Wanted : Rodriguez

MUSIQUES | Quasiment sanctifié par le conte-documentaire "Searching for Sugar Man", Rodriguez, attendu comme le Messie, a déçu lors de ses récentes prestations parisiennes. Et si, à la veille de son concert en première partie de Ben Harper (dans le cadre du festival Jazz à Vienne), on attendait finalement un peu trop de cet extraordinaire songwriter qui a déjà beaucoup donné sans jamais rien demander ? Stéphane Duchêne.

Stéphane Duchêne | Vendredi 28 juin 2013

«Sugar Man (…), je suis fatigué de ce cirque (…), je suis las de ces jeux dangereux». A presque soixante-et-onze ans, Rodriguez est un homme fatigué qui a raté son rendez-vous avec la gloire. Dont on pourrait croire qu'il a eu plusieurs occasions de la rencontrer, à ceci près que c'est elle qui, tel un dealer, l'a rattrapé maintes fois par le col pour mieux le repousser, False friend (Sugar Man) d'un homme dont les dépendances occasionnelles n'ont jamais inclus ni l'argent ni la célébrité. Et qui se trouve aujourd'hui trimbalé de scène en scène, à cet âge pré-canonique, le long d'une interminable tournée mondiale. Ses concerts parisiens – pris d'assaut – se sont révélés catastrophiques – ce qui ne fut pas le cas de ses prestations américaines et européennes, ni de ses nombreuses apparitions télévisées en live. Rentré se reposer quelques temps chez lui à Detroit, Rodriguez a promis, dans la foulée de déclarations de sa fille, de se «reprendre». Comme s'il nous devait quoi que ce soit.

On l'a dit fatigué, pas en place, dépassé, quasi aveugle, de nouveau porté sur la boisson, trop vieux. Rançon de la gloire et retour de bâton particulièrement cruel en forme de compte-rendus de live au pire scandalisés, au mieux condescendants, à l'égard d'un artiste qui eut mérité d'être l'égal, sinon d'un Dylan, du moins d'un wagon de folk-popeux aux destinées plus clinquantes. Qu'on ne s'y trompe pas : voir aujourd'hui un concert de Bob Dylan n'est pas moins pathétique, oui mais voilà, "Dylan is Dylan". Rodriguez n'est "que" Rodriguez. Or il ne l'est pas, ou plus, depuis longtemps. L'a-t-il d'ailleurs jamais été ? Pas autrement en tout cas que par intermittence.

Pendant des années, quand l'Afrique du Sud en avait fait ce mythe raconté dans Searching for Sugar Man,  le documentaire de Malik Bendjelloul, fleurirent fantasmes et mythes sur sa vie et sur sa mort : immolé par le feu, suicidé sur scène, overdosé en prison, il est tantôt aveugle – ses lunettes noires sur la pochette de Cold Fact, comme seul indice – tantôt chaman extra-lucide. En 2013, on en est toujours là : suite à cette série de concerts ratés en France, Rue 89 a ironiquement titré : «Sixto Rodriguez existe-t-il vraiment ?». On connaît la fameuse maxime : «la plus grande ruse du Diable est de nous faire croire qu'il n'existe pas». Après une (ré-)apparition fracassante, Rodriguez y parvient toujours.

Hobo fantôme

Sa force ? Un mystère entretenu par nature plus que par volonté : même ses amis, compagnons de biture, collègues de travail, ne savent rien de lui. Personne n'a jamais su qui est cet étrange personnage, pas plus aujourd'hui qu'hier : ouvrier le jour, musicien la nuit, hobo fantôme tout droit sorti du Morning Glory de Tim Buckley, où le conteur-vagabond refuse d'entrer dans une maison, pour cause de marche trop haute, et passe son chemin comme on passe son tour. Au succès, superficiel, Rodriguez, père de trois filles qu'il a abreuvées de culture, a-t-il peut-être fini par préférer la profondeur : celle de textes militants, politiques, décrivant d'une plume comparable à celle d'un Bob Dylan la réalité sociale de Detroit, capitale mondiale de l'automobile, qui à la fin des 60's a déjà des airs de ville bombardée par la misère.

Sans le savoir c'est ainsi qu'il construit sa légende : à ses producteurs, il donne rendez-vous au coin des rues. Passe sa vie à paraître et à disparaître. A se cacher. Il faut se souvenir du passage de Searching for Sugar Man où son premier producteur Mike Theodore raconte que, même dans le bar interlope où il se produisait dans un nuage de fumée(s) à couper au cran d'arrêt, Rodriguez jouait de dos. Non par pose ou provocation mais par timidité et parce qu'accroché à cette idée que seules comptent les chansons. Plus tard, un showcase devant des promoteurs de concerts organisé par Clarence Avant, directeur de Sussex Records, vire à la catastrophe, comme un avant-goût des prestations parisiennes. Rodriguez est tétanisé par le trac et, ivre, tourne définitivement le dos, au sens propre, à la gloire.

