il se trouve toujours escorté par son partenaire, le magique coscénariste Thomas Bidegain ; ensuite la langue anglaise ne peut constituer un obstacle puisque son langage coutumier se situe au-delà des mots, dans la transcendance de personnages se révélant à eux-mêmes et aux autres, grâce à un “talent“ vaguement surnaturel. Le tout, dans un contexte physiquement menaçant. Empli de poudre, de sang et

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Toxic Affair : "Phantom Thread"

Paul Thomas Anderson | Derrière le voile d’un classicisme savamment chantourné, l’immense Paul Thomas Anderson renoue avec le thème du “ni avec toi, ni sans toi” si cher à Truffaut de La Sirène du Mississippi à La Femme d’à côté. Un (ultime) rôle sur mesure pour l’élégant Daniel Day-Lewis.

Vincent Raymond | Lundi 12 février 2018

Toxic Affair :

Il y a quelque malice à sortir le nouvel opus de Paul Thomas Anderson le jour de la Saint-Valentin. Car si l’amour et la passion sont au centre de Phantom Thread, ils ne sont en rien conventionnels ni réductibles au chromo du couple de tourtereaux roucoulant ses vœux sucrés sur fond de cœur rose. La relation ici dépeinte — ou plutôt brodée — tiendrait plutôt d’un ménage à quatre où Éros partagerait sa couche enfiévrée avec Thanatos ; où les corps à corps psychologiques supplanteraient les cabrioles et le climax du plaisir serait atteint en habillant plutôt qu’en dévêtant ses partenaires. Rien d’étonnant, au demeurant, étant donné le contexte… Couturier britannique, le réservé Reynolds Woodcock règne sur la haute société de l’après-guerre grâce à son génie créatif, sa prévenante séduction et la main de maîtresse de sa sœur Cyril, en charge du business comme de la “gestion” des muses qu’il consomme. Un jour d’errance, son attention est captée par une serveuse, Alma, dont il fait sa nouvelle égérie, mais qu’il ne pourra pas jeter comme les autres… Paul Estomac Anderson

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Nicolas Bedos & Doria Tillier : « on fait un cinéma de l’entre-deux qui est celui qui nous plaît le plus. »

Entretien | Difficile de condenser en deux heures toute la seconde moitié du XXe siècle français en miroir avec les sentiments d’un couple d’écrivains : c’est pourtant ce qu’ont tenté Nicolas Bedos et son actrice/coscénariste Doria Tillier. Réponses et références seventies des intéressés.

Julien Homère | Mercredi 15 mars 2017

Nicolas Bedos & Doria Tillier : « on fait un cinéma de l’entre-deux qui est celui qui nous plaît le plus. »

Est-ce que l’époque du film était déjà plantée dés l’écriture ? Doria Tillier : On s’est très vite arrêtés sur les années 1970. On les aime visuellement, humoristiquement et intellectuellement, avec l’état d’esprit dans lequel les personnages sont au début : la liberté, Beauvoir, Sartre, le quartier latin… Je trouvais cool que le film finisse aujourd’hui et pas en 2000 ou 2025. Cet univers correspondait naturellement aux personnages, et on ne s’est pas posé vraiment la question. Votre premier désir de cinéma découle-t-il de cette période historique ? Nicolas Bedos : Plus du côté des années 1990. Comme beaucoup de gens de ma génération, on s’était pris Tarantino, Kassovitz et Wong Kar-wai. Il y avait beaucoup de cinéastes dans des genres très différents à cette époque. C’était le début des grands formalistes américains comme Paul Thomas Anderson ou David Fincher

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Paul Thomas Anderson réalise le nouveau clip de Radiohead

MUSIQUES | Radiohead s'est offert Paul Thomas Anderson (Inherent Vice, Magnolia...) pour la réalisation de son tout nouveau clip Present Tense, tourné en Californie (...)

