Le boucan béni de la Colonie

Benjamin Mialot | Jeudi 28 février 2013

Les Quatre Fantastiques. Le Club des 4. Les quatre cavaliers de l'Apocalypse. Les quatre filles du docteur March. Les quatre Charlots mousquetaires. L'union ne fait jamais autant la force que lorsque la somme des individus la constituant est égale à ce nombre qui, en Extrême-Orient, symbolise le chaos. Ce même chaos que les groupes Marvin, Electric Electric, Pneu et Papier Tigre, soit le dessus du panier de la noise d'origine française, ordonnent en prenant soin de ne pas le faire disparaître, pour reprendre une formule du réalisateur mexicain Michel Franco – dont on n'aime pas franchement le cinéma, mais c'est une autre histoire. Depuis deux ans et demi, ils le font de concert sous le nom de La Colonie de Vacances. Et les chiffres parlent d'eux-mêmes : quatre scènes réparties dans autant de coins du lieu d'accueil, en l'occurrence Grrrnd Zero, onze musiciens, quatre batteries, cinq guitares, trois claviers (le compte n'est pas bon, c'est normal, il y en a un qui triche), deux heures de furie sonique, un nombre indéterminé de nouveaux morceaux depuis leur passage à l'Épicerie Moderne à l'automne 2011, une perte auditive de vingt à quarante décibels à la fin et une date à retenir, le 7 mars.

Benjamin Mialot


La Colonie de vacances


Grrrnd Zero Gerland 40 rue Pré Gaudry Lyon 7e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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« La Colonie de vacances : une expérience sociale »

Riddim Collision | L'histoire de La Colonie de Vacances, c'est celle de quatre groupes underground (Papier Tigre, Pneu, Electric Electric et Marvin) qui se sont mis à jouer à guichets fermés dans toute la France en unissant leurs forces au sein d'un étrange projet quadriphonique. Où le public se retrouve encerclé par les quatre segments de ce qui est devenu un supergroupe, pour une expérience sonore riche en sensations. Explication avec Éric Pasquereau, guitariste et chanteur de La Colo et de sa composante Papier Tigre.

Stéphane Duchêne | Lundi 20 novembre 2017

« La Colonie de vacances : une expérience sociale »

Comment est né ce projet un peu dingue ? Éric Pasquereau : D'une envie de nos quatre groupes de faire une tournée pour se retrouver sur la même scène chacun notre tour. La Biennale d'Art Contemporain de Tours, baptisée Rayon Frais, nous a proposé en 2010 ce dispositif qui nous a plu, même si la première fois on n'avait même pas une heure pour se mettre en place. En fait, c'était davantage un juke-box où on jouait des morceaux chacun notre tour. On a voulu retenter cette expérience en prenant un peu plus le temps de travailler des compositions autour de ce concept. Et on se retrouve aujourd'hui avec un set de morceaux quasi exclusivement composés pour ce dispositif par tous les musiciens de la Colo, peu importe les groupes d'origine. Les identités individuelles de chacune des scènes et de chacun des groupes se sont estompées au fil du temps au profit d'un ensemble plus cohérent. Il y a dans la Colo quelque chose de l'ordre de la compagnie de danse ou de la troupe de théâtre Comment vous êtes-vous aperçus que ce dispositif au départ improvisé, rendait quelque chose de singul

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Le gay savoir : "Marvin ou la Belle Éducation"

ECRANS | Marvin ou la belle éducation de Anne Fontaine (Fr, 1h53) avec Finnegan Oldfield, Grégory Gadebois, Vincent Macaigne…

Vincent Raymond | Mardi 21 novembre 2017

Le gay savoir :

