Voyages au bout de l'enfer

ECRANS | En offrant sa carte blanche à Nicolas Boukhrief, Hallucinations Collectives renoue avec ses origines cinéphiles pour trois films sans concessions, dont le démentiel "Convoi de la peur" de William Friedkin. Jérôme Dittmar

Jerôme Dittmar | Jeudi 21 mars 2013

Figure de la génération Starfix, Nicolas Boukhrief a été biberonné comme ses frères à un cinéma bis et surtout radical. En lui donnant les mains libres pour une brève mais intense programmation, Hallucinations Collectives a trouvé là l'occasion de montrer deux films monstrueux dans tous les sens du terme.

Deux car on glissera volontiers sur Le Dernier monde cannibale, version soft et à peine moins crapoteuse de Cannibal holocaust du même Ruggero Deodato. Si le film représente un bon exemple de cinéma nihiliste et provocateur, pile dans ces 70's désabusées où l'homme cherche au-delà de son hyper civilisation industrielle l'excitation porno de la sauvagerie pure, il demeure trop putassier pour être honnête.

Il n'est surtout pas aussi fort que Possession d'Andrzej Zulawski, second titre choisi par Boukhrief. Mythique, longtemps interdit, ce film choc transforme l'hystérie chère au cinéaste polonais en un chantier baroque et névrosé hallucinant. Entremêlant le récit d'un couple en crise à une vision absolutiste de l'aliénation communiste et son contraire, Zulawski compose un chef-d'œuvre insituable, à la mise en scène chaotique, violente, sans repères ni zone de confort. A la fois film d'horreur, avec sa créature monstrueuse, et film d'époque (errant autour du mur de Berlin), Possession pousse tout très loin, y compris ses acteurs (Adjani en transe), pour une vision ultime du mal totalitaire.

Désillusions collectives

Pièce maîtresse de cette sélection, Le Convoi de la peur emmène lui aussi dans ses retranchements le mal-être des 70's. Remake par Friedkin du Salaire de la peur de Clouzot, le film est une rareté et le voir en salles est un évènement rendant justice au chef-d'œuvre d'un auteur dressant ici le portrait d'un monde sans issue. Reprenant le fil rouge du film d'origine (un convoi périlleux d'explosifs), Friedkin transfère l'aventure dans une épaisse jungle d'Amérique du Sud. Réunissant trois personnages en fuite venus de différents horizons autour d'un même but (réussir leur mission pour l'argent), il dépeint une réalité absurde, désespérée, où toutes les valeurs se sont effondrées devant l'appât du gain comme refuge illusoire de la liberté.

Film désenchanté, caniculaire, tendu, au réalisme abstrait, Le Convoi de la peur est aussi un monument de mise en scène. Un film dense et maitrisé où l'hostilité permanente de l'espace enferme définitivement ses héros dans un voyage au bout de l'enfer.


Le Convoi de la Peur

De William Friedkin (ÉU, 1977, 121', VOFST)

De William Friedkin (ÉU, 1977, 121', VOFST)

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Hallucinations Collectives : « partager des films dans une salle, c’est un élément constitutif du festival »

Festival | Depuis dix ans que l’Étrange Festival lyonnais est devenu Hallucinations Collectives, il n’a jamais fait faux bond aux amateurs d’“autre cinéma” — et ce, malgré la pandémie. À la veille d’une 14e édition des Hallus adaptée aux circonstances, mais tout aussi alléchante, conversation avec deux des membres du collectif aux manettes, Cyril Despontins et Benjamin Leroy.

Vincent Raymond | Mercredi 25 août 2021

Hallucinations Collectives : « partager des films dans une salle, c’est un élément constitutif du festival »

Commençons par une boutade. Si l’on considère que l'actualité internationale de ces dernières semaines est trustée par les crises climatique, sanitaire, économique, politique et sociale, que Titane a remporté la Palme d’Or ; bref que le monde semble glisser dans une zone bis, doit-on désormais considérer les Hallus comme un festival du cinéma du réel ? Cyril Despontin : Merde ! On s’est fait avoir. Du coup, va falloir faire un autre type de programmation, maintenant (rires). Les gens disent souvent que le fantastique prophétise le futur — dans les films, il est rarement joyeux, donc on espère qu’il n’ira pas toujours dans ce sens là, mais finalement la réalité nous donne tort, mais au moins, on est préparés… Quand il y a eu le premier confinement, les amateurs de fantastique étaient un peu plus préparés à des trucs bizarres… À force de voir ces films, finalement ça arrive et tu dis : « bon bah c’était plus ou moins ce qu’on avait prévu en regardant des films depuis 20, 30 ans». On a peut être été un peu moins choqué parce qu’on était habitué à voir des images bizarr

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Écrans Mixtes, les Hallus, la Caravane : les festivals se recalent

Cinéma | La proximité de la réouverture des salles datée au 19 mai, et la baisse — pour le moment — continue du taux d’incidence redonnent le moral aux organisateurs : Hallucinations Collectives et Écrans mixtes ont annoncé leur retour pour cet été.

Vincent Raymond | Vendredi 7 mai 2021

Écrans Mixtes, les Hallus, la Caravane : les festivals se recalent

Caravane des Cinémas d’Afrique Pas de chance pour la 16e édition de la Caravane des Cinémas d’Afrique du Ciné Mourguet ! Déjà contrainte d’annuler l’an passé, la biennale fidésienne reporte à nouveau son rendez-vous à 2022 mais en promettant (en sus de sa programmation) la présentation d’une création originale du styliste béninois Prince Toffa : une robe confectionnée à partir de 16 000 capsules de café. Ceux qu’il faudra avaler pour patienter ? Écrans Mixtes D’ici là, on se consolera avec — dans l’ordre d’apparition — Écrans Mixtes. Le festival de cinéma queer, qui avait fermé ses portes l’an dernier in extremis en présence de John Waters avant le premier confinement, tiendra sa 11e édition du 23 juin au 1er juillet avait. S’il avait déjà révélé sa

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Vous ne rêvez pas : Hallucinations Collectives va commencer !

Cinéma | La treizième édition du festival de cinéma de genre, prévue au printemps, aura bien lieu et commence finalement aujourd'hui. Rendez-vous au Comœdia dès aujourd'hui.

Vincent Raymond | Mardi 1 septembre 2020

Vous ne rêvez pas : Hallucinations Collectives va commencer !

