Room 237

ECRANS | De Rodney Ascher (ÉU, 1h42) documentaire

Christophe Chabert | Samedi 15 juin 2013

Peu de cinéastes ont suscité autant d'exégèses que Stanley Kubrick, et Shining est — avec 2001 — son plus grand remue-méninges. Ce documentaire part ainsi à la rencontre d'une poignée de mordus ayant disséqué le film jusqu'à son moindre photogramme, traquant faux raccords et indices pour en donner des interprétations parfois attendues — le génocide indien — parfois audacieuses — la Shoah — parfois parfaitement farfelues — le type qui y voit des images subliminales partout.

Amusant au début, lassant à la longue, notamment à cause du choix d'Ascher d'illustrer ces théories par des images tirées non seulement de Shining et d'autres films de Kubrick, mais aussi d'une pléiade de classiques détournés façon La Classe américaine, Room 237 pose surtout question au cinéphile averti. Les intervenants s'appuient à de nombreuses reprises sur des scènes de la version américaine, plus longue, que Kubrick avait ensuite coupées pour le reste du monde, les jugeant «trop explicatives». En voyant le délire dans lequel certains s'enferment, on aurait tendance, une fois de plus, à lui donner raison.

Christophe Chabert


Room 237

de Rodney Ascher (ÉU, 2012, 1h42) documentaire

de Rodney Ascher (ÉU, 2012, 1h42) documentaire

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En 1980, Stanley Kubrick signe Shining, qui deviendra un classique du cinéma d'horreur. A la fois admiré et vilipendé, le film est considéré comme une oeuvre marquante du genre par de nombreux experts, tandis que d'autres estiment qu'il est le résultat du travail bâclé d'un cinéaste de légende se fourvoyant totalement. Entre ces deux extrêmes, on trouve cependant les théories du complot de fans acharnés du film, convaincus d'avoir décrypté les messages secrets de Shining. ROOM 237 mêle les faits et la fiction à travers les interviews des fans et des experts qui adhèrent à ce type de théories, et propose sa relecture du film grâce à un montage très personnel. ROOM 237 ne parle pas seulement de fans d'un film mythique – il évoque les intentions de départ du réalisateur, l'analyse et la critique du film


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Nouveauté de cette saison, Les Vendredis de l’horreur programmés par les circuits Pathé créent un rendez-vous pour frissonner en fin de semaine (en même temps, le titre est explicite). Pour commencer en beauté, après L'Exorciste en août — et aussi rendre hommage à son compositeur défunt Krzysztof Penderecki disparu en mars dernier ? —, c’est The Shining (1979) de Stanley Kubrick qui a été choisi. Comble du raffinement, cette adaptation contestée par Stephen King est diffusée dans ses deux versions en V.O. à le vendredi 18 septembre à 21h au Pathé Bellecour et en V.F. à Pathé Vaise le même jour à 20h45. Lorsque l’on sait que celle-ci a été supervisée par Michel Deville avec les voix, notamment, de Jean-Louis Trintignant, Med Hondo et Jacques François, on n’hésite pas.

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Dans la France du général de Gaulle, il ne faisait pas bon émettre des critiques sur l’institution militaire. Même si celles-ci étaient fondées, la Grande Muette trouvait au sommet de l’État une (large) oreille compatissante, n’hésitant pas à répondre à ses rêves de silence contagieux. C’est ainsi que Les Sentiers de la gloire (1958) de Stanley Kubrick fut purement et soldatesquement censuré dans l’Hexagone à sa sortie. Il avait le tort, aux yeux élyséens, de raconter comment des généraux français — bien à l’abri dans leur douillette base arrière — avaient décidé de fusiller pour l’exemple des hommes de troupe ayant refusé de monter au feu et surtout contesté un ordre stupide car les condamnant à une mort certaine face à une position allemande inexpugnable. Désobéir à la bêtise des chefs est un acte de trahison ; un crime de guerre, semble-t-il. Monument historique autant que geste politique et humaniste produit et interprété par Kirk Douglas (qui n’en était pas à son premier acte cinémato/citoyen), ce film marque la “naissance“ de Kubrick en tant que formaliste de la prof

