Ce n'est que Justice

Benjamin Mialot | Vendredi 11 mai 2012

Parfois, chers lecteurs, nous vous envions. Pas parce que vous êtes élégants, distingués, séduisants et cultivés évidemment. Mais nous vous envions aussi parce que vous avez la chance de ne jamais être soumis à ces dilemmes aux faux airs d'évidences dont l'exercice du quatrième pouvoir est fécond. Exemple : fallait-il souligner ainsi le concert de Justice, sachant qu'il affiche complet et que le deuxième album du duo francilien, Audio, Video, Disco, est une douloureuse boursouflure Hard FM ? Oui, avons-nous tranché au terme d'un débat d'une virulence quasi-présidentielle, estimant que cette date constituait, à au moins deux égards, un véritable événement. D'abord parce que , premier album dudit duo, est toujours cinq ans après le buzz interstellaire qui a accompagné sa mise en rayons (la French Touch 2.0, le clip controversé de Stress), un monument de disco futuriste comme Daft Punk ne savait à l'époque déjà plus en produire. Et surtout parce que ce n'est pas si souvent que l'on peut prendre un bain de loops et de stroboscopes sous les ors, enfin, sous les aciers de la Halle Tony Garnier. Qui a été témoin de la prestation de Birdy Nam Nam en novembre dernier, digne d'une free party des années 90, ne peut que le regretter. Nul doute en tout cas que celle de Justice, dont le souci du détail scénique, de son decorum heavy metal à base d'ampli Marshall lumineux à sa saine habitude de réarranger «à la main» ses compression conquérantes, n'est plus à démontrer, enfoncera le clou.

Benjamin Mialot 

Justice
À la Halle Tony Garnier, vendredi 25 mai

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Veillée fatale : "The Vigil" de Keith Thomas

Horreur | Yakov, qui a rompu avec sa communauté juive orthodoxe, vit dans la précarité. Pour payer son loyer, il accepte contre rétribution d’effectuer la veillée funèbre de M. Litvak un coreligionnaire. Sans savoir que le défunt est possédé par un démon en quête d’un nouveau corps hôte…

Vincent Raymond | Mercredi 29 juillet 2020

Veillée fatale :

Distributeur du film outre-Atlantique, Blumhouse Productions poursuit son intéressant cheminement dans le cinéma de genre, investissant sans crainte des créneaux en déshérence ou ignorés. The Vigil constitue une incursion dans le registre cultuel autant qu’une percée : à de notables exceptions telles que Le Golem ou Pi, la religion juive n’est habituellement pas convoquée pour les films fantastiques ou d’épouvante — on lui préfère le catholicisme et ses possessions/exorcismes, pour le coup cinématographiquement très ritualisés. Pour son premier long-métrage, Keith Thomas réussit deux choses assez ardues. D’abord, créer une terreur a minima, froide, par la suggestion. Ensuite, asseoir son intrigue horrifique sur un substrat historico-philosophique offrant une authentique matière à réflexion. Le passé en tant qu’obsession est ici métaphoriquement représenté par un démon (le “mazik“) qu’il faut éliminer par le feu, sans quoi c’est lui qui détruit celui qu’il possède. Le propos est plutôt iconoclaste

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La firme des animaux : "The Hunt"

Thriller | Un groupe de nantis issus d’une même société kidnappe des citoyens apparemment ordinaires pour en faire les cibles d’un safari géant. Mais l’une des proies leur échappe. Un scénario d’anticipation cauchemardesque, une cinglante critique contemporaine. Orwellien et captivant.

Vincent Raymond | Mercredi 24 juin 2020

La firme des animaux :

Longtemps sur la ligne du rasoir — ce qui, au demeurant, est assez cohérent avec sa tonalité saignante —, The Hunt bascule finalement du côté d’une sortie dans les salles obscures. Précisément dès leur réouverture. On pourrait croire à de l’opportunisme d’Universal eu égard à la situation actuelle des États-Unis, au bord de l’explosion à la suite de l’assassinat de George Floyd et des escalades provocatrices de Donald Trump. Pourtant, ce que le film imagine n’est rien d’autre qu’une extrapolation horrifico-satirique de l’état réel d’une société clivée jusqu’à la moelle, où l’hypocrisie d’un politiquement correct de façade peine à masquer les pulsions ségrégationnistes des dominants. Pulsions sans limites, grandissant autant que la fortune et l’hybris des ploutocrates. Du plomb dans la cervelle Reprenant ici sous la bannière Blumhouse le principe des Chasses du Comte Zaroff (1932) — depuis décliné sous bien des formes jusqu’à

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Fin de Quinzaine au Zola

Avant-premières | Comme chaque année, la Quinzaine des Réalisateurs prend ses quartiers de (presque) automne dans quelques salles de France choisies, et notamment au Zola (...)