En leur for intérieur, les amateurs de cinéma de genre triskaïdékaphobes doivent se demander s’ils doivent jubiler ou être ravagés par l’angoisse : la treizième édition du festival Hallucinations Collectives qui n’a pas eu lieu à Pâques ressuscite… treize semaines pile après la Trinité. Coïncidence ? À mettre au crédit de quelque esprit fort, démoniaque ou fort démoniaque, alors. Et par une ironie encore plus mordante, la programmation intègre parmi ses thématiques une rétrospective en quatre films baptisée “Vaudou : Walking with the Zombies”, complétée par l’adaptation d’un manga, I am a Hero, par Shinsuke Sato. En ces temps de Covid-19 — qui, outre le décalage de la manifestions, influe évidemment sur son organisation en supprimant les votes du public pour les films en compétition — on ne s’étonnera pas de voir d’autres productions anticiper des problématiques de contamination. C’est le cas avec le film d’ouverture, Colour Out of Space, du revenant Richard Stanley, interprété par le non-moins miraculé Nicolas Cage : dans cette adaptation de Lovecraft la maladie

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Hallucinations Collectives : écran noir, série rose & carte blanche

Le programme | Elle claque ! Par son graphisme, sa symbolique, autant que par ce qu’elle promet de la programmation, l’affiche du festival de l’Autre cinéma est — comme toujours — une réussite. À l’image de ce que devrait être cette édition. Petit tour d’horizon du menu…

Vincent Raymond | Mardi 9 avril 2019

Hallucinations Collectives : écran noir, série rose & carte blanche

Subversive, l’image d’une Lady Liberty noire l’était certainement dans les années 1970 ; il se peut hélas qu’elle le soit redevenue aujourd’hui, alors que les suprémacistes blancs affichent de manière décomplexée leurs haines multicolores. Si l’époque voit les mentalités régresser, autant lui rafraîchir la mémoire. Avec leur rétrospective “Unexploited“, les Hallus rappellent que le cinéma a contribué à inscrire les Afro-Américains dans la société US et à leur donner une visibilité au-delà des clichés hollywoodiens, à les faire exister comme personnages et non comme “types sociaux“ ou alibis. En complément de l’iconique Sweet Sweetback’s Baadasssss Song (1971) de Melvin Van Peebles, on découvrira Ganja & Hess (1973) de William Gunn, Top of the Heap (1972) de Christopher St. John et une œuvre parfaitement méconnue de Jules Dassin, Point Noir (1968). À ce sujet, si vous êtes en quête de films inclassables ou ayant totalement disparu des radars, des écrans et des écrans-radars, la section “Cabinet de Curiosités“ saura sans nul doute étancher votre s

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Hélène Cattet & Bruno Forzani : « on fait ce qu'on aime, ça n'a pas de prix »

Hallucinations Collectives | Invités d’honneur d’un festival qui ne leur a jamais fait défaut — à raison : ils sont sans doute avec Mandico les plus fervents pratiquants d’un “autre“ cinéma — le duo Hélène Cattet & Bruno Forzani a composé une Carte Blanche à son image. Bref échange en guise de mise en bouche.

Vincent Raymond | Mardi 9 avril 2019

Hélène Cattet & Bruno Forzani : « on fait ce qu'on aime, ça n'a pas de prix »

Le fait d’œuvrer dans un collectif — à partir de deux, vous constituez déjà un collectif, non ? — exacerbe-t-il vos penchants respectifs pour les formes et formats “hallucinatoires“ ? Hélène Cattet & Bruno Forzani : D’une certaine manière, oui, car dans la dynamique d'écriture en duo, on essaie tout temps de déstabiliser l'autre et de le faire halluciner avec des séquences auxquelles il ne s'attend pas. Irréductible à un genre, votre cinéma revendique au contraire l’hybridation et le mélange, voire cette “impureté“ que Epstein attribuerait au diable. Le territoire que vous dessinez film après film appartient-il à un Enfer perdu ? À un enfer qu'on essaie de trouver, plutôt. Il n'est pas vraiment perdu car il n'existe pas, il faut à chaque fois le créer de toutes pièces. L’hermétisme/conformisme français vis-à-vis du genre ne surmarginalise-t-il pas votre travail ? Est-ce vivable d’un point de vue artistique et économique ? C'est difficilement vivable, mais on fait ce qu'on aime, donc ça n'a pas de prix, o

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L'envoûtante sélection d'Hallucinations Collectives

ECRANS | C'est sous le signe du pentacle et de la sorcellerie que l'association Zone Bis place cette année son festival Hallucinations Collectives, avec sa (...)

Pierre Deroudilhe | Mardi 27 mars 2018

L'envoûtante sélection d'Hallucinations Collectives

C'est sous le signe du pentacle et de la sorcellerie que l'association Zone Bis place cette année son festival Hallucinations Collectives, avec sa thématique Sabbat Mater. Séduisante (et dangereuse ?) sélection, pour laquelle nous invoquerons le cultissime Season of the Witch (1972) de George A. Romero. Le réalisateur disait de cet OVNI cinématographique : « c’est, de tous mes films, celui dont je voudrais faire un remake, car il reste toujours d’actualité. » Figure d’émancipation, de résistance, victime de l’opprobre des masses, la sorcière définit en creux la société qui l’a créée : un monde où règne la toute puissance du bon goût et la tyrannie du politiquement correct. Les organisateurs démentent toute tentative d’envoyer un message politique, Zone Bis précisant que leur seul militantisme est celui du cinéma audacieux : les films militent d’eux-mêmes. Durant tout le festival, les œuvres ne seront pas du genre "politiquement correct". Fidèle à son principe, l’association présente un cinéma délaissé par les circuits de distribution traditionnels. Une programmation complètement décalée, un dépaysement assuré. On r

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Soirée Żuławski

ECRANS | Cela fait déjà plus d’un an qu’Andrzej Żuławski a rejoint l’autre côté de la vie dans une quasi-indifférence médiatique, laissant à ses spectateurs (...)

Vincent Raymond | Mardi 20 juin 2017

Soirée Żuławski

Cela fait déjà plus d’un an qu’Andrzej Żuławski a rejoint l’autre côté de la vie dans une quasi-indifférence médiatique, laissant à ses spectateurs orphelins une œuvre aussi trémulante que fascinante. Le Comœdia rappelle sa convulsive mémoire à notre bon souvenir en programmant une soirée spéciale permettant de (re)voir son ultime réalisation, le fulgurant Cosmos (2015), mais également un documentaire Varsovie, la forêt forteresse (2012) cosigné par Jean-François Robin, Jean-Philippe Guigou et Marc Guidoni — en présence des deux derniers, qui nourriront sans nul doute la discussion de force anecdotes. Soirée Andrzej Żuławski Au Comœdia le vendredi 23 juin à 19h30

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10 Hallus Cinés

ECRANS | Dix bougies soufflées et 1000 univers à dévorer ! Point de ralliement pour tous les cinéphiles déviants, Hallucinations collectives rouvre les portes de sa (...)

Julien Homère | Mardi 4 avril 2017

10 Hallus Cinés

Dix bougies soufflées et 1000 univers à dévorer ! Point de ralliement pour tous les cinéphiles déviants, Hallucinations collectives rouvre les portes de sa “Chambre des Merveilles” regorgeant de nouveautés aussi folles que drôles, tantôt connues, tantôt oubliées. Digne d’une chasse aux œufs punk, la soirée d’anniversaire régalera ses invités d’une ribambelle de court-métrages, clips et bandes-annonces inédits, en passant par la projection d’un film secret en avant-première mondiale. En plus d’accueillir Fabrice Du Welz, pont à lui seul de la Belgique aux États-Unis avec son Message from the King en avant-première, attardons-nous un instant sur deux films qui résument le sens de cette manifestation, antinomiques sur la forme mais oniriques dans le cœur : Soy Cuba de Mikhaïl Kalatozov et Litan de Jean-Pierre Mocky. Redécouvert dans les années 1990, le pre

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Hallucinations Collectives se dévoile

Festival | Oyez ! Oyez ! Hallucinations collectives dévoile sa 10ème programmation avec des infos juteuses… pour ne pas dire saignantes ! Sévissant du 11 au 17 avril, le festival accueillera des invités de choix et des avant-premières à la pointe de l’actualité pour le plus grand plaisir de tous les cinéphiles déviants.

