The Voice

MUSIQUES | Des tréfonds du chanteur de poche Asaf Avidan jaillit une voix hallucinante, fruit d'un petit tas de douleurs personnelles et universelles semblant remonter aux temps bibliques et que le chanteur transcende. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Jeudi 28 mars 2013

Parmi les Lévites désignés comme chantres (laudateurs de Dieu) auprès de l'Arche d'Alliance par le roi David, se trouvait un certain Asaph. Il serait l'auteur d'une partie des psaumes attribué au tombeur de Goliath devenu deuxième roi des Juifs. Le Psaume 77 (1-3) par exemple, où Asaph chante «Ma voix s'adresse à Dieu et je crierai ; ma voix s'adresse à Dieu, et Il m'écoutera». Si l'on dit parfois qu'un homme est déterminé par son prénom, comment ne pas faire le parallèle avec un autre Asaf, Avidan de son patronyme, dont la voix ahurissante semble à la fois s'adresser à une force supérieure et être traversée par elle. Une voix qui arbore le sexe d'anges auxquels la rédemption n'a pas fait oublier la chute.

Né en Israël, grandi entre Etats-Unis et Jamaïque, Asaf a traversé la vie comme une épreuve, traumatisé par son service militaire en Israël et par le fait de n'avoir pu l'exécuter jusqu'au bout – la faute à de terribles cauchemars qui ne le quittent plus, comme l'autre Asaph, que les lamentations dues à sa charge empêchaient de dormir – ; une rupture amoureuse aussi destructrice que constructive – elle lui vaudra de se lancer dans la musique – ; et, au milieu de tout ça, un cancer du sang contracté à 21 ans et dont il réchappe, oserions-nous dire, par miracle.

Pain de douleurs

Il faut croire que cette créature de poche est plus résistante qu'elle n'y paraît. Elle a même trouvé en sa voix – encore plus déroutante dans la nudité de l'expérience acoustique que dans le fatras d'une pop un rien pompière –, le moyen d'exprimer sa toute-puissance. On pense forcément à une somptueuse parade de freaks vocaux eux aussi malaxés par le malheur : l'homme à la voix d'enfant Jimmy Scott, l'androgyne Antony Hegarty, le borgne Jónsi (Sigur Rós), l'albinos poissard Roy Orbison et le mort-vivant Klaus Nomi.

Mais cette voix-là fait encore davantage figure de déchirure béante, de plaie non cicatrisée dont la vue – ici l'écoute – est désagréable à certains quand pour d'autres elle est un enchantement, un réconfort face à des souffrances quotidiennes. Des souffrances semblables au fond à celles rencontrées par Asaph lui-même lorsqu'il se convainquit des paroles de Salomon : «C'est en vain que vous vous levez matin et que vous vous couchez tard, que vous mangez le pain de douleurs». On ignore si Asaf Avidan chante pour les âmes qui «refusent d'être consolées», on sait en revanche qu'il chante pour apaiser la sienne.

Asaf Avidan + Joe Bel
Au Transbordeur, samedi 6 avril


Asaf Avidan & band


Transbordeur 3 boulevard Stalingrad Villeurbanne
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Le freak, c’est chic

MUSIQUES | Du freak, du fou, de la créature cramée, de l’inclassable, de l’incassable, du fragile, du fracassé, du fracassant, du marginal, du réfractaire, du réfracté, du revenant, du rêveur, du malade, du rageux, cet automne musical va en faire pleuvoir de partout. Du chelou comme à Gravelotte, qu’il va tomber. De belles tronches de vainqueur et des paluches pleines de talent, des noms à coucher dehors, du génie à la pelle, attaqué à la pioche. Ah, inquiétante étrangeté quand tu nous tiens ! Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Jeudi 19 septembre 2013

Le freak, c’est chic

Comme pour toute saison, tout événement, tout lancement, il nous faut un parrain, un type dont la stature et l'aura donnent immédiatement le ton. C'est Florent Pagny en total look peau de zobi à la Star Academy ou Alain Delon tenant des propos contre-intelligents sur l’homosexualité dans C à vous. Car oui, souvent, on a affaire à un type qui peut partir en vrille à tout moment, se mettre à dire n'importe quoi, comme n'importe quel parrain dans n'importe quel événement familial, ou comme un parrain de la mafia un peu sur les nerfs. C'est très bien, ça fait parler. Nous aurions pu assez logiquement choisir le parrain rock Don Cavalli, d’origine italienne et d’aspiration amerloque, comme tout parrain qui se respecte, et dont Les Inrocks qualifient avec raison la production de «rock tordu et primitif», quelque part entre la sève de Johnny Cash et les débordements d’un Beck. Bref, l’éternelle histoire du type né au mauvais endroit au mauvais moment et qui s’en accommode par le voyage intérieur (sur son dernier disque il va même jusqu’en Asie). En plus, dans le civil,

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Dorotée Aznar | Vendredi 1 avril 2011

Asaf Avidan & The Mojos

Imaginez un folk-rocker né à Jérusalem, façonné musicalement par une enfance entre New York et la Jamaïque, et le rock des années 70 (Stones, Doors, Led Zep), qui aurait joué aux «Nuits de la guitare» en Corse tout en étant capable d'ouvrir pour Morrissey à Tel Aviv. Eh bien, ça ne dirait pas tout. Car d'aucuns disent que dans son corps de langoustine, Asaf Avidan, à l'Épicerie Moderne le 12, abrite le timbre cautérisé au Jack Daniel's de Janis Joplin et le cristal d'archange de Jeff Buckley, quand on y entendrait plutôt une Bonnie Tyler qui ferait du canyoning dans la gorge sirupeuse d'un Damien Rice atteint d'une angine. Avouez que ça n'en est pas moins étonnant. SD

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