Villagers

MUSIQUES | {Awayland} (Domino/Pias)

Stéphane Duchêne | Lundi 21 janvier 2013

Il est une devise de notre maître-écrivain lyonno-québécois Alain Turgeon, qu'on confesse volontiers citer un peu trop souvent – sans toutefois envisager une seconde de s'en excuser – un adage que l'on peut faire sien pour caresser ses désillusions : « attendez-vous au meilleur, vous serez mieux déçus ». On y pense lorsqu'on entend pour la première fois le single Nothing Arrived, extrait de {Awayland}, le deuxième album de Villagers.

 

Sur ce titre qui oscille entre le romantisme benêt mais arrache-coeur d'un Tom Petty – le type sait tricoter une mélodie ascensionnelle qui vous retient à jamais par le col –, la grandiloquence éthylique d'un Mike Scott (The Waterboys), et les cavalcades sur terres brûlées d'Arcade Fire, Conor O'Brien, tête d'oisillon écarquillée chante « I waited for Something and Something Died / I waited for Nothing and Nothing arrived » puis plus loin « I guess I was busy when Nothing arrived ». Non seulement, rien n'est arrivé, mais en plus il était trop occupé pour le voir.

 


Villagers - Nothing Arrived (Official Video) par domino

 

Voilà donc Conor O' Brien, irlandais de son état, petit de taille mais gros de tête, ce qui correspond en tout point à la description du génie Irlandais, qu'il soit mauvais (le folklorique Leprechaun) ou bon (le siphonné symphonique Neil Hannon). Sur Becoming a Jackal, l'album qui le révéla (et lui valut en plus de multiples prix, une petite apparition aux Nuits de Fourvière), il nous offrait a Ship of Promises, un vaisseau de promesses. Celles d'un futur d'autant plus radieux que le présent de cet album était déjà aveuglant de talent et de songwriting impeccable (les inoubliables That Day et The Pact (I'll be your fever).

 

VILLAGERS "The Pact (Ill Be Your Fever)" (2011) par domino

 

Picaresque

Ce vaisseau-là nous a déposé sur {Awayland}, le morceau My Lighthouse, accompagnant la fin du voyage, annonçant le programme : « And we'll be there for right our wrongs / In the time it took to write this song ». {Awayland} est un pays si riche et vaste que s'y balader nécessite une carte. Non pas pour s'y retrouver mais pour s'y perdre, parce qu'on n'a guère envie d'autre chose. Quand O'Brien en dévoila la première pierre électro-ionisante, The Waves, tous ceux qui l'avaient pris pour un folkeux – un foutu malentendu, en vérité – s'égarèrent dans l'invective à la manière des fans de Bob Dylan en ce jour de 1965 au Newport Festival où il brouilla tous leurs repères.

 

 

Dylan justement, O'Brien œuvre dans les pas de sa torrentielle verve poétique sur le très « Desolation Row-esque » et picaresque Earthly Pleasure, riche de vers tels que « Naked on the toilet with a toothbrush in his mouth / When he suddenly acquired an overwhelming sense of doubt », « So there he was in front of her divine simplicity / And she was speaking Esperanto and drinking ginger tea » ou encore « The only thing that children cherish is to move up the ranks / Lucifer is in our court, Beelzebub is in our banks ». Un homme y vit plusieurs vies depuis sa salle de bain, comme le Bobby Pilgrim d'Abattoir 5 de Kurt Vonnegut habite plusieurs réalités pour mieux fuir la sienne, celle des bombardements de Dresde en 1945.

 

Outre Dylan et le cosmologiste Carl Sagan (The Waves), Kurt Vonnegut et plus particulièrement Abattoir 5, ce « Voyage au bout de la nuit avec une quatrième dimension » comme l'avait écrit un critique, sont la grande influence avouée d'un album qui ne doit pas son titre au hasard. Car {Awayland} n'est ni du présent, ni du futur, c'est un monde parallèle et mental. Il s'agit d'être présent au monde tout en étant ailleurs et, comme chez Vonnegut, grand styliste de la dérision salvatrice, de jouer avec l'ironie comme une arme de stoïcisme (Nothing Arrived, encore, mais aussi The Bell).

 

A kingdom for a song

O'Brien s'invente donc un pays pop imaginaire, aux frontières infinies, comme un enfant ferme les yeux pour ne plus voir ce qui l'effraie ou, au contraire, manipule ses peurs, anticipe ses craintes, pour mieux les conjurer. Faux cynisme d'enfant terrorisé qui fait écrire à Alain Turgeon dès les premières pages de Gode Blesse, à la découverte d'un chat crevé dans un sac plastique, trauma enfantin qui conditionnera beaucoup de choses  : « Elle va m'en faire voir de belles choses la vie. Je crois que c'est de là que je m'attends toujours au pire. » Ou à Vonnegut dans Abattoir 5 : « Les deux éclaireurs qui avaient laissé choir Billy et Fumeux venaient de se faire abattre. Ils s'étaient embusqués, attendaient les Allemands. On les avait découverts, canardés par derrière. Maintenant, ils mourraient dans a neige, sans souffrance et faisaient du blanc manteau un sorbet à la fraise. C'est la vie.»

 

Le prétendu cynisme même d'un Dylan – « when you got nothin' you got nothin' to lose » sur Like a Rolling Stone – était, bien entendu, une grimace d'innocence qu'O'Brien fait sienne quand son « I waited for Nothing and Nothing arrived », phrase clé donc, combine ces deux notions contradictoires, cette ubiquité morale qui de manière logique ne peut qu'enrichir musicalement un album sans aucune retenue. O'Brien, Billy Pilgrim pop, résume cela en une phrase : « One man's innocence is another chance ». La saisir c'est se donner l'occasion d'atteindre, lui en tant que songwriter, nous en tant qu'auditeurs, une outre-réalité vonnegutienne qui nous soulage de la nôtre, de lutter contre le « principe de réalité ».