Sébastien Broquet | Vendredi 16 septembre 2016

Paul Thomas Anderson réalise le nouveau clip de Radiohead

Radiohead s'est offert Paul Thomas Anderson (Inherent Vice, Magnolia...) pour la réalisation de son tout nouveau clip Present Tense, tourné en Californie en août dernier et nouvel extrait de l'album A Moon Shaped Pool. À savourer ici :

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Big Eyes

ECRANS | De Tim Burton (ÉU, 1h47) avec Amy Adams, Christoph Waltz, Danny Huston…

Christophe Chabert | Mardi 17 mars 2015

Big Eyes

Il n’y a pas de scandale à dire que la carrière de Tim Burton a, depuis dix ans, pris du plomb dans l’aile. Entre serment d’allégeance à l’empire Disney — Alice au pays des merveilles — et déclinaison paresseuse de son propre style — Sweeney Todd, Dark Shadows — l’ex-trublion semblait rangé des voitures, VRP d’une signature graphique vidée de sa substance subversive. La surprise de Big Eyes, c’est qu’il marque une rupture nette avec ses films récents. Il y a certes dans cette histoire certifiée Amérique des sixties, des pelouses verdoyantes devant des pavillons soigneusement alignés, des coupes de cheveux parfaitement laquées et des peintures bizarres d’enfants à gros yeux — celles que dessine Margaret Keane mais que son escroc de mari va s’approprier, et avec elles gloire, argent et carnet mondain ; ce n’est toutefois qu’une surface de convention, dict

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Inherent Vice

ECRANS | En adaptant "Vice caché" de l’immense Thomas Pynchon, Paul Thomas Anderson prouve, après "The Master", qu’il n’aime rien tant qu’aller à l’encontre de sa maîtrise, éprouvée et incontestable. De fait, ce polar pop, enfumé et digressif est un plaisir intense, où il est avant tout question de jeu, dans tous les sens du terme. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 3 mars 2015

Inherent Vice

Quelque part dans les volutes de la Californie psychédélique au début des années 70, Doc Sportello semble sortir d’un rêve évaporé lorsqu’il voit surgir chez lui son ex-petite amie, Shasta Fay, qui lui annonce qu’elle est tombée amoureuse d’un richissime promoteur immobilier — marié — et dont elle soupçonne qu’on ourdit un complot contre lui. Sportello, qui exerce la fonction de détective privé, décide d’enquêter, moitié par amour envers cette fille qu’il n’arrive pas à s’enlever de la tête, moitié par curiosité professionnelle envers un monde bien éloigné de celui de la contre-culture beatnik, adepte de drogues et de nonchalance cool, dans lequel il baigne. Raconté comme ça, le point de départ d’Inherent Vice rappelle inévitablement les romans noirs de Raymond Chandler, ainsi que ses relectures iconoclastes par Robert Altman — Le Privé — ou les frères Coen — The Big Lebowski. Sauf que Paul Thomas Anderson n’adapte pas l’auteur du Grand Sommeil, mais un autre immense romancier américain, Thomas Pynchon. Et si Vice caché se nourrissait de cette mythologie propre à la littérature criminelle, il la cabossait par un réf

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Paul Thomas Anderson et Joaquin Phoenix à l'Institut Lumière

ECRANS | C'est un sacré événement que propose l'Institut Lumière : l'avant-première d'Inherent Vice, le nouveau film de Paul Thomas Anderson, en présence du réalisateur et (...)

Christophe Chabert | Jeudi 15 janvier 2015

Paul Thomas Anderson et Joaquin Phoenix à l'Institut Lumière

C'est un sacré événement que propose l'Institut Lumière : l'avant-première d'Inherent Vice, le nouveau film de Paul Thomas Anderson, en présence du réalisateur et de son acteur, Joaquin Phoenix, le samedi 24 janvier à 20h. Adapté d'un roman du génial Thomas Pynchon (Vice caché, en français), le film est un polar situé dans les années 70, qu'on annonce dans la lignée du précédent P. T. Anderson, le fabuleux The Master. Les réservations pour l'avant-première seront ouvertes demain à 11h...

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Un homme très recherché

ECRANS | D’Anton Corbijn (ÉU-Ang-All, 2h02) avec Philip Seymour Hoffman, Rachel MacAdams, Willem Daffoe, Nina Hoss…

Christophe Chabert | Mardi 16 septembre 2014

Un homme très recherché

À Hambourg, dix ans après le 11 septembre, dont la ville fut une des bases terroristes, l’agent secret Günther Bachmann part sur les traces d’un immigré tchétchène dont on ne sait s’il est une victime des exactions russes dans son pays ou un potentiel danger pour la sécurité nationale. Pour Bachmann, à l’inverse de ses supérieurs et des Américains, c’est surtout un formidable appât pour faire tomber un créancier du terrorisme islamique… Le scénario d’Un homme très recherché n’est pas, à l’inverse de la précédente adaptation de John Le Carré La Taupe, aussi complexe qu’il en a l’air. Du moins Anton Corbijn ne cherche pas à le rendre plus abscons qu’il n’est, adoptant une narration stricte et dépourvue de chausse-trappes ou de faux semblants. Pendant sa première heure, le film installe une atmosphère froide et séduisante, des personnages forts et se plaît à faire de Hambourg un acteur à part entière du récit — ce que le cinéaste réussissait déjà à faire avec la Toscane dans son précédent

