Nouvelle (mini) vague

MUSIQUES | D'ores et déjà en lice pour les palmarès 2013, les Wave Machines ravalent avec "Pollen" la pop académique de leur premier album. Et en recrachent le miel vénéneux en mille fleurs electro. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 1 février 2013

En Angleterre, pop et coupe de cheveux sont toujours allées de pair. On pourrait d'ailleurs écrire une encyclopédie de la brit-pop à l'aune de son histoire capillaire, impeccablement peignée ou savamment coiffée-décoiffée, au bol comme les Beatles ou hirsute comme les punks, rasée à la oï ou à devantures méchées. Souvent même, il n'a guère fallu plus qu'un brushing pour se donner une identité musicale ou cultu(r)elle, que l'on soit mod à coupe de douille ou rocker à banane.

Est-ce de là que depuis quelques mois la pop anglaise nouvelle génération,  lassée des crêpages de chignons, semble ne s'intéresser au cheveu que pour mieux le couper en quatre ? De Breton à We Have Band en passant par Django Django, elle opte pour le déstructuré tous azimuts, quitte à dérouter le critique qui se fait des cheveux ou les perd. Wave Machines en est la dernière preuve, quatuor de Liverpool qui après un premier album plutôt bien peigné et efficace à l'avenant - Wave If You're Really There, qui car ne lésinait pas sur l'usage du tube, a décidé de "tout changer".

Méduse

Voilà donc Pollen, qui à force de butiner à droite à gauche, délaisse la raie au milieu. Comme leurs collègues précités, il s'agit d'essayer de voir ce à quoi on peut bien ressembler avec un semblant de postiche électro. Un part-pris peu évident mais qui se transforme en réussite absolue. Wave Machines gagne en profondeur ce qu'il perd en facilité, en épaisseur ce qu'il perd en séduction facile, en psychédélisme suave ce qu'il perd en immédiateté pop (encore que).

Opérant la plupart du temps sur les contre-temps d'un groove triste, dans un style qu'on qualifierait d'electro lo-fi s'il n'était aussi divinement produit, le groupe, que l'on ne s'y trompe pas, est encore capable de dégainer une ballade éclairée à la bougie (le sublime Pollen, sur le drame d'une poignée d'ouvriers chinois emportés par la marée lors d'un ramassage de coquillages à Morecambe Bay) ou de démettre quelque hanche (Ill Fit, comme du Prince outragé par Arcade Fire).

En fait, plus que son Angleterre natale, c'est l'Allemagne de The Notwist que rappelle ce bijou de délicatesse qui ne nous laisse pas toujours le choix de déterminer sur quel pied l'on danse : mélodies mélancoliques, batterie militaire mêlée de beats subtils, synthés enveloppants et voix tantôt haut perchées tantôt monocordes. De fait, écouter cet addictif et vénéneux Pollen, c'est comme s'enfouir dans la chevelure dorée de la gorgone Méduse et s'apercevoir trop tard que des serpents sifflent sur sa tête.

Wave Machines
À l'Epicerie Moderne, mardi 12 février


Wave machines + guest

Pop
Épicerie Moderne Place René Lescot Feyzin
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Mathieu le Breton en chute libre

Sculpture | L'Œil Vintage invite de nouveau Mathieu le Breton entre ses murs pour une exposition qui déjoue les lois de la gravité. En explorant les possibilités (...)

Sarah Fouassier | Mardi 17 avril 2018

Mathieu le Breton en chute libre

L'Œil Vintage invite de nouveau Mathieu le Breton entre ses murs pour une exposition qui déjoue les lois de la gravité. En explorant les possibilités de la matière, l'artiste donne à voir une exposition hautement graphique, dense en courbes et en variations. À partir de chutes de bois contreplaquées coupées à la scie sauteuse, Mathieu le Breton a créé différents types d'œuvres : sculptures, peintures et cordons. Des sculptures conçues intelligemment comme des générateurs de peinture se trouvent être des pochoirs dont les formes arrondies sont reproduites sur du papier à l'aide d'aérosols. Une pratique d'art urbain qui donne des motifs assez pop aux formats encadrés de l'exposition. Ces sculptures sont ainsi accrochées ou posées sur les meubles scandinaves de la boutique, avec les marques soufflées de la peinture. Lacet et lasso font s'étrangler des courbes tels des serpents géants venant s'enrouler autour de leurs proies. D'autres sculptures reprennent la même intention de rondeur des courbes. Amovibles et modulables, elles initient une façon ludique de faire varier les formes et intentions de l'œuvre. À voir jusqu'au 22 mai