Vincent Raymond | Mardi 17 septembre 2019

Fin de Quinzaine au Zola

Comme chaque année, la Quinzaine des Réalisateurs prend ses quartiers de (presque) automne dans quelques salles de France choisies, et notamment au Zola pour une série d’avant-premières. Dernière salve cette semaine avec du lourd au programme. Dimanche 22 septembre, deux films : Lillian de Andreas Horvath à 18h et le prometteur The Lighthouse de Robert Eggers à 20h30. Enfin, mardi 24 à 20h30, le nouveau film de Nicolas Pariser, Alice et le Maire, reflet politique dans l’œil d’or de la philosophie, accessoirement tourné à Lyon et primé à Cannes. Quinzaine des Réalisateurs Au Zola jusqu'au mardi 24 septembre

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Thom Yorke et la maison du bonheur

Minimalisme | Pour un peu, en envahissant leur Minimalist Dream House (deuxième du nom) posée pour un soir à l'Auditorium, Thom Yorke volerait presque la vedette aux (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 2 avril 2019

Thom Yorke et la maison du bonheur

Pour un peu, en envahissant leur Minimalist Dream House (deuxième du nom) posée pour un soir à l'Auditorium, Thom Yorke volerait presque la vedette aux sœurs Katia et Marielle Labèque. Une invasion bienvenue qui occupera la deuxième partie de ce concert exceptionnel pour lequel le leader de Radiohead a composé spécialement ou presque (le Barbican Centre de Londres et les Philharmonies de Paris et de l'Elbe en sont avec l'Auditorium les heureux co-commanditaires) Don't Fear the Light, un ensemble de pièces pour deux pianos, électronique et synthétiseur modulaire, ses premières compositions pour des musiciens et salles de concert classiques. Autres attractions, on retrouvera également sur scène aux côtés des Labèque, Bryce Dessner (The National) et David Chalmin, ainsi que, en plus de compositions des deux derniers cités, des œuvres (pour deux pianos et deux guitares), de Timo Andres, David Lang, Max Richter et Caroline Shaw. Que du bonheur, en ce lundi 8 avril.

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Numérotez vos bâtis ! : "The House that Jack built"

Le Film de la Semaine | Lars von Trier s'insinue dans la tête d’un serial killer aux ambitions (ou prétentions ?) esthétiques démesurées pour en retirer une symphonie en cinq mouvements criminels. Une variation sur la mégalomanie et le perfectionnisme artistiques forcément un brin provoc’ mais adroitement exécutée.

Vincent Raymond | Mardi 16 octobre 2018

Numérotez vos bâtis ! :

Jack aurait tellement voulu être architecte… Un destin contraire l’a fait ingénieur et affligé de TOC lui empoisonnant la vie, surtout lorsqu’il vient de commettre un meurtre. Car, si l’on y réfléchit bien, le principal tracas de Jack, c’est de devoir obéir à ses pulsions de serial killer… Peu importe si son esthétique ou ses dogmes évoluent au fil de sa prolifique filmographie — et lui confère au passage l’apparence d’un splendide magma —, Lars von Trier parvient à assurer à celle-ci une indiscutable cohérence par son goût maladif du défi stylistique et de la provocation morale, que celle-ci transparaisse dans la diégèse ou dans le discours d’accompagnement. Construire, dit-il Épouser comme ici le point de vue d’un détraqué jouissant dans l’esthétisation de la mise à mort de ses victime

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Mandico, Jeunet & Caro, Gaspar Noé : l’art et la matière

Cinéma | À l’heure où la virtualité s’impose à chaque maillon de la chaîne cinématographique, demeure une frange de cinéastes faisant résonner leur 6e sens avec le 7e art. Pour elles et eux, filmer est un acte définitivement charnel. Ça nous a plu ; on en veut en corps !

Vincent Raymond | Lundi 3 septembre 2018

Mandico, Jeunet & Caro, Gaspar Noé : l’art et la matière

De même que les saumons nagent à contre-courant pour frayer, certains cinéastes se révèlent remarquablement féconds en évoluant à rebours de leurs congénères. En manifestant, par exemple, un attachement viscéral à la pellicule moins pour des raisons de conservatisme rétro-snobinard que des motivations profondément artistiques — ce qui ne les empêche pas de recourir à des effets numériques. Ou en s’obstinant à spectrographier l’âme humaine à l’aune de leurs obsessions plastiques. Le premier groupe réunit à Hollywood une aristocratie d’auteurs bankable — Tarantino, Nolan, Spielberg, Scorsese, Aronofsky, Anderson (Wes & Paul Thomas), Abrams, Coen (Joel & Ethan) etc. — et rassemble en France un aréopage de cin-éaste-philes sans doute nostalgiques d’une certaine sérendipité expérimentale : Jean-Pierre Jeunet & Marc Caro, F.J. Ossang pour les “ancêtres“, Hélène Cattet et Bruno Forzani, Bertrand Mandico, Antonin Peretjatko dans la nouvelle génération… Bien souvent des courts-métragistes acharnés malaxant influences comme les bandes son et images sans tabou, jonglant d’un format à l’autre entre deux longs.

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Cinéma : le coq se rebiffe

Pathé | Au moment où le très discret groupe CGR vient d’annoncer le rachat du circuit Cap’Cinéma — et annonce avoir dépassé en nombre d’établissements sur le territoire (...)

