Gloria

ECRANS | De Sebastián Lelio (Chili, 1h50) avec Paulina García, Sergio Hernandez…

Christophe Chabert | Mardi 18 février 2014

À 58 ans, Gloria ne se résigne pas à une vie tranquille de senior bientôt à la retraite. Divorcée, elle passe ses soirées à danser dans les bars, boit beaucoup et finit ses nuits avec des hommes qui, au réveil, la renvoient un peu plus à sa solitude. Quand elle rencontre Rodolfo, vieux beau qui semble lui accorder enfin l'attention qu'elle recherche, elle pense sortir de ce cycle et vivre une nouvelle histoire d'amour. Sauf que le comportement de Rodolfo est du genre imprévisible, capable de disparaître sans raison en plein dîner ou lors d'un week-end romantique…

Ce premier film de Sebastián Lelio, produit par Pablo Laraín, est tout entier construit autour de son héroïne et de la comédienne, extraordinaire, qui l'incarne, Paulina García. Comme Cassavetes avec Gena Rowlands dans Une femme sous influence, le cinéaste la laisse habiter toutes les séquences d'une énergie tour à tour débordante et éteinte, captant ainsi un flux vital qui crée la dramaturgie bien plus encore que le scénario ou la mise en scène, pas toujours à la hauteur de cette prestation éclatante. García, en retour, s'abandonne complètement aux situations, refusant toute fausse pudeur ou toute tentation narcissique. Elle est Gloria, le personnage autant que le film lui-même, et c'est pour elle qu'il mérite d'être vu.

Christophe Chabert


Gloria Gloria

Gloria

De Sebastián Lelio (Chili, 1h50) avec Paulina García, Sergio Hernandez...

De Sebastián Lelio (Chili, 1h50) avec Paulina García, Sergio Hernandez...

voir la fiche du film


Santiago, Chili. À 58 ans, Gloria, divorcée de longue date, est bien décidée à défier la solitude. Libre d’esprit elle passe sa vie de fêtes de célibataires en fêtes de célibataires, à la recherche de la satisfaction d’un soir qui amène souvent son lot de déception et de vide...

voir la fiche du film

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Robert Guédiguian montre un monde immonde : "Gloria Mundi"

Le Film de la Semaine | Portrait d’une famille de la classe moyenne soumise au déclassement moyen dans la France contemporaine, où certains n’hésitent pas à se faire charognards pour ramasser les miettes du festin. Un drame noir et lucide. Coupe Volpi à Venise pour Ariane Ascaride.

Vincent Raymond | Mardi 26 novembre 2019

Robert Guédiguian montre un monde immonde :

Autour de Mathilda, qui vient d’accoucher d’une petite Gloria, le cercle de famille s’agrandit mais ne se réjouit pas trop : les jeunes parents peinent à joindre les deux bouts, le père de Mathilda (qu’elle connaît à peine) sort de prison ; quant à sa mère et son nouvel homme, ils ne roulent pas sur l’or. Seuls sa sœur et son compagnon s’en sortent grâce à une boutique de charognards… Est-ce ainsi que les Hommes vivent ? Citer Aragon, l’aède communiste par excellence, a quelque chose d’ironique accentuant la désespérance profonde dont ce film est imprégné. Gloria Mundi s’ouvre certes par une naissance, mais ne se reçoit-il pas comme un faire-part de décès dans l’ambiance mortifère d’un deuil, celui des illusions collectives et de la foi en l’avenir ? Triste est l’époque que Robert Guédiguian nous montre en miroir, où sa génération — celle des actifs usés, sur le point de partir en retraite, incarnés par l’épatant trio Meylan/Ascaride/Darroussin — ne peut plus transmettre le flambeau de la lutte ni des solidarités généreuses à sa progéniture. Cette dernière, hypnotisée par les chimère

Continuer à lire

Robert Guédiguian : « les idées des dominants sont clairement devenues dominantes »

Gloria Mundi | Une famille déchirée par l’argent, fléau social gangrenant âmes, cœurs et corps… Dans Gloria Mundi, Robert Guédiguian tend un miroir sans complaisance à sa génération, épuisée d’avoir combattu et à la suivante, aveuglée par les mirages. Mais ne s’avoue pas vaincu. Entretien exclusif.

