Motorama

MUSIQUES | Calendar (Talitres)

Stéphane Duchêne | Lundi 12 novembre 2012

On a tous reçu un jour dans notre boîte aux lettres le prospectus d'un marabout africain comme il en existe des milliers, des prospectus en tout cas (on en connaît même qui en font collection). Lequel voyant-médium-génie-marabout promet de faire revenir l'être aimé en trois jours, de redresser les pénis tordus (un accident est si vite arrivé, et allez donc trouver un redresseur de pénis un dimanche) ou même de régler un problème informatique, bref de réduire un certain nombre de problèmes de la vie courante auxquels chacun finit un jour par être confronté. Il en existe même, ne nous demandez pas pourquoi, qui font « redémmaré les motos russes », en Français dans le texte, ce qui n'est pas la moins fascinante des facultés, vous en conviendrez. Bien sûr, encore faut-il disposer d'une moto russe et que celle-ci soit en panne. La probabilité en est il est vrai assez faible, encore que le fait de remplir la première condition (posséder une moto russe), accroît considérablement la seconde (qu'elle soit en panne). Vous avez déjà vu rouler une moto russe, vous ? CQFD.

 

Le fait est que le groupe russe Motorama (attention, vous allez, en direct, voir un chroniqueur de disques se raccrocher aux branches de son entrée en matière) n'aura sûrement pas besoin d'avoir recours au Dr Dia ou au Pr Wemba (exemples non contractuels), tant la carrière du groupe de Rostov-sur-le-Don semble lancée comme une balle. Ce qui n'était pas gagné quand on connaît, vu d'ici, la réputation de Rostov-sur-le-Don en matière de rock indé. Quelle réputation ? Ben voilà, justement. A preuve le superbe Calendar que le label bordelais Talitres – l'un des plus audacieux défricheurs de l'hexagone, puisqu'on lui doit les découvertes de The National, The Organ ou Ewert & the Two Dragons – se fait un plaisir de sortir dans nos contrées.

 

Cold Wave

Au début de sa carrière, Motorama est parti sur des bases assez proches d'une cold-wave très marquée par le fantôme de Joy Division, une esthétique post-industrielle qui colle parfaitement avec l'idée que l'on pourrait à priori se faire de cette ville perdue de l'ex-Grande Russie/URSS. La faute aussi à la voix tout en gravité de Vladislav Parshin, rappelant aussi bien Ian Curtis que Sivert Hoyem, incantateur en chef des Norvégiens de Madrugada, ou Matt Berninger de The National (La Sainte Trinité des barytons rock en quelque sorte, ce qui vous pose son chanteur).

 

Alors Manchester/Rostov même combat ? Pas vraiment. En réalité, celle que l'on surnomme « La Porte du Caucase » est l'une des villes les plus prospères de Russie, qui plus est chargée d'Histoire, comme on dit dans « Le Guide du Routard » ou dans les émissions de Stéphane Bern sur les résidences de têtes couronnées sans tête. Il fallait donc voir là davantage l'obsession de jeunes gens modernes élevés dans le fantasme d'une certaine idée de l'Angleterre, si éloignée, avec des envies d'ailleurs à l'avenant.

 

The (Inter)National

Car le fait est que, depuis, Motorama a aussi pas mal circulé dans un maelström d'influences anglo-saxonnes bien plus « éclairées » au sens propre du terme. On assiste ainsi d'entrée à quelques illuminations tout droit sorties de l'arbre à tubes Sarah Records, ses guitares carillonnantes et ses basses légères et mélodiques à la Fied Mice (Image, Young River), voire et c'est en un sens, une marque logique de la théorie de l'évolution rock, de la moulinette électro-rock (surtout rock en l'occurrence) New Order via quelques nappes de synthé, pour l'atmosphère. Mais réduire Motorama, particulièrement ce vrai-faux premier album – le premier n'ayant pas (encore) été commercialisé –, à la somme de ses influences serait par trop réducteur.