Vincent Raymond | Lundi 20 novembre 2017

Cinéma : le coq se rebiffe

Au moment où le très discret groupe CGR vient d’annoncer le rachat du circuit Cap’Cinéma — et annonce avoir dépassé en nombre d’établissements sur le territoire national le réseau Pathé-Gaumont —, la firme au coq le défie sur le terrain de l’innovation technique. Pour contrer le système ICE (Immersive Cinema Experience) lancé lors de la sortie de Valérian, Pathé fait donc coup double en métropole lyonnaise. En ouvrant pour commencer dans son complexe du Carré de Soie une salle équipée de la technologie 4DX, un système proposant une “expérience” sensorielle et immersive au spectateur, grâce notamment à des fauteuils sur vérins et des effets de soufflerie interagissant avec le film. Réservée aux blockbusters (Justice League essuie les plâtres) et à une centaine de privilégiés par séance, cette attraction devrait consolider la position de leader régional du cinéma vaudais, par ailleurs doté d’un écran Imax. Avec déjà plus d’un million de billets vendus depuis le début 2017, le Pathé Carré de Soie concentre à lui seul quasiment 20% de la fréquentati

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La rentrée musique : 13 concerts à ne pas manquer

Les concerts de l'automne | Beth Ditto Affranchie de The Gossip, c'est assez naturellement que Beth Ditto s'est retournée, avec son premier album solo, Fake Sugar, vers ses (...)

Stéphane Duchêne | Mercredi 20 septembre 2017

La rentrée musique : 13 concerts à ne pas manquer

Beth Ditto Affranchie de The Gossip, c'est assez naturellement que Beth Ditto s'est retournée, avec son premier album solo, Fake Sugar, vers ses racines, du fin fond de l'Arkansas. Un mal (la douleur de la séparation d'un groupe vieux de 17 ans) pour un bien puisque la chanteuse y gagne en nuances et en diversité. Moins punk, plus pop, n'hésitant pas à fricoter avec la musique de son enfance : la country et toutes ces sortes de choses, rappelant parfois, dans une proximité de timbre sudiste une Dolly Parton sévèrement azimutée – si tant est que ce ne soit pas un pléonasme – électrifiée et parfois dansante. Pas sûr qu'une partie des fans hardcore habitués au désordre punk-glam-discoïdes des concerts de The Gossip, apprécient. Les inconditionnels un peu plus ouverts y verront une belle, et parfois émouvante, surprise. Au Transbordeur le mercredi 4 octobre Cannibale Difficile de qualifier la musique de Cannibale, découverte cette année grâce à l'indispensable label Born Bad Records

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Le vinyle, c'est trop magique

Disquaire Day | Non, Corentin(e). La musique, ça n'a pas été que du streaming ou, au mieux, ces CD rayés qui traînent dans le break familial. Nous sommes partis en balade du côté des disquaires, un enfant sous le bras, à la découverte de ce continent musical inconnu des moins de 15 ans : le vinyle. Petite leçon d'histoire.

Antoine Allègre | Mardi 11 avril 2017

Le vinyle, c'est trop magique

Chez Émile Longtemps confiné au sous-sol d'un magasin de vêtements de la rue Constantine, Chez Émile a déménagé l'an passé à quelques mètres de la place Sathonay. Changement de décor mais pas de mentalité : on continue de trouver, sous les conseils avisés d'un staff prévenant, la meilleure sélection de wax typée techno et house de cette bonne vieille ville. « Que le petit n'hésite pas à jouer avec le pitch de la platine » nous glisse, amusé, un des tenanciers. Ce dernier a conseillé au petit de 6 ans la house de Buffet Froid : « idéale avant d'aller à l'école » et l'ambient de Gigi Masin, « parfait pour finir la journée en douceur. » Choix validés par le petit auditeur qui ne veut pas partir, les oreilles rivées au casque, les yeux collés au mouvement du disque. Chez Émile 38 rue Sergent Blandan, Lyon 1er Tél. 04 72 46 39 11 Ouvert du mardi au samedi de 12h à 20h30 Sofa Records Avec ses quelques 10 000 références, Sofa est le paradis du digging. 10 000 histoires à raconter

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Henhouse Prowlers : les positions des missionnaires

Bluegrass | Missionnaires du bluegrass aux quatre coins du monde, les chicagoans d'Henhouse Prowlers, habitués aux grands écarts géographiques et musicaux, viennent transformer pour un soir le Kraspek Myzik en ambassade des États-Unis de la country.