Définitivement ou presque car celle-ci revient frapper à sa porte à la faveur d'une tournée en Australie – où ses disques se vendent – à l'aube des années 80, au côté notamment de... Midnight Oil. Puis sa carrière s'arrête de nouveau – il en profite pour passer un diplôme de philosophie à l'Université Wayne State qui l'a depuis nommé docteur honoris causa, et candidater deux fois à la mairie de Detroit. Rodriguez, qui vit toujours dans son taudis acheté cinquante dollars il y a quarante ans, ignore alors qu'au même moment il est en train de devenir une légende dans l'Afrique du Sud de l'Apartheid – ou plutôt de l'anti-Apartheid. Jusqu'en 1998 – nouvelle tournée, triomphale, puis retour à l'anonymat – et avant qu'en 2008, le réalisateur suédois Malik Bendjelloul ne s'empare du versant sud-africain de son histoire.

Ses deux albums, introuvables, s'apprêtent alors seulement à être réédités par le label Light in the Atticce qui vaudra à Rodriguez d'être acclamé par cinquante personnes au Nouveau Casino et un passage aux Transmusicales en 2009. Bendjelloul découvre donc par hasard – il est alors un journaliste à la recherche d'un sujet en Afrique du Sud – le destin de cette star inachevée – sans doute est-ce une des raisons pour laquelle le réalisateur a occulté l'épisode australien de sa carrière. Enfin, quatre ans plus tard, le temps qu'aura pris la réalisation et la sortie du film, Rodriguez est définitivement et mondialement panthéonisé. Le récit partiel de sa vie oscarisé. Les promoteurs tournent casaque et s'emparent du mythe trop longtemps ignoré, flairant la poule aux œufs d'or. Enfin, mais trop tard sans doute pour s'assurer contre la faillibilité.

Alive

Quand, en 1998, Rodriguez lance à la foule du Cap «Thanks for keeping me alive», on y entend l'écho de ce message envoyé par sa fille en réponse à l'avis de recherche de fans-limiers sud-africains : «Sometimes, the fantasy is better left alive». "Alive" était aussi le titre de la précitée tournée en Australie. Comme s'il fallait toujours s'assurer que Rodriguez est en vie, qu'il existe bel et bien, qu'il vient de la réalité, pour reprendre le titre de son second album Coming from Reality (1971), quand sa carrière n'est qu'une suite de succès mort-nés et de résurrections.

A propos de ces fameux concerts parisiens, le journal Marianne a parlé de «crucifixion artistique». Tel était peut-être finalement le destin de celui qui signait ses chansons "Jesus" Rodriguez : une vie en forme de traversée du désert, ponctuée d'éternels retours vécus avec la désinvolture induite par une intégrité absolue, quasi-christique. Et une tournée en forme de chemin de croix.

Oui, Sixto Rodriguez a raté son rendez-vous avec la gloire et avec un public né de la dernière pluie d'autant plus déçu par ses prestations qu'il l'attendait comme un Messie. Oui, le conte de fée habilement brodé est un peu défait. Mais ce qui compte, pour ce genre de trésor caché, c'est que la justice ne se dénombre pas en espèces sonnantes et trébuchantes ou en demandes de rappel. Ces choses-là passent.

L'essentiel demeure la diffusion et le passage à la postérité de chansons éternelles et universelles, seul moyen d'appréhender le "véritable" Rodriguez. Le reste, l'intéressé s'en amuse peut-être, en profite sans doute, mais surtout s'en moque, comme il s'en moquait sur son premier single, publié sous le nom de Rod Riguez, I'll Slip Away (1967): «Vous pouvez garder vos symboles de réussite, je poursuivrai mon propre bonheur. Vous pouvez garder vos horloges et vos routines, j'irai réparer tous mes rêves brisés. Peut-être qu'aujourd'hui... je m'éclipserai». Encore...

Ben Harper & Charlie Musselwhite + Rodriguez
Au Théâtre antique de Vienne
Vendredi 5 juillet


Ben Harper & Charlie Musselwhite + Rodriguez + Guillaume Perret & the Electric Epic


Théâtre antique de Vienne Vienne
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

”Fast & Furious 9” de Justin Lin : des roues et des roustes

Action | Carburant à l’extrait de testostérone et aux moteurs thermiques en surrégime, la musculeuse et vrombissante saga revient pour un 9 ou 10e tour de (...)