Vincent Raymond | Mardi 26 novembre 2019

Robert Guédiguian : « les idées des dominants sont clairement devenues dominantes »

Dans la mesure où vous travaillez en troupe, mais aussi où un lien très privilégié vous unit à Ariane Ascaride, comment avez vous reçu la Coupe Volpi qui lui a été remise à la Mostra de Venise ? Robert Guediguian : Je crois que tous les gens qui travaillent ensemble depuis toujours, dont moi, ont pris ce prix pour eux, disons-le. Et l’on trouve juste et justifié ce rapport qui a été fait entre Ariane (qui est d’origine italienne), ses rôles dans le cinéma que je fais et les grandes références comme Anna Magnani. Un prix à Venise oblige à penser à tout le cinéma italien des années 1970 qu’on aime beaucoup et qui nous a grandement frappés : dans notre adolescence, c’était le plus fort du monde. On a plus de références avec le cinéma italien qu’avec le cinéma français ou américain. C’est un peu une transmission, un passage de témoin magnifique. Gloria Mundi est un film sur les valeurs. Mais ce mot à des acceptions différentes selon les générations : pour les aînés, il s’agit de valeurs humaines alors que les enfants les considèrent sur le plan économique… Je crois, oui. C’est ce qu’on appelle le consumérisme : les

Continuer à lire

Javier Fesser : « dire que l’on est tous égaux, c’est une manière de juger »

Champions | Sergio Olmo, Gloria Ramos et Jesús Lago — trois des comédiens du film Champions — ont accompagné leur réalisateur Javier Fesser pour l’avant-première parisienne et répondu sportivement à nos questions.

Vincent Raymond | Mardi 5 juin 2018

Javier Fesser : « dire que l’on est tous égaux, c’est une manière de juger »

Champions est votre première expérience à l’écran. Mais aviez-vous une pratique de comédien préalable, ainsi qu’une pratique sportive ? Sergio Olmo : J’avais une expérience pas du basket, mais du football en salle. Avec mon équipe, on a été vice-champions d’Espagne de football en salle, entre 2011 et 2012. Et depuis, je pratique toujours. Au niveau du cinéma, c’était ma première fois dans ce milieu. Je n’avais jamais fait de cinéma ni de théâtre auparavant. Gloria Ramos : Toute petite, je voulais être comédienne, mais c’était là ma première expérience de cinéma. Après le film, je me suis mise au théâtre. En sport, j’ai pratique le judo depuis toute petite et j’ai aussi fait du cheval, mais j’ai vite arrêté car j’ai eu peur. Actuellement, je fais de la danse. Jesús Lago : Je suis acteur professionnel au théâtre depuis cinq ans : je joue actuellement une œuvre qui s’appelle Cascaras Vacias (coquilles vides), de Magda Labarga et Laila Ripoll ; c’est une coproduction du Centre dramatique national d’Espagne,

Continuer à lire

Sac en car : "La Fiancée du désert"

ECRANS | de Cecilia Atán & Valeria Pivato (Arg-Chil, 1h18) avec Paulina García, Claudio Rissi…

Vincent Raymond | Mardi 12 décembre 2017

Sac en car :

Entre deux âges, Teresa a été remerciée par la famille qui l’employait depuis trente ans. Quittant Buenos-Aires pour le Sud, elle oublie son sac dans la camionnette d’un forain, Gringo, lequel a égaré le précieux bagage. Gringo embarque Teresa pour partir à sa recherche… Histoire simple et délicate, ce road movie argentin compense une issue sentimentale des plus prévisibles par une interprétation tout en légèreté — il en faut pour jouer deux quinquagénaires dévorés de timidité, et conscients d’être à la lisière de leur dernière chance — ainsi que par sa construction “en lasagne” : le présent est en effet régulièrement interrompu par des résurgences du passé. Ces flash-back ne sont pas suscités directement par Teresa, mais distillés au fur et à mesure de la progression de son indépendance, puis de son rapprochement de Gringo. Ils finissent par coudre le patchwork de son contexte personnel, sans qu’elle ait besoin de le raconter ou de mentir. On peut parler d’élégance.

Continuer à lire

Wine & Noise au Périscope : à consommer sans modération

Festival | Deux jours pour déguster : par le gosier, des vins raffinés et via les esgourdes, pas mal de noise millésimé, entrecoupé de pop aux arômes d'été. C'est le festival Live at Saint Paul, vinifié par Wine & Noise.