Stéphane Duchêne | Mardi 14 mars 2017

Henhouse Prowlers : les positions des missionnaires

Né dans le Kentucky au cœur des montagnes des Appalaches, ce bandeau de montagnes contre lequel sont venus se fracasser les chariots et les rêves de nombreux pionniers, le bluegrass, mélange de blues et de musique traditionnelle anglo-irlandaise, n'avait guère vocation à quitter cette région. Pourtant, grâce à quelques autres pionniers et passeurs, musicaux ceux-là, il a essaimé dans l'Amérique entière, sans jamais que l'on puisse renier sa provenance. Les Henhouse Prowlers de Ben Wright en savent quelque chose, qui, depuis Chicago, en sont devenus de vaillants ambassadeurs, rôdant chaque jour que Dieu fait dans le grand poulailler musical américain. Mais aussi en Europe et, plus surprenant, en Afrique, puisqu'on les a vu tourner au Congo, Ouganda, Rwanda, Nigéria et en tout une dizaine de pays du continent, à la demande du programme American Music Abroad du Département d'État Américain, mêlant diplomatie, échange culturel et jam au débotté avec les musiciens locaux. Chop my money Attachés à dépoussiérer ce genre beaucoup plus souple à l'usage que ses prédicats pourraient l'indiquer, les Henhouse Prowlers sont tou

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Justice et Sting pour les 15 ans de Musilac

Festival | Rendez-vous du 13 au 16 juillet à Aix-les-Bains (Savoie).

Sébastien Broquet | Mercredi 14 décembre 2016

Justice et Sting pour les 15 ans de Musilac

La programmation des quinze ans du festival Musilac, qui durera cette année quatre jours, continue à être dévoilée au compte-gouttes. On savait déjà pour Phoenix, Die Antwoord, Archive, The Lumineers, Calypso Rose et Vianney. Deux nouveaux noms se rajoutent. D'abord les producteurs de tubes à la pelle (D.A.N.C.E., Never Be Alone...) Justice, dont le nouvel album vient de sortir. Et le on-ne-le-présente-plus Sting. Pour savoir qui passe quel jour, c'est sur le site du festival que ça se passe.

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Nick V, un dimanche pour voguer

Clubbing | C'est l'un des DJ les plus discrets et les plus précieux de la scène française : le natif de Manchester Nick V, ardent défenseur d'un certain esprit du clubbing où l'hédonisme, le partage et la danse priment sur la starification, s'installe au Sucre le temps d'un dimanche précieux avec sa party La Mona, invité par Art Feast.

Sébastien Broquet | Mercredi 7 septembre 2016

Nick V, un dimanche pour voguer

La Mona, une soirée initiée à la Java que tu exportes au Sucre ? Nick V : Mona est une soirée que j’ai co-fondée il y a huit ans avec une bande d’amis, aujourd’hui seul Fred (de Mona) est resté parmi les premiers fondateurs, mais la soirée s’organise toujours en équipe. C’est clairement une soirée house, dont les bases s’inspirent de la house et du disco des origines, c’est à dire des musiques originaires de New York, Chicago et Detroit, qui correspondent à une bonne partie de mes influences musicales personnelles. Pour apporter une vraie énergie aux soirées, j’ai voulu y associer la danse. Cela m’a paru essentiel car cette musique a été créée avec pour unique but de faire danser. Hélas avec le temps cela a été quelque peu oublié dans les clubs, au profit de la fascination pour la starification des artistes, ou de la consommation de produits divers. J’ai voulu faire revenir le plaisir simple de la danse dans mes soirées, qui correspond à une démarche plus globale pour retrouver une dimension plus sincère et une énergie plus puissante dans le club. Ce qui m’intéresse avant tout est d’apporter la danse aux non initiés et non la surenchèr

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Voilà l'été : un jour, une sortie #3

SAISON ESTIVALE | Durant toutes les vacances, c'est un bon plan par jour : concert ou toile, plan canapé ou expo où déambuler.

La rédaction | Mercredi 20 juillet 2016

Voilà l'été : un jour, une sortie #3

15 / Mercredi 20 juillet : cirque Obludarium Puisque les gens normaux n'ont rien d'exceptionnel (et l'urbanité en juillet ça va bien cinq minutes), hâtez-vous au domaine de Lacroix-Laval voir les grosses caboches toutes biscornues et étranges d'Obludarium. Signé des fils jumeaux du cinéaste Miloš Forman, ce spectacle qui a fait le tour du monde s'arrête depuis hier et jusqu'au 31 juillet dans ce village dédié au cirque. Si vous le pouvez, venez même dès 18h profiter des lampions, du bar digne d'un diners US et du plancher en bois où vous pourrez faire résonner vos tongs (en bois, les tongs). Fourvière version campagne : c'est ici ! Au domaine de Lacroix-Laval dans le cadre des Nuits de Fourvière 16 / Jeudi 21 juillet : chanson Michel Polnareff Moins on l'attend, plus il revient, le Polnaroïde. On a arrêté de compter avant même notre naissance, mais le

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Lyon : Dangerhouse, l'ancien

Disquaire | Pas de Disquaire Day réussi sans un passage chez le mythique Dangerhouse.