 

Ce groupe adepte du « Do It Yourself », qui éditait jusque-là lui-même ses propres CD, a su bricoler sa moto rock russe de manière à la faire démarrer sur des bases plus personnelles et à parcourir des espaces autrement plus aérés qu'une cave dépourvue d'oxygène. C'est sans doute ce qui a fini par attirer le chaland, qui n'hésitera pas à secouer ses hanches à l'occasion (White Light), et le label – le monde n'ayant pas besoin d'un Interpol de plus. Avec ce je ne sais quoi d'âme slave comme sur le magnifique Rose in the Vase – sans doute le meilleur morceau de The National non écrit par The National, au point que l'on ait envie, au vu du passé russe, de rebaptiser le groupe The International. Finalement, le fait que ce groupe ait parcouru tout ce chemin depuis Rostov-sur-le-Don avec une moto gonflée à bloc n'est guère étonnant. Ce groupe en a un, de Don, peu importe qu'il soit de Rostov ou d'ailleurs. Stéphane Duchêne

 

 

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New Order : Les cendres du tempo

MUSIQUES | Né sur les cendres d'un groupe à l'esthétique post-punk radicale et singulière, Joy Division, et dans le sillage du suicide de son fascinant chanteur, Ian Curtis, New Order est sans doute, comme aucun groupe avant ou après lui, un exemple de résilience artistique sans précédent et de révolution quasi permanente. Ou comment une formation orpheline d'un leader au charisme et à l'inspiration incandescente a su se réinventer aux frontière du rock et de la musique électronique pour devenir, toutes esthétiques, l'un des groupes les plus influents de sa génération. Et encore aujourd'hui l'une des plus belles machines à danser du paysage live contemporain. Le mythique groupe de Manchester sera l'une des têtes d'affiche des Nuits de Fourvière, le 28 juin prochain.

Stéphane Duchêne | Vendredi 21 juin 2019

New Order : Les cendres du tempo

Au tournant des décennies 70 et 80, Manchester abrite l'un des groupes les plus fascinants qu'il ait été donné de voir. Une créature post-punk atypique baptisée Joy Division, portée par le charisme fantomatique et la voix d'Outre-tombe du crooner zombie Ian Curtis, jeune homme marié bien sous tout rapport, timide maladif mais aussi écorché vif et sauvage et de surcroît lourdement épileptique, amoureux de littérature et fanatique de Jim Morrison et Iggy Pop. Curtis concentre à lui seul toute la poésie fossile et l'inquiétante étrangeté d'un groupe que complète un trio d'irréductibles trublions : le guitariste Bernard « Barney » Sumner, son ami d'enfance le sémillant bassiste au style inimitable Peter « Hooky » Hook et un métronome humain à la batterie, le dénommé Stephen Morris, qui a vendu le mobilier de sa chambre comme bois de chauffage pour s'acheter une batterie. « Généralement Ian était plus réservé et plus calme, raconte Peter Hook, mais il pouvait devenir complètement dingue » (1) A Manchester, il est « le type au blouson avec marqué « Hate » dans le dos »

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Hook division

Post Punk | Durablement brouillés depuis 2007 – après maintes bouderies historiques – le New Order officiel et son bassiste historique et tout aussi officiel s'écharpe (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 30 avril 2019

Hook division

Durablement brouillés depuis 2007 – après maintes bouderies historiques – le New Order officiel et son bassiste historique et tout aussi officiel s'écharpe depuis pour déterminer qui aura la garde du patrimoine musical de ce monument mancunien et de son prédécesseur Joy Division. Aucun compromis n'ayant été établi, le sécessionniste Hooky a entrepris depuis 2010, année de fondation de Peter Hook & The Light, de décliner en live – et en parallèle de ses anciens collègues – le catalogue des deux piliers de Factory Records. Le concept : une tournée, un album, joué dans son intégralité. Cette fois, à l'Épicerie Moderne en ce 3 mai, Hook et sa "lumière" s'attaquent à Substance, doublette de best-of de New Order ET Joy Division. Comme un pied de nez, il précédera d'un peu moins de deux mois la venue en terre lyonnaise de ses meilleurs ennemis ( le 28 juin à Fourvière), leur grillant ainsi la politesse. Laquelle politesse n'a de toute manière jamais été le fort de ce jovial grincheux.