Depuis toujours, Marvin Bijou se sent “à part”. Traité de “pédé” et harcelé au collège, il étouffe aussi dans sa famille à peine quart-monde. Grâce à un atelier théâtre et à sa rencontre avec un metteur en scène, il va découvrir qu’une issue existe, qu’il peut s’affirmer dans son identité… Anne Fontaine a une manière de filmer la misère sociale qui rappelle, sans vouloir faire offense ni à l’une ni à l’autre, le Scola de Affreux, sales et méchants. Sauf que le cinéaste italien tournait au second degré. Pas la réalisatrice française, qui pense nécessaire de représenter dans leur caricature la plus élimée des pauvres qu’elle ne doit guère connaître. Non qu’il faille adoucir ni faire de l’angélisme, mais cette représentation tient davantage du vieux stéréotype que du réalisme — curieusement, sa vision des sphères bourgeoises est plus réaliste. De fait, elle pousse vers une outrance aussi aberrante qu’inutile ses comédiens, au premier chef desquels Grégory Gadebois plus excessif à lui seul que toute la famille Groseille de La Vie est un long fleuve tran

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Anne Fontaine : « avoir un autre regard sur soi peut permettre d’exister autrement »

Entretien | Queer Lion à la Mostra de Venise, le quinzième long-métrage d’Anne Fontaine est une adaptation aussi lointaine que promet de l’être son futur Blanche-Neige, qu’elle tournera en avril et mai entre Lyon et Vercors avec Isabelle Huppert…

Vincent Raymond | Lundi 20 novembre 2017

Anne Fontaine : « avoir un autre regard sur soi peut permettre d’exister autrement »

Adapté d’un livre racontant une “renaissance” passant par un changement de nom, votre film Marvin change également le nom du protagoniste. À travers le prisme du cinéma, il s’agit donc d’un changement au carré… Anne Fontaine : Le point de départ a été la rencontre avec En finir avec Eddy Bellegueule dont j’ai voulu sortir en inventant le parcours que j’imaginais pour le personnage à travers les années : comment il pouvait trouver sa vocation, comment il pouvait s’en sortir… Ce qui n’est pas le cas du livre, qui est sur l’enfance, et ne traite pas l’épanouissement ni la singularité de son destin. Très vite avec Édouard Louis [l’auteur du livre, NDR], on est tombé d’accord sur le fait que ce n’était pas une adaptation, mais un acte d’inspiration. Près de 70% du film est inventé à partir d’une enfance traumatisante et difficile. Mais j’ai aussi mis beaucoup d’éléments personnels : j’ai moi aussi changé de nom quand j’avais 17 ans, j’ai été actrice… J’ai construit l’histoire avec des points communs, et elle un peu mienne. Y avait-il chez vous le même bes

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Les soirées du 9 au 15 décembre

MUSIQUES | Trois RDV nocturnes à ne pas manquer cette semaine : la résidence CLFT au Transbordeur, Blawan au Kao et Selvagem au Sucre.

Benjamin Mialot | Mardi 8 décembre 2015

Les soirées du 9 au 15 décembre

11.12 CLFT invite... Étrange fin d'année que celle-ci, où le moindre beauzarteux sous ketamine se sent la hardiesse d'un William Wallace («Ils peuvent nous ôter la vie, mais ils ne nous ôteront jamais notre liberté de danser !»). On se rassure en se disant que certains n'ont pas attendu d'être terrorisés pour faire acte de résistance nocturne. Ainsi de CLFT, dont la résidence au Transbordeur fera une fois encore la part belle à la techno la plus fonctionnelle qui soit (au sens de fonction vitale), en la ténébreuse et métallique présence des Londoniens Fundamental Interaction et Ben Gibson.

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Insomniaque - Semaines du 24 décembre au 6 janvier

MUSIQUES | Trois RDV nocturnes à ne pas manquer d'ici début 2015 : Qoso au Terminal et Marvin & Guy et Moxie au Sucre. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Vendredi 26 décembre 2014

Insomniaque - Semaines du 24 décembre au 6 janvier

26.12 La Rave Pas facile de grandir dans l'ombre d'un autre, surtout quand elle fait la taille de la face cachée de la Lune, comme c'est le cas de celle de Mondkopf, qui éclipse les autres sorties du label In Paradisum – le Perc Trax français, pour le dire vite. Par exemple celles de Qoso, pour ne citer que le prochain de ses collègues à passer par Lyon (au Terminal). Industrielle jusqu'au bout des snares, la techno de ce Parisien au physique trompeur de jeune premier n'a pourtant rien à envier en noirceur et en puissance de frappe aux concrétions doom/ambient de son aîné toulousain.   27.12 Midnight Disco Malgré la mobilisation, la boule à facettes qui miroitait au sommet de Fourvière pendant la Fête des Lumières a été d