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10 concerts à ne pas rater

MUSIQUES | Ils sont inclassables, inattendus et/ou trop beaux pour être vrais. Dans tous les cas, nonobstant toute comparaison avec ceux mentionnés par ailleurs dans ce dossier, ces dix concerts compteront à coup sûr parmi les plus mémorables de la saison. Stéphane Duchêne et Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 23 septembre 2014

10 concerts à ne pas rater

Frànçois & the Atlas Mountains La Vérité, il était temps. Depuis la sortie du splendide Piano Ombre, leur sixième album (eh oui !) à classer tout en haut de la pile des réussites discographiques de l'année, toutes catégories, nationalités, poids, sexes et habitudes alimentaires confondus, Frànçois et ses Montagnes de l'Atlas n'avaient pas encore trouvé l'occasion de venir. Fort dommageable quand on sait à quel point on a aussi affaire là à un démentiel groupe de scène. Voilà la chose doublement réparée. D'abord à Just Rock?, qu'on ne remerciera jamais assez d'avoir dégainé le premier sur ce coup-là. Ensuite, un peu plus tard, à Nouvelles Voix. La Vérité, ça fait plaisir.Le 9 octobre au TransbordeurLe 22 novembre au Théâtre de Villefranche Morrissey

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Nuits de Fourvière 2014 - La programmation

CONNAITRE | 65 spectacles, 170 levers de rideau, des rendez-vous au TNG, à Gadagne ou à la Maison de la danse : les Nuits de Fourvière s'annoncent plus foisonnantes que jamais. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Jeudi 13 mars 2014

Nuits de Fourvière 2014 - La programmation

L'an passé, nous saluions le starpower de la soixante-huitième édition des Nuits de Fourvière. Maintenant que nous connaissons la teneur de la soixante-neuvième, nous voilà contraints de revoir notre jugement à la baisse : en termes d'éclat et de densité, la programmation de 2014 est à celle de 2013 ce que la Grande Nébuleuse d’Andromède est à la Voie Lactée. Le principal artisan de ce saut hyperspatial qualitatif n'est autre que Richard Robert, transfuge des Inrockuptibles qui semble avoir avoir définitivement trouvé ses marques de conseiller artistique. Impeccablement équilibré entre reconnaissance de phénomènes franco-belges (Phoenix,  Fauve et Stromae), concerts événementiels (un hommage à Robert Wyatt, Benjamin Biolay qui dirigera un orchestre pour sa nouvelle muse, Vanessa Paradis), rappels de la suprématie de la pop d'outre-Manche (le collectif multimédia Breton, Damon Albarn pour son premier album solo, Franz Ferdinand, Miles Kane), passages ob

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Notwist again

MUSIQUES | Après un concert magique en ce même lieux en 2008, les Allemands de The Notwist, vingt-cinq ans d'âge, reviennent à l’Épicerie Moderne avec sous le bras une ribambelle de tubes glacés et exigeants et un album tout chaud comme ultime preuve d'une forme olympique mais jamais ostentatoire. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 25 février 2014

Notwist again

On dit que The Notwist se serait un peu ramolli après vingt-cinq ans d'activité. Faux. C'est bien mal connaître les teutons de Weilheim. Il n'y a qu'à écouter les singles de leur dernier album, Close to the Glass, pour s'en convaincre, qu'il s'agisse du ravageur Kong, dans la droite lignée des grandes chansons du groupe, mélange de chaleur humaine et de distanciation glacée tout entier contenu dans la voix blanche de Martin Archer, ou de la plus expérimentale tambouille électro-free jazz du titre éponyme.  De voir aussi l'énergie déployée par les Teutons lors de leur concert au Divan du monde, tapant sur leurs batteries, maltraitant leurs guitares, triturant leurs "beat-onios" électroniques – ces fameuses manettes de Wii déjà utilisées par le drôlissime Martin "Console" Gretschmann tels des nunchakus lumineux pour commander ses machines à distance lors du dernier passage du groupe à l'Epicerie Moderne, qui restera dans les annales comme un très grand concert... Et surtout continuant de faire preuve d'une inventivité d'interprétation sans faille mais aussi de la générosit