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Marc Dailly, de la hache au pinceau

Wendy, Jack et leur fils Danny vont passer l'hiver à garder l'hôtel Overlook dans le Montana. Là, des fantômes, des réminiscences et la folie emporteront le trio jusqu'à la schize, à coups de hache du crâne de Jack à une porte de salle de bain... Vous aurez reconnu la trame du Shining de Stanley Kubrick, son premier grand film sur la famille. Un film qui a beaucoup marqué le peintre Marc Dailly qui, troquant la hache pour un plus pacifique pinceau, s'attache beaucoup à métamorphoser les scènes d'intérieur familial en tableaux inquiétants, parfois quasi surréalistes. Né à Genève en 1978, formé aux arts graphiques à l'Ecole Emile Cohl de Lyon, Marc Dailly quitte très vite les rivages sérieux de l'art pour laisser libre cours à l'huile et à son imagination : « J’ai peur de trop contrôler ma peinture, je préfère laisser libre cours à mon inconscient qui saura vraisemblablement bien mieux que moi raconter des histoires » écrit-il sur son site Internet. Sur ses toiles, les espaces prennent des courbures étranges, des nymphes dénudées traversent les cloisons, les proportions entre les figures s'affolent, l'obscurité épaisse évoque des

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Après avoir fait ressurgir le Taxi Driver de Martin Scorsese mercredi dernier, UGC Ciné-Cité Confluence, dont la programmation est assez baroque, s’offre rien moins que sept Kubrick en alternance cette semaine — avec en bonus la reprise de Room 237, documentaire peu apprécié par ici sur les exégètes cinglés de Shining. Il s’agit bien sûr du prestigieux catalogue Warner, incluant 2001, odyssée de l’espace — meilleur film de tous les temps, même si j’en vois qui braillent au fond de la classe — Lolita, Orange Mécanique, Full metal jacket, Barry Lyndon, Eyes wide shut et donc Shining. Au cas où certains n’auraient toujours pas vus ces monuments-là sur grand écran, où s’il y en a encore qui ont des reproches à leur faire — on vise particulièrement ceux qui ont des réserves sur Eyes Wide shut, qui nous émeut aux larmes à chaque vision — il n’y a même pas à barg

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Paul Thomas AndersonSes premiers films (Boogie nights et Magnolia surtout) étaient sous forte influence Scorsese, mais Paul Thomas Anderson s’est avéré le plus kubrickien des cinéastes en activité avec There will be blood dont l’ambition rappelle la maîtrise et l’audace de 2001 ou Barry Lindon. Sans parler de son héros (négatif) Daniel Plainview, dont la volonté de puissance est là encore très kubrickienne. Nicolas Winding RefnAvec Bronson puis Valahalla rising (et en attendant Drive à Cannes cette année), Winding Refn a montré l’influence de Kubrick sur son cinéma. Bronson cite volontiers Orange mécanique, tandis que Valhalla rising s’aventure vers le cinéma-trip style 2001. Reste à savoir si cela relève de l’exercice de style ou d’une réelle ambition artistique… Christopher NolanSi son cinéma est loin d’avoir la maturité philosophique de celui de Kubrick et si son penchant pour la culture geek est aux antipodes des références picturales du réalisateur de 2001, impossible de nier qu’à l’heure actuelle Nolan est un des rares à conduire, comme Kubrcik, un projet cinématograp

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Christophe Chabert | Vendredi 29 avril 2011

