Dinosaur Senior

MUSIQUES | Créature à trois pattes et famille dysfonctionnelle, Dinosaur Jr. fut l’un des piliers de l’indie rock des années 80-90 et un annonciateur du grunge, avant d’exploser en une déflagration d’egos et de non-dits. Miraculeusement rabiboché en 2005, le mastodonte de J. Mascis et Lou Barlow connaît une seconde jeunesse plus sereine mais tout aussi bruyante. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Jeudi 16 mai 2013

Avec quelques autres, Dinosaur Jr. a contribué à semer le vent dont Nirvana récolta la tempête. Et s'il fallait comparer chacun des piliers de l'indie rock à un Cavalier de l'Apocalypse, nous dirions que Sonic Youth fut Pestilence (aussi appelé Conquête), le déclencheur, introduisant dans le fruit le ver d'une révolte sonique (voir encadré) ; les Pixies seraient Guerre, cheval rouge comme le visage hurlant de Black Francis, imposant la dynamique furieuse et létale du morceau qui brise la nuque ; Nirvana, bien sûr, serait Mort, incarnant à la fois l'avènement ultime de l'Apocalypse, la Révélation et dans le même temps l'achèvement du mouvement par le geste symbolique que l'on sait. Manque le troisième cavalier, Famine. C'est Dinosaur Jr., cheval (de trait) noir claudiquant car, comme dans la Bible, porteur d'une balance qu'il n'a jamais su maintenir en équilibre. Famine, car Dinosaur Jr. dont on a dit qu'il était à Nirvana ce que Chuck Berry fut aux Beatles, laissa quoi qu'on en dise le monde de l'indie rock sur sa faim, se fossilisant dans sa propre aigreur.

«Ear-bleeding country»

Pourtant, cachés derrière leurs cheveux, Joseph "J" Mascis (guitare-chant) et Lou Barlow (basse-de moins en moins chant), poutres maîtresses du groupe, étaient faits pour s'entendre (en silence), dans l'atmosphère si particulière d'Amherst, Massachussetts (d'où sont également originaire les Pixies), ville universitaire légèrement hippie sur les bords. Barlow l'ultra-sensible passif-agressif et Mascis la couch potatoe scotchée du bulbe, deux asociaux congénitaux que l'incommunicabilité a réuni comme pour mieux les séparer ensuite, deux pures incarnations de la génération slacker, enflés d'une colère mutique qui n'explose que par à-coups, généralement une fois les amplis branchés. Deux génies aussi du songwriting tordu, capables de tisser de la soie avec du fil de plomb.

Ensemble, ils fondent Deep Wound, Mogo puis, en 1984, Dinosaur (qui deviendra Dinosaur Jr. suite à la plainte d'un super groupe de vieilles badernes californiennes). Un nom qui porte en lui les germes d'un destin météorique et de l'extinction. Au départ, il n'est pas question de grunge,  juste de «country qui fait saigner des oreilles» : mélodies pop taillées pour les college radios mais jouées à la vitesse du punk, voix nasillarde à la Neil Young et cris de bêtes, murs de son infranchissables ornés d'interminables soli "cheapissimes" signés Mascis, comme autant de pierres dans le jardin de l'éthique hardcore. Complété par Murph à la batterie, soit l'Animal du Muppet Show fait homme et un album éponyme, Dinosaur ne tarde pas à impressionner Sonic Youth qui l'enjoint à rejoindre sa tournée en 1986. Ca commence fort, mais mal.

Car dès l'enregistrement de You're Living All Over Me (1987) pour le label dont ils ont toujours rêvé, SST, apparaît le paradoxe Mascis : ce blob sur patte à la neurasthénie proverbiale abrite en réalité un control freak, maniaque d'une sorte de perfection boiteuse. De là découle ce que deviendra Dinosaur Jr. : une famille dysfonctionnelle où l'on ne se parle pas. Entre Mascis l'égotiste et Barlow la pleureuse, qui cherche par tous les moyens à entrer en contact avec son acolyte, Murph revit rien moins que le divorce de ses parents quelques années plus tôt. Tout en étant obligé de materner ces deux grands échalas, incapables de réclamer la clé de leur chambre d'hôtel sans faire une crise d'angoisse. Murph est pourtant le premier à menacer d'étrangler son leader, coupable de vouloir maîtriser chacun de ses coups de baguettes. Très vite, Barlow lui-même n'a plus que quelques os (et son frein) à ronger : deux chansons qui préfigurent son travail avec ses futures formations Sebadoh (le séminal Lose) et Sentridoh (l'acoustique et lo-fi Poledo).