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Her

ECRANS | En racontant l’histoire d’amour entre un homme solitaire et une intelligence artificielle incorporelle, Spike Jonze réussit une fable absolument contemporaine, à la fois bouleversante et effrayante, qui fait le point sur l’humanité d’aujourd’hui du point de vue du surhumain. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 18 mars 2014

Her

Imaginez le monolithe de 2001 l’odyssée de l’espace apparaissant de nos jours dans un Apple store et donnant naissance à des milliers d’Hal 9000 domestiques qui essaimeraient dans les processeurs de nos téléphones portables et adopteraient la voix de la femme ou de l’homme de nos rêves… C’est peu ou prou ce qui arrive dans Her, le nouveau film d’un Spike Jonze en pleine maturité créative. Son héros, Theodore Twombly — un nom sans doute choisi en référence au peintre et photographe Cy Twombly — y traîne une déprime tenace suite à une rupture amoureuse. Il travaille dans un open space dont les murs sont des aplats colorés façon Pantone où il rédige des lettres d’amour pour les autres, avant de rentrer tristement dans son appartement hi-tech jouer à des jeux vidéo et pratiquer le sexe online avec des inconnues. Jonze fait de lui le prototype de l’homme ordinaire du XXIe siècle : celui qui ne converse plus guère qu’avec son oreillette, c’est-à-dire, d’un point de vue extérieur, qui parle seul dans les rues d’une ville anonyme à l’architecture écrasante — en fait, un croisement invisible entre Los Angeles et Shanghaï. Lorsque sort

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The Immigrant

ECRANS | Les premiers plans de The Immigrant mettent l’Amérique au cœur de son sujet : la Statue de la liberté, Ellis Island, une file d’immigrants européens (...)

Christophe Chabert | Mardi 19 novembre 2013

The Immigrant

Les premiers plans de The Immigrant mettent l’Amérique au cœur de son sujet : la Statue de la liberté, Ellis Island, une file d’immigrants européens attendant leur visa… C’est aussi une image forte venue du cinéma américain, celle qui ouvrait Le Parrain II. En se transportant au début du XXe siècle, James Gray semble promettre une grande fresque en costumes, éminemment romanesque, qui le placerait en descendant naturel de Coppola. Mais une fois ses rôles principaux distribués — d’un côté Ewa, Polonaise prête à tout pour retrouver sa sœur restée en quarantaine sur l’île, et de l’autre Bruno, souteneur qui lui promet de l’aider si elle accepte de rejoindre sa «famille» —, le film se jouera avant tout en intérieurs : un théâtre burlesque, des bains publics ou l’appartement de Bruno Weiss, qui devient une nouvelle prison pour Ewa. En cela, The Immigrant tient plus du roman russe que de la reconstitution hollywoodienne, et la mise en scène de Gray, somptueuse, d’une sidérante fluidité, préfère l’intimisme à la démesure. Chaque miroir, chaque vitre est à la fois un cadre enserrant Ewa à l’intérieur du cadre, mais aussi une paroi s

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Man of steel

ECRANS | Remettre Superman sur la carte du blockbuster de super-héros après l’échec de la tentative Bryan Singer : telle est la mission que se sont fixés Christopher Nolan et Zack Snyder, qui donnent à la fois le meilleur et le pire de leurs cinémas respectifs dans un film en forme de bombardement massif, visuel autant qu’idéologique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 17 juin 2013

Man of steel

Il fallait au moins ça pour faire oublier le piteux Superman returns de Bryan Singer et relancer la franchise de cet «homme d’acier» : l’alliance circonstancielle de deux poids lourds du blockbuster actuel, à savoir Christopher Nolan, tout puissant après sa trilogie Dark Knight, et Zack Snyder, loué pour ses prouesses visuelles et sa maîtrise des effets numériques. Nolan produit et livre les grandes lignes de l’intrigue, pendant que Snyder réalise, taylorisme créatif pourtant pas si évident que cela sur le papier, tant leurs personnalités sont plus opposées que vraiment complémentaires. De fait, il ne faut pas longtemps avant de savoir qui, dans ce Man of steel, tient réellement le gouvernail : l’introduction du film sur la planète Krypton, avec ses personnages taillés dans le marbre lançant de grandes sentences pseudo-shakespeariennes d’un ton pénétré pendant que la musique d’Hans Zimmer bourdonne et explose sur la bande-son, dit bien que c’est le metteur en scène d’Inception qui a clairement posé le to