 

Sur le déchirant Grateful Song, à la manière de Mark Linkous de Sparklehorse, auteur-compositeur notoirement dépressif, – et suicidé – de l'album It's a Wonderful life, O'Brien lâche une autre phrase clé :« Yes, we are thankful for the misery / From which we stole this Grateful song ». A Linkous qui murmurait sur Homecoming Queen, les vers de Richard III « a horse, a horse, my kingdom for a horse », O'Brien pourrait répondre « a song, a song, my kingdom for a song » si, justement, son royaume à lui, imprenable, n'était pas fait que de chansons. « (…) We'll be there for right our wrongs / In the time it took to write this song » avait-il-prévenu.

Stéphane Duchêne 

 

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Arcade Fire à Fourvière : le feu dans l'arène

Rock | Réputé pour ses prestations live flamboyantes, Arcade Fire revient à Fourvière retrouver le public qui l'avait tant aimé il y a dix ans, alors qu'il entamait leur ascension fulgurante. Communion collective en vue.

Stéphane Duchêne | Mardi 30 mai 2017

Arcade Fire à Fourvière : le feu dans l'arène

Dans le live filmé à la Salsathèque de Montréal en 2013 par nul autre que Roman Coppola, alors qu'Arcade Fire se livrait à une série de concerts happenings secrets, en apéritif de leur dernier album en date Reflektor, une poignée de caméos venaient pimenter le moment, incluant James Franco, Ben Stiller, Bono ou Michael Cera. Parmi eux, Zach Galifianakis (aka le gros barbu de Very Bad Trip) y allait de cette blague : « Lors de vos premiers concerts, il y avait plus de personnes sur scène que dans le public, vous n'avez pas besoin de trois batteurs. » S'il y a un peu de vérité dans cette blague de sale gosse, tant la troupe Arcade Fire pourrait reprendre pour elle le slogan d'Anonymous (dont ils sont un peu le versant rock) : « nous sommes légion », cela n'a pas duré longtemps. Il aura suffit, il y a douze ans, d'un buzz né des internets, à l'époque beaucoup moins prescripteurs qu'aujourd'hui où la viralité ne connaît pas de limite, puis de la sortie de Funeral, pour qu'Arcade Fire passe en quelques mois de curiosité indé à nouveau sauveur du rock des années 2000. Fanfare rock et f

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Arcade Fire et Brian Wilson aux Nuits de Fourvière

Festival | Le festival Nuits de Fourvière vient de dévoiler sa programmation et ne déçoit pas : Arcade Fire, Benjamin Clementine ou encore Brian Wilson seront à Lyon cet été.

Sébastien Broquet | Jeudi 23 mars 2017

Arcade Fire et Brian Wilson aux Nuits de Fourvière

Musique On connaissait le nom de l’artiste chargé de l’ouverture : M, avec son projet infusé au Mali, Lamomali. Il faut ajouter aux dates immanquables du calendrier Arcade Fire ou encore la légende Brian Wilson, venant fêter les 50 ans du culte album Pet Sounds. Le programme complet : 1er au 3 juin : M présente Lamomali 5 juin : Arcade Fire + Barbagallo 16 juin : Julien Doré 19 juin : Benjamin Biolay + La Femme 20 juin : Paolo Conte 28 juin : Foals + Pumarosa 29 juin : Benjamin Clementine 4 juillet : Alt-J 5 juillet : Titi Robin + Rebel Diwana 6 juillet : Goran Bregovic & l'Orchestre National de Lyon 7 juillet : Yann Tiersen + François & the Atlas Mountain 9 juillet : Gaëtan Roussel & Rachida Brakni + Labelle

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La meilleure Comedy de l'année

Pop | Six ans après son dernier album, Neil Hannon de The Divine Comedy revient avec un Foreverland tout en contraste. La simplicité structurelle de la pop y côtoie des orchestrations sublimes, et l'intimité de certains titres rencontre l'humour d'autres. Absolument divin.

Gabriel Cnudde | Vendredi 28 octobre 2016

La meilleure Comedy de l'année

Il ne porte pas de couronne ni de sceptre, mais Neil Hannon est bien un empereur. À la tête de The Divine Comedy depuis plus de 25 ans, le Nord-Irlandais règne sur un territoire immense où se rejoignent les frontières de la pop et de la musique classique. Avec son onzième album, Foreverland, ce dandy hors du temps met en place une nouvelle fois un voyage temporel réjouissant. Un voyage naïf mais pas niais, pop mais pas mielleux, intimiste mais pas égocentrique ; bref, un voyage absolument indispensable pour tous ceux qui pensaient la pop morte et enterrée depuis des années. Invoquant de grandes figures du passé pour l'aider sur le champ de bataille (Napoleon Complex, Catherine the Great), Neil Hannon remporte toutes ses campagnes. Alliant la simplicité structurelle de ses morceaux à une orchestration instrumentale monumentale, il surprend. Avec lui, ce qui pourrait sonner banal et déjà vu devient grandiose. Orchestre pop C'est bien là tout le talent de The Divine Comedy : faire de la pop un genre orchestral majestueux. La guitare côtoie un clavecin lyrique, un ensemble de cordes

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Divine Comedy en concert au Radiant

Pop | Alors voilà, la chose se nomme Foreverland, sort le 2 septembre et nom de Dieu il était temps, puisque le dernier album de Divine Comedy datait de 2010 (...)