Sébastien Broquet | Mardi 27 juin 2017

Wine & Noise au Périscope : à consommer sans modération

Wine & Noise. Plus qu'un slogan : une véritable éthique de vie, où « le vin s'accorde avec l'oreille » ; à condition qu'elle soit plutôt avertie, l'oreille... Sur le blog du même nom, s'enchaînent les manifestes associant un vin (Emmanuel Barou, Clusel Roch...) avec les références noise (Swans, Hint, Kill the Thrill...) pour créer des accords parfaits à répéter chez soi. Fort. Ou à l'extérieur : ce sont aussi des concerts-dégustations, où tout est goûté in vivo. Et voici venir ce week-end le festival, Live at Saint Paul. D'un côté, un mini salon des vins au Lobster : plutôt bio, tendance nature. On goûtera les jus de Julie Le Breton et Christophe Vial, issus de la vallée du Rhône, les Saint-Joseph de Jean Delobre, le micro Domaine Agarrus venu d'Uzès, et bien sûr du beaujolais puisqu'ici on défend ardemment le gamay du nord de Lyon, avec un Crêt de la Bine qui nous est encore inconnu mais vendu plein de promesses. Tout ça, bien sûr, est encadré solidement par des guitares laissant peu de place à la divagation : deux soirées de co

Continuer à lire

"Demain tout commence" : préparez vos mouchoirs

ECRANS | de Hugo Gélin (Fr, 1h58) avec Omar Sy, Clémence Poésy, Gloria Colston…

Vincent Raymond | Mardi 6 décembre 2016

Ah ah ! Si l’affiche sur fond blanc, avec un Omar Sy rigolard laisse croire à une comédie, ne vous y trompez pas : Demain tout commence est signé par un amateur de mélo en la personne d’Hugo Gélin, déjà responsable de Comme des frères — aurait-il des accointances avec un fabricant de mouchoirs en papier ? Il convoque ici l’acteur préféré des Français pour un rôle de papa célibataire susceptible de perdre doublement sa fille Gloria : parce que sa mère démissionnaire décide brutalement d’en récupérer la garde, et parce que la gamine est atteinte d’une sale maladie… Parfait mash-up de la chanson de Balavoine Mon fils ma bataille et du tire-larmes L’Arbre de Noël de Terence Young (1969), ce piège à sentiments se referme impitoyablement sur le spectateur un peu trop sensible, conditionné par l’ambiance de fin d’année et le cocon d’amour irréel tissé autour de la petite Gloria, über choyée par ses deux papas — sans pourtant virer gamine pourrie-gâtée. Louchant vers le cinéma anglo-saxon jusqu’au strabisme, ce film un peu trop produit pour être sincère n’arrive pas à trouver la spontanéité ni la l

Continuer à lire

"Tout va bien" : délit de cuite

ECRANS | de Alejandro Fernández Almendras (Chil, 1h35) avec Agustín Silva, Paulina García, Alejandro Goic…

Vincent Raymond | Mardi 20 septembre 2016

La jeunesse dorée chilienne contemporaine, oisive et insouciante : son entre-soi, ses soirées où l’alcool coule à flots… Une voiture chargée de ces fêtards éméchés renverse un piéton et aussitôt le groupe décide de faire porter le chapeau à un nouveau-venu, Vicente — un “modeste” fils d’avocat d’affaires face au conducteur, fils de sénateur. Le fusible idéal, en somme… D’un fait divers choquant (si peu surprenant, hélas) survenu en 2003, Alejandro Fernández Almendras a tiré un film épidermique — tourné paraît-il en neuf jours, sans que l’urgence ne soit perceptible et n’en vienne chahuter l’esthétique globale. Rendant compte du désœuvrement abyssal d’une génération, de son manque d’affect et d’empathie (Vicente poursuit, imperturbable, son existence dilettante pendant que se joue son destin et surtout pendant qu’une famille dont il se moque totalement est en deuil), Tout va bien témoigne du cynisme insondable de leurs aînés. Ces oligarques ne valent pas mieux que les barons du régime Pinochet qu’ils ont remplacés : ils infléchissent à leur convenance les règles et la vérité officielle — voir la stupéfiante séquence d

Continuer à lire

Le Crépuscule des idoles

ECRANS | Pendant que la caméra remonte les rues de Los Angeles direction Sunset Boulevard et une de ces grandes villas où vivent les stars du cinéma, le narrateur (...)

Christophe Chabert | Mardi 11 mars 2014

Le Crépuscule des idoles

Pendant que la caméra remonte les rues de Los Angeles direction Sunset Boulevard et une de ces grandes villas où vivent les stars du cinéma, le narrateur du film se présente en voix-off : Joe Gillis (William Holden), scénariste à la rue dans une ville où l’on en croise dix à chaque carrefour. Surprise : on finit par le découvrir à l’image flottant sur le ventre dans une piscine comme un poisson crevé. Quoi ? Un mort qui parle ? C’est le premier tour de force de Boulevard du crépuscule — proposé en mars dans le cadre de la Ciné-Collection du GRAC : sa narration d’outre-tombe, comme si Gillis se remémorait le film de sa vie en accéléré, et plus précisément le moment fatal où il a atterri chez Norma Desmond, diva du muet sacrifiée sur l’autel du parlant, attendant désespérément de faire son comeback — ce qui est peu ou prou la réalité de son interprète, Gloria Swanson. Elle aussi est un fantôme, sa disparition des écrans s’apparentant à une forme de mort civile. On en croisera d’autres au cours du film, comme Buster Keaton dans son propre rôle ou Erich Von Stroheim dans celui d’un majordome impavide gardant les secrets de la star mais aussi, métaphoriqueme

Continuer à lire

Festival des Arcs : partie 2

ECRANS | 12 years a slave de Steve MacQueen. Au nom du fils de Vincent Lanoo. D’une vie à l’autre de Georg Maas. Gloria de Sebastian Lelio.