Rupture

C'est avec Bug (1988), l'album suivant, sur lequel la domination de Mascis est devenue totale – il écrit les parties de basse et de batterie de ses deux compagnons – que, dans le sillage du single Freak Scene,  le groupe explose. Dans les charts, comme en interne. Le seul titre laissé aux soins de Barlow, réduit au rang d'amoureux bafoué, est ô combien prémonitoire : au milieu d'un vacarme sidérurgique, Lou hurle «Why don't you like me ?». Car si Dino a enfoncé le clou avec une extraordinaire reprise du Just Like Heaven de The Cure, Barlow entre en éruption, un soir sur scène, sabotant sciemment le show. Enfin, Mascis lui prête un peu d'attention : il tente de le décapiter avec sa guitare puis, sorti de scène, dissout le groupe. Le lendemain, Barlow apprend sur MTV qu'un nouveau bassiste vient d'être engagé. S'il connaîtra un succès certain avec Sebadoh, Sentridoh, l'hybride The Folk Implosion (qu'on retrouve sur la BO du Kids de Larry Clark) et même en solo, il mettra des années à décolérer, non sans dédier à J The Freed Pig, une chanson toute en ironie et en bile froide, semblable aux idioties vinaigrées qu'on peut s'envoyer au visage lors d'une rupture amoureuse.

Mais pour l'heure, c'est le début des années major pour un Dinosaur Jr. qui n'est plus en réalité que la créature de Mascis. Le génial Green Mind (1991) n'est en effet rien d'autre qu'un album solo. Le "groupe", lui, tourne alors avec un Nirvana à la notoriété grandissante et auquel Mascis croit plus qu'en lui-même, ne cessant de répéter à un Murph perplexe «ce groupe va changer le monde». Avec Where You Been, annoncé par le single Start Choppin' (re-classique), Dinosaur Jr. est lui-même au sommet de son succès, le magazine Spin titrant même «J Mascis is God» - l'intéressé, Mascis, pas Dieu, en sera durablement mortifié.


Quant à Murph, il jette l'éponge, à la grande surprise de son leader mais sans grande conséquence. L'entité Dinosaur Jr. enregistre encore deux albums, plus dispensables et surtout de plus en plus pop, Without a Sound (qui contient quand même quelques pépites) et Hand It Over, avant de se rebaptiser Mascis & the Fog. Preuve qu'autour de J, il n'y a toujours eu que du brouillard, un petit nuage autour de la tête, un «après moi le déluge» baragouiné par un type plus socialement handicapé que malveillant. "Seul", il n'enregistrera rien de marquant, à l'exception d'un petit chef d'œuvre tardif, Several Shades of Why, en 2011, soit six ans après la reformation de… Dinosaur Jr..

Résurrection

Car en 2005, après quelques tentatives d'approche rappelant des chiens qui se reniflent le derrière – un hommage aux Stooges par ci, un jam par là –, le trio ressuscite. Au départ, il s'agit uniquement de promouvoir la réédition des trois premiers albums du trio séminal. Mais les rancoeurs mises de côté, joie de la maturité et de la paternité (ironiquement, Hendrix Barlow et Rory Mascis, les fils de, s'entendent comme larrons en foire), le plaisir de jouer ensemble (re)vient, un concert en appelant un autre.

Rapidement survient la nécessité d'écrire de nouveaux morceaux. Et de ne jouer que ceux-là en public, au grand dam des fans. Depuis 2007, ce Dinosaur Jr. rajeuni, malgré le poids, c'est le cas de le dire, des ans, a sorti trois albums – autant que du temps de sa splendeur initiale – dont le roboratif I Bet on Sky. Comme si le cavalier Famine faisait bombance, comblant enfin notre appétit. Et à ceux, comme Lou Barlow lui-même, qui pensent que Dinosaur Jr. aurait pu devenir l'équivalent d'un Nirvana, si seulement la créature avait pu tenir d'aplomb la balance des egos de ses deux immenses songwriters, on répondra que le trio d'Amherst a peut-être fait mieux : il a fait jaillir de ce déséquilibre une œuvre bancale mais à jamais culte. Et en cela totalement raccord avec la génération X qu'elle représentait et représente encore.