Julien Homère | Vendredi 24 mars 2017

Hallucinations Collectives se dévoile

Notons la présence du phénomène Get Out de Jordan Peele, petit thriller terrifiant qui ravage le box-office US au point de rallier William Friedkin lui-même à sa cause. Le culte Fabrice Du Welz viendra présenter son polar énervé Message from the King, avec l’étoile montante Chadwick Boseman. La France aura pour représentant Xavier Gens pour la séance d’Hitcher de Robert Harmon, série B jouissive avec Rutger Hauer. Il n’y a pas qu’au rayon des exclusivités que l’association Zone Bis a marqué le coup pour cette édition anniversaire. En plus d’offrir une soirée commémorative le vendredi et une nuit Hallucinations auditives avec Joe La Noïze & Ta Gueule, le cinéma Comœdia verra s’imprimer sur ses toiles plusieurs classiques oubliés tels qu’Opéra de Dario Argento,

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Nicolas Boukhrief : « je voulais surtout faire un portrait de femme »

Entretien | Dix-huit mois après la sortie en salles avortée de "Made in France", le cinéaste revient avec un projet mûri pendant vingt ans : une nouvelle adaptation de "Léon Morin, prêtre".

Vincent Raymond | Mercredi 15 mars 2017

Nicolas Boukhrief : « je voulais surtout faire un portrait de femme »

Cette nouvelle adaptation du livre de Beatrix Beck n’en porte pas le titre. Vous a-t-il été confisqué ou interdit à cause, justement, de l’adaptation de Melville ? Nicolas Boukhrief : Non, pas du tout. Les gens se rappellent plus du film de Melville que de son livre — qui est une histoire autobiographique, un portait de l’homme qui l’avait tellement bouleversée. Appeler le film Léon Morin, prêtre ne me convenait pas, puisque je voulais surtout faire un portrait de femme et que le personnage de Barny soit très mis en avant. Du coup, La Confession est venu assez vite. Hitchcock disait que tout titre doit être une interrogation pour le spectateur, ou une promesse. Tant qu’on n’a pas vu le film, on ne sait pas quelle est la confession, ni qui confesse quoi à qui. Après Made in France, passe-t-on facilement d’une dialectique religieuse à une autre ? Oui, dans la mesure où j’ai écrit les deux scénarios en même tem

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"La Confession" : une drôle de paroissienne

ECRANS | de Nicolas Boukhrief (Fr, 1h56) avec Romain Duris, Marine Vacth, Anne Le Ny…

Vincent Raymond | Mercredi 15 mars 2017

Un village pendant l’Occupation. Militante communiste farouchement athée, Barny entame une joute rhétorique avec le nouveau prêtre, le fringant Léon Morin, dont la beauté et les sermons électrisent ses concitoyennes. À son corps défendant, la jeune femme sent ses certitudes vaciller et un sentiment naître en elle. Serait-ce la foi ou bien l’amour ? Au commencement était le Verbe… Nicolas Boukhrief oublie (presque) pour une fois le cinéphile en lui pour revenir à l’essence des mots ; à l’histoire derrière le Goncourt de Béatrix Beck, bien avant le film de Melville qui l’a presque oblitéré. Des mots qu’il vénère et qu’il enveloppe, pour les transcender, de chair grâce à des comédiens à l’intensité indéniable : Duris, séducteur comme un Gérard Philipe méphistophélique, et Marina Vacth, regard acier en fusion, à la stupéfiante maturité. Hors de leur duo, cette tension se dissipe : le contexte comme les personnages secondaires apparaissent comme fabriqués, théâtraux, alors qu’ils sont censés, “aérer” leurs huis clos et tête-à-têtes. C’est là la limite du film : réussir à capturer l’intime et l’ind

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Green Room : no future

ECRANS | Un groupe punk à la dérive vérifie à ses dépens la réalité du slogan No Future en se produisant devant un public de fachos. S’ensuit un huis clos surprenant, avec larsen et acouphènes modulés par Jeremy Saulnier. Prix du Petit Bulletin lors du dernier festival Hallucinations Collectives.

Vincent Raymond | Mardi 26 avril 2016

Green Room : no future

On le sait depuis Psychose d’Hitchcock : les films qui bifurquent sans crier gare dans l’hémoglobine méritent toujours qu’on consente un détour en leur direction. Faisant mine de nous emmener dans des contrées connues, ils se plaisent à nous projeter au milieu d’un ailleurs terrifiant confinant parfois au nulle part — cette terra incognita cinématographique qui se réduit comme une peau de chagrin. Green Room appartient à cette race bénie d’œuvres maléfiques se payant même le luxe de changer plusieurs fois de directions. Conservant le spectateur pantelant, dans un état d’incertitude en accord avec l’intranquillité seyant à des personnages de survival. Et ourlant ses massacres de ponts rock (ou plutôt punk) du plus bel effet. Haches tendres et battes de bois Partant d’un chaos dérisoire, de la situation minable d’un groupe tirant le diable par la queue, Green Room semble brandir l’étendard d’une comédie ingénue, laissant entrevoir de fines plaisanteries sur les musiciens à cheveux gras, leur combi pourri ou les parquets en bois norvégien. On s’attend à une succession de mésaventures anecdotiques — tendanc

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High-Rise

ECRANS | L’architecture du chaos selon Ballard, avec Ben Wheatley en maître d’ouvrage servi par la charpente de Tom Hiddleston… Bâti sur de telles fondations, High-Rise ne pouvait être qu’un chantier prodigieux, petits vices de forme inclus.

Vincent Raymond | Mardi 5 avril 2016

High-Rise

En septembre dernier, le ministère de la Défense français emménageait dans ses nouveaux quartiers, à la froideur grise et géométrique, sur le site Balard. Au même moment était projeté à Toronto la première du film High-Rise, adaptation d’un roman publié en 1975 par J.G. Ballard, décrivant l’inéluctable échec d’un projet urbanistique. Lier ces événements synchrones autrement que par leur vague homophonie semble insensé. Cependant, tous deux nous ramènent à cette éternelle obsession humaine pour l’édification ; ce tabou sans cesse transgressé depuis Babel par des créatures se rêvant créateurs, et fabriquant des citadelles… Mais laissons pour l’heure l’Hexagone-Balard : le film métaphorique de Wheatley a plus à dire que la grande muette — sur notre société d’hier, mais aussi sur la manière dont elle a accouché d’aujourd’hui. La cité rageuse Trouble mixte entre culte nostalgique pour un passé idéalisé et franche défiance vis-à-vis d’un futur instable, High-Rise revendique sans le dater précisément son ancrage dans les seventies. Jamais trop excentriques, décors et costumes portent la marque de ce temps révolu, instaurant cette distan

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Hallucinations collectives fait du 9 (même avec du vieux)

ECRANS | Pâques vous casse les œufs ? Optez pour une alternative certes moins cacaotée, mais enrichie en sensations filmiques : Hallucinations collectives, un (...)

