Django Django Unchained

MUSIQUES | Derrière l'un des groupes britanniques les plus excitants du moment se cachent des musiciens maniaques qui mêlent aptitude innée à pondre des tubes et liberté de mouvement artistique absolue. Une formule imparable. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 23 novembre 2012

On se demande comment les Beaux-Arts britanniques parviennent encore à former des artistes, au sens classique du terme, tant elles accouchent depuis la nuit des temps – c'est-à-dire les années 60 – de musiciens géniaux (certains vous diront que si c'est pour finir par prendre des photos de gros anglais moches sur une plage, comme Martin Parr, ou couper des vaches en deux, comme Damien Hirst, c'est peut-être mieux comme ça).

Django Django en est la dernière preuve manifeste puisque que c'est sur le banc des Beaux-Arts d'Édimbourg que Dave MacLean et Vinnie Vett se sont trouvés. L'avantage des Beaux-Arts en matière de musique par rapport à, disons l'ENA, qui à part Jean-François Copé (pas le dernier au clavier et as du pipeau) a produit peu de virtuoses, c'est qu'elle permet aux musiciens qui s'en échappent de livrer des packages esthétiques complets, une sorte de vision. Ce fut le cas par exemple de Roxy Music, qui n'aurait probablement jamais porté de costumes en matières chelous, si certains d'entre eux, à commencer par Bryan Ferry, n'avaient fréquenté des écoles d'arts. Comme quoi.

Life's a beach

Au-delà de leur univers visuel forcément très arty (voir le clip du très ensoleillé Hail Bop, notamment), cette cohérence esthétique est pourtant difficile à dénicher chez Django Django, dont la musique est issue d'un cerveau non pas monomaniaque mais schizophrène. Celui de Dave MacLean, également producteur du groupe. Lequel peaufine des sons et des ambiances qui n'auraient pour seul fil rouge, ténu mais solide, qu'un sens certain du psychédélisme fait de guitares 60's alliées à des rythmiques de notre temps.


Django Django - Hail Bop par djangodjango

C'est que MacLean est le frère d'un des membres de feu The Beta Band qui fut le temps d'un clin d'oeil le roi du pétrole critique avec sa pop échangiste et transformiste – des titres comme Waweforms ou Zumm Zumm portent clairement la marque de cet atavisme familial. Django Django serait-il le chaînon manquant entre un Beta Band trop en avance sur son temps (et vite à court d'idées) et la pop sophistiquée que les Anglais, de Breton à Alt-J, nous proposent en ce moment ? De Default, petit hymne dingo, improbable croisement de Vince Clarke (Depeche Mode, Erasure), de riffs rolling-stono-kinksiens et de scat bègue, à Life's a Beach (tiens comme la dernière expo de Martin Parr), tentative de surf-music sur la mer rouge en passant par Skies in Cairo qui survole carrément l'Egypte à dos de serpents, on est tentés de le croire. Non vraiment, il aurait été dommage que ces types-là aillent encombrer les foires d'Art contemporain plutôt que d'illuminer ce qu'il reste de bacs à disques.

Django Django
Au Kao, jeudi 29 novembre

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Django Django, les maîtres de l'univers pop

MUSIQUES | Il y a un moment, à 4'30'' de Giant, le premier morceau de Born Under Saturn, l'album que vient nous présenter Django Django, où le monde semble s'ouvrir (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 15 septembre 2015

Django Django, les maîtres de l'univers pop

Il y a un moment, à 4'30'' de Giant, le premier morceau de Born Under Saturn, l'album que vient nous présenter Django Django, où le monde semble s'ouvrir en deux sur un changement de ton. Et où, sur fond de claviers quasi carpenteriens, sous un empilement de "ouh ouh" et perdu dans une rythmique space funk, un chœur chante «Take it back if you really, really wanna take it to the stars». Là commence un voyage qui n'est que changement de direction dans l'espace-temps (d'où sans doute la référence à Saturne, planète géante, donc, et dieu du temps du panthéon romain). Car Born Under Saturn est plein de fausses cassures de rythme (le "sax" de Reflections) qui sont autant de passages semblables à ces trous de vers qui permettraient en théorie d'accéder d'un bout du cosmos à l'autre ; plein de sauts quantiques musicaux qui ne sont pas sans rappeler, en plus sophistiqué, la manière qu'avaient en concert leurs aînés du Beta Band de s'échanger les instruments en plein milieu d'un morceau ; plein de ces digressions dignes, tant pis, on les cite, des contrepoints chers aux Be

Continuer à lire