Maxence Grugier | Mardi 5 avril 2016

Lyon : Dangerhouse, l'ancien

Lieu de culte pour tout amateur de musique qui se respecte, Dangerhouse est une institution. En plus de vingt-cinq ans d'existence, le magasin situé en presqu'île a largement eu le temps d'établir sa réputation : c'est le plus ancien actuellement en activité dans la catégorie disques neufs et d'occasions. Si le nom de l'établissement (hommage à un mythique label punk de Los Angeles) sonne "dangereusement" rock, vous ne trouverez pas uniquement des références de ce genre électrique — qui reste en bonne place, étant un pilier de la culture du propriétaire de la maison. Mais il partage généreusement ses bacs avec toutes sortes de musiques authentiques et vivantes, de l'easy listening à la soul, de l'afrobeat aux musiques de film. « Les seuls genres sur lesquels je ne me suis pas penché au magasin, ce sont l'électro et le rap. Pas que cela me déplaise, mais je n'ai clairement pas le temps avec tout ce qui existe parallèlement » explique le patron du lieu, Bruno Biedermann. Et il ajoute enthousiaste : « la musique aujourd'hui fait partie de notre histoire sociale. La plupa

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À Vaulx Jazz comme des images

ECRANS | Chaque édition d’À Vaulx Jazz donne l’occasion de rappeler combien fécondes peuvent être les noces entre ce genre musical et le cinéma, combien intacte demeure leur complicité.

Vincent Raymond | Mardi 8 mars 2016

À Vaulx Jazz comme des images

L’un et l’autre nés à la fin du XIXe siècle, ces deux vecteurs d’expression populaire ont prospéré en marge dans les rues ou les foires, avant de se tailler leur place parmi les disciplines artistiques considérées comme ”nobles“. On en arrive même à un formidable paradoxe aujourd’hui, où tout film pourvu d’une bande originale jazzy se trouve d’emblée doté d’une aura de raffinement vintage, voire d’un brevet d’intellectualisme woodyallenien ! Parfaites girouettes, les mentalités ont une stabilité comparable aux gouvernements de la IVe République… Quatuor de choc Justement, parmi les quatre films retenus dans la programmation de cette année figure un classique de cette époque : Rendez-vous de juillet (1949). Signé par Jacques Becker, le Howard Hawks français, ce film aspire l’air ambiant autant qu’il s’en inspire — en particulier celui des caveaux jazz ayant fleuri après la Libération à Paris. Révélant les comédiens Maurice Ronet et Nicole Courcel, il a aussi le flair de capter les notes du jeune Claude Luter et de ses “Lorientais”. Revendiquant en musique des goûts éclectiques (« de Duke Ellington

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Amy

ECRANS | D’Asif Kapadia (ÉU, 2h07) documentaire

Christophe Chabert | Mardi 7 juillet 2015

Amy

Raconter la vie, aussi brève qu’intensément romanesque, d’Amy Winehouse, est pour Asif Kapadia l’occasion de tordre le cou à beaucoup de clichés sur la chanteuse et ses "frasques". Le film la décrit comme une jeune fille plongée trop vite et trop tôt dans la célébrité et la hype londonienne de Camden, passant de mauvaises rencontres — un mari junkie et noceur — en tentatives de récupération opportuniste — son propre père, qui vend son exil post-rehab’ à une équipe de télé-réalité — de star montante reçue dans tous les talk-shows à tête de turc des mêmes dans leurs éditos "comiques" — Jay Leno, au sommet de son hypocrite flagornerie. Discutables par contre, et même embarrassants, sont les choix du cinéaste : plutôt que de montrer les visages des interviewés, il ne conserve que leurs voix et préfère insérer des images très privées tournées dans l’intimité par Winehouse avec son téléphone portable, selfies figés ou en mouvement, qui vont jusqu’à cette vision de son appartement jonché de seringues et de déchets. En adoptant le point de vue des paparazzis, des voyeurs et des tabloïds people, Kapadia commet un contresens filmique qui annu

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Always Coka Nostra

MUSIQUES | On ne sait pas si ces mecs là sont des vrais fous, encore moins s'ils mettent les filles à genoux, mais il est certain qu'ils ont une gueule à tomber sous (...)

Benjamin Mialot | Mardi 4 novembre 2014

Always Coka Nostra

On ne sait pas si ces mecs là sont des vrais fous, encore moins s'ils mettent les filles à genoux, mais il est certain qu'ils ont une gueule à tomber sous le coup des lois RICO – pour Racketeer Influenced and Corrupt Organizations. «Old school champion hoodies and Yankee fits», bandanas à imprimés macabres et armes à feu montées en pendentifs : à côté de La Coka Nostra, les Sons of Anarchy ressemblent au chapitre rousillonnais de la Fédération Française des Motards en Colère. Il faut dire que les membres de cette mafia du rap ne sont pas des perdreaux de l'année. Fondée en 2006, La Coka Nostra est même un all stars gang, composé pour une moitié de figures de l'underground new-yorkais, Ill Bill et Slaine (qui joue à l'occasion les gangsters chez Ben Affleck), et pour l'autre de rescapés de House of Pain, Danny Boy et DJ Lethal (qui officie également derrière le booth des mal-aimés Limp Bizkit). Mais n'espérez pas d'eux qu'ils refassent le coup du braquage au saxophone couinant (Jump Around)

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Baroque & Plus si affinités

MUSIQUES | Vous souvenez-vous de Monsieur Plus, ce guilleret moustachu qui s'évertuait, à coups de bousculades opportunes, à rendre plus appétissants et plus savoureux (...)