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Les belles convulsions de Breton

MUSIQUES | Connecté, curieux, autonome et débrouillard, Breton est un groupe bien de son temps. Il est surtout, avec seulement deux albums d'une pop anticonformiste et post-humaine à son actif, le groupe britannique le plus passionnant du moment. Retour sur sa jeune et déjà admirable carrière avant son concert au Kao. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 4 février 2014

Les belles convulsions de Breton

«War. War never changes». Sur ces mots, prononcés par l'acteur Ron Perlman de sa caractéristique voix de croquemitaine, s'ouvrait Fallout, mètre-étalon du jeu de rôle informatique imaginé par Black Isle Studios dans lequel le joueur prenait en main le destin d'un habitant d'un abri anti-atomique. Sa mission : explorer la côte Ouest étasunienne, devenue suite à une Troisième Guerre mondiale un wasteland où prospèrent les plus bas instincts et où se développent à grand peine les projets de refondation, à la recherche du mécanisme de purification d'eau qui permettra à sa communauté de préserver son autarcie. C'était en 1997. Dix-sept ans après l'odyssée de ce troglodyte du XXIIe siècle, la guerre n'a toujours pas changé : elle reste un formidable terreau narratif et un très précis instrument de mesure du pouls d'une époque, même quand elle n'est qu'un lointain mauvais souvenir. Comme sur War Room Stories, deuxième album du groupe britannique Breton, grand disque de pop pour terres brûlées et lendemains qui chantent faux et parfaite suite de son prédécesseur.  Le dernier club avant la fin du monde

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Nuits Sonores 2013 - Jour 1

MUSIQUES | Après un warm up aussi vert et bon enfant qu'une réunion de fruits Oasis et une inauguration moins guindée que celle de l'an passé, Nuits Sonores 2013 est entré hier dans le vif du sujet. Retour sur une première journée qui, bien que déséquilibrée, n'a pas été avare en torgnoles soniques. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Jeudi 9 mai 2013

Nuits Sonores 2013 - Jour 1

La tentation était trop grande, y céder n'a pas été sans conséquences : programmés sur la scène principale des Subsistances, l'illustre Carl Cox (qui se produisait pour la première fois au festival) et le fidèle Laurent Garnier ont vampirisé la quasi totalité du public du premier NS Days, jusqu'à imposer au personnel de sécurité l'improvisation, à l'entrée d'une verrière rapidement devenue impraticable, d'un système de file d'attente. On pourrait le déplorer. On pourrait si ces deux "dinosaures" n'avaient pas d'ores et déjà assuré deux des prestations les plus mémorables de Nuits Sonores 2013, le premier dans le registre fédérateur et bouncy qui a fait sa réputation, le second avec l’œcuménisme et la passion qu'on lui connaît depuis maintenant neuf éditions. On pourrait si ce monopole avait empêché les Bordelais de J.C.Satàn, chefs de file du renouveau garage, de livrer un concert survolté et poisseux, et les Strasbourgeois de Electric Electric de prouver qu'avec ou sans Colonie de vacances, ils comptent parmi les faiseurs de bruit les plus excitants du pays.

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Nuits Sonores 2013 - La prog de nuit

MUSIQUES | Au moment de lever le voile sur le volet diurne de Nuits Sonores 2013, les équipes d'Arty Farty étaient si ric-rac que c'est avec des valises oculaires éligibles à une "franchise bagages supplémentaires" qu'elles ont animé la conférence de presse correspondante. Cette fois, elles étaient en avance : censée tomber jeudi 21 février, la programmation nocturne de la onzième édition du festival a été révélée la veille, le teint frais et le sourire franc. La voici.