Vincent Raymond | Mardi 22 mars 2016

Hallucinations collectives fait du 9 (même avec du vieux)

Pâques vous casse les œufs ? Optez pour une alternative certes moins cacaotée, mais enrichie en sensations filmiques : Hallucinations collectives, un festival amoureusement moulé à la louche par les comparses de ZoneBis. Creuset des sous-genres d’hier et des formats divergents d’aujourd’hui, ce rendez-vous désormais incontournable est le seul endroit où peuvent se côtoyer sans hypocrisie du trash, de l’avant-garde, du porno, de la poésie — en gros, cette liberté imprimée sur pellicule ou DCP défrisant tant les congestionnés du slip ces derniers temps, qu’ils se précipitent à la barre pour tenter de lui attirer des verges. L’apoplexie les guette cette année avec un zoom consacré à l’ultra prolifique Jesús “Jess” Franco (trois films dont Crimes dans l’extase et Les Inassouvies), une carte blanche à Lucille Hadzihalilovic (plus la projection de son Innocence de 2004), de grandes reprises : l’angoissant Phase IV du génial Saul Bass, histoire de méditer sur la fragilité humaine face aux insectes ; Créatures célestes, pour se rappeler que Peter Ja

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Cosmos

ECRANS | Absent des écrans depuis quinze ans, Zulawski nous revient enfin avec la transposition d’un roman de son compatriote Witold Gombrowicz. Convulsivement fascinant et d’un humour mâtinée d’inquiétude…

Vincent Raymond | Mardi 8 décembre 2015

Cosmos

Il n’est jamais anodin pour un cinéaste de renouer avec son art après une période d’abstinence. Et le film par lequel il revient, conjointement chargé du poids de son œuvre passée et de l’espérance placée en son retour, doit s’imposer par ses qualités, tout en rappelant l’absolue originalité de son auteur. Justifier, en somme, que l’artiste ait décidé d’interrompre le cours de son silence. Tel L’Homme sans âge, marquant en 2007 la sortie de Coppola de dix ans de mutisme — une formidable et audacieuse proposition de cinéma, amorçant un glissement vers des formes moins narratives et davantage expérimentales (Tetro puis Twixt). On attendait pareille fulgurance de la part de Zulawski, dont chaque réalisation possède un étrange pouvoir d’envoûtement, un charme quasi maléfique mais délicieux. Si on le savait travailler à un scénario original, c’est dans le roman de Gombrowicz qu’il a trouvé un matériau apte à déclencher son envie d’écrire pour tourner — un matériau modelé et remanié pour épouser sa manière. Espèce d'espace Cosmos s’apparente à un voyage intersidéral bouclé en un lieu clos : la villa de Madame Woytis o

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Sortie repoussée pour le film "Made in France"

ECRANS | Initialement prévu sur les écrans cette semaine, "Made in France" a été déprogrammé par son distributeur. Par dignité. Pour éviter d’être accusé de récupération. "Victime" immatérielle indirecte de la tragédie du 13 novembre, le film de Nicolas Boukhrief mériterait pourtant d'être largement diffusé dans les circonstances actuelles…

Vincent Raymond | Mardi 17 novembre 2015

Sortie repoussée pour le film

«Le premier qui dit la vérité…» chantait Guy Béart. Made in France n’est certes pas le premier film à aborder la question de la radicalisation islamiste. Au moment où cet article est rédigé, il se peut qu’il finisse par être encore moins vu que les précédents. Des films produits avec des bouts de ficelles, sortis en catimini et suspectés au mieux de fantasmer sur "les banlieues", sur le fanatisme ; au pire de faire le lit d’un extrémisme politique grandissant en instrumentalisant un contexte social calamiteux. D’user, pour faire court, de moyens sales à des fins douteuses. Mais en réalité, comme pour Philippe Faucon avec La Désintégration, Made in France de Nicolas Boukhrief, a glacé par sa dimension non pas prophétique, mais simplement lucide. Par son effrayante clairvoyance. Son analyse brute d’une situation dont tous, nous refusions d’admettre la possibilité. Sine die, ciné diète ? Lorsque les attentats de janvier ont révulsé la France, le film, déjà tourné, s’est trouvé pris entre le marteau de la sidération et l’enclume de la réprobation. Qu’aurait-on dit d’un thriller politique musclé montrant com

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Sorcerer

ECRANS | Dans un été riche en belles et grandes reprises, le retour sur grand écran dans une version restaurée et supervisée par son auteur de "Sorcerer" va permettre de découvrir enfin ce film maudit et génial de William Friedkin.

Christophe Chabert | Mardi 21 juillet 2015

Sorcerer

Lorsqu’il entreprend Sorcerer en 1976, William Friedkin est encore le parrain tout puissant du Nouvel Hollywood. Il a décroché des Oscars avec French Connection — de retour lui aussi sur les écrans cet été — et un succès planétaire avec L’Exorciste, flanquant les miquettes à toute une génération de spectateurs. Autant dire qu’on ne peut rien lui refuser, surtout un budget confortable pour tourner un remake du Salaire de la peur, le film d’un de ses cinéastes préférés, Henri-Georges Clouzot, avec qui il partage une même vision désespérée d’une existence gouvernée par le mal. La malédiction Sauf que deux choses vont envoyer Sorcerer dans le fossé. D’abord, l’accumulation de tuiles qui se produisent durant la préparation, puis pendant le tournage. Alors que Friedkin envisageait Steve MacQueen et Lino Ventura dans deux des rôles principaux, il doit se rabattre sur Roy Scheider et Bruno Crémer, tout de suite moins bankables. Quant à la fabrication même du film, elle tourne au cauchemar : la jungle encore plus hostile que prévue, les conditions climatiques catastrophiques, les techniciens camés et cramés, le budget qui

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Hallucinations Collectives : une compet' hallucinante

ECRANS | Cette année, Hallucinations Collectives a fait une récolte proprement mirifique en ce qui concerne les inédits et avant-premières soumis à appréciation du jury, (...)

Christophe Chabert | Mardi 31 mars 2015

Hallucinations Collectives : une compet' hallucinante

Cette année, Hallucinations Collectives a fait une récolte proprement mirifique en ce qui concerne les inédits et avant-premières soumis à appréciation du jury, du public et, pour la première année, du Petit Bulletin, puisque notre fine équipe remettra un prix lors de la cérémonie de clôture. On notera tout d’abord le retour de Peter Strickland, qui avait remporté le Grand Prix en 2013 avec Berberian Sound Studio, pour The Duke of Burgundy, exploration hallucinée d’une relation lesbienne et sado-maso. Le film est produit par Ben Wheatley, titulaire du Grand Prix du festival en 2012 pour son magnifique Kill List. Le génial Alex De La Iglesia avait pour sa part été lauréat de la distinction avec son chef-d’œuvre, Balada Triste, en 2011

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Christophe Gans invité d'Hallucinations collectives

ECRANS | Il faut l’avouer, Christophe Gans a longtemps été un de nos héros. De ceux qui nous ont fait découvrir des cinéastes majeurs comme Carpenter, Friedkin, Tsui (...)