Vincent Raymond | Jeudi 15 juillet 2021

”Fast & Furious 9” de Justin Lin : des roues et des roustes

Carburant à l’extrait de testostérone et aux moteurs thermiques en surrégime, la musculeuse et vrombissante saga revient pour un 9 ou 10e tour de piste (tout dépend si l’on compte les spin off au paddock), à nouveau piloté par Justin Lin, déjà aux commandes de la moitié de la franchise. Suivant la règle de la suite accumulative du type Expandables, cet opus surenchérit à tous les étages : davantage d’actions spectaculaires (les voitures vont en orbite, à l’instar de celles d’Elon Musk), plus de personnages — donc de vedettes. John Cena ajoute donc ses biscottos à la fine équipe, dans le rôle de Jakob-le-frère-jusqu’alors-caché-car-maudit-de-Dom-Toretto. Il rejoint à la distribution de Helen Mirren, Charlize Theron, Kurt Russell ou Jason Statham qui viennent eux-aussi montrer le bout de leur museau entre deux poursuites en moto, camion, voiture qui plane ou qui accélère. Sinon, l’histoire ? Disons qu’elle est facultative et ne constitue pas un argumen

Continuer à lire

Robert Rodriguez & Rosa Salazar : « Alita montre un monde dystopique et potentiel »

Alita : Battle Angel | Appelé par l’équipe d’"Avatar" pour réaliser "Alita", Robert Rodriguez signe un divertissement d’anticipation visuellement éblouissant transcendé par la comédienne Rosa Salazar. Tous deux évoquent la conception d’un film au fond politique assumé…

Vincent Raymond | Mardi 19 février 2019

Robert Rodriguez & Rosa Salazar : « Alita montre un monde dystopique et potentiel »

Jon Landau, coproducteur du film avec James Cameron, dit qu’Alita a constitué le plus grand défi de votre carrière. Partagez-vous son opinion ? Robert Rodriguez : Il s’agit certainement du plus grand défi de ma carrière. Et c’est génial ! Quand on commence à avoir une carrière assez longue comme la mienne, on a envie de faire des choses nouvelles. Ça fait longtemps que je suis ami avec James Cameron — dont je suis aussi fan. Je m’étais toujours demandé, à la façon d’un éternel étudiant, comment il pouvait continuer à fabriquer des films comme un artisan. On n’imagine pas que Jim a fait ses débuts avec des films à petit budget — après tout, il a travaillé pour Roger Corman, il a fait Terminator pour presque rien comme j’ai fait El Mariachi. Comment a-t-il pu faire ce saut vers le “gros cinéma“ avec de gros budgets et des échelles bien plus importantes ? J’ai toujours choisi des films à budget modeste, et comme Jim je veux éviter les studios, parce que j’adore la liberté que donne le cinéma indépendant. J’ai un petit budget, mais je fais en sor

Continuer à lire

Le Pinocchio 2.0 de Robert Rodriguez : "Alita : Battle Angel"

Sci-fi | De Robert Rodriguez (É-U, 2h02) avec Rosa Salazar, Christoph Waltz, Jennifer Connelly…

Vincent Raymond | Mercredi 13 février 2019

Le Pinocchio 2.0 de Robert Rodriguez :

Le XXVIe siècle, après une féroce guerre. Dans la décharge de la ville basse d’Iron City, un docteur/mécanicien trouve une cyborg démantibulée ultra-sophistiquée qu'il répare et nomme Alita comme sa fille défunte. Il découvre qu’elle présente d’étonnantes dispositions au combat… La récente poussée des membres de la trinité mexicaine Iñarritu/Cuarón/del Toro ne doit pas oblitérer leurs camarades, actifs depuis au moins autant longtemps qu’eux dans le milieu. Tel le polyvalent Robert Rodriguez, Texan d'origine mexicaine, qui signe ici après Sin City (2005) une nouvelle adaptation de BD – en l’occurrence un manga futuriste de Yukito Kishiro. On reconnaît dans cette version augmentée de Pinocchio (où la marionnette serait une cyborg et son Gepetto un savant doublé d’un traqueur de criminels) l’empreinte du producteur James Cameron : perfection formelle absolue des images, rigueur du récit, spectaculaire immersif (les courses en motorball ne déchirent pas : elles dévissent), distribution soignée… Peut-être tient-on un pendant à Blade Runner, en moi

Continuer à lire

Gitanes sans filtre : "Carmen et Lola"

¡Hola Amor! | de Arantxa Echevarría (Esp, 1h43) avec Rosy Rodriguez, Zaira Romero, Moreno Borja…

Vincent Raymond | Mardi 13 novembre 2018

Gitanes sans filtre :