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I’m still here – the lost year of Joaquin Phoenix

ECRANS | De Casey Affleck (ÉU, 1h47) avec Joaquin Phoenix, Ben Stiller…

Dorotée Aznar | Mercredi 6 juillet 2011

I’m still here – the lost year of Joaquin Phoenix

Dans la foulée du tournage de Two Lovers, Joaquin Phoenix craque, renonce à sa carrière d’acteur pour se lancer dans le hip-hop, en dépit d’un manque criant de talent dans cette discipline, et de la dépression qui semble le dévorer peu à peu. On le sait à présent, tout cela n’était qu’un canular, confectionné avec la complicité de Casey Affleck, beau-frère de Phoenix. On peut applaudir la performance de l’acteur, qui sera resté plus d’un an dans un rôle qu’on devine lourdement destructeur. On peut aussi se demander, face au résultat final, si le jeu en valait vraiment la chandelle. En fait de scènes trash (Joaquin prend plein de drogues, fréquente des prostituées, a un ego surdimensionné…), I’m still here accumule les clichés ronflants sur le star-system et n’en dit rien, s’enfonçant dans une sombre entreprise de voyeurisme autour d’une star échouée dans une dérive sans sens. Les seules scènes qui fonctionnent sont celles où Phoenix voit son déclin se refléter dans les yeux de ses interlocuteurs : qui d’un Ben Stiller moqué de façon gênante alors qu’il venait lui proposer un rôle dans Greenberg, d’un Puff Daddy effondré à l’écoute de ses pathétiques ba

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Fighter

ECRANS | Opération retour en grâce pour David O’Russell avec cette chronique de deux frères boxeurs inséparables et pourtant rivaux : un film qui, malgré quelques beaux moments de cinéma, déçoit par son conformisme. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 4 mars 2011

Fighter

On n’en voudra pas à David O’Russell d’avoir cherché à sortir du bourbier dans lequel le fiasco public et critique de "J’♥ Huckabees" l’avait fourré. Opération réussie : avec quelques oscars et un beau score au box-office américain, le cinéaste s’est visiblement remis en selle — il a déjà fini un autre film depuis. "Fighter", projet longuement porté par Darren Aronofsky, n’est pas sans évoquer "The Wrestler" : son esthétique réaliste, son goût du mélodrame et son contexte sportif (la boxe remplaçant le catch), sans parler de la trajectoire de son personnage secondaire, qui va de la déchéance au rachat. Mais les choses s’arrêtent là. Alors que "The Wrestler" s’inventait au plus près de son acteur et ne quittait pas un parti-pris radical dans sa mise en scène, "Fighter" louvoie entre clichés du film à oscars et rares tentatives pour ramener le sujet vers une matière plus personnelle. Les Atrides font de la boxe O’Russell rate à peu près complètement le double parcours de Micky (Wahlberg, plutôt pas mal), dont la carrière de boxeur va de combats foireux en matchs ratés, et de son frère aîné Dicky (Christian Bale, dans un ca

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Sunshine cleaning

ECRANS | De Christine Jeffs (ÉU, 1h20) avec Amy Adams, Emily Blunt…

Dorotée Aznar | Lundi 8 juin 2009

Sunshine cleaning

Sunshine cleaning tente de répondre à une question qui hante bon nombre d’esprits plus ou moins équilibrés : que deviennent donc les pom-pom girls après leur gloire lycéenne ? Rose, par exemple, égérie adolescente aux succès indécents, regarde désormais sa trentaine froidement dans les yeux. Entourée de sympathiques losers lui tenant lieu de famille, elle se met en tête de créer une entreprise de nettoyage de scènes de crime ; d’où gags, quiproquos, et résurgences dramatiques de traumas originels. Depuis que des petits malins ont cracké le code de la nouvelle comédie US indépendante, on peine un peu à trouver notre compte dans des œuvres reproduisant les mêmes schémas sans jamais les renouveler cinématographiquement. Un zeste de cellule familiale gentiment branque (on retrouve même Alan Arkin dans un rôle rappelant de façon tenace son personnage dans Little Miss Sunshine), une pincée de fausse provocation se faisant en fait l’expression d’un désir de retour à la norme (dans l’exacte lignée de Juno), des situations décalées mais pas trop… Le résultat n’est pas forcément désagréable à regarder, si ce n’est qu’on est à ce point en territoire connu que la résolution de l’in