Christophe Chabert | Mardi 31 mars 2015

Christophe Gans invité d'Hallucinations collectives

Il faut l’avouer, Christophe Gans a longtemps été un de nos héros. De ceux qui nous ont fait découvrir des cinéastes majeurs comme Carpenter, Friedkin, Tsui Hark et qui nous ont donné envie d’écrire sur le cinéma. Et une fois cet ancien journaliste de Starfix passé derrière la caméra, il nous a fait croire que le cinéma de genre s’était trouvé en France un styliste majeur. Aussi, lorsque nous sommes sortis dépités de La Belle et la Bête, le sentiment était celui d’avoir tué le père, avec ce que cela implique de mélancolie et de culpabilité. Heureusement, grâce à Hallucinations Collectives, tout est pardonné : en l’invitant à choisir trois films pour une carte blanche résolument surprenante, le festival prouve que Gans est resté un cinéphile pointu prêt à se faire le défenseur de toutes les formes d’innovations en matière de mise en scène — on n’a pas oublié par exemple ses visionnaires analyses à la sortie d’Avatar. I

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Hallucinations collectives : la politique des horreurs

ECRANS | Le festival Hallucinations collectives s’impose désormais comme un rendez-vous incontournable pour les cinéphiles lyonnais. Cette année, entre une compétition de films inclassables, des raretés empruntées à l’histoire bis du cinéma et l’invitation lancée à ce grand cinéphage de Christophe Gans, le festival poursuit son exploration d’une autre politique des auteurs. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 31 mars 2015

Hallucinations collectives : la politique des horreurs

L’important dans l’expression «politique des auteurs», disait avec un peu de retard et d’opportunisme François Truffaut, ce n’est pas le mot «auteurs» mais bien le mot «politique». Pourquoi citer l’institution truffaldienne en ouverture d’un papier sur ce festival tout sauf institutionnel qu’est Hallucinations Collectives ? Peut-être parce que ses organisateurs ont, mieux que personne, pris la précision du réalisateur du Dernier métro au pied de la lettre. Qu’on regarde, même d’un œil distrait, leur — fabuleuse, tant il n’y a strictement rien à jeter dedans — programmation de 2015, et cela sautera aux yeux : on y croise certes des grands noms acclamés bien au-delà des amateurs de cinéma de genre ou de films bis : Dario Argento, David Cronenberg, Mario Bava, Lucio Fulci et même Ridley Scott… Mais ils voisinent avec d’autres cinéastes souvent regardés comme mineurs, à tort ou à raison (Ruggero Deodato, Larry Cohen, Shinya Tsukamoto) sans parler de quelques parfaits inconnus (Wakefield Poole, Paul Donovan ou Piero Schivazappa) et des cinéastes débutants qui forment le bataillon d’une très alléchante compétition. Cette mosaïque

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Loué soit Laugier

ECRANS | Après Nicolas Boukhrief l’an dernier, c’est le cinéaste Pascal Laugier qui a droit à une carte blanche durant Hallucinations collectives. L’homme qui avait (...)

Christophe Chabert | Mardi 15 avril 2014

Loué soit Laugier

Après Nicolas Boukhrief l’an dernier, c’est le cinéaste Pascal Laugier qui a droit à une carte blanche durant Hallucinations collectives. L’homme qui avait durablement éprouvé les spectateurs avec son tétanisant Martyrs — pour lequel il avait dû subir les foudres d’une censure française qui cache de moins en moins son nom — est un cinéphile passionnant ; chacune de ses interviews le prouve et le texte qu’il a fourni pour le catalogue du festival en est un exemple définitif. Il s’y hasarde à quelques programmations virtuelles — dont une, surprenante, où il confesse son amour pour Ma nuit chez Maud, La Gueule ouverte et Sans toit ni loi

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Vengeance !

ECRANS | En filigrane d’une septième édition riche en invités, films rares et avant-premières célébrant le cinéma différent et dérangeant, le festival Hallucinations collectives fait une place aux vengeurs de tout poil et de tous calibres, défendant des causes diverses, réjouissantes ou… indéfendables ! Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 15 avril 2014

Vengeance !

Vous rentrez chez vous crevé par une longue journée de boulot mal payée, prêt à retrouver femme et enfants ; pas de bol, vous avez le malheur d’habiter dans un quartier pourri et une bande de délinquants pas forcément juvéniles et pas forcément colorés ont eu la mauvaise idée de violer et massacrer toute votre famille. Votre sang ne fait qu’un tour et vous voilà devenu aussi, sinon plus, sauvage que vos agresseurs, armé jusqu’aux dents, décidé à faire payer le prix fort à ces saligauds. Bref, vous voici transformé en vengeur urbain, sautant à pieds joints par-dessus les lois et prônant une justice expéditive bien plus efficace que la justice officielle, évidemment corrompue. Ce scénario, quasi-immuable, a fait la fortune d’un sous-genre du cinéma policier baptisé selon la terminologie consacrée par les cinéphages — frange mordante et mal lunée de la cinéphilie — vigilante movie. Charles Bronson en Justicier dans la ville est l’emblème de ce "mouvement" qui relève de l’exploitation pure et dure et dont les valeurs penchent très très à droite. Le progressisme n’est pas de mise dans le vigilante movie, mais les cinéastes les plus malins ont su détourner ce

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Made in Asia

ECRANS | Si l'âge d'or de la pépite venue d'Asie est depuis longtemps révolu, cette nouvelle édition d'Hallucinations Collectives offre malgré tout quelques titres à ne (...)

Jerôme Dittmar | Jeudi 21 mars 2013

Made in Asia

Si l'âge d'or de la pépite venue d'Asie est depuis longtemps révolu, cette nouvelle édition d'Hallucinations Collectives offre malgré tout quelques titres à ne pas rater. Puisqu'on ne l'a pas vu, on ne dira rien de The Land of Hope, nouveau Sono Sion, auteur japonais à l'origine des iconoclastes Love Exposure ou Suicide Club. Présenté en avant-première, le film s'installe dans l'après Fukushima et promet un drame écolo-social sur fond de décors ravagés par le tsunami. Immanquable, Dragon Gate permettra lui de prendre des nouvelles de Tsui Hark, récemment revenu en forme avec Detective Dee après un gros passage à vide. Montré pour la première et dernière fois en France dans sa version 3D (il sortira ici en vidéo), le film pousse les expérimentations visuelles du hongkongais vers des cimes inédites. Celui qui autrefois renversait la géométrie euclidienne du plan et du montage s'attaque désormais au relief. Le résultat intrigue à défaut de révolutionner la technique, sans gâcher un pur film de sabre dans une tradition que l'auteur connait bien.