Benjamin Mialot | Mercredi 20 février 2013

Nuits Sonores 2013 - La prog de nuit

Editorialisation. Tel est, plus encore que pour les éditions précédentes, le maître-mot de cette onzième édition de Nuits Sonores. On a pu le vérifier avec les NS Days et leurs scènes labellisées (une portant l'emblème de la bible en ligne Resident Advisor, une sponsorisée par la Red Bull Music Academy et une consacrée à la carte blanche à Bruxelles), c'est au tour des Nuits, sises comme l'an passé (mais pour la dernière fois) aux anciennes usines Brossette et organisées, toujours comme l'an passé, en trois scènes aux dimensions décroissantes, de se faire l'écho de ce souci de cohérence. Qui par le biais d'un partenariat avec un festival, qui via un regroupement géographique, qui à la faveur d'une délégation d'une partie de la fonction de curateur à un artiste. Au-delà de ce qu'elle induit en termes de mise en réseau et d'image, la démarche aboutit sur un net renouvellement de la proposition artistique formulée par Arty Farty : cette année, les big names se comptent sur les doigts de la main, la programmation s'équilibrant entre pointures discrètes et nouveaux venus en pleine bourre.A cette aune, on attend beauco

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Attendre soulage

ARTS | «Indépendamment de ce qui arrive, n’arrive pas, c’est l’attente qui est magnifique», écrit André Breton dans L’Amour fou… Et c’est dans les salles du XXe (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 22 août 2012

Attendre soulage

«Indépendamment de ce qui arrive, n’arrive pas, c’est l’attente qui est magnifique», écrit André Breton dans L’Amour fou… Et c’est dans les salles du XXe siècle du Musée des Beaux-Arts que nous sommes allés «attendre» les nouvelles expositions de la rentrée (Soulages notamment, maître du noir, bientôt dans ces murs) et y découvrir un nouvel accrochage éphémère. Le noir déjà y bat son plein dès la découverte de La Cathédrale (1955) de Nicolas de Staël, qui se détache sur une nuit teintée de bleu, celle même où l’artiste bascula la même année en se suicidant. Et Dieu passa aux aveux semble lui répondre, en 1965, Dorothea Tanning (épouse de Max Ernst), avec ses formes ambiguës parmi l’obscurité inquiétante, son corps féminin tronqué et convulsé… Oui Breton encore, L'Amour fou encore : «La beauté convulsive sera érotique-voilée, explosante-fixe, magique-circonstancielle ou ne sera pas». Un an après, 1966, le très surréaliste Lyonnais Max Schoendorff entreprend de nous perdre parmi les décors en lambeaux de son Aveugle étoile morte : grotte paléolithique déchiquetée ou intérieur organique, qui

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Habemus Bandam

MUSIQUES | «We have band !» («Nous avons un groupe !»), c'est sur cette exclamation de joie qu'est né, dans un nuage de fumée blanche, ce trio londonien qui se (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 24 février 2012

Habemus Bandam

«We have band !» («Nous avons un groupe !»), c'est sur cette exclamation de joie qu'est né, dans un nuage de fumée blanche, ce trio londonien qui se baptisa de cette même constatation, évitant ainsi de s'épuiser à chercher un nom plus évocateur (ainsi qu'un titre pour leur premier album, simplement baptisé I). We Have Band, soit un couple, adepte de la répartition des tâches, partagées entre textes (Dede, la fille ; oui il y a des filles qui s'appellent Dede) et programmation (Thomas, le gars), et un troisième larron, Darren, en charge, ce n'est pas rien, des mélodies. Pour l'ambiance, c'est plutôt new (ou no) wave avec de sérieuses prédispositions pour la danse, un pied dans la case 80's, un autre bien dans son siècle. Si bien qu'on croise sur la piste aussi bien les Talking Heads et Depeche Mode que Metronomy ou Hot Chip. Sans renier ses racines et sa structure sur son deuxième album Ternion (un ternion, est une triumvirat, une assemblée de trois, ça tombe bien), le groupe

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