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Good morning England

ECRANS | De Richard Curtis (Ang, 2h15) avec Philip Seymour Hoffman, Rhys Ifans, Bill Nighy…

Christophe Chabert | Jeudi 30 avril 2009

Good morning England

Le fan hardcore de Love actually ne pouvait qu’attendre ce nouveau film de Richard Curtis. D’autant plus que le sujet (une radio rock pirate émettant depuis un bateau sur la mer du nord au début des années 60) promettait une belle déferlante de causticité sex drugs and rock’n’roll. Le film est pourtant assez décevant. L’exposition des personnages est laborieuse, se traînant sur près d’une heure avant d’embrayer sur des arcs narratifs assez artificiels, donnant l’impression d’un collage de sketchs autonomes (la quête du père, le mariage foireux, le retour du Dj mythique…). Plus problématique, le film est farci de facilités d’écritures, dont la pire est sans doute la blague sur le nom de l’adjoint de Kenneth Branagh, répétée au moins cinquante fois ! Mais la mise en scène, entre tangage constant (le réalisme a encore frappé) et multiplication des clips sur les auditeurs en transe, n’est pas plus inspirée. Il n’y a guère que le casting, dont un Nick Frost très en forme, qui relève le niveau, et permet de laisser s’écouler ces longues 135 minutes. Christophe Chabert

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Synecdoche, New York

ECRANS | De Charlie Kaufman (EU, 2h05) avec Philip Seymour Hoffman, Samantha Morton…

Christophe Chabert | Lundi 30 mars 2009

Synecdoche, New York

Dépressif, hypocondriaque, handicapé pathologique des sentiments, le metteur en scène de théâtre Caden Cotard profite de la prestigieuse bourse MacArthur qui vient de lui être attribué pour reconstituer, dans un entrepôt, un lugubre quotidien. On tremblait : qu’allaient devenir les vertigineux entrelacs narratifs de Charlie Kaufman sans leur réinterprétation visuelle par Spike Jonze et Michel Gondry ? Les longues prémices ne rassurent pas spécialement : la mise en scène est volontairement austère, les personnages s’enfoncent dans leurs névroses avec une complaisance crasse, cultivant l’incommunicabilité forcenée à grands coups de phrases aussi définitives que «Harold Pinter est mort»... Kaufman embringue le spectateur de force dans son portrait de l’artiste en loser, genre auquel il s’était déjà confronté avec peu de bonheur dans Adaptation. Alors, oui, bien sûr, Philip Seymour Hoffman impressionne régulièrement, parvient à donner chair au spectre terrifiant de sa solitude, mais sa performance finit par se noyer dans le caractère expérimental du récit. L’auteur compose, par ellipses et autres mises en abyme, un objet cinématographique distant, renfrogné, et pour tout dire, franchem

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Doute

ECRANS | De John Patrick Shanley (EU, 1h45) avec Meryl Streep, Philip Seymour Hoffman…

Christophe Chabert | Lundi 9 février 2009

Doute

Pour sa deuxième réalisation, John Patrick Shanley s’appuie sur des thèmes on ne peut plus puissants (dans les années 60, un prêtre du Bronx est suspecté d’entretenir des relations inappropriées avec le premier élève noir de son école), se laisse autant porter par un texte affûté que par des acteurs émérites. Le problème, c’est que c’est à peu près tout : fort de ces béquilles a priori imparables, le réalisateur engonce son film dans une mise en scène austère au-delà du raisonnable, succession de plans fixes où tout le monde tire la tronche pour nous démontrer à quel point les événements sont potentiellement dramatiques. Coincé dans un dispositif cinématographique relevant du théâtre filmé, l’ensemble du casting peine à donner chair aux ambiguïtés dont le film aimerait tant jouer. Bien sûr, la grande scène de confrontation entre Meryl Streep et Philip Seymour Hoffman insuffle un regain d’intérêt notable à la narration, et justifierait presque ses partis pris lénifiants. Malheureusement, il s’agit d’une des dernières séquences d’un film très loin d’être à la hauteur de ce petit morceau de bravoure… FC