Dinosaur Jr. + Totale Eclipse
A l'Epicerie Moderne, mercredi 29 mai


Dinosaur Jr + total eclipse

Rock indé
Épicerie Moderne Place René Lescot Feyzin
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Vundabar, à bonne école et au Sonic

Noisy Pop | Héritiers d'une tradition née dans le Massachusetts, Vundabar endosse avec une facilité déconcertante le legs d'une pelletée d'illustres aînés, fait de surf-music, de proto-punk, de noisy-pop et toutes ces sortes d'indie-choses bruyamment mélodiques.

Stéphane Duchêne | Mardi 13 juin 2017

Vundabar, à bonne école et au Sonic

Il y a presque trois ans, en ouverture de Sebadoh au Marché Gare, les plus observateurs des spectateurs – du moins ceux qui n'étaient pas trop transis d'impatience à l'idée de retrouver leurs vieilles idoles Lou Barlow et Jason Loewenstein pour ne pas faire œuvre d'une inattention compréhensible – avaient sans doute remarqué ces jeunes Vundabar chargés de chauffer la salle, dignes héritiers de la tradition rock du Massachusetts. Car c'est bien dans leur état natal, à l'ombre de certaines des grandes universités (Harvard, Cambridge, M.I.T. Amherst...) ou dans les banlieues de Boston, qu'est née la fine fleur de la power-pop et du rock à guitares indie : Dick Dale, père du surf rock ; les Géo Trouvetou proto-punk The Modern Lovers ; le Galaxie 500 du velvetolâtre Dean Wareham ; The Cars, inventeurs de la formule power ; le mélange rock milky-way (croustillant à l'extérieur, moelleux à l'intérieur) des Pixies ; Dinosaur Jr. et ses finesses techniques logées dans un grand fracas je-m’en-foutiste ; Sebadoh, exutoire de l'aigre-doux Lou Barlow, également bassiste de Dinosaur Jr., et pour ainsi dire Weezer, sorte de Beach-boys noisy nés dans la cabo

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Stéphane Duchêne | Mardi 19 mai 2015

L'éternelle jeunesse de Thurston Moore

Est-ce par atavisme onomastique ou toponymique? Toujours est-il que Thurston Moore, ci-devant leader éternel devant l'éternel de Sonic Youth, adore le Sonic. On parle de ce bateau accolé aux quais du Rhône d'où s'envolent effluves punks et autres entreprises... soniques de tout type, avec une nette préférence pour la dissonance et l'expérimentation. Voilà une autre des raisons pour laquelle Thurston est si enclin à faire étape en ce lieu chaque fois qu'il vient à Lyon. Homme avisé et attentionné, c'est un "concert secret" et donc un peu surprise que vient livrer l'ancien petit gars du Connecticut monté à New-York pour redonner ses lettres de noblesse à la profession d'ORL à la fin des années 70. Et c'est accompagné d'un super groupe qu'il entend (car lui entend encore) le faire : le fidèle Steve Shelley, Deb Googe (la fille et la basse dans My Bloody Valentine, autre grand générateur d'acouphènes) et James Sedwards dont John Peel disait qu'il était le seul non footballeur dont il était jaloux en tant que personne. Ensemble, les quatre ont produit dernièrement The Best Day, première saillie de Moore post-divorce youthien et grand album solo

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Barlow fidelity

MUSIQUES | Après un retour remarqué l'an dernier à la basse de Dinosaur Jr., Lou Barlow, roi des losers, revient cette fois avec Sebadoh, autre mythique trio indie rock des 90's. Reformé en 2007, presque une décennie après une première fin en eau de boudin, le groupe vient présenter "Defend Yourself", son premier album en quatorze ans. C'est sur la scène du Marché Gare et le dernier arrivé est fan de Phil Collins. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 14 octobre 2014