Stéphane Duchêne | Mercredi 1 juin 2016

Divine Comedy en concert au Radiant

Alors voilà, la chose se nomme Foreverland, sort le 2 septembre et nom de Dieu il était temps, puisque le dernier album de Divine Comedy datait de 2010 (certains fans ont failli en attraper une voulzyte). Le gars Neil Hannon semble être reparti pour nous livrer l'un de ces albums semi-conceptuels (on fête cette année les vingt ans de son Casanova) et nous promet rien moins que du grandiloquent et du rêve (il serait question de La Grande Catherine et de La Légion Etrangère). Mais comme on n'est pas là pour parler sorties d'albums, réjouissons-nous plutôt du retour de la belette irlandaise. Au Radiant-Bellevue, le 2 novembre.

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Nuits de Fourvière 2014 - La programmation

CONNAITRE | 65 spectacles, 170 levers de rideau, des rendez-vous au TNG, à Gadagne ou à la Maison de la danse : les Nuits de Fourvière s'annoncent plus foisonnantes que jamais. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Jeudi 13 mars 2014

Nuits de Fourvière 2014 - La programmation

L'an passé, nous saluions le starpower de la soixante-huitième édition des Nuits de Fourvière. Maintenant que nous connaissons la teneur de la soixante-neuvième, nous voilà contraints de revoir notre jugement à la baisse : en termes d'éclat et de densité, la programmation de 2014 est à celle de 2013 ce que la Grande Nébuleuse d’Andromède est à la Voie Lactée. Le principal artisan de ce saut hyperspatial qualitatif n'est autre que Richard Robert, transfuge des Inrockuptibles qui semble avoir avoir définitivement trouvé ses marques de conseiller artistique. Impeccablement équilibré entre reconnaissance de phénomènes franco-belges (Phoenix,  Fauve et Stromae), concerts événementiels (un hommage à Robert Wyatt, Benjamin Biolay qui dirigera un orchestre pour sa nouvelle muse, Vanessa Paradis), rappels de la suprématie de la pop d'outre-Manche (le collectif multimédia Breton, Damon Albarn pour son premier album solo, Franz Ferdinand, Miles Kane), passages ob

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En terre inconnue

MUSIQUES | Suite à leur inaugural Becoming a Jackal, les Villagers, qu'on prenait pour une bande de gentils folkeux sophistiqués, se sont en fait révélés être un troupeau (...)

Stéphane Duchêne | Mercredi 6 novembre 2013

En terre inconnue

Suite à leur inaugural Becoming a Jackal, les Villagers, qu'on prenait pour une bande de gentils folkeux sophistiqués, se sont en fait révélés être un troupeau d’aliens propre à plonger les "cryptozoopopologues" dans des abîmes de doute et de migraine. Après le single teinté d’électro The Waves qui, toute proportion gardée, fit passer sur l’échine des fans comme un sentiment de "Dylan passe à l’électrique" – le second album {Awayland} fut l’objet du délit : une terre inconnue, un univers entier à découvrir, un monde parallèle que le mini-démiurge Conor O’Brien a modelé, en auteur boulimique, à la lueur de l’Abattoir 5 de Kurt Vonnegut. Un {Awayland} que l’on fantasme autant qu’on l’écoute, prisonnier de l’esprit d’un enfant qui gambaderait partout du moment qu’il ne s’agit pas du monde réel mais d’un eldorado de liberté (In a Newfound Land You’re Free). D’où cette atmosphère d’étrangeté rêveuse – depuis sa salle de bain, on voyage jusqu’à la guerre d’indépendance brésilienne sur Earthly Pleasure – et de positivisme naïf jailli de la primale in

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Bob Dylan ou la quête du Greil

CONNAITRE | A la poursuite de la chimérique Vérité dylanienne depuis près de 50 ans, et déjà auteur de plusieurs ouvrage sur la question, le critique rock et théoricien pop Greil Marcus compile près de 40 ans d'articles sur l'homme qui a révolutionné le rock. Drôle, souvent acide, d'une érudition sans borne, "Bob Dylan by Greil Marcus" constitue l'énième chapitre patchwork de la quête d'un Graal sans doute plus belle que sa résolution. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Lundi 28 octobre 2013

Bob Dylan ou la quête du Greil

En 1963, Greil Marcus, 18 ans, assiste à un concert folk dans le New Jersey. Joan Baez y convoque sur scène un jeune chanteur à l’allure étrange que Marcus, scotché, croise ensuite par hasard à l’arrière de la scène : «J’ai aperçu ce type, dont je n’avais pas bien saisi le nom, alors je suis allé vers lui. Il était en train d’essayer d’allumer une cigarette, il y avait du vent, ses mains tremblaient ; il ne prêtait attention à rien d’autre que l’allumette. Ma stupéfaction était telle, que ma bouche s’est ouverte : “Vous avez été formidable”, ai-je dit. “J’ai été nul à chier”, a-t-il rétorqué sans même lever la tête».   L’échange résume 50 ans de ce qui se tisse alors entre celui qui vient instantanément d'entrer en religion et l'oeuvre de son idole, décortiquée avec la patience du légiste, la perversité du fétichiste et la justesse morale d'un Salomon. Mais un autre fait illustre le rapport compliqué entre l’exégète exigeant et le missionnaire démissionnaire : Bob Dylan by Greil Marcus

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Le freak, c’est chic

MUSIQUES | Du freak, du fou, de la créature cramée, de l’inclassable, de l’incassable, du fragile, du fracassé, du fracassant, du marginal, du réfractaire, du réfracté, du revenant, du rêveur, du malade, du rageux, cet automne musical va en faire pleuvoir de partout. Du chelou comme à Gravelotte, qu’il va tomber. De belles tronches de vainqueur et des paluches pleines de talent, des noms à coucher dehors, du génie à la pelle, attaqué à la pioche. Ah, inquiétante étrangeté quand tu nous tiens ! Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Jeudi 19 septembre 2013