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Two lovers

ECRANS | Sublime drame romantique signé James Gray, Two Lovers impose en douceur une idée forte : la vie n’est faite que de choix illusoires dictés par les origines sociales et culturelles. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 11 novembre 2008

Two lovers

Un grand cinéaste fait toujours le même film, à ce qu’on dit… James Gray, jusqu’ici, faisait en effet toujours le même film ; mais ce qu’on appréciait dans The Yards et La Nuit nous appartient, c’était les variations qu’introduisait le cinéaste par rapport à Little Odessa, moins les ressemblances trop voyantes entre chacune de ces œuvres. Two Lovers vient redistribuer les cartes… Fini le polar, place à un drame romantique avec des pointes de comédie. Adieu les familles new-yorkaises héritières des tragédies grecques, voici l’histoire, en apparence archi-classique, du fils d’un modeste tailleur juif qui hésite entre deux femmes, sa voisine blonde, goy et en pleine confusion intime et une amie de la famille, brune, juive et les pieds sur terre. Ce qui est beau dans Two lovers, c’est que ce changement radical de genre ne fait que renforcer l’obsession fondatrice du cinéma de James Gray. Mieux : il l’exprime cette fois avec une bouleversante clarté. La blonde ou la brune Leonard, ado attardé et névrosé (Joaquin Phoenix, magnifique, et qui a pourtant annoncé la fin de sa carrière de comédien ; pourvu qu’i

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There will be blood

ECRANS | Attention, chef-d’œuvre ! Cette fresque nihiliste sur la quête de l’or noir par un entrepreneur sans scrupule au début du XXe siècle confirme que Paul Thomas Anderson est un cinéaste majeur, et Daniel Day Lewis un acteur époustouflant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 20 février 2008

There will be blood

Seul, le visage noirci, la barbe en bataille, reclus dans une mine dont il creuse la roche. À la recherche de quoi ? Or ? Charbon ? Pétrole ? Oui, c’est ça, du pétrole, qu’il découvre au prix d’une jambe cassée qui le laissera boiteux toute sa vie. Investissement initial pour lancer une entreprise juteuse : des puits, des tours de forage, un pipeline… Daniel Plainview a la soif de l’or noir. Qui est cet homme ? D’où vient-il ? Et comment en est-il venu à nourrir cette obsession-là, source d’une fortune colossale et d’une solitude toute aussi gigantesque ? Paul Thomas Anderson refuse de répondre et filme son héros comme un Adam du capitalisme, le temps d’un premier quart d’heure sans aucun dialogue, juste une suite d’ellipses portées par une musique abstraite (signée Jonny Greenwood, guitariste de Radiohead) qui ne sont pas sans évoquer le début de 2001, l’odyssée de l’espace. L’ombre de Kubrick, référence écrasante mais relevée haut les gants par le réalisateur de Magnolia, ressurgira deux heures plus tard, lors de la conclusion hallucinante de ce chef-d’œuvre qu’est There will be blood. 1902, odyssée de l’or noir

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7h58 ce samedi-là

ECRANS | À 83 ans, l'étonnant Sidney Lumet signe un nouveau chef d'œuvre dans sa déjà magistrale filmographie : un polar subtilement déconstruit pour faire apparaître d'insolubles nœuds familiaux. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 3 octobre 2007

7h58 ce samedi-là

C'est l'histoire d'un casse qui tourne mal, point de départ mais aussi moment central du film. Un casse aussi minable que celui qui ouvrait Un après-midi de chien, autre grand film de Sidney Lumet, dans une bijouterie tenue par une vieille dame qui se rebiffe et plombe son agresseur. La scène est tétanisante, mais on ne sait alors ni d'où elle vient, ni où elle va aboutir. Car, alors qu'on rejoint le complice du braqueur resté sagement dans la voiture, l'image se met à sauter, et nous voilà propulsés quelques jours auparavant aux côtés de deux frères : Andy, comptable ordinaire en proie à un contrôle fiscal, et Hank, qui cherche du pognon pour payer la pension alimentaire de son ex-femme. Première traversée des apparences : ce n'est pas le frangin dans la dèche qui a eu l'idée du casse, mais celui qui, a priori, mène une vie sans histoire. Tous les autres renversements scénaristiques, nombreux et toujours surprenants, ne doivent pas être révélés à moins de trahir le plaisir du spectateur devant ce film (très) noir à l'intelligence admirable et aux visées existentielles impressionnantes. Miroir brisé Car son mécanisme narratif (changer sans arrêt de point de vue

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