Kubrick, un œil sur le monde

Douze ans après sa disparition, Stanley Kubrick est à nouveau au centre de la cinéphilie française. La restauration numérique d’une partie de son œuvre, une activité éditoriale conséquente — dont le beau livre paru chez Taschen autour de Napoléon, grand projet dont Kubrick voulait faire le point d’orgue de son œuvre et qu’il ne tournera pas, faute de feu vert financier de la part des studios — et une exposition couronnée d’un succès sans précédent à la Cinémathèque française… Kubrick est partout, au risque d’une certaine muséification de son œuvre, pourtant toujours incroyablement vivante, sinon d’une forme de nostalgie pour un cinéaste «démiurge» qui imposait ses vues en dehors de toute logique commerciale et rêvait que le cinéma soit un art total, synthétisant et dépassant tous les autres. L’attente fébrile de chacune de ses œuvres à partir de Barry Lindon et les déceptions relatives qu’elles ont entraînées à leur sortie prouvent que le culte autour de Kubrick était, avant sa mort, paradoxal, comme si on lui demandait de porter sur ses seules épaules l’avenir de tout un art. Mission impossible que le maître finira par saborder ; son dernier film, Eyes wide shut,  est

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Shining éclairé

ECRANS | En ouverture de la rétrospective Kubrick à l’Institut Lumière, un événement inratable : la version longue de "Shining", inédite en France sur grand écran, avec une demi-heure supplémentaire où l’on trouve de nouvelles clés pour appréhender ce monument. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 1 avril 2011

Shining éclairé

Ce fut longtemps un secret que même les cinéphiles ignoraient : il y avait deux versions de "Shining". Celle que l’on a vue en Europe, d’une durée de 115 minutes ; et celle qui a toujours été exploitée aux États-Unis, plus longue de trente minutes. Plusieurs explications ont été données quant à cette différence : Kubrick, déçu par les premiers résultats du film, aurait choisi d’en couper une demi-heure pour le reste du monde, espérant sauver sa carrière commerciale. Plus noble, il aurait affirmé que les Européens n’avaient pas besoin qu’on leur tienne la main et aurait supprimé tout ce qui explicitait trop ouvertement le passé des personnages. Cinéma vs télévision La comparaison entre les deux versions ne permet pas de trancher le débat, tant les coupes peuvent se justifier tantôt par un souci d’efficacité, tantôt par une volonté d’opacifier le récit. Ainsi de la séquence où un médecin interroge Wendy (Shelley Duvall) pour comprendre les raisons du malaise de son fils Danny. On n’y apprend rien qu’on ne devinait déjà dans la version courte,

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Chambres avec télévision

ECRANS | Projection unique à l'Institut Lumière ce samedi du chef-d’œuvre de Stanley Kubrick, Shining, où le cinéaste transforme le roman de Stephen King en grand zapping halluciné. CC

Christophe Chabert | Mercredi 1 octobre 2008

Chambres avec télévision

Quand Kubrick décide d’adapter The Shining, Stephen King est une valeur en hausse chez les cinéastes américains. Depuis que De Palma a brillamment transposé son premier roman (Carrie), on fait la queue pour se livrer à l’exercice du film d’horreur tiré d’un best seller du maître. Hooper, Romero, Cronenberg, Carpenter s’y colleront pour des films qui ne sont pas forcément leurs meilleurs. C’est aussi ce qu’on a dit de Shining dans la carrière de Stanley Kubrick, en partie à cause du mépris dans lequel on a longtemps tenu le cinéma d’horreur ou, moins grossier, pour son côté exercice de style. Les saillies de King envers le film, affirmant qu’il s’agissait de la pire adaptation jamais faite d’un de ses bouquins, n’a pas arrangé les choses. Au fil du temps, les images créées par Kubrick dans Shining sont devenues mythiques (l’ascenseur déversant des flots de sang, l’enfant roulant dans les couloirs sur son vélo à roulettes, Nicholson grimaçant dans le labyrinthe végétal enneigé…) contribuant à sa réputation de «film le plus terrifiant de l’histoire du cinéma». Horreur à la chaîneDe fait, le film est une splendeur visuelle, d’une maîtrise qui arrive encore à étonner même de

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