Le freak, c’est chic

Comme pour toute saison, tout événement, tout lancement, il nous faut un parrain, un type dont la stature et l'aura donnent immédiatement le ton. C'est Florent Pagny en total look peau de zobi à la Star Academy ou Alain Delon tenant des propos contre-intelligents sur l’homosexualité dans C à vous. Car oui, souvent, on a affaire à un type qui peut partir en vrille à tout moment, se mettre à dire n'importe quoi, comme n'importe quel parrain dans n'importe quel événement familial, ou comme un parrain de la mafia un peu sur les nerfs. C'est très bien, ça fait parler. Nous aurions pu assez logiquement choisir le parrain rock Don Cavalli, d’origine italienne et d’aspiration amerloque, comme tout parrain qui se respecte, et dont Les Inrocks qualifient avec raison la production de «rock tordu et primitif», quelque part entre la sève de Johnny Cash et les débordements d’un Beck. Bref, l’éternelle histoire du type né au mauvais endroit au mauvais moment et qui s’en accommode par le voyage intérieur (sur son dernier disque il va même jusqu’en Asie). En plus, dans le civil,

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The Delano Orchestra

MUSIQUES | EITSOYAM (Kütü Folk/Differ-ant)

Stéphane Duchêne | Lundi 4 février 2013

The Delano Orchestra

A sa manière, le label Clermontois Kütü Folk a toujours été l'équivalent français de son collègue canadien Constellation. Au sens où chez l'un, Kütü, comme chez l'autre, Constellation – qui ajoute une dimension résolument politique à sa raison d'être –, l'on ne voit la pratique musicale et tout ce qui l'entoure que comme un artisanat. Ce qui, outre la découverte de quelques talents bien salés, a longtemps valu à Kütü Folk, d'être le label-où-l'on-coud-ses-pochettes-à-la-main – un usage de l'aiguille alors bien peu répandu dans l'univers du rock. Xxx De ce collectif devenu label qui abrite aujourd'hui joyaux locaux (St Augustine, également membre fondateur, Zak Laughed) aussi bien qu'« estrangers » (Hospital Ships, SoSo), The Delano Orchestra tire depuis toujours plus ou moins les ficelles. Longtemps celles-ci son restées résolument folk. Mais comme le label, TDO a opéré avec l'énigmatique EITSOYAM une mue esthétique aussi impressionnante que légèrement entrevue sur leur précédent disque Will anyone else leave me. Dans une atmosphère amniotique et une lumière de nuit américaine qui vire au crépuscule islandais avorté –

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Let's folk !

MUSIQUES | Où qu'il puise ses origines éparpillées, le folk aura toujours été une affaire de transmission. C'est bien là l'esprit de la double rencontre organisée à la (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 25 janvier 2013

Let's folk !

Où qu'il puise ses origines éparpillées, le folk aura toujours été une affaire de transmission. C'est bien là l'esprit de la double rencontre organisée à la Maison du Livre, de l'Image et du Son de Villeurbanne. D'abord, autour de l'ouvrage Folk et Renouveau (Le Mot et le Reste), publié en 2011 par Bruno Meillier et l'immense Philippe Robert : une plongée dans pas moins de neuf décennies d'americana, d'Harry Smith à Bon Iver, en passant par les incontournables Dylan, Donovan, Young, Jansch et consorts pour comprendre non seulement d'où elle vient mais également où elle va. À ce titre, il sera aussi utile d'aller à la rencontre de Yann Tambour, alias Stranded Horse, petit gars du Cotentin bercé au rock anglais et toqué de kora, instrument traditionnel mandingue dont la pratique est traditionnellement réservée à la caste des griots mais dont il fait son miel en même temps qu'une drôle de tambouille, entre folk, musique africaine et pop anglo-saxonne. Sur le sublime Humbling Tides, il reprenait par exemple

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Sufjan Stevens

MUSIQUES | Silver & Gold – Songs for Christmas (Vol. 6-10) (Asthmatic Kitty/Differ-ant)

Stéphane Duchêne | Lundi 24 décembre 2012

Sufjan Stevens

Point n'est besoin de préciser que depuis des décennies, l'album de Noël est devenue une tarte à la crème. Ou plutôt puisque c'est le thème, une bûche, bien crémeuse, dont l'opportunisme commercial le dispute à la digestibilité musicale. Tous les plus grands (Elvis, Sinatra, Beach Boys, on en passe...) se sont collés à l'exercice – et d'ailleurs les plus petits aussi, ce qui prouve bien à quel point on a raison.   On se souvient par exemple d'un exercice dylanien, Christmas in the Heart (2009), à faire fuir la magie de Noël à dos de rennes boiteux, poignardant pour le coup de manière assez littérale Noël en plein cœur – « in the heart » –, ce qui le rendait aussi rigoureusement indispensable que tout grincheux à la table du réveillon.     Mais force est de reconnaître qu'au fil des ans l'exercice obligatoire consi

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Missile solaire

MUSIQUES | Toujours aussi affûté dans sa politique d'import/export (d'import surtout), le Kafé nous dégoupille cette semaine Monogrenade. Une bombe québécoise lancée très haut et qui ne devrait pas tarder à exploser. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mercredi 24 octobre 2012