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Les cris et l’écran

ECRANS | Pour sa sixième édition, le festival Hallucinations collectives propose, en dehors de sa compétition, un revival de ce qui fut un temps une bible cinéphilique, feu le magazine "Starfix". De la carte blanche à Nicolas Boukhrief à la redécouverte du cinéaste Michele Soavi et de films cultes des années 80, une semaine de cinéma authentiquement hallucinant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 21 mars 2013

Les cris et l’écran

Il n’était pas simple d’être cinéphile dans les années 80. La VHS était en VF, et les films en salles proposaient une maigre alternative entre l’explosion du high-concept movie et un cinéma d’auteur fatigué. Même les revues de cinéma se cherchaient un nouveau souffle, entre la constance pépère de Positif, les couvertures racoleuses de Première et des Cahiers du Cinéma convalescent de leur période Mao. Au milieu de tout cela, il fallait une contre-culture et un organe qui la synthétisait : ce fut Starfix, monté par une bande de passionnés parmi lesquels Christophe Gans, Christophe Lemaire, Nicolas Boukhrief, François Cognard et Doug Headline — le fils de Jean-Patrick Manchette. Des gens nourris au cinéma de genre des années 60 et 70, aux comics et à la rock culture, qui avaient l’ambition de faire bouger des lignes figées, d’abord dans la critique puis, la revue mise en berne, dans le cinéma lui-même. L’extrême et les extrêmes Pour sa sixième édition (et sa troisième sous ce nom), Hallucinations

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Killer Joe

ECRANS | À 77 ans, William Friedkin prouve qu’il n’a rien perdu de sa rage corrosive avec cette comédie très noire autour d’une famille de Texans dévorés par une même cupidité. Cru et violent, génialement écrit et servi par un casting parfait. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 29 août 2012

Killer Joe

Il y a deux types de cinéastes vieillissants : ceux qui adoptent une forme de sagesse et affinent film après film leur point de vue — l’école Eastwood ; et ceux qui s’autorisent un surcroît de fantaisie — l’école Resnais. En fait, il faut en ajouter un troisième, minoritaire : les metteurs en scène qui retrouvent dans cette dernière ligne droite une rage juvénile qu’on ne leur soupçonnait plus. Cela donne Battle Royale de Fukasaku et aujourd’hui cet incroyable Killer Joe d’un William Friedkin de retour au sommet. Bug, son film précédent, montrait déjà une hargne retrouvée, mais aussi des limites par rapport au matériau théâtral qu’il se contentait de transposer sagement à l’écran. L’auteur, Tracy Letts, est aussi celui de la pièce qui a inspiré Killer Joe ; cette fois, il a pris le temps de bosser avec Friedkin une vraie adaptation cinématographique, aérée et fluide, du texte original. Un choix plus que payant : le dialogue brillant de Letts trouve dans la mise en scène de Friedkin un allié de poids, le cinéaste étant trop content d’aller en découdre avec so

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Des hallucinations de haute volée

ECRANS | Avec une deuxième édition particulièrement réussie, le festival Hallucinations collectives a trouvé son bon format, rencontré un large succès et proposé une sélection d’une grande tenue, que le jury a justement souligné en décernant un grand prix mérité au génial Kill list. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 11 avril 2012

Des hallucinations de haute volée

Depuis la naissance de L’Étrange festival, et sa transformation en Hallucinations collectives l’an dernier, ce festival nous tient à cœur et c’est avec une certaine joie que l’on peut affirmer que l’édition 2012 restera comme un excellent cru. Et, cela ne gâte rien, le public a répondu présent, malgré la pléthore de propositions culturelles (ou pas, genre l’ouverture du centre commercial Confluence) et le début des vacances de Pâques. De là à dire que celui-ci se lasse du formatage cinématographique actuel et démontre qu’il est prêt à se lancer dans des expériences extrêmes, il y a un pas que l’on ne franchira pas ; mais qu’il puisse répondre présent une fois par an pour découvrir des films hors norme, et parfois franchement déroutants, est un pied de nez salutaire au marketing envahissant et à la longue gonflant qui tente de nous faire croire à la nouveauté là où, de toute évidence, il n’y a que de la redite. La compétition, grande innovation du festival depuis l’édition précédente, a ainsi démontré une vigueur galvanisante. Galvanisant, c’est d’ailleurs le mot qui vient à l’esprit pour qualifier The Raid de Gareth Evans, présenté en ouverture

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Les Hallucinations, c’est maintenant !

ECRANS | La deuxième édition d’Hallucinations collectives propose pendant cinq jours au Comœdia un recueil de ce que le cinéma compte de films bizarres, originaux, provocants, rappelant au passage que ce cinéma-là est en voie d’extinction sur les écrans… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 30 mars 2012

Les Hallucinations, c’est maintenant !

Cette semaine, deux événements se font concurrence en matière de cinéma : sur la rive gauche du Rhône, l’arrivée au sein du «pôle de loisirs» (notez le mot «loisirs», il est important) Confluence d’un nouveau multiplexe UGC Ciné Cité ; de l’autre côté du fleuve, au Comœdia, ce sera la deuxième édition d’Hallucinations collectives, où il s’agira de montrer tout ce qui a peu de chances d’atterrir sur les écrans d’en face, la position du groupe UGC étant par exemple de ne plus sortir les films interdits aux moins de 16 ans — soyons justes, beaucoup de cinémas indépendants font implicitement la même chose… Car Hallucinations collectives et ses organisateurs (l’association Zone Bis) aiment justement ce qui, de l’Histoire du cinéma à son actualité, bouscule le spectateur et lui rappelle qu’un film, ce n’est pas qu’une sortie, mais aussi une expérience. Que les émotions au cinéma, ça ne se fabrique pas dans les bureaux d’un studio mais ça se contrôle par le travail de la mise en scène. Et qu’en définitive, cette marge-là restera quand les pages des nouveautés hebdomadaires auront depuis longtemps été déchirées des mémoires. Voyage au bout de l’enfer

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Illumination collective

ECRANS | Les fans de Kevin Smith seront surpris en découvrant Red state… En effet, s’ils s’attendent à trouver les habituelles potacheries et l’esprit geek du (...)

Christophe Chabert | Vendredi 30 mars 2012

Illumination collective

Les fans de Kevin Smith seront surpris en découvrant Red state… En effet, s’ils s’attendent à trouver les habituelles potacheries et l’esprit geek du réalisateur de Clerks, ils déchanteront assez vite : Smith est en colère contre l’Amérique et entend le dire avec le même sérieux qui animait le brûlot de John Carpenter Invasion Los Angeles. On sait que le film a été tourné de manière complètement indépendante, le cinéaste n’ayant pas digéré les bidouillages effectués sur son précédent Top cops, œuvre de commande il est vrai assez indéfendable. Red state se déroule dans le midwest américain, où le christianisme a engendré une flopée de sectes à l’intégrisme extrême. Trois adolescents, qui ne voulaient au départ que tirer leur crampe, se font séquestrer par une de ces bandes de mabouls, dont le prédicateur entend bien laver les péchés de l’Amérique en sacrifiant tout ce qui, à ses yeux, relève du vice et de la corruption morale. Ledit pasteur est incarné par un phénoménal Michael Parks, qui s’offre un sidérant morceau de bravoure en tenant le crachoir plus de dix minutes durant pour vociférer des incantations illuminées avant de convier

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La politique de l’Autriche

ECRANS | Il est sûr que si Régis Jauffret était tombé sur une projection de Schizophrenia, il aurait immédiatement versé le film dans le dossier à charge qu’il mène contre (...)