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Nuits Sonores 2013 - Jour 1

MUSIQUES | Après un warm up aussi vert et bon enfant qu'une réunion de fruits Oasis et une inauguration moins guindée que celle de l'an passé, Nuits Sonores 2013 est entré hier dans le vif du sujet. Retour sur une première journée qui, bien que déséquilibrée, n'a pas été avare en torgnoles soniques. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Jeudi 9 mai 2013

Nuits Sonores 2013 - Jour 1

La tentation était trop grande, y céder n'a pas été sans conséquences : programmés sur la scène principale des Subsistances, l'illustre Carl Cox (qui se produisait pour la première fois au festival) et le fidèle Laurent Garnier ont vampirisé la quasi totalité du public du premier NS Days, jusqu'à imposer au personnel de sécurité l'improvisation, à l'entrée d'une verrière rapidement devenue impraticable, d'un système de file d'attente. On pourrait le déplorer. On pourrait si ces deux "dinosaures" n'avaient pas d'ores et déjà assuré deux des prestations les plus mémorables de Nuits Sonores 2013, le premier dans le registre fédérateur et bouncy qui a fait sa réputation, le second avec l’œcuménisme et la passion qu'on lui connaît depuis maintenant neuf éditions. On pourrait si ce monopole avait empêché les Bordelais de J.C.Satàn, chefs de file du renouveau garage, de livrer un concert survolté et poisseux, et les Strasbourgeois de Electric Electric de prouver qu'avec ou sans Colonie de vacances, ils comptent parmi les faiseurs de bruit les plus excitants du pays.

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Saga Africantape

MUSIQUES | Deux ans après un festival formidablement chaotique, le label transalpin Africantape revient à Lyon le temps d'une soirée. L'occasion de considérer ce laboratoire du rock inouï et de revenir sur le parcours de Julien Fernandez, son exigeant et fuyant fondateur. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Dimanche 10 mars 2013

Saga Africantape

Julien Fernandez, le fondateur et amiral du label Africantape, est typiquement le genre de gars qu'on ne peut pas encadrer. On ne dit pas ça parce que sa tête ne nous revient pas. Encore qu'on s'estime heureux de ne pas savoir son regard de teen blasé et psychotique (vous voyez Ezra Miller dans We Need to Talk About Kevin ?) accroché au-dessus de notre cheminée. Si on ose l'emploi de cette formule, c'est parce qu'il est à l'image de la musique qu'il publie : impossible de le faire rentrer dans une case, y compris dans celle qu'il lui manque – on ne s'explique pas autrement l'envie qui l'a pris en 2008, soit au plus fort de la crise du disque, de monter sa petite entreprise. Ce n'est pourtant pas faute de le connaître depuis une paye. Il mourra pas gibier Car avant de se la couler dur sur les bords de l'Adriatique (Africantape est basé à Pescara, en Italie), Julien Fernandez étudiait les beaux-arts à Nantes et, surtout, jouait de la batterie au sein du duo Chevreuil. Nous sommes alors au début des années 2000 et, à l'époque, avoir un nom à la con, jouer au mi

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Nuits Sonores 2013 - La prog de jour

MUSIQUES | «Nuits Sonores n'est pas un festival de blockbusters». La phrase est de Vincent Carry, le directeur de Nuits Sonores et elle a rarement été aussi appropriée que pour l'édition 2013 du festival, l'équipe d'Arty Farty ayant choisi de rester stable sur ses fondamentaux plutôt que de se lancer dans la course à la surenchère que laissait entrevoir le très solennel dixième anniversaire de l'événement. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Jeudi 24 janvier 2013