Benjamin Mialot | Mercredi 13 novembre 2013

Baroque & Plus si affinités

Vous souvenez-vous de Monsieur Plus, ce guilleret moustachu qui s'évertuait, à coups de bousculades opportunes, à rendre plus appétissants et plus savoureux les biscuits Bahlsen ? Eh bien Franck-Emmanuel Conte est un peu le Monsieur Plus du baroque : avec Le Concert de l'Hostel Dieu, l'ensemble qu'il a fondé voilà deux décennies, il n'a de cesse de le sortir de sa zone de confort, soit en se penchant sur des répertoires méconnus, soit en le confrontant à d'autres disciplines – on ne lui souhaite toutefois pas de finir, comme le croqueur de tuiles, noyé dans la Seine dans l'indifférence générale. Une démarche qu'il pousse un cran plus loin cette saison avec la création de Baroque & Plus, un festival tout entier dédié au dépoussiérage de cette musique ornementale et contrastée.  Au programme de sa première édition : du théâtre avec l'immense Jacque

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Gagnez des places pour le festival Justice/Injustice

MUSIQUES | L'événement de la semaine (outre Quais du Polar, Hallucinations Collectives, Ça cloche, L'Original et Reperkusound, certes), c'est le festival (...)

Benjamin Mialot | Lundi 25 mars 2013

Gagnez des places pour le festival Justice/Injustice

L'événement de la semaine (outre Quais du Polar, Hallucinations Collectives, Ça cloche, L'Original et Reperkusound, certes), c'est le festival Justice/Injustice, imaginé par l'Opéra de Lyon. Soit trois soirées lyriques sur l’arbitraire et la violence du pouvoir, dont une qui verra la première de Claude, création d'après Victor Hugo de Thierry Escaich (musique) et Olivier Py (mise en scène) sur un livret de Robert Badinter. Le Petit Bulletin et la vénérable institution de la place de la Comédie s'associent pour vous faire gagner des places pour les représentations du Prisonnier de Luigi Dallapiccola (qui prend pour toile de fond l'Inquisition) et de Erwartung de Arnold Schoenberg (sur une femme perdue en forêt à la recherche de son amant disparu), mises en scène par  Alex Ollé et La Fura dels Baus et données successivement vendredi 29 mars à 20h. Comment en bénéficier ? Il vous suffit de nous appeler jeudi 28 de 18h

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L’opéra se fait justice

MUSIQUES | De tous les festivals qu’il a tricoté depuis son arrivée à la tête de l’opéra, Serge Dorny livre le plus spectaculaire, le plus visionnaire et le plus culotté : Justice/Injustice, qui réunit une création mondiale, trois œuvres contemporaines, des metteurs en scène au geste pur et des chefs faisant entendre une musique aux partis pris insensés et jubilatoires. Explications avec l'intéressé. Pascale Clavel

Pascale Clavel | Lundi 25 mars 2013

L’opéra se fait justice

Le festival Justice/Injustice ne devrait-il pas s’appeler Festival Robert Badinter ?Serge Dorny : Non. J’ai une estime énorme pour Robert Badinter, je le vénère, je suis un "Badinterâtre", à la fois au niveau de l’engagement, de l’éthique, de la personne même. Mais l’opéra Claude, dont il signe le livret, est une œuvre parmi plusieurs. Quand je vois le festival, je vois quatre œuvres : Le Prisonnier de Dallapiccola et Erwartung de Schoenberg, Fidelio de Beethoven et une création mondiale, une nouvelle commande, à partir d'un texte de Victor Hugo, écrite par Robert Badinter et composée par Thierry Escaich. Bien évidemment le librettiste Badinter est une personne immense. Il a une place importante, le personnage est fascinant, intellectuellement et humainement. Sa détermination et son engagement sont exceptionnels. J’ai eu le privilège de travailler avec lui depuis quelques années et au-delà de la commande, j’ai rencontré un être à part.Comment s'est monté Claude ?C'est lors d’un dîner qu'il m’a pa

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Claude et Robert en tête

MUSIQUES | Peut-on dire, sans tomber dans le clin d’œil historique trop appuyé, que cette deuxième partie de saison est marquée du sceau de Robert Badinter ? L’Opéra de (...)