Missile solaire

Quand un groupe a pour leaders un type nommé Jean-Michel Pigeon (précisons, pour ceux qui auraient suivi l'actualité médicale de ces dernières semaines, qu'il n'est pas médecin) et une fille baptisée Martine Houle, on ne peut que se laisser avoir et/ou emporter.   En tant que groupe québécois aux paroles saugrenues – visiblement une marque de fabrique locale – et aux ambiances à l'avenant, Monogrenade est le digne héritier d'un groupe comme Malajube – filiation évidente sur De toute façon. En moins farfelu tout de même, malgré cet aveu :« de toute façon, nous on fait les cons ». Et sans doute, ce n'est pas un vain mot, en plus musicalement ambitieux.   On pourrait tout aussi bien, sur certains morceaux les qualifier d'Arcade Fire francophone pour ces morceaux aux structures complexes, cavalantes et volontiers dissonantes. Il y a des cordes tantôt mélancoliques – comme sur L'araignée

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High Cool Musical

MUSIQUES | Qui a eu cette idée folle, un jour d'inventer School is Cool ? Une bande de jeunes anversois aux ambitions musicales démesurées, déjà prophète en son pays et qui pourrait bien faire office de révélation musicale de l'année dans pas mal d'autres contrées.

Stéphane Duchêne | Mardi 2 octobre 2012

High Cool Musical

Si l'on sait pertinemment, à force de l'entendre, que « La montagne ça vous gagne ! » ou que « le cheval c'est génial !», on n'a en revanche encore trouvé personne, de quelque côté de l'estrade que ce soit, pour affirmer qu'« A l'école qu'est-ce qu'on rigole ! ». Surtout en cette période où l'on voit défiler sur les plateaux télés des chapelets de profs qui, en guise de goûter, ont mangé du bourre-pif à la récré.   Fort heureusement, dès qu'il est question de prendre les chose à la « cool », il y a la Belgique : un pays, berceau du surréalisme, passé maître dans l'art de l'autogestion humoristique et de la dérision. C'est là qu'est né un groupe dont le seul nom, School is Cool – choisi un peu par défaut et parce que ça sonne bien –, nous redonne à lui tout seul foi en l'institution scolaire. Et musicale.   Car la pop du quatuor ne fait rien d'autre que de mettre un bon coup de tatane dans la fourmilière rock d'Outre-quiévrain.   Au point q

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Hannon solo

MUSIQUES | The Divine Comedy en solo : hérésie ou idée de génie ? La réponse ici et plus encore aux Nuits de Fourvière, dans le cadre de l'Odéon. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Jeudi 7 juin 2012

Hannon solo

L'annonce de la venue de Neil Hannon/The Divine Comedy, que l'on n'avait plus vu à Lyon depuis le début des années 2000 provoqua chez le fan de base du Nord-Irlandais une réaction qui se décline ainsi : «Ouuuuaais !!!» suivi de «Hein ? Mais qu'est-ce que c'est que cette blague ?». «Ouuuuais !!!» parce qu'on allait enfin pouvoir se refaire en live le best-of de l'auteur de Casanova (le disque, donc) et que, comme on connaît nos Nuits de Fourvière, elles allaient nous dégainer l'Orchestre national de Lyon, de Pékin ou même de Vesoul, peu importe, pour aller avec. Et «Hein ? Qu'est-ce que c'est que cette blague ?» au moment où l'on apprenait qu'An Evening with Neil Hannon signifiait qu'en réalité le petit homme allait se produire en solo à l'Odéon, au piano et à la guitare. Onze ans qu'on n'a pas vu Nilou et il se pointe les mains dans les poches, et pourquoi pas en pyjama ? Petite précision pour qui n'est pas familier de The Divine Comedy : sa pop aux accents baroques, classiques ou romantiques, faisant la part belle, entre autres, aux arrangements emphatiques, Neil Hannon seul, c'est u

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The Thick White Duke

MUSIQUES | Après "Cascadeur" l'an dernier, Rover est sans doute la révélation pop française de cette année. Un ovni romantique et bowie, dandy et bestial qui devrait envoûter par sa seule présence, les spectateurs du festival Changez d'Air. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 27 avril 2012

The Thick White Duke

Pour évoquer les «géants de la pop», on peut utiliser comme seul critère le gabarit et avoir de très beaux résultats musicaux : que l'on songe à Brian Wilson des Beach Boys (qui n'aurait jamais pu tenir sur un surf), Antony (qui derrière sa voix de vieille blues woman a la taille d'un buffle) et aujourd'hui Win Butler d'Arcade Fire (fameux joueur de basket) ou Sébastien Tellier (le Christ version Pépitos). Bien entendu cela exclut nombre de crevettes comme Brian Jones, Bob Dylan, David Bowie, Neil Hannon mais fort heureusement, l'important, comme le disait si justement un jour Amanda Lear, ce n'est pas la taille, c'est le goût. Alors oui c'est vrai, ce qui frappe en premier chez Rover, Timothée Régnier de son vrai nom, c'est cette masse pareille à celle d'un trou noir sur pattes, combattant lettré ou écrivain romantique de combat qui aurait fait le tour du Monde et en porte le poids sur ses larges épaules voûtées. En ce qui concerne Rover : de la Suisse aux États-Unis, en passant par le Liban, d'où il fut expulsé en 2006 pour atterrir en Bretagne. Le tour du monde des disques aussi : de Bowie aux Beach Boys, de Dylan aux Beatles. Le Big Four. 

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Concert à la carte

MUSIQUES | Web / Le 5 août dernier, toutes les personnes dotées d’un minimum de goût ont eu un orgasme artistique... Probablement désireuse de redorer son image (...)