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Les Nuits de Fourvière se font jour : la programmation dévoilée

Nuits de Fourvière | Ça y est, comme disait le poète quelque chose vient de tomber et, bonne nouvelle, c'est la programmation - complète ! - des Nuits de Fourvière. Théâtre musical, opéra, danse, musiques en tous genres, entre habitués, légendes vivantes et grandes premières, la coupe estivale du Théâtre Antique est presque pleine, elle n'attend plus que son public du 1er juin au 31 juillet.

Stéphane Duchêne | Mardi 12 mars 2019

Les Nuits de Fourvière se font jour : la programmation dévoilée

Attendue comme la fumée blanche du Vatican et généralement précédée de quelques confidences en avant-première quand ce n'est pas, parfois, de fuites Internet, c'est toujours à la veille du printemps que tombe la foisonnante programmation des Nuits de Fourvière. Qui, comme chaque année, pousse le spectateur amateur de théâtre musical, de danse, de cirque d'opéra ou de musique(s) en tous genres à dégainer son calendrier pour y cocher scrupuleusement les dates fatidiques à retenir et/ou à se jeter sur la billetterie en ligne, avide de nouveauté ou impatient de retrouver des artistes fidèles au festival. Des chevaux et des chiens Parmi ces fidèles justement, on retrouvera du côté des arts vivants la troupe équestre de Zingaro, délocalisée au Parc de Parilly du 14 juin au 24 juillet (ce qui laisse de la marge pour assister à la chose) avec le spectacle d'ascète et sans humain Ex Anima. Mais également Les Chiens de Navarre, au Radiant-Bellevue du 22 au 26 juin, pour une création baptisée provisoirement, Tout le mon

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15 concerts à ne pas louper cet automne

Bons Plans | Coming Soon Cela fait dix ans que le Scooby Gang baptisé Coming Soon a publié son premier album. Un petit peu plus que (fin 2006) le groupe (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 2 octobre 2018

15 concerts à ne pas louper cet automne

Coming Soon Cela fait dix ans que le Scooby Gang baptisé Coming Soon a publié son premier album. Un petit peu plus que (fin 2006) le groupe avait fait forte impression lors du tremplin Dandelyon. Sans doute à l'époque aviez-vous découvert ce groupe dans ces pages. Il a depuis fait du chemin, que ce soit à travers de nombreuses collaborations et en multipliant les projets parallèles. Surtout en ouvrant l'éventail de son anti-folk initial vers des esthétiques alors insoupçonnées dont leur dernier album Sentimental Jukebox semble être un concentré. Le passage de Coming Soon pour un French Kiss au Club Transbo (petit nom des release parties consacrées aux locaux et aux amis) est comme une manière de retour au bercail pour les plus Lyonnais des Anneciens. Au Club Transbo le mercredi 10 octobre The Apartments La date du très rare Peter Milton Walsh au Marché Gare à l'occasion d'un Petit Bulletin Live en 2016 aura sans doute contribué à débloquer le compteur lyonnais de celui qui incar

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Protomartyr de la cause

Rock | Dans une ville où le rock a toujours sonné différemment du reste de l'Amérique, Protomartyr fouille à grands coups de post-punk fracassant les décombres d'un Détroit économiquement rétamé. Et questionne, non sans émotion, la chute de l'Amérique toute entière dans les bras de Trump.

Stéphane Duchêne | Mardi 3 avril 2018

Protomartyr de la cause

Dans le documentaire de Jim Jarmusch Gimme Danger, Iggy Pop rappelait combien le son des Stooges avait été modelé par le vacarme de l'industrie locale alors florissante, et notamment le "mega-clang" des presses industrielles de la machinerie automobile, explosant par delà les murs des usines. C'est aussi le son de Détroit, sa rumeur, que l'on entend sur les disques post-punk de Protomartyr, gang du cru, dont la totalité des membres s'est retrouvé au chômage en un claquement de doigts dans cette cité déclarée officiellement en faillite – ce qui leur a permis de se consacrer à plein au groupe. À ceci près que cette rumeur, ce son originel, résonnent bien différemment. Figurant la bande-son d'une ville où le rêve américain se serait retourné comme une crêpe avant de s'étaler sur un sol en proie au chiendent comme symbole d'une misère devenue incontrôlable. Vérité Ici, les guitares de Greg Ahee pleurent des larmes d'acier fondu, quand elles ne hurlent pas comme le corps d'un supplicié, comme le fant