Christophe Chabert | Jeudi 29 mars 2012

La politique de l’Autriche

Il est sûr que si Régis Jauffret était tombé sur une projection de Schizophrenia, il aurait immédiatement versé le film dans le dossier à charge qu’il mène contre ce pays. Pensez donc ! Un type bizarre sort de prison pour avoir tué une vieille dame et, à peine le nez dehors, il s’introduit dans une maison bourgeoise et s’emploie à massacrer froidement ses habitants, dont un adolescent attardé mental. Bien avant Michael Haneke, en 1983, Gerald Kargl s’intéressait aux pulsions homicides de ses compatriotes ; mais à la différence du moraliste barbu, lui inventait une forme cinématographique qui n’avait rien de distancié. Au contraire, Schizophrenia (titre français stupide qui remplace le Angst — "La Peur" — original) fait tout pour nous faire pénétrer dans le cerveau détraqué de son personnage principal. Pour cela, Kargl s’est associé avec un opérateur de génie, Zbigniew Rybczynski, par ailleurs coscénariste du film ; celui-ci a inventé un système de travellings extrêmement audacieux où la caméra est attachée au comédien Erwin Leder

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«Un divorce, une rupture définitive…»

ECRANS | Entretien avec Éric Guirado, réalisateur de "Possessions" Propos recueillis par Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 6 mars 2012

«Un divorce, une rupture définitive…»

Révélé par Quand tu descendras du ciel, un premier film qui prolongeait le court-métrage qui lui avait valu un césar, Éric Guirado avait connu son premier succès public avec Le Fils de l’épicier, un film qui s’inspirait des nombreux reportages réalisés au cours de ses années France 3 Rhône-Alpes. Aujourd’hui, après de longs mois d’attente, sort Possessions, libre adaptation de l’affaire Flactif. Dans l’entretien qu’il nous a accordé, il se livre avec une franchise devenue rare sur son métier de réalisateur, l’état du cinéma français et de la société française. On dit souvent qu’un cinéaste fait toujours un film contre le précédent, mais cela m’a paru rarement aussi flagrant qu’entre Possessions et Le Fils de l’épicier…Éric Guirado : C’est vrai, je ne sais pas si c’est conscient ou pas… J’aime beaucoup Le Fils de l’épicier, mais ce qui me dérangeait, c’est qu’au cours des cent proje

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Possessions

ECRANS | Pour son troisième film, Éric Guirado s’inspire de l’affaire Flactif pour explorer, à travers une mise en scène passant sans cesse du chaud au froid et un quatuor d’acteurs excellents, le fossé grandissant entre les possédants et les dépossédés. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 1 mars 2012

Possessions

L’affaire Flactif (ou affaire du Grand Bornand) avait marqué la France : un couple de prolos du nord avait assassiné puis tenté de faire disparaître les corps d’une famille, dont les époux étaient aussi leurs propriétaires. Qu’on le prenne par tous les bouts, le fait-divers disait avec une grande brutalité l’écart béant qui se creusait entre ceux qui ont tout (réussite, argent, maison) et ceux qui doivent leur donner le peu qu’ils ont. Éric Guirado, en transposant librement cette histoire traumatisante, fait lui aussi un grand écart avec l’optimisme réconciliateur du Fils de l’épicier : Possessions est une œuvre au noir, jamais rassurante, et c’est cette obstination à plonger au fond de l’horreur qui en fait le prix. L’or blanc vire au rouge Le couple formé par Jérémie Rénier (gras et lourd : parfait !) et Julie Depardieu (inquiétante de ressentiment contenu) a tout du cliché : lui adepte du tuning, elle braquée sur des images de bonheur superficiel, co

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Le port de la drague

ECRANS | Manifestations quotidiennes pendant le tournage, protestations véhémentes des associations gays, ajout d’un carton introductif tentant maladroitement de (...)

Christophe Chabert | Jeudi 1 mars 2012

Le port de la drague

Manifestations quotidiennes pendant le tournage, protestations véhémentes des associations gays, ajout d’un carton introductif tentant maladroitement de dédouaner le film de toute homophobie… C’est peu dire qu’à l’époque (1981), Cruising de William Friedkin n’avait pas été goûtée par la communauté homosexuelle américaine. Trente ans plus tard, non seulement sa présence dans un festival de cinéma gay ne surprendra personne, mais le film paraît avec le recul un témoignage crucial et unique dans le cinéma mainstream d’un monde qu’Hollywood se refusait encore à représenter dans ses fictions. En l’occurrence, celui des pédés cuirs de San Francisco, où le culte de la virilité va de pair avec le port de la moustache. L’intrigue principale montre un flic hétéro (Al Pacino, si mal à l’aise avec le rôle qu’il n’a plus jamais voulu entendre parler du film) traquer un serial killer qui choisit ses victimes dans les clubs gays, en allant à son tour draguer dans les boîtes pour identifier le criminel. Mais Friedkin ne s’intéresse jamais vraiment au thriller, d’une nonchalance totale. Cinéaste de la circulation du mal, il fouille les névroses de ses personnages, source d’une

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Hallucinations et moutons électriques

ECRANS | La programmation du prochain festival Hallucinations collectives (au Comœdia du 4 au 9 avril) a été dévoilée : des Belges bizarres, un tueur en série autrichien, un cinéaste sud-africain visionnaire, un hommage à Philip K. Dick et une belle brochette d’inédits. Passionnant ! Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 15 février 2012

Hallucinations et moutons électriques

La première édition avait tenu toutes ses promesses : Hallucinations collectives prolongeait, avec un enthousiasme contagieux, l’expérience menée pendant trois ans par L’Étrange festival et revendiquait une identité singulière, où la défense des films «orphelins» (jolie formule désignant ces œuvres auxquelles les auteurs n’ont souvent jamais donné de suite !) et hors norme brisait les frontières étanches du bon goût cinéphile (cinéma de genre, cinéma d’auteur : peu importe !). La programmation de l’édition 2012 poursuit donc cet effort, et elle est déjà très excitante (il manque encore quelques titres, qui seront révélés dans les jours à venir). Dick in my brain Surprise : ce n’est pas un cinéaste mais un écrivain qui sera à l’honneur dans la première partie du festival. L’immense Philip K. Dick, référence majeure de la littérature de science-fiction avec des romans comme Ubik, Le maître du haut château ou Substance mort, sera donc célébré à travers une table ronde, une lecture, un concert de Richard Pinhas et, bien sûr, un film.

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Inquiétudes hexagonales

CONNAITRE | Pour sa 21e édition, Drôle d’endroit pour des rencontres tire un portrait fidèle du cinéma d’auteur français d’aujourd’hui : sombre, engagé et résolu à exister coûte que coûte. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Mardi 17 janvier 2012

Inquiétudes hexagonales

Si l’objectif de Drôle d’endroit pour des rencontres (aux Alizés de Bron) est de faire le point sur ce qui travaille le cinéma français — du moins celui qui n’est pas fait par les producteurs et les yes men de la réalisation — alors cette édition 2011 est de toute évidence une réussite. Car les films proposés illustrent, chacun à leur manière, l’inconscient d’un cinéma d’auteur qui n’a pas envie de rendre les armes. Cet inconscient s’avère particulièrement inquiet, ramenant échos des guerres passées et bruit des conflits en cours, lutte des classes d’autant plus violente qu’elle est niée par une partie de la classe dirigeante et montée des fondamentalismes religieux. Pas de quoi rire, et il faut appeler nos voisins belges au secours (Le Grand’Tour de Jérôme Le Maire, présenté le dimanche 29) pour trouver une vraie comédie au sein de la programmation. Noirs désirs L’Hexagone rumine donc des idées noires. Avec Possessions (le 28, en présence du réalisateur), Éric Guirado donne un sombre contrechamp à son feel good movie à succès Le Fils de l’épicier

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Après les fêtes, les fêtes

CONNAITRE | Panorama / Où l’on parle pêle-mêle de rencontres citoyennes, de festivals, de littérature et de cinéma, de grands événements incontournables et de manifestations que l’on vous implore de ne pas contourner. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Lundi 2 janvier 2012