Dorotée Aznar | Jeudi 18 novembre 2010

Concert à la carte

Web / Le 5 août dernier, toutes les personnes dotées d’un minimum de goût ont eu un orgasme artistique... Probablement désireuse de redorer son image ternie par des années de pratiques douteuses, la société American Express a lancé, en partenariat avec les sites Youtube et Vevo, le premier live de la série Unstaged : la retransmission en direct d’une performance filmée par un metteur en scène de renom, disponible pendant quelques jours en intégralité et gratuitement (bon, honnêtement, si vous maitrisez l’outil Internet, vous pouvez toujours le trouver). Pour inaugurer cette belle initiative, le choix se porta sur le concert d’Arcade Fire au Madison Square Garden, avec aux manettes ni plus ni moins que le grand Terry Gilliam, qui, pour une fois, ne fut frappé d’aucune malédiction dans ses velléités de metteur en scène. Il put ainsi disposer d’un nombre confortable de caméras (dans la fosse, dans divers points du public, en hauteur, sans oublier un raccord avec les vidéos diffusées sur l’écran en fond de scène pour quelques surimpressions du meilleur effet). Que ses contempteurs se rassurent, le cinéaste met provisoirement de côté son goût prononcé pour les torsions de focale et autr

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Discographie Arcade fire

MUSIQUES | 2004 : "Funeral"Le buzz Arcade Fire débute sur le net, si bien que quand "Funeral" sort enfin en France, toute la blogosphère n’a déjà plus que ses chansons (...)

Christophe Chabert | Mercredi 17 novembre 2010

Discographie Arcade fire

2004 : "Funeral"Le buzz Arcade Fire débute sur le net, si bien que quand "Funeral" sort enfin en France, toute la blogosphère n’a déjà plus que ses chansons à la bouche. Pour les autres, c’est la découverte d’un rock puissant, échevelé, écorché vif, où guitares, batterie et cordes entrent dans des transes spectaculaires. 2005 : "The Arcade fire"Ce mini-album est en fait composé de chansons antérieures à celles de Funeral. On y entend pourtant l’incroyable "No cars go", qui avait déjà enthousiasmé les fans au cours des concerts et qui deviendra un des sommets de "Neon bible". 2007 : "Neon bible"Enregistré dans une église à Montréal, "Neon bible" révèle un Arcade fire inquiet, réfléchissant dans ses chansons les problèmes du monde, découvrant un peu plus ses influences (Bruce Springsteen en particulier). L’album réussit le tour de force de ne pas décevoir après le choc "Funeral".

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AF vs ONU

MUSIQUES | Sketch / Véritable institution de la télévision américaine, le Saturday Night Live (dont Les Nuls avaient tenté une version française avec L’Émission) est depuis (...)

Christophe Chabert | Mercredi 17 novembre 2010

AF vs ONU

Sketch / Véritable institution de la télévision américaine, le Saturday Night Live (dont Les Nuls avaient tenté une version française avec L’Émission) est depuis trente ans un réservoir à talents comiques. John Belushi, Dan Aykroyd, Mike Myers, Jim Carrey, Will Ferrel ou Tina Fey y ont fait leurs armes. Entre les sketchs du show, le SNL a l’habitude d’inviter des groupes à se produire en live. Arcade fire avait déjà fait sensation lors de sa première venue, à l’époque de "Néon bible". Mais pour son retour le 13 novembre dernier, le groupe a frappé fort. Non seulement il a interprété deux titres ("We used to wait" et "Sprawl II"), mais il a aussi participé à un des sketchs de la soirée — Justin Timberlake avait fait de même avec un hilarant «Jizzing in my pants». Tout se déroule devant une assemblée onusienne (habiles contrechamps sur des images d’archives siglées MSNBC, la filiale info de NBC qui diffuse le show) étudiant la proposition d’une taxe internationale. Un speaker annonce que le gagnant d’un concours va exposer sa vision de l’Histoire mondiale. C’est Richard Reed Parry, le multi-instrumentiste de génie d’Arcade Fire, qui fait son entrée, accompagné de trois enfants portan

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Qu’est-ce qu’on attend pour foutre le feu ?

MUSIQUES | Véritable mammouth du rock en live, on pensait qu’Arcade Fire capitaliserait sur son succès et sortirait un troisième album calibré pour leur démesure scénique. Or, "The Suburbs" est intimiste, cohérent et conceptuel. Un disque majeur, à réécouter avant leur concert à la Halle Tony Garnier. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 16 novembre 2010

Qu’est-ce qu’on attend pour foutre le feu ?

Ceux qui ont assisté à un concert d’Arcade Fire lors de la tournée de Neon bible ou, plus chanceux encore, de Funeral, savent que le groupe a peu de concurrence niveau débauche d’énergie sur scène et capacité à faire entonner leurs hymnes par des publics en transe. On pourrait ergoter que leur musique y laisse quelques plumes, au bord de la cacophonie ou du brouillard sonique… Et les mélomanes exigeants pourront s’amuser à pister ce qui, dans les albums eux-mêmes, prépare l’auditeur à participer à la grand-messe. Arcade fire, groupe indé ayant réussi en un temps record à entrer dans la catégorie des groupes de stade façon U2 ou Muse, aurait pu se contenter de gérer cette popularité-là, faisant de chaque nouveau disque le prélude à un futur happening collectif débraillé et cathartique, ou en rajouter une couche dans le lyrisme rock incisif et électrique, avant de décupler le tout sur scène. Mais pour leur troisième album, le déjà sous-estimé The Suburbs, ils font tout l’inverse, au risque vérifié de dérouter leur public. Circuit fermé Si Neon bible affichait quelques envies de renouvellement (notamment par d’i

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L'histoire sans fin

MUSIQUES | Ça a commencé le 7 juin 1988 à Concord, Californie et personne n'imaginait que ça durerait encore 22 ans plus tard. Quoi donc ? Le Never Ending Tour. Bob (...)