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Biennale de la danse 2016 : Ce qu'il faut voir

Biennale de la Danse | La 17e Biennale de la Danse garde la tête haute et le tour de bras généreux, malgré un budget au rabais, embrassant une fois encore tous les styles de danse contemporaine actuels. Parmi les trente-sept spectacles proposés, en voici huit à ne pas manquer.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 6 septembre 2016

Biennale de la danse 2016 : Ce qu'il faut voir

Israel Galvan, Flacomen Le « danseur des solitudes » comme l'appelle le critique et historien d'art Georges Didi-Huberman fait son retour sur les scènes lyonnaises, avec un solo datant de 2014, accompagné de musiciens free jazz et flamenco. On sait, et on n'arrête pas d'admirer, la capacité du chorégraphe-danseur à tordre en tous sens les codes du flamenco et à en extraire la pulpe fondamentalement tragique. Galvan hisse ce tragique à la condition de tout individu, montrant, avec humour ou pas, ces forces qui nous traversent et se heurtent à l'intérieur de soi. Ces forces antagonistes qui sont aussi au cœur dialectique de tout geste, de tout mouvement dansé. À la Maison de la Danse du 14 au 16 septembre Yuval Pick, Are Friends Electric ? À l'instar de Galvan, le Lyonnais

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Rockorama

MUSIQUES | Avec "Poverty", leur troisième album, les Russes de Motorama confirment ce que l'on pensait déjà d'eux : on peut être pétri d'influences visibles comme le nez d'Eltsine au milieu de la figure et avoir un style inimitable. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 27 janvier 2015

Rockorama

Et revoilà nos amis d'outre-Don. Don comme le fleuve qui parcourt la Russie en charriant des saumons – et sans doute pas que. Motorama, depuis Rostov-sur-le(dit)-Don continue lui de charrier son rock nationaliste avec une classe de super tsar. Attention, quand on dit nationaliste, on ne fait pas allusion au phénomène de repli (ou même d'ailleurs d'expansion) qui semble traverser la société russe (et malheureusement pas que celle-ci). Non, on parle ni plus ni moins que de l'un des meilleurs groupes du monde de ces dernières années, leurs jumeaux-miroirs nés de l'autre côte du monde, ces types qu'ils auraient pu reluquer et réciproquement par-dessus le détroit de Béring il y a encore quelques décennies en se disant : «mince, qu'est-ce qu'ils nous ressemblent, ces gars.» On parle de The National. Car oui, on l'a déjà écrit ici précédemment, il y a quelque chose de la grâce grave d'un Matt Berninger dans la voix de Vladislav Parshin, et c'en est parfois troublant. C'est d'ailleurs sans doute aussi ce que pense l'indispensable label bordelais Talitres, qui nous a déniché ce groupe comme il l'avait fait

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Bruits de saison

MUSIQUES | Est-ce parce qu'on commence à être habitué à ce genre de cirque ? Toujours est-il que non, le bruit qui accompagnera la venue lyonnaise d'une Christine & the Queens au sommet du succès ne suffira pas à éclipser le reste d'une programmation de fort belle facture. Et vous savez quoi ? C'est tant mieux. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 6 janvier 2015

Bruits de saison

En matière de musique, la hate est un fruit de saison, savamment cultivée par les réseaux sociaux, par ce fléau mondial que constitue l'aigreur d'estomac – surtout en sortie de fêtes de fin d'année –, par quelques médias victimes d'hypocondrie culturelle et, il faut bien le dire, par ceux qui la provoquent. On a ainsi droit comme ça à un ou deux boucs émissaires par an cristallisant les crispations d'une certaine branchitude mal définie. On ne vous fera pas languir plus longtemps : après Woodkid, Stromae et Fauve (qui reviendra, le 2 avril, en grande surface qui plus est, puisqu'à la Halle Tony Garnier, ramasser des forêts de cœurs avec les doigts et sans doute quelques seaux de merde), c'est au tour de Christine & the Queens (4 mars au Transbordeur) d'énerver son monde sur le thème : talent fou ou blague de l'année ? Alors oui, dans ces cas-là, o