Barlow fidelity

Le rock indé a parfois des airs de vaudeville. Les destins s'y font et se défont au rythme de portes qui claquent. Un membre sort, un autre entre, quelqu'un crie, une plainte s'élève, un groupe naît ou meurt, un autre se transforme. Et ainsi de suite. On peut du coup se demander comment Lou Barlow a fait pour traverser trente ans de carrière sans prendre un coup de froid sur la nuque à force de courants d'air. Sebadoh naît ainsi sur les cendres de l'ego d'un Loulou pulvérisé par le souffle violent de son éviction aussi soudaine qu'inexpliquée de Dinosaur Jr. Heureusement pour lui, en compositeur frustré, il fomentait depuis sa chambre un projet parallèle dont il enregistrait les chansons – souvent magnifiques, toujours inaudibles – sur du matériel déplorable. Elles serviront à nourrir Forestin' Weed puis, une fois rejoint par Eric Gaffney, percussionniste et compositeur, The Freed Man. Deux œuvres réunies par Homestead Records sous le titre The Freed Weed en 1990. Barlow, amateur de mots qui n'exist

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MUSIQUES | Dans la collection automne-automne musicale, la tendance est clairement à l'indie rock, cette notion floue et changeante qui pourtant se nourrit d'une évidence : quelles que soient sa nature, sa forme, son humeur, son envie, quand on voit un artiste indé, on le reconnaît au premier coup d’œil. Et à ce qu'on en veut toujours plus. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 23 septembre 2014

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«Just gimme indie rock !!!!» C'est sur ce cri primal que s'ouvre, en 1991, Gimme Indie Rock, EP culte et (re)fondateur de Sebadoh. Le trio, alors composé d'Eric Gaffney, Lou Barlow et Jason Loewenstein – qui vient de rejoindre le groupe du Massachussetts – y évoque ses influences dans une furieuse séance de name-dropping (Velvet Underground, Husker Dü, Sonic Youth et même Dinosaur Jr., dont Barlow vient pourtant de se faire éjecter comme un malpropre) qui s'accompagne du mode d'emploi indie : jouer plus lentement, fumer de l'herbe (pas forcément dans cet ordre) et hurler à la face du monde. Ce cri, c'est un peu le cri que le public lyonnais averti (qui comme chacun sait en vaut deux) est depuis quelques temps en mesure de pousser à chaque début de (demi-) saison. Car il sait, à mesure qu'on lui sert sur un plateau des Dinosaur Jr. donc, des Chokebore, des Swans et on en

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Love à Moore

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Stéphane Duchêne | Jeudi 16 mai 2013

Love à Moore

Lorsqu’il s’agit de déterminer qui diable fut le parrain du grunge, on pense, privilège de l’âge, à Neil Young, mais on a tendance à oublier Thurston Moore - qui d’ailleurs avait quelque peu relancé la carrière du "Loner", en lui permettant, inspiré par un feu nourri de larsens, d'enfanter les albums Ragged Glory et Arc. En 1991 (en témoigne le documentaire The Year Punk Broke) Moore était persuadé, sans qu’on sache s’il faisait œuvre de prétention, de foi ou de potacherie (en fait un peu des trois) que Sonic Youth et son entourage, les Dinosaur Jr. Gumball, Babes in Toyland et autres Nirvana, étaient les étincelles qui allumeraient une révolution. Celle d’une Génération X embourbée dans son mal-être au faîte du règne conservateur des Reagan-Bush. Le fait est que Sonic Youth, s’il anticipa de très loin le grunge et en livra les prémices, fit davantage que lui survivre, faisant entrer la noise dans la pop et la pop dans la musique expérimentale et vice-versa. Hasard du calendrier, voilà que Moore se pointe à Lyon la veille d

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Stéphane Duchêne | Lundi 18 février 2013

Dinosaur Jr. À l'Epicerie Moderne le 29 mai.

On l'attendait (si, si) depuis sa reformation complète et trois albums : le Dinosaur Jr. Le 29 mai à l'Epicerie Moderne, ce sera donc Jurassic Park, Le Monde Perdu d'Arthur Conan Doyle et Godzilla – la vie a un peu irradié le trio – en même temps. Les murs trembleront lourdement comme à l'approche d'un diplodocus au son de la basse de Lou Barlow et de la batterie de Murph cependant que des vélociraptors aiguiseront leurs dents sur les guitares de J Mascis – qui dit-on ressemble de plus en plus à sa grand-mère. Oui, il y aura pour beaucoup l'impression d'être revenu à l'âge de pierre – et un peu d'or aussi – du grunge ou plus généralement de l'indie rock. Avec, en plus, des types bien épaissis qui ont un peu l'air de sortir de leur caverne. Mais ça n'en sera que meilleur et l'occasion de sortir les vieux pulls et les vieilles grosses baskets qu'on avait fait semblant de jeter. Les places seront en vente dès mercredi.