Dorotée Aznar | Lundi 14 juin 2010

L'histoire sans fin

Ça a commencé le 7 juin 1988 à Concord, Californie et personne n'imaginait que ça durerait encore 22 ans plus tard. Quoi donc ? Le Never Ending Tour. Bob Dylan a beau en récuser l'appellation, il n'en demeure pas moins que cette tournée éternelle (100 dates par an depuis lors) est un peu l'Odyssée de cet Ulysse folk. Avec un cahier des charges à la fois simplissime et très compliqué : changer de set list tous les soirs et ne jamais jouer un morceau deux fois de la même manière. Pour cela, Dylan s'est entouré de musiciens de confiance, dont le plus ancien à ses côtés s'appelle... Tony Garnier.

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Country for Old Bob

MUSIQUES | Musique / Au crépuscule de sa carrière et au turbin de son Never Ending Tour depuis 22 printemps, Bob Dylan est revenu depuis quelques années à ses premières amours : la country et le blues, dignes grands-parents d'une des plus grandes œuvres musicales du XXe siècle. Stéphane Duchêne

Dorotée Aznar | Lundi 14 juin 2010

Country for Old Bob

Dans La République Invisible, l'un des indispensables ouvrages d'exégèse de Bob Dylan, Greil Marcus écrivait : «Bob Dylan ne donnait pas tant l'impression de se tenir à un tournant décisif de l'espace-temps culturel que d'être ce tournant décisif». Un résumé parfait de l'influence de Bob Dylan sur son époque : dans les années 60, Dylan n'était pas seulement le pilote, il était la route. Non qu'il l'ait souhaité : lui qui se voulait simple conteur comme son idole Woody Guthrie, bluesman comme Muddy Waters, poète comme Allen Ginsberg, ne s'était jamais réellement rêvé porte-parole d'une génération ou prophète folk. Mais en art comme en religion, parfois le peuple choisit pour vous, vous hisse sur un autel ou vous colle sur une croix. Quoi qu'il en soit, Dylan a révolutionné la musique de son temps, mis l'Ancien Testament folk sur la carte de la branchitude, puis électrifié ce folk pour écrire quelques-unes des plus beaux évangiles rock de l'Histoire, cette fameuse trahison de Newport que les fans des débuts ont tenue pour un péché originel. Le Zim' a vécu mille vies. Il a été l'égal des Beatles, qu'il initia à la drogue et à l'abstraction ; il a c

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BOB DYLAN Christmas in the Heart Columbia

MUSIQUES | En chantant Noël, Bob Dylan nous offre la possibilité d’avoir tout vu et tout entendu. Et le bon moyen de lâcher une bonne fois pour toute devant les (...)

Stéphane Duchêne | Jeudi 17 décembre 2009

BOB DYLAN
Christmas in the Heart
Columbia

En chantant Noël, Bob Dylan nous offre la possibilité d’avoir tout vu et tout entendu. Et le bon moyen de lâcher une bonne fois pour toute devant les enfants, et sans nous mouiller, que le Père Noël c’est de la foutaise. On est d’ailleurs beaucoup plus proche ici de «Le Grinch chante Noël» que de Tino Rossi ou des roucoulades à la cannelle d’un Elvis. En fait, c’est comme si, de sa voix la plus rauque (visiblement, quelqu’un a abusé de marrons trop chauds), le vieux Bob s’était mis en tête de «saloper» d’un glaçage de fiel et de dérision, les habituelles sucreries et autres bondieuseries (il faut l’entendre grincer «Amen» !) inhérentes à l’arrivée du Petit Jésus et à la descente d’un gros bonhomme dans le conduit de la cheminée (son "Here Comes Santa Claus" paraît échappé de chez Tim Burton). Marquant une distance amusée avec les bons sentiments d’usage, il parvient même à nous faire ressentir l’angoisse que peut être pour beaucoup la période des fêtes : comme son interprétation de "Little Drummer Boy", retrouver sa famille à Noël peut donner l’impression de monter au front. Bien sûr, au finale, c’est le miracle de Noël, Bob apparaît tel qu’en lui-même : comme les vieux grigous des

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I'm not there

ECRANS | I'm not there : le titre d'une chanson de Dylan, mais aussi le premier rébus d'un film à clé particulièrement bien verrouillé... I'm not her, I'm not he, I'm (...)

| Mercredi 5 décembre 2007

I'm not there

I'm not there : le titre d'une chanson de Dylan, mais aussi le premier rébus d'un film à clé particulièrement bien verrouillé... I'm not her, I'm not he, I'm other : ici, Dylan n'est ni un homme, ni une femme, les deux peut-être, un autre sûrement, jamais appelé par son nom, démultiplié en une myriade de personnages et d'acteurs différents incarnant ses «nombreuses vies». Todd Haynes prend soin de maquiller ces vies-là, en bousculant les formats et les genres : noir et blanc chic ou crado, couleurs chatoyantes ou volontairement ternes, western hors du temps, road movie, drame intimiste... Le tout mélangé selon un sens du montage musical et jamais chronologique. Dans son précédent film, Loin du paradis, Todd Haynes se nourrissait aussi au sein d'une référence esthétique, en l'occurrence les mélodrames de Douglas Sirk. Mais il n'en oubliait pas pour autant de raconter une histoire forte avec des personnages qui vivaient leur vie au-delà de ce mimétisme cinématographique. Dans I'm not there, il ne reste plus que le corpus référentiel, la collection d'images sonores copiées puis extrapolées ; un matériau tellement complexe et fétichiste qu

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La Métamorphose

ECRANS | Attention document ! The Other Side of The Mirror... décrit, l'espace de trois éditions du Newport Festival (1963-1965), grand messe folk de l'époque, (...)