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Trésor National

MUSIQUES | Si The National n'est pas le meilleur groupe du monde – méfions-nous, ce n'est pas impossible – il en est le plus fascinant. Oscillant entre blizzard glacé du détachement et orages de chaleur humaine, et trouvant au milieu un chemin de croix rock de toute beauté. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 15 juillet 2014

Trésor National

«Si les National étaient noirs, ce serait du blues. Mais c’est du cafard à la mie de pain blanc, spleen vieille Europe déracinée» écrivait l'an dernier ce brave Bayon à l'occasion de la sortie du déceptif (pas pour lui) Trouble Will Find Me. C'était aussi le cas de Joy Division, gang de blues blafard au groove épileptique dépigmenté par l'atmosphère grassement grise d'une Manchester pas encore Mad. Coincée sur la route du blues entre Chicago, Léviathan du Midwest, Saint-Louis, la porte d'entrée de l'Ouest, et le Nord-Est industriel, Cincinnati, ville natale de The National, n'a rien à envier à la cité de briques des Midlands – ce nœud fluvial a perdu la moitié de ses habitants en soixante ans du fait de l'avènement du rail. C'est une très jolie ville où personne ne va jamais et où il vaut mieux aimer le baseball. Pas le genre à valider des destins donc. De Cincinnati, rapidement évacuée à l'heure des études, d'abord par Matt Berninger et Scott Devendorf, puis par leurs cadets, Bryan Devendorf et ses potes les jumeaux Dessner, les National ont ramené un élan mauss

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Nuits de Fourvière 2014 - La programmation

CONNAITRE | 65 spectacles, 170 levers de rideau, des rendez-vous au TNG, à Gadagne ou à la Maison de la danse : les Nuits de Fourvière s'annoncent plus foisonnantes que jamais. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Jeudi 13 mars 2014

Nuits de Fourvière 2014 - La programmation

L'an passé, nous saluions le starpower de la soixante-huitième édition des Nuits de Fourvière. Maintenant que nous connaissons la teneur de la soixante-neuvième, nous voilà contraints de revoir notre jugement à la baisse : en termes d'éclat et de densité, la programmation de 2014 est à celle de 2013 ce que la Grande Nébuleuse d’Andromède est à la Voie Lactée. Le principal artisan de ce saut hyperspatial qualitatif n'est autre que Richard Robert, transfuge des Inrockuptibles qui semble avoir avoir définitivement trouvé ses marques de conseiller artistique. Impeccablement équilibré entre reconnaissance de phénomènes franco-belges (Phoenix,  Fauve et Stromae), concerts événementiels (un hommage à Robert Wyatt, Benjamin Biolay qui dirigera un orchestre pour sa nouvelle muse, Vanessa Paradis), rappels de la suprématie de la pop d'outre-Manche (le collectif multimédia Breton, Damon Albarn pour son premier album solo, Franz Ferdinand, Miles Kane), passages ob

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Let's folk !

MUSIQUES | Où qu'il puise ses origines éparpillées, le folk aura toujours été une affaire de transmission. C'est bien là l'esprit de la double rencontre organisée à la (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 25 janvier 2013

Let's folk !

Où qu'il puise ses origines éparpillées, le folk aura toujours été une affaire de transmission. C'est bien là l'esprit de la double rencontre organisée à la Maison du Livre, de l'Image et du Son de Villeurbanne. D'abord, autour de l'ouvrage Folk et Renouveau (Le Mot et le Reste), publié en 2011 par Bruno Meillier et l'immense Philippe Robert : une plongée dans pas moins de neuf décennies d'americana, d'Harry Smith à Bon Iver, en passant par les incontournables Dylan, Donovan, Young, Jansch et consorts pour comprendre non seulement d'où elle vient mais également où elle va. À ce titre, il sera aussi utile d'aller à la rencontre de Yann Tambour, alias Stranded Horse, petit gars du Cotentin bercé au rock anglais et toqué de kora, instrument traditionnel mandingue dont la pratique est traditionnellement réservée à la caste des griots mais dont il fait son miel en même temps qu'une drôle de tambouille, entre folk, musique africaine et pop anglo-saxonne. Sur le sublime Humbling Tides, il reprenait par exemple

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In Trust we trust !