Pascale Clavel | Dimanche 6 janvier 2013

Claude et Robert en tête

Peut-on dire, sans tomber dans le clin d’œil historique trop appuyé, que cette deuxième partie de saison est marquée du sceau de Robert Badinter ? L’Opéra de Lyon vient de réussir l’exploit le plus impressionnant de ces dernières années, en choisissant comme clef de voute du prochain Festival Justice/Injustice Claude, premier opéra du compositeur Thierry Escaich. L’ancien garde des Sceaux en a écrit le livret d’après le court roman de Victor Hugo. Lorsqu’on sait que Jérémie Rhorer est à la baguette et Olivier Py à la mise en scène, on jubile par avance. N’en oublions pas le reste de la programmation musicale lyonnaise, riche et diversifiée, savoureuse et délicatement construite autour de quelques pépites à déguster sans modération. Le Festival de musique baroque notamment, qui fête ses 30 ans et fait pour l’occasion venir Marc Minkowski, le baroqueux qui résiste le mieux au temps. Il nous livrera en avril une Messe en ut de Mozart des plus inspirées. Les Journées Grame quant à elles, s’étirent dans le temps pour que nos oreilles puissent enfin s’installer dans leur siècle. De janvier à mai, elles nous invitent

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Bonne chouc' bon genre

MUSIQUES | Pour les activistes des musiques électroniques aussi, c'est la reprise. Enfin, façon de parler, l'été lyonnais s'étant révélé, grâce aux soirées Cruel Summer et Beats (...)

Benjamin Mialot | Vendredi 7 septembre 2012

Bonne chouc' bon genre

Pour les activistes des musiques électroniques aussi, c'est la reprise. Enfin, façon de parler, l'été lyonnais s'étant révélé, grâce aux soirées Cruel Summer et Beats on Boats, plus rythmé qu'une danse hassidique dans un film de Gérard Oury. Anyway, cette semaine, deux rendez-vous méritent une privation de sommeil. D'un côté, la sixième session Mauvais Genre, toujours organisée par Ed'n'Legs et où se produiront notamment Danny Daze et Manik, deux intimes du très en vogue label Hot Creations (fondé par Jamie Jones, a.k.a. «le meilleur DJ du monde» selon le zine de référence Resident Advisor). De l'autre, La Croisière Berlinoise, proposée par la compagnie Elektro System et pilotée par Sascha Braemer, Dj résident de ce haut lieu de la vie nocturne teutonne qu'est le Bar 25. Mais il y a un hic : les deux événements prennent place à la même date, à savoir vendredi 14 septembre, respectivement au Kao et à la Plateforme. Il va donc falloir faire un choix. Ou demander de l'aide au Professeur Oumar, ce grand marabout au taux de résolution de problèmes de 100% qui laisse régulièrement des flyers dans votre boîte aux lettres.

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Songs of a Beach

MUSIQUES | Légèrement moins enjouée que son oncle Michel, Victoria Legrand pratique avec son compagnon Alex Scally au sein de Beach House une dream pop de plus en plus lumineuse au fil des albums. Le dernier en date, "Bloom", milite pour des printemps en douceur et vient fleurir la scène de l'Epicerie Moderne. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 1 juin 2012

Songs of a Beach

L'espèce humaine est répartie en deux catégories : ceux qui pensent que Michel Legrand est un génie (le musicien a quand même raflé trois oscars) et ceux qui ne comprennent pas les premiers et trouvent – exemple non contractuel – la dernière scène de L'Amour dure Trois Ans, où apparaît le musicien fétiche de Jacques Demy, extrêmement gênante pour ne pas dire pénible. Si l'on appartient à la deuxième catégorie, on pourra toujours tenter de rejoindre la première en se penchant sur le cas de la nièce, Victoria, moitié du duo franco-américain Beach House. Seul point commun : le port du parapluie qui ici n'est pas de Cherbourg mais de Baltimore, l'une des villes les plus ennuyeuses des des USA (voir les films de John Waters). Sur les disques de Beach House, désormais au nombre de quatre, l'ambiance est pluvieuse, traînante et éthérée. Dans le jargon, on appelle cela de la "dream pop", ce genre de musique qui, de la lynchienne Julee Cruise aux Cocteau Twins, vous laisse dans un état quelque peu second voire tertiaire, coincé entre deux dimensions ou deux états de conscience. Guronsan Il ne s'

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Droit de ciné

ECRANS | Les Rencontres Droit, justice et cinéma organisées par l’Université Lyon 3 et le Barreau de Lyon entrent cette année dans leur troisième édition. Ils convient à (...)

Christophe Chabert | Vendredi 2 mars 2012

Droit de ciné

Les Rencontres Droit, justice et cinéma organisées par l’Université Lyon 3 et le Barreau de Lyon entrent cette année dans leur troisième édition. Ils convient à cette occasion Yves Boisset, en pleine promo de son livre de souvenirs. Celui-ci présentera le 12 mars à l’Institut Lumière Le Prix du danger, où le cinéaste imaginait les dérives de la télévision spectacle à travers une fable d’anticipation au cachet très années 80. Bon, allez, on ne va pas mentir, Michel Piccoli en Drucker faisant lui-même les slogans des sponsors de l’émission ou Gérard Lanvin lançant des «bande d’enculés» dans tous les sens, c’est plus drôle qu’angoissant, et c’est ce qui arrive quand des films font passer leur discours avant leur mise en scène. Par ailleurs, Yves Boisset a choisi pour ces rencontres deux immenses films du non moins immense Sidney Lumet, Douze hommes en colère (le 13 mars au Comœdia) et Le Verdict (le 15 au même endroit), qui prouvent qu’on peut avoir un point de vue sur des grands sujets (la justice, ici) et les traduire par de vrais choix de cinéma. On ne sait

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Hugh Laurie sur la scène de Jazz à Vienne

MUSIQUES | Le mythique interprète de Dr House (la série, pas la chanson de Christophe Hondelatte, hein !) est aussi chanteur et musicien, tendance blues de la (...)