Christophe Chabert | Lundi 23 décembre 2013

Festival des Arcs : partie 2

Sans surprise, tant le film avait le profil parfait du rouleau compresseur festivalier, c’est Ida de Pawel Pawlikowski — dont on parlait ici — qui a remporté la Flèche de cristal (autrement dit le Grand Prix) du festival du cinéma européen des Arcs. Le jury lui a par ailleurs attribué un prix d’interprétation féminine plutôt généreux, puisque c’est avant tout la cinégénie de sa comédienne principale qui sidère, plutôt que son interprétation au sens strict, soumise au minutage maniaque de Pawlikowski. Pendant ce temps-là, on continuait à défricher le programme des journées DIRE, avec ce qui était, après le Lars von Trier, le film le plus excitant et attendu de tous : 12 years a slave, troisième long de Steve MacQueen après les chocs Hunger et Shame. Le film est inspiré de la véritable histoire de Solomon Nothrup, homme noir né libre dans les États-Unis sécessionnistes, qui va être drog

Continuer à lire

Gloria in Carlos

MUSIQUES | L’Ensemble Relecture et Création et son chef Carlos Molina n’ont qu’une obsession : faire sonner des œuvres anciennes, baroques ou classiques comme si (...)

Pascale Clavel | Vendredi 16 novembre 2012

Gloria in Carlos

L’Ensemble Relecture et Création et son chef Carlos Molina n’ont qu’une obsession : faire sonner des œuvres anciennes, baroques ou classiques comme si elles avaient été écrites hier matin. Il ne s’agit pas là d’une de ces transpositions insipides et mièvres qui n’apportent rien à l’œuvre originale. Il est question d’un travail de dépoussiérage, de réappropriation, de mise en lumière, de mise à l’écoute qui révèlent l’œuvre initiale comme si elle nous était contemporaine. L’instrumentarium choisi étonne au début, déconcerte parce que la pâte sonore a l’air de sortir de nulle part : l'accordéon mêlé au vibraphone donne des accents très contemporains tandis que le dialogue du quatuor à cordes et du clavecin fait un clin d’œil appuyé à l’époque baroque, les cuivres et les bois surprennent à leur tour par une écriture rythmique que seul Carlos Molina est capable d’imaginer... Tout ce petit monde en marche pour faire redécouvrir des œuvres puissamment inscrites dans l’inconscient collectif, comme ici, rien moins que le très célèbre Gloria de Vivaldi. Une œuvre brillante, r

Continuer à lire

Cassavetes, fondu au noir

ECRANS | Film du mois dans la Ciné-collection du GRAC, "Gloria" défie les idées reçues sur le cinéma de John Cassavetes, puisque le cinéaste s’y plie à la loi du genre. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 14 février 2011

Cassavetes, fondu au noir

En 1980, quand "Gloria" remporte le Lion d’or à la Mostra de Venise, John Cassavetes est déjà au crépuscule de sa carrière. Curieuse reconnaissance : "Gloria" est d’évidence un film de commande. On sent le cadeau fait à son épouse Gena Rowlands, qui trouve ici un superbe rôle de femme forte, tenant tête aux hommes les plus durs tout en révélant un complexe instinct maternel. Mais on voit tout autant la manière dont Cassavetes investit un genre, le film criminel, et essaye de ne pas trop s’éloigner de ce cadre rigoureux. Il suffit de comparer "Gloria" à "Meurtre d’un bookmaker chinois", dont l’argument aussi relevait du film noir, pour sentir que le cinéaste a bridé sa manière si particulière de mettre en scène. Ou presque… La tueuse à l’enfant L’argument du film est assez improbable : un comptable de la mafia décide de balancer ses clients au FBI. Les truands se rendent donc à son appartement pour le dézinguer avec toute sa famille. Il a juste le temps de confier son plus jeune enfant, Phil, tête à claque de un mètre dix, à sa voisine Gloria qui, énorme hasard, est elle-même une tueuse repentie. Elle s’enfuit avec le garçon, p

Continuer à lire