MUSIQUES | Trust se serait donc une nouvelle fois reformé pour une tournée qui passerait par le Sonic ? Il faudrait être naïf pour le croire mais sur le papier tout porte à croire que c'est effectivement le cas. À moins qu'on ait affaire là à un cas d’homonymie caractérisé et accidentel. Ce sont des choses qui arrivent. Stéphane Duchêne.

Stéphane Duchêne | Vendredi 11 janvier 2013

In Trust we trust !

Bien, asseyons-nous tranquillement, détendons-nous les jambes – nous en aurons besoin plus tard pour danser – et évacuons d'entrée le malentendu qui sourd à l'horizon car on voit d'ici les fans d'un certain groupe punk français avoir des vapeurs anti-sociales et perdre leur sang froid. Alors voilà : non, Trust n'est pas la formation culte de Bernie Bonvoisin et du guitariste Nono – de toute manière une récente jurisprudence passée totalement inaperçue interdit, on cite, «à tout guitariste d'une formation d'inspiration rock de se faire appeler Nono, ça fait plouc». Précisons que cela vaut également pour les Dédés, les Gégés, les Momos, tous invités à se tourner vers l'accordéon ou la guitare manouche. Certes, on n'est pas beaucoup mieux barré avec le chanteur de notre Trust à nous : Robert Alfons, un patronyme qui fait davantage sous-secrétaire d'État aux hémorroïdes que rock star. Reste qu'avec son binôme Maya Postepski (on progresse), Robert est à la tête d'un Trust au magnétisme certain. Le genre de truc qu'on écoute sans trop y penser et qui vous colle au papier peint avant de vous envelopper avec, façon chrysalide. Confusion des gen

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Nuits sonores – Dimanche 20 - Report

MUSIQUES | Sept lieux, six sessions de 9h de live, trois concerts spéciaux. Il fallait bien ça pour fêter les dix ans de Nuits sonores, fleuron européen de la musique électronique (et plus si affinités). Compte-rendu du jour 5.

Benjamin Mialot | Lundi 21 mai 2012

Nuits sonores – Dimanche 20 - Report

L'envie n'y était plus. Dans le même état d'inadéquation au monde et de fatigue émotionnelle qu'un explorateur de retour d'un continent jusqu'alors inconnu, on ne se voyait pas embarquer pour une nouvelle destination. Il y avait encore tant à découvrir de la première. Surtout, on ne voyait pas comment New Order, malgré toute la symbolique entourant sa venue, allait pouvoir soutenir la comparaison avec le parangon d'hédonisme que fut la nuit précédente. C'est le concert de Mudhoney qui a commencé à nous ouvrir les yeux. Un vrai beau concert de rock'n'roll, économe en artifices et généreux en décibels, donné dans le club du Transbordeur devant un petit comité d'enthousiastes du Seattle sound. Tout ce qu'on attendait, en somme, des guignolos with an attitude que ce sont révélés être les cautions électriques des NSDays. De New Order, «simple» légataire de Joy Division devenu dès sa troisième année d'existence (soit en 1983) l'une des formations les plus influentes de la planète, on n'attendait en revanche pas grand-chose. En tout cas ri

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Blue Sunday

MUSIQUES | Autant si Téléphone se reformait, on reprendrait deux fois des moules, comme disait Desproges, autant l'annonce de la reformation de New Order et surtout leur venue à Lyon le dimanche 20 mai en clôture de Nuits Sonores, nous laisse tout chose.

