Peinture Fraîche, toujours plus technologique

Street Art | La troisième mouture du festival Peinture Fraîche marque à la fois une transition et un retour de la vie culturelle. Un festival qui s’inscrit dans l’air du temps : zoom sur les innovations amenées par le directeur artistique, Cart'1.

Alpha Saliou Diallo | Mercredi 6 octobre 2021

Photo : © Jeanne Claudel


Sous la direction artistique de Cart'1, ce festival est une prise de température du street art aujourd'hui et à l'international. Une cinquantaine d'artistes sont réunis durant un mois dans un spot, la Halle Debourg, confirmant l'implantation de Lyon sur la carte mondiale de la discipline.

Peinture Fraîche 2 était une introduction aux nouvelles technologies dans le street art. L'édition 3 lui consacre une place centrale avec l'essentiel des œuvres en réalité augmentée via l'application dédiée et la caméra de nos smartphones. « J'aime bien rappeler que le spray de peinture est une évolution technologique, que son premier but était de colorier du mobilier avant de faire des fresques, puis les artistes s'en sont emparés » explique Cart'1.

Une complémentarité rétine-téléphone : là où l'écran marque habituellement une distance entre virtuel et instant présent, il devient dans cette édition la clé ouvrant les portes d'une seconde programmation. Parmi les acteurs de cette orientation technologique, on peut citer l'Espagnol Angel Toren et sa démarche entre travail artistique et numérique, recherche visuelle et logicielle. « On aurait pu faire un événement 100% graffiti ou street art mais depuis le début des années 2000, je m'intéresse aux technologies et à ce qu'elles peuvent apporter à l'art urbain » nous confie Cart'1 en mentionnant le projet Light Spray avec Matthieu Tercieux, où le street art se mêle au jeu vidéo. Une exportation de l'activité vidéo-ludique dans l'espace public, qui a fait l'objet d'une réflexion profonde sur le champ des possibles qu'ouvre cette évolution de la discipline. « L'idée c'est de questionner l'art urbain et ses limites » poursuit le directeur artistique.

La pop culture s'étale sur murs et écrans

Un questionnement qui se manifeste par la nature même des œuvres mises en avant. À la fois interactives et immersives, elles sortent des cadres et des formats. Via son contenu, les murs de libre expression, l'exposition appelle à abolir la frontière entre créateurs et spectateurs. La pop culture, intériorisée, qui interpelle et se réinterprète, s'étale sur les murs et les écrans. Une connotation ludique que l'on peut retrouver, entre autres, à travers le travail de Lenz, qui transforme les murs en coffres à jouets et les briques de pierre en briques de Lego®. Un refus de l'immobilisme incarné par le Danois Dais, qui donne vie aux quatre lettres de son nom, dans divers styles graphiques et techniques d'animations.

« Le premier article sur le graff remonte à 1971 dans le New York Times. Il était temps qu'après un demi-siècle on n'appelle plus ça une mode mais une culture… » lâche Cart'1. Tout comme son cousin le rap et en tant que partie intégrante de la culture hip-hop, le graffiti rime avec subversion, réappropriation et revendication. « Les artistes détournent des techniques et inventent des technologies et c'est aussi ce que l'on voulait montrer. »

Le questionnement apporté par Peinture Fraîche, c'est aussi celui des problématiques de notre époque. Le concept de beauté féminine que Floé, artiste basée à La Réunion, extirpe des injonctions et des conformismes. Le rapport de l'humain à la nature, traité par le Belge Ceepil avec ses illusions d'optique et ses amalgames visuels du règne animal, ou le Vénézuelien Koz Dos, qui donne sa vision de l'implantation de l'humain dans notre écosystème. « Le roôe de directeur artistique c'est celui d'un gamin, où tu invites des gens qui te passionnent et que tu as envie de voir travailler. »

Quelques exemples parmi une cinquantaine de visions, retranscrites en pixels, en lumens et en octets, à destination des confins de notre perception, depuis les quatre murs de la Halle Debourg. Cart'1 continue : « j'ai 47 ans. J'ai grandi avec cette culture. Je fais partie d'une génération qui a un métier, certains sont devenus dirigeants d'entreprises, tous sont issus de ce mouvement à la base. On est à des âges où on transmet ça à nos enfants, avec l'envie de partager notre passion et ce qui nous a construit. »

Peinture Fraîche se place à la croisée des visions et des modes de consommation de l'art. Un mois où chacun et chacune est invitée à se réapproprier une déferlante d'images, de formes et de mouvements à travers son prisme et sa lecture.

Peinture Fraîche #3
À la Halle Debourg jusqu'au dimanche 31 octobre

Peinture Fraîche est un événement coorganisé par Le Petit Bulletin


Peinture Fraîche Festival #3

Après une édition 2020 sous le signe de l’innovation, l’édition 2021 se présente comme un condensé de ce qui se fait de plus audacieux et créatif en matière de street art aujourd’hui. Peinture Fraîche élabore un festival avec la conviction qu’il doit présenter un instantané ambitieux de la scène street art qui rassemble différents courants. Des esthétiques plurielles qui vont du graffiti au post graffiti, de l’artivisme à l’onirisme, de l'hyper réalisme à l’abstraction.
Halle Debourg 45 avenue Debourg Lyon 7e
Jusqu'au 31 octobre 2021, mer, jeu et dim, de 10h à 20h, ven et sam de 10h à 23h


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Peinture Fraîche, un succès

Street Art | Après dix jours intenses, la première édition du festival Peinture Fraîche s'est achevé ce dimanche. Bilan.

La rédaction | Mardi 14 mai 2019

Peinture Fraîche, un succès

La Halle Debourg a fermé ses portes, ce dimanche soir. Après avoir reçu la visite de 37 615 festivaliers, venus admirer les œuvres peintes par 68 artistes au cours de ces dix jours de Peinture Fraîche. Une première édition pour ce festival de street art concocté en joint-venture entre l'association Troi3 et Le Petit Bulletin, placée sous l'égide du directeur artistique Cart'1, qui s'achève sur un succès au vu de l'affluence. C'est un public transgénérationnel et conquis qui s'est déplacé en nombre, dont 500 ont bénéficié d'une visite avec l'un des quatre médiateurs formés (27 retraités, 50 étudiants en architecture, l'association Singa ou encore près de 300 scolaires). Du mur d'expression libre, où 3000 sprays ont été vendus, squatté en permanence par les artistes en herbe comme par leurs parents, aux divers ateliers (la sérigraphie, Lor-K, la réalité virtuelle, etc.), l'affluence ne s'est jamais démentie, occasionnan

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