Nuits Sonores 2013 - La prog de jour

Ça pour une belle fête d'anniversaire, c'était une belle fête d'anniversaire : de l'édition du bouquin commémoratif 10 ans sans dormir à l'accueil des séminaux New Order en passant par la conclusion de sa programmation nocturne sur un plateau secret, le festival Nuits Sonores a l'an passé mis les petits plats dans les grands au moment de célébrer sa décennie d'existence. A tel point qu'on ne voyait pas bien comment il allait pouvoir poursuivre sa croissance sans verser dans l'excès. Arty Farty nous a ouvert les yeux ce matin : l'édition 2013 de l'événement ne sera ni plus maousse ni plus timide que les précédentes, elle sera dans leur droite lignée, c'est-à-dire urbaine, sélective, éclectique et réflexive. A ceci près qu'elle durera six jours, mitoyenneté calendaire du 8 mai et de l'Ascension oblige.Pour le reste donc, les habitués du festival seront en terrain connu, en tout cas pour ce qui concerne la partie diurne des

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Very badass trip

MUSIQUES | Quel nom donner à son enfant ? Les forums de discussion bruissent de débats sur la question. Lesquels n'échappent jamais au dressage d'une liste de "prénoms à (...)

Benjamin Mialot | Vendredi 9 novembre 2012

Very badass trip

Quel nom donner à son enfant ? Les forums de discussion bruissent de débats sur la question. Lesquels n'échappent jamais au dressage d'une liste de "prénoms à la con", où figure en bonne place Marvin. Pourquoi pas. Marvin, c'est le grand dadais de Maman j'ai raté l'avion, c'est le robot dépressif du Guide du voyageur galactique, c'est Marvin Gaye, soul singer toxicomane qui a lancé Phil Barney... Pas vraiment des modèles. Sauf que c'est aussi Marv, le marginal aux poings granitiques qui tient le premier rôle de Sin City. Et c'est surtout Marvin, trio montpelliérain qui partage avec lui un sacré savoir-faire en matière de claquage de beignet. La comparaison s'arrête là : sa marque de fabrique, le groupe ne l'imprime pas avec ses phalanges, mais avec des morceaux formidablement couillus et pêchus, où se devinent les influences conjointes de la disco robotique de Daft Punk, de la noise tarabiscotée de Shellac, de la proto-techno autoroutière de Kraftwerk, et du heavy metal monumental de Led Zeppelin (Immigrant Song fait d'ailleurs partie de leur pool de r

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Les colons de la tatane

MUSIQUES | «Les jolies colonies de vacances / Merci maman, merci papa / Tous les ans, je voudrais que ça r'commence / You kaïdi aïdi aïda». Nous aussi, monsieur Perret, (...)

Benjamin Mialot | Vendredi 30 septembre 2011

Les colons de la tatane

«Les jolies colonies de vacances / Merci maman, merci papa / Tous les ans, je voudrais que ça r'commence / You kaïdi aïdi aïda». Nous aussi, monsieur Perret, on voudrait que tous les ans ça r'commence, à la condition express que Marvin, Pneu, Papier Tigre et Electric Electric tiennent systématiquement les rênes, comme ils le feront le 6 octobre à l’Épicerie Moderne dans le cadre du Riddim Collision. Car voyez-vous, monsieur Perret, et voyez-vous, chers lecteurs planqués derrière ce brave chansonnier octogénaire, ces quatre groupes isotopes, non contents de constituer la fine fleur de la noise avant-gardiste tricolore, se produisent depuis quelques mois simultanément. En quadriphonie, pour être précis. Soit trois batteries, quatre guitares, quatre basses et claviers encadrant le public pour un vacarme de tous les diables à base de rythmes mathématiques, de guitares abrasives et de mélodies atonales, le tout sous le saint patronage de Steve «Shellac» Albini. De là à dire que les particularismes de chaque entité s'y retrouvent diluée jusqu'à l'indistinction, il n'y a qu'un pas que nous vous intimons de ne pas franchir : les pulsions tribales des Strasbourgeois de Electric Electric,

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