Stéphane Duchêne | Vendredi 11 mai 2012

Blue Sunday

Quand ils ont fini de s'envoyer des gobelets de bière à la tête, le fan de rock et celui d'électro se mettent d'accord sur une chose et cette chose s'appelle New Order, formation née des cendres de Joy Division et du cadavre de son chanteur Ian Curtis. Car en son temps, le début des 80's, New Order a inventé non pas le rock électronique (Kraftwerk l'avait fait avant) mais le rock électro qui se danse, et pas qu'un peu. Permettant au passage à la décennie 80 de vivre la dictature des synthés dans la dignité, à coups de tubes fédérateurs (Blue Monday, Bizarre Love Triangle). Surtout, après maintes traversées du désert et prises de bec (le bassiste Peter Hook a pris la tangente), New Order n'a jamais vieilli opérant plusieurs come-back, dont un saisissant aux débuts des années 2000 avec deux albums beaucoup plus «retour du rock». En attendant les Stone Roses, autre exemple de fusion entre pop et danse de Saint-Gui, à Fourvière en juin, New Order marque la première étape d'une «fooking» invasion mancunienne, comme on dit dans le nord de l'Angleterre. Stéphane Duchêne

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Concerts (très) spéciaux

MUSIQUES | RE : ECM, samedi 19 mai au Théâtre des Célestins Prenez une référence de la minimale et un pionnier de l'ambient, à savoir Ricardo Villalobos et Max (...)

Benjamin Mialot | Mardi 8 mai 2012

Concerts (très) spéciaux

RE : ECM, samedi 19 mai au Théâtre des Célestins Prenez une référence de la minimale et un pionnier de l'ambient, à savoir Ricardo Villalobos et Max Loderbauer. Confiez-leur le catalogue du visionnaire label de jazz ECM. Vous obtenez ce qui promet d'être l'un des moments les plus stimulants du festival. Mudhoney, dimanche 20 mai au Transbordeur Mudhoney, c'est d'abord une belle bande de losers, qui fuit toute sa carrière le microcosme grunge pour être finalement considérée comme son modèle. C'est surtout, près d'un quart de siècle après sa première répèt', un fuckin' grand groupe de rock'n'roll. New Order, dimanche 20 mai à la Sucrière «On n'a pas l'habitude d'inviter des têtes d'affiche de cette ampleur. On fait une exception, car New Order est pour nous un groupe matriciel, qui non content d'avoir fait la musique indé anglaise vers la dance, fait la synthèse entre les différents points de vue de l'équipe».

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Housse music

MUSIQUES | Jadis groupe concept alliant, on ne sait trop pourquoi, pop et tennis, Housse de Racket a depuis un moment délaissé les passing-shots et livré l'an dernier un album qui mériterait de figurer dans les dix premiers du classement "ATPop". Sortez les Stan Smith, ils débarquent au Kao et ça va danser au filet. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Jeudi 19 avril 2012

Housse music

«Le sport c'est des notes et un blouson, c'est autant visuel que sonore», a déclaré, la semaine dernière, Sébastien Tellier dans les Inrocks. Une devise qu'auraient pu faire leur les Housse de Racket à leurs débuts. À ceci près que le duo de Chavile avait considéré qu'en été un blouson, ça tient chaud : mieux vaut un short, un bandeau à visière, des poignets en éponge et (au cas où on aurait envie de faire un tennis), une raquette. Au point qu'on s'était alors demandé si les enfants cachés de Pit & Rick ne s'étaient pas mis en tête de donner une suite à «La Cicrane (dont les ailes étaient en raquettes de tennis, souvenez-vous, lol) et la Froumi». Bref, on a un peu cru à la blague. Savant mélange plutôt efficace – quoi qu'un peu putassier – d'inspiration house (de racket) et de pop à la Phoenix, on goûtait un peu moins les paroles en français un peu pourraves, ce qui n'empêcha guère le petit succès de Forty Love et du single Oh Yeah !, y compris à l'étranger où l'on ne comprenait pas un traître mot de tout ça.