Après les fêtes, les fêtes

La bûche digérée, vous reprendrez bien un peu de pudding ? À l’image d’une rubrique qu’on qualifiera pudiquement d’éclectique (mais l’éclectisme, au Petit Bulletin, est une sorte de religion), voici que se profile en cette nouvelle année une avalanche de festivals en tout genre, aux programmes souvent prolifiques et que quelques lignes ne sauraient résumer. Prenez la Fête du livre de Bron, par exemple ; elle se tiendra cette année les 1er, 2, 3 et 4 mars, toujours à l’Hippodrome de Parilly, et elle a déjà inscrit à son menu une brochette d’auteurs impressionnante, faisant la part belle aux gloires saisonnières (dont «notre» Prix Goncourt, Alexis Jenni) mais aussi à des écrivains carrément hors-mode, tel l’increvable Philippe Djian, ou encore Anne Wiazemsky qui n’en finit plus de revisiter littérairement les rencontres marquantes de sa carrière : hier Bresson sur Au hasard Balthazar, aujourd’hui Godard durant le tournage de La Chinoise. Cinémas du monde De cinéma, il sera aussi beaucoup question avec le défilé des festivals «thématiques» : aux Alizés de Bron, Drôle d’endroit pour des rencontres fait le point sur le cinéma français, e

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La stratégie du choc

ECRANS | Panorama / Considérée comme une période dédiée aux films «sérieux», la rentrée cinématographique 2012 envoie un contingent de films excitants sur les écrans. Avec, déjà, quelques coups de cœur ! Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Jeudi 22 décembre 2011

La stratégie du choc

En attendant de voir le biopic signé Eastwood autour d’Egar Hoover avec Di Caprio dans le rôle du chef du FBI très réac, très parano et un peu pédé ; en attendant de jauger l’accueil réservé à la résurrection en 3D de deux blockbusters à succès (Titanic et Star Wars épisode 1, que Lucas aurait mieux fait de retourner dans son intégralité) ; et en attendant de confirmer les rumeurs flatteuses qui entourent le nouveau Spielberg Cheval de guerre, il faut d’ores et déjà louer le cinéma américain qu envoie un putain de grand film dans les dents des spectateurs dès le 18 janvier. Rien d’étonnant, direz-vous, puisqu’il est signé David Fincher… Mais on pouvait craindre qu’il ne s’embourbe dans l’adaptation du Millénium de Stieg Larsson, qui avait donné un interminable téléfilm derrickien. Grave erreur ! Non seulement Fincher réussit ici une version 2.0 palpitante de cette daube arthritique, mais le 2.0 est également son territoire de jeu. De l’opposition narrative entre le journaliste Blomqvist et la punkette Salander, le cinéaste tire un clash esthétique et théorique où les images d’hier sont bousculées par l’irruption du numérique. Deux cor

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Aux antipodes du cinéma

ECRANS | Théma / Le programme le plus appétissant d’Hallucinations collectives est sans doute celui consacré à la «Ozploitation». Ce terme cinéphilo-geek désigne un pan (...)

Christophe Chabert | Vendredi 15 avril 2011

Aux antipodes du cinéma

Théma / Le programme le plus appétissant d’Hallucinations collectives est sans doute celui consacré à la «Ozploitation». Ce terme cinéphilo-geek désigne un pan du cinéma australien connu des amateurs de séries B, même si les quatre œuvres présentées au festival ne relèvent pas toutes de ce courant. Ainsi, le grand Peter Wei a surfé sur la vague avec Les Voitures qui ont mangé Paris, mais Pique-Nique à Hanging rock prouvait que le cinéaste avait déjà des ambitions plus hautes qui le conduiront jusqu’à Hollywood. C’est en effet un film important, dont l’influence se fait notamment sentir dans le Virgin suicides de Sofia Coppola. Décrivant le quotidien de lycéennes à la fin du XIXe siècle, puis leur disparition mystérieuse au cours d’un pique-nique, Weir adopte un style onirique et éthéré, avec une photo aux relents hamiltoniens et une musique hypnotique, tirant le film vers le conte fantastique. La nature et ses forces telluriques sont au centre de Pique-nique à Hanging rock, et elles le sont aussi dans Long week-end, étonnant survival de Colin Eggleston. Un couple en pleine déréliction pense se ressoud

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Pour un cinéma coup de boule

ECRANS | Avec Hallucinations collectives, séquelle de L’Étrange festival, l’association ZoneBis vient rappeler au bon moment que le cinéma, ce n’est pas des bons sentiments, des comédies bien peignées et des émotions surgelées, mais bien des films furieux, mal élevés et peu consensuels. Christophe Chabert & François Cau

Christophe Chabert | Mercredi 13 avril 2011

Pour un cinéma coup de boule

L’idéologie de l’absence d’idéologie voudrait nous faire croire que le cinéma n’est qu’un loisir pour écervelés, une sorte de télévision en plus grand avec des films où les pubs sont écrites dans les scénarios et les réalisateurs des diplômés de HEC. Par chance, il y aura toujours des activistes pour rappeler qu’à la marge de l’industrie, il y a des cinéastes qui n’ont qu’une obsession : sortir le spectateur de sa léthargie et faire des films qui durent plus longtemps qu’un seau de pop-corn. Parmi ces activistes, l’association ZoneBis organisait au Comœdia depuis trois ans un irréprochable Étrange festival qui a choisi de se rebaptiser Hallucinations collectives (voir ci-contre). Le succès rencontré en 2010 a poussé le festival à voir (un peu) plus grand. À commencer par la création cette année d’une compétition de longs-métrages inédits en salles, dont le programme a de la gueule. Poétique des auteurs Selon la définition donnée plus haut,   Balada triste de trompeta d’Alex De la Iglesia fait figure de favori, tant cette fresque sur le Franquisme à travers la rivalité amoureuse de deux clowns est parcourue par une rage peu commune : le

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Gardiens de l’ordre

ECRANS | Nicolas Boukhrief compose un néo film noir stylisé, bancal, mais au final pas inintéressant malgré ses faiblesses. Jérôme Dittmar

Dorotée Aznar | Vendredi 2 avril 2010

Gardiens de l’ordre

Après Cortex, thriller casse gueule sur fond d’Alzheimer, Nicolas Boukhrief continue son exploration du film de genre avec Gardiens de l’ordre. On pourrait disserter sur les limites du cinéaste, ex objecteur de conscience cinéphile pour Canal et membre de la génération Kassovitz, Gans, Noé etc., mais préférons voir le bon côté des choses. Il y a chez lui, comme chez la plupart de ses compagnons et avec des degrés divers de prétention poussant certains dans le mur, une forme d’honnêteté dans sa volonté de prendre à bras le corps la série B. D’où, Gardiens de l’ordre, récit d’un tandem de flics (Cécile de France / Fred Testot) embarqué malgré eux dans une fausse bavure les obligeant à régler leurs comptes pour sauver leur peau. Partant d’un pitch simple, quasi minimaliste, à la construction linéaire, le film s’enroule autour de ce scénario pour miser sur une lente descente vers des zones où les frontières vacillent. Ivry Vice On retrouve bien sûr ici quelques réminiscences du Convoyeur et des obsessions du cinéaste : des personnages a priori banals, dans un corps de métier où la violence est q

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