Christophe Chabert | Vendredi 24 février 2012

Hugh Laurie sur la scène de Jazz à Vienne

Le mythique interprète de Dr House (la série, pas la chanson de Christophe Hondelatte, hein !) est aussi chanteur et musicien, tendance blues de la Nouvelle Orléans. Il sera sur la scène du Théâtre Antique de Vienne pour la 32e édition de Jazz à Vienne, et ce sera une de ses seules dates françaises !

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English Horror Story

MUSIQUES | Littéralement métamorphosé, The Horrors est passé en quatre ans d'un gothisme primaire et lourdeau à une new-new-wave psychédélique au puissant pouvoir d'élévation. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 18 novembre 2011

English Horror Story

Le fait que la visite lyonnaise de The Horrors ait lieu à distance respectable d'Halloween n'est sans pas totalement innocente. Il y a encore quelques années, au moment de la sortie de leur premier album, l'un peu trop bien nommé Strange House, The Horrors aurait animé une soirée "trick or treat" à grand renfort de toiles d'araignées en coton, de citrouilles sculptées et d'araignées en plastique. Nous sommes en 2007 et la bande de Faris Badwan fait "bouh" dans le micro. Mélange de Bauhaus à mèche et de Birthday (surprise) Party avec des Cramp(e)s, le résultat flirte avec le grand-guignol (on croit même entendre du ska) et The Horrors fait figure de zombification de Strokes passés au supplice du goudron et des plumes, avec coupe mi-Robert Smith, mi-Judith Magre.L'inquiétante étrangeté, selon la formule consacrée, ne se décrète pas. Puis, avec Primary Colours, la famille Badwan tente la sortie du caveau et prend des couleurs tandis que l'image se brouille, comme sur la pochette du disque, débarrassée de toute référence, comme s'il fallait effacer un passé

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The Silent House

ECRANS | De Gustavo Hernandez (Uruguay, 1h18) avec Florence Colucci…

Christophe Chabert | Mercredi 9 mars 2011

The Silent House

Ce petit film d’horreur façon "Blair witch project" est d’abord un défi technique : tourné avec un appareil photo Canon en mode motion picture, il se résume à un plan-séquence labyrinthique de 78 minutes. Virtuose certes, mais Hernandez ne s’en tient pas à cette prouesse et revient aux fondamentaux de Méliès : le temps réel l’oblige à faire surgir la surprise et l’effroi en direct, et il y parvient par une foi louable en une mise en scène pourtant minimaliste (une maison, trois personnages, point). On peut même trouver dans "The Silent House" une réflexion sur sa propre fabrication : l’héroïne terrorisée se saisit à un moment d’un antique Polaroïd dont le flash fait apparaître le monstre tapi dans l’ombre, tandis que le cinéaste lui tourne autour avec son appareil photo dernier cri. Si la résolution est scénaristiquement contestable, elle reprend sur un autre mode cette idée théorique, paraphrasant sans le vouloir la phrase de Godard : «La photo, c’est la vérité ; le cinéma, c’est 24 fois la vérité par seconde». CC

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The Housemaid

ECRANS | Sur un argument tiré d’un célèbre mélodrame coréen, Im Sang-soo signe une satire sociale féroce, somptueusement mise en scène. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 7 septembre 2010

The Housemaid

Une nuit ordinaire dans les rues de Séoul. Le bruit de la circulation ; les néons des restaurants où quelques Coréens solitaires s’empiffrent ; et, au milieu de tout ça, une femme qui grimpe sur le rebord de sa fenêtre et se jette dans le vide. C’est l’introduction de "The Housemaid" : fiévreuse, retranscrite avec des éclats de plans furieux par Im Sang-soo, le plus discret des grands cinéastes sud-coréens actuels. Le plus politique, aussi. Chacun de ses films est une radioscopie de l’histoire contemporaine de son pays, tantôt romanesque ("Le Vieux Jardin"), tantôt littérale ("The President’s last bang"). "The Housemaid" n’échappe pas à la règle. Passée cette ouverture chaotique, c’est à un cruel opéra social auquel il nous invite, baroque dans sa forme, rageur dans son propos. On y voit une jeune fille, Euny (Jeon Do-yeon, excellente actrice révélée par "Secret sunshine"), qui trouve un petit boulot de femme de ménage dans une grande famille de parvenus. Le mari est un businessman beau comme un Dieu grec ; l’épouse, enceinte, se prélasse dans l’oisiveté ; et l’ancienne gouvernante, plus pète-sec qu’un fan de Lionel Jospin, méprisante et envieuse, semble connaître par c(h)œur (a

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