Marlène Thomas | Mercredi 5 décembre 2007

La Métamorphose

Attention document ! The Other Side of The Mirror... décrit, l'espace de trois éditions du Newport Festival (1963-1965), grand messe folk de l'époque, l'ascension d'un Bob Dylan passant successivement du statut de jeune espoir (1963) à celui d'idole (1964) puis de Judas renié par ses ouailles (1965) à l'occasion du célébrissime tournant de sa carrière : son fameux passage à l'électricité. Le tout livré brut, sans voix-off ni analyse, entre moments pénibles montés à la va-comme-je-te-pousse (coulisses, duos avec Joan Baez et sa voix de cafetière) et instants de grâce : comme quand, en 1965, sur Love Minus Zero, les feuillages des arbres éventés derrière lui se confondent avec la tignasse rimbaldienne de celui qui a, comme le dit un speaker, «le doigt sur le pouls de sa génération». Bob Dylan - Love minus zero-no limit (live 1965) par Bamb

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Tous fans de Dylan

MUSIQUES | B.O. / Dylan repris par la crème des musiciens internationaux : une bande originale qui prolonge le concept du film... CC

Christophe Chabert | Mercredi 5 décembre 2007

Tous fans de Dylan

Dans I'm not there, pas plus qu'on ne le voit à l'image ou qu'on ne prononce son nom, on n'entend chanter Bob Dylan. Du coup, le concept de sa bande originale pharaonique (un double CD, deux heures quarante de musique !) semblait tout trouvé : réunir tout ce que la planète compte de rockers talentueux pour s'approprier les chansons de Dylan et en livrer des reprises fidèles ou très personnelles. Dans la voix de DylanPour cela, Haynes a monté, comme il l'avait déjà fait pour Velvet Goldmine, un super-groupe qui a méchamment la classe : Lee Ranaldo (de Sonic Youth), Tom Verlaine (de Television), John Medeski (de Medeski, Martin & Wood)... Réincarnés en The Band, ils prennent visiblement plaisir à préparer le terrain à quelques voix d'exception. Eddie Veder (ex-Pearl Jam), Stephen Malkmus (ex-Pavement) et Karen O se prêtent à l'expérience : c'est la partie «comme Dylan» du disque, pas forcément la plus surprenante. TransformistesBeaucoup plus amusante est la manière dont certains plient Dylan à leur univers musical : Cat Power fait la jonction entre le blues et la soul de Memphis dans sa relecture de Stuck inside a mobile ; Antony and the Johnsons envoient effe

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Dylan is Dylan(s)

ECRANS | Cinéma & Musique / L'Institut Lumière propose pendant un week-end la totalité des images de et avec Bob Dylan, un ensemble hétéroclite qui est le meilleur mode d'emploi pour entrer dans «I'm not there», faux biopic de Todd Haynes consacré au chanteur. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 5 décembre 2007

Dylan is Dylan(s)

Les rapports entre Dylan et le cinéma ne sont pas faciles à résumer. Fasciné puis déçu, le chanteur est passé devant puis derrière la caméra, s'est retrouvé à jouer son propre rôle ou des personnages taillés sur mesure dans de grands et de petits films, s'est laissé filmer au naturel avec gourmandise avant de réclamer, avec fermeté, de récupérer son droit à l'image. De tout ça, pourtant, il ne reste qu'une poignée d'œuvres, documentaires à chaud ou rétrospectifs, fictions tronquées ou mineures, toutes présentées pendant ce week-end à l'Institut Lumière. Or, c'est bien les images de Dylan, et non son image de musicien mythique et polyvalent, qui a inspiré Todd Haynes dans I'm not there, un film qui n'est dans le fond qu'une recréation assez fétichiste de ces «documents», avec ce qu'il faut de rêverie autour pour en faire une fiction. Kaléidoscope inégalAinsi, dans le film, quand Richard Gere devient un des multiples alias de Dylan, il incarne un cow-boy vieillissant et écolo, synthèse théorique entre son personnage dans ce drôle de machin qu'est Masked and Anonymous et celui du troubadour fantôme hantant guitare au poing l'Ouest décadent de Pat Garrett and Billy the kid.

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Like a Rolling Stone

CONNAITRE | Greil Marcus / Points Seuil

| Mercredi 18 juillet 2007

Like a Rolling Stone

Paru en 2005 à l'occasion des quarante ans de l'enregistrement de Like a Rolling Stone, le premier tube post folk de Bob Dylan, l'essai consacré par Greil Marcus à l'une des chansons les plus mythiques des années 60 est désormais accessible en poche. Près de 300 pages consacrées à cet enregistrement de six minutes, réalisé dans le studio A de la maison de disques Columbia, dont la portée dépasse largement le cadre musical. Car si celle-ci constitue un moment charnière dans la carrière de Dylan (passage au pop-rock, pour le dire vite), elle est aussi une clef pour comprendre l'état social et idéologique des États-Unis au cours d'une décennie mouvementée notamment marquée par les émeutes de Watts et les prémices de la guerre du Vietnam. Une chanson qui comptera d'ailleurs beaucoup dans le «malentendu» autour de Dylan, qui endossait ici une étiquette d'artiste contestataire qui allait (à tort ?) lui coller à la peau durant toute sa carrière. Greil Marcus, déjà auteur de livres références sur la culture populaire américaine (Mystery train ou Lipstick Traces, dans lequel il se penchait sur les Sex Pistols et leur chanteur emblématique, John Lydon), donne ici une analyse détaillée de Lik

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