Poétique des espaces

ARTS | Pour son exposition monographique à l’Institut d’Art Contemporain, Guillaume Leblon s’empare des lieux comme d'un véritable matériau à remodeler et réinventer, révélant au visiteur son univers mouvant et poétique. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 10 juin 2014

Dans un petit journal accompagnant son exposition, Guillaume Leblon a rassemblé quelques-unes des nombreuses images qu'il collecte ici et là : une boule de papier qui roule au sol, un grand huit à demi submergé par la brume, des sculptures anciennes, des fragments de drapés… Certains motifs se retrouveront dans ses œuvres mais, surtout, ce journal révèle l'intérêt de l'artiste pour la peinture, l'image, la surface, ainsi que pour l'imagerie anonyme et triviale (coupures de presse, croquis, photos amateurs…). Emprunté à un poème de Sebald, le titre de son exposition, A dos de cheval avec le peintre, souligne encore ce lien avec le passé.

Il propose aussi au visiteur une balade, une promenade visuelle donnant de nouvelles perspectives sur l'espace et les objets, une traversée d'un paysage singulier selon différents rythmes…  Guillaume Leblon s'est en effet emparé des onze salles de l'IAC comme d'une matière première qu'il a reconfigurée, remodelée, redécoupée. Inventant de nouvelles circulations, bousculant l'architecture des lieux, traversant même parfois les murs, comme avec ses grandes ailes de moulin ou son volumineux cube d'argile frais. Cette dernière œuvre nommée National Monument est d'ailleurs emblématique de l'oeuvre de l'artiste : une imbrication du travail de la main, de la redéfinition des espaces et des proportions, l'ouverture de possibles.

Plasticité

De salle en salle, on change souvent d'univers plastique : d'enveloppes de plâtres représentant un chien et un cheval fantomatiques à des espaces plus maritimes avec sculpture d'une femme en matière sablonneuse, empreintes de crustacés, passerelle donnant sur une sorte de plage et, un peu absurde et poignante, une échelle de baignade accrochée à une cimaise. Comme l'indique le guide de l'exposition, l'espace ici «vit et se transforme, il suinte, il respire, il se sédimente ; ce qui est à voir n'est pas toujours ce que l'on voit, dans le sens où il s'agit pour l'artiste de mettre en mouvement le travail et le regard». Cette malléabilité et cette instabilité des formes et de l'accrochage sont à l'IAC particulièrement réussies, l'artiste proposant avec subtilité et beaucoup de poésie un vaste champ imaginaire qui traverse les époques, les éléments, les frontières entre les genres.

Guillaume Leblon
A l'Institut d'Art Contemporain de Villeurbanne, jusqu'au dimanche 24 août


Guillaume Leblon

"À dos de cheval avec le peintre"
Institut d'Art Contemporain 11 rue Docteur Dolard Villeurbanne
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A l'ombre des tableaux : les expos de l'été

ARTS | Dans les musées comme dans les galeries, l'amateur d'art contemporain aura la chance de pouvoir découvrir cet été à Lyon un grand nombre d'expositions de haute tenue. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 15 juillet 2014

A l'ombre des tableaux : les expos de l'été

Depuis le début de sa longue carrière, le photographe Georges Rousse réalise d'étonnants trompe-l’œil en investissant des lieux déshérités, les transformant, les repeignant, en redéfinissant leur structure pour composer ses images. Celles-ci entremêlent abstraction et architecture, poésie et réalité concrète. L'exposition qui lui est consacrée au Plateau (jusqu'au 26 juillet) rassemble une quarantaine d'images à travers un bel accrochage retraçant les grandes lignes de son œuvre.   Le plus jeune plasticien Guillaume Leblon s'empare lui des espaces de l'Institut d'Art Contemporain (jusqu'au 24 août) pour inviter le visiteur à «une promenade visuelle» donnant de nouvelles perspectives sur l'architecture et les objets. Les premières salles sont les plus réussies, avec un immense cube d'argile frais ouvert à toutes les figures possibles, des fantômes d'anima

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Sur la route des expos

ARTS | Qu'ils voyagent dans des espaces fictifs ou réels, les (bons) artistes opèrent toujours chez nous un déplacement du regard. Petite sélection, non exhaustive, des expositions attendues en ce début d'année 2014. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 2 janvier 2014

Sur la route des expos

Après avoir accueilli une partie de la Biennale, le Musée d'art contemporain semble vouloir décompresser avec la curieuse et vrombissante exposition Motopoétique (du 21 février au 20 avril). Soit 200 œuvres signées par 38 artistes (BP, Alain Bublex, Ange Leccia, Xavier Veilhan...) et réunies par le critique d'art Paul Ardenne (auteur notamment du très intéressant Art, l'âge contemporain), toutes en rapport avec... la moto ! Les non bikers auront quelques doutes sur l'intérêt de ladite thématique, mais Paul Ardenne nous assure percevoir et ressentir la moto comme «un outil essentiel mis au service d'un sensualisme total». «La moto condense tout à la fois le mécanique, le viscéral, l'animal, le brut» et le critique fonceur n'hésite pas à y voir jusqu'à un «objet transitionnel» en citant le psychanalyste Winnicott ! A moto, en auto ou en bus, le photographe Bernard Plossu a depuis longtemps fait de l'errance une ligne à la fois éthique et esthétique. Après ses voyages au Mexique ou aux Etats-Unis, il présentera au Réverbère (du 18 janvier au 12 avril) des photographies glanées au Portugal et en G

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