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The Delano Orchestra

MUSIQUES | EITSOYAM (Kütü Folk/Differ-ant)

Stéphane Duchêne | Lundi 4 février 2013

The Delano Orchestra

A sa manière, le label Clermontois Kütü Folk a toujours été l'équivalent français de son collègue canadien Constellation. Au sens où chez l'un, Kütü, comme chez l'autre, Constellation – qui ajoute une dimension résolument politique à sa raison d'être –, l'on ne voit la pratique musicale et tout ce qui l'entoure que comme un artisanat. Ce qui, outre la découverte de quelques talents bien salés, a longtemps valu à Kütü Folk, d'être le label-où-l'on-coud-ses-pochettes-à-la-main – un usage de l'aiguille alors bien peu répandu dans l'univers du rock. Xxx De ce collectif devenu label qui abrite aujourd'hui joyaux locaux (St Augustine, également membre fondateur, Zak Laughed) aussi bien qu'« estrangers » (Hospital Ships, SoSo), The Delano Orchestra tire depuis toujours plus ou moins les ficelles. Longtemps celles-ci son restées résolument folk. Mais comme le label, TDO a opéré avec l'énigmatique EITSOYAM une mue esthétique aussi impressionnante que légèrement entrevue sur leur précédent disque Will anyone else leave me. Dans une atmosphère amniotique et une lumière de nuit américaine qui vire au crépuscule islandais avorté –

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Dinosaur Jr

MUSIQUES | I Bet on Sky (Jagjaguwar/Pias)

Stéphane Duchêne | Mardi 25 septembre 2012

Dinosaur Jr

Avec les années, pas loin de trente, Dinosaur Jr aurait peut-être eu meilleur goût de se rebaptiser Denver (ou Amherst, du nom de leur bled d'origine), le dernier dinosaure. Entendez : dernier dinosaure du grunge et de ce mouvement slacker (« branleur » en Français) qui lança tendances et mouvements artistiques muant la force d'inertie d'une génération en théorie du chaos quotidien : du Slacker de Richard Linklater à Clerks de Kevin Smith, du Génération X Douglas Coupland à Harmony Korine en passant par le Reality Bites de... Ben Stiller. Sauf que la bande d'un J Mascis rabiboché depuis 2005 avec ses bassiste et batteur historiques (le grand Lou Barlow, prince protéiforme de la lo-fi (Sebadoh, Sentridoh,

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LOU BARLOW

MUSIQUES | Goodnight Unknown Domino

Stéphane Duchêne | Lundi 5 octobre 2009

LOU BARLOW

Les années 80, décennie de winners, accouchèrent en réaction d’une décennie de losers, les années 90, immortalisée par le tube éponyme qui lança le bon Beck. Mais le loser qui incarna le mieux cette décennie, depuis l’ombre qui sied aux perdants, c’est bien Lou Barlow. Car si Beck, avec sa petite bombe sale, fut le détonateur de la révolution lose, Barlow en fut, dès 1990, le discret théoricien à coups d’œuvres telles que ‘Losers, Winning Losers’ ou ‘The Original Losing Losers’, initiatrices d’un genre : le Losercore. Ce qui ne l’empêcha pas de former quelques groupes mythiques de la décennie comme Dinosaur Jr., Sebadoh, Sentridoh, Folk Implosion. Surtout, ce geek romantique dévoila des trésors de songwriting qui auraient pu lui octroyer un trône s’il ne s’était entêté à les enregistrer à la truelle rouillée (la fameuse lo-fi qu’il érigea, là encore, en esthétique). Pour son deuxième album sous son nom, Barlow construit toujours ses chansons, mieux produites, avec la sincérité désarmante de ses débuts. Car même en troquant la bure pour le coton, même avec l’expérience et la maturité de ses 43 ans, Barlow n’a toujours pas trouvé la clé de cette psyché féminine qui lui enseigna l’art

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