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Nouvel ordre sonore

MUSIQUES | Nouveaux programmes, nouveaux rythmes, nouveaux lieux, du 16 au 20 mai, c'est ainsi que se résumera cette année la 10e édition de Nuits sonores qui vient de dévoiler ses première pépites en attendant l'annonce à venir de la programmation complète. Stéphane Duchêne

Dorotée Aznar | Jeudi 26 janvier 2012

Nouvel ordre sonore

Ne faisons pas durer le suspense plus longtemps. Oh et puis si. Attention... Suspense. Ayé. C'est l'une des premières grandes nouvelles de cette 10e édition de Nuits Sonores, forcément porteuse de symbole – l'édition comme la nouvelle – l'événement du festival cette année : la venue exceptionnelle, le 20 mai, de... New Order ! Quel meilleur candidat que le groupe de Manchester, nés sur les cendres de Joy Division – ou plutôt de son chanteur Ian Curtis, savant mélange né des premiers balbutiements de l'électro et de l'âge d'or de l'indie rock anglais pour résumer 10 ans d'exploration électro et indie du petit festival lyonnais devenu grand ? Quand on songe en plus que le groupe inaugura le Transbordeur il y a plus de 20 ans, on boucle une sacrée boucle. Vagabondage L'autre des premières grandes nouvelles de la décennie anniversaire de Nuits Sonores c'est le «déménagement» du festival. Après plusieurs éditions au Marché Gare, désormais en voie de destruction, Nuits Sonores reprend ses vieilles habitudes vagabondes, du moins en partie. Toujours installé à l'Hôtel de ville (Village sonore et Labo), à la Galerie des Terreaux (accuei

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Dance Machines

MUSIQUES | Repères / Avant les Klaxons, la dance music a plusieurs fois chatouillé le rock anglais. Souvent depuis la terre Sainte de Manchester. Exemples. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mercredi 7 mars 2007

Dance Machines

New Order Après Movement (1981) qui répand encore les cendres froides de l'ancien groupe des Mancuniens, Joy Division, New Order se tourne d'un coup vers la vogue de l'électro-pop, une musique glacée et sucrée qui fait frétiller à coups de synthés. La légende raconte qu'une erreur de branchement d'un synthétiseur produisit ce son saccadé caractéristique entendu pour la première fois sur le single Eveything's gone green puis sur le révolutionnaire Blue Monday (1983). Pendant plus de dix ans, New Order réussira l'exploit considérable de faire danser puristes new wave et lecteurs de Sylvia Plath. Avant un retour fracassant (et très rock) en 2001 via Get Ready. Happy Mondays Fin des années 80 : quand ils ne vendent pas toutes les drogues possibles dans les clubs de Manchester, les Happy Mondays occupent leur temps très libre à mélanger tous les morceaux entendus lors de leurs transactions nocturnes. Basse funky, chœurs gospels, guitares pop, voix branleuses, intenables rythmes house ou world, les Mondays se retrouvent aux commandes d'une des plus redoutables machines à groove de l'Histoire. Et passent en un temps record du statut de dealer à celui de leader (avec les Stone Roses

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Control

ECRANS | D'Anton Corbijn (Ang, 1h59) avec Sam Riley, Samantha Morton...

Christophe Chabert | Mercredi 3 octobre 2007

Control

S'attaquer à la légende d'un artiste est un exercice périlleux. Surtout lorsque celui-ci est aussi vénéré et fantasmé que Ian Curtis, chanteur et parolier de Joy Division, disparu à l'âge de 23 ans. Chaque fan s'attendra à ce que le film ne s'adresse à lui et à personne d'autre, que chaque plan mettant en scène son idole soit une glorification ajoutant sa pierre à l'édifice. Anton Corbijn, photographe et clippeur ayant côtoyé Curtis, a su à ce titre couvrir ses arrières, tout en optant pour des partis pris visuels et narratifs tranchants. Il adapte le livre de Deborah Curtis (veuve du chanteur et productrice du film avec Tony Wilson, ancien responsable de Factory Records), et s'est adjoint les services des musiciens originels pour une partie de la bande-son. Mais son optique est de s'intéresser à l'homme plus qu'à ses créations (même s'il sacrifie, en une occasion malheureuse, à une explication de texte expéditive). Corbijn transpose ses obsessions esthétiques (un noir et blanc organique, des jeux déstabilisants sur la profondeur de champs, qui isolent ici le sujet jusqu'à le marginaliser totalement) à une trame diffuse, refusant toute épate. Sam Riley, interprèt

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