Carmen s’apprête à convoler avec un jeune Gitan de sa communauté madrilène, quand elle rencontre Lola, travaillant sur les marchés comme elle. Rebelle, grapheuse et lesbienne, Lola lui révèle la possibilité d’une autre romance. Avec, comme conséquences, le secret ou l’exil… De la difficulté de sortir du rang et des traditions séculaires… Drame sentimental urbain et bariolé, Carmen et Lola est aussi un film ethnographique où Arantxa Echevarría montre à quel point l’homosexualité féminine, considérée comme une malédiction dans une culture soumise à des codes ultra patriarcaux, peut encore créer de rejet et de violence, avec de surcroît — hélas — la complicité des femmes de la précédente génération. En filigrane, la réalisatrice montre l’ostracisme et la méfiance dont les Gitans sont l’objet en Espagne, qui les contraint à demeurer en vase-clos, dans un analphabétisme humiliant. Ce contexte permet de mieux mesurer la menace pesant sur les deux protagonistes hors du groupe : une marginalisation définitive sans espoir de futur, ni retour en

Continuer à lire

"L'Homme aux mille visages" : espion, venge-toi !

Thriller - Le Film de la Semaine | Transformant une escroquerie d’État des années 1980 en thriller rythmé et sarcastique, le réalisateur de "La Isla minima" poursuit à sa manière son exploration critique de la société espagnole post-franquiste, quelque part entre "Les Monstres", "L’Arnaque" et "Les Affranchis".

Vincent Raymond | Mardi 11 avril 2017

Remercié par les services secrets espagnols et ruiné, le rusé Paco Paesa a dû se reconvertir du trafic d’armes vers l’évasion fiscale. Quand Luis Roldán, patron de la Garde Civile soupçonné de détournement de fonds, réclame son aide, il flaire le bon coup pour se refaire. Du billard à mille bandes… Contrairement à Fantômas, Paco Paesa n’a nul besoin de revêtir de masque ni d’user de violence pour effectuer ses coups tordus. C’est par la parole et l’apparence, en douceur, qu’il arrive à ses fins, laissant croire à son interlocuteur ce qu’il a envie de croire. En cela, L'Homme aux mille visages rappelle la grande époque de la comédie italienne, dans sa manière notamment de ridiculiser, voire d’infantiliser les puissants, ravalés au rang de marionnettes dans les mains d’un manipulateur habile. Et de prendre les ambitieux, surtout les corrompus, au piège de leur avidité — c’est "l’arrosé” arrosé, en somme. Faux et usage de vrai Alberto Rodríguez est de ces cinéastes qui, à l’instar de Sorrentino pour Il Divo (2008), s’emparent de faits avérés et de personnalités authentiques pour le

Continuer à lire

La Isla Minima

ECRANS | Deux flics enquêtent sur des assassinats de femmes dans une région marécageuse et isolée, loin des soubresauts d’un pays en pleine transition démocratique. En mélangeant thriller prenant et réflexion historique, Alberto Rodríguez réalise avec maestria un "True Detective" espagnol. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 15 juillet 2015

La Isla Minima

Au tout début des années 1980, l’Espagne continue sa transition entre la dictature franquiste et la monarchie républicaine. Les échos de cette mutation ne parviennent que lentement vers une région reculée de l’Andalousie cernée par les marais, où les habitants ont définitivement renoncé à mettre leurs pendules à l’heure. Pourtant, l’assassinat de deux jeunes filles lors des fêtes annuelles va conduire deux flics venus de Madrid à débarquer dans cette communauté fermée et discrète pour faire surgir la vérité et lever les hypocrisies morales. Alberto Rodríguez, cinéaste jusqu’ici plutôt mineur au sein de la nouvelle génération espagnole, parvient très vite à lier ensemble son thriller et le contexte politique dans lequel il l’inscrit. Et ce grâce à la personnalité de ses deux enquêteurs : l’un, Juan, obsédé par la résolution de l’affaire, représente la nouvelle Espagne qui se met en place lentement et tente de remplacer les méthodes expéditives des milices franquistes ; l’autre, Pedro, a plus de mal à oublier ses vieux réflexes et y voit surtout une forme d’efficacité non entravée par les droits des suspects. Mais cette tension se retrouve aussi dans l’intrigue elle-même

Continuer à lire

La Belle jeunesse

ECRANS | Jaime Rosales poursuit son chemin très personnel fait d’expérimentations formelles et de constat socio-politique sur l’Espagne actuelle, même si "La Belle jeunesse", hormis quelques éclairs de génie dans la mise en scène, patauge un peu dans un naturalisme éventé. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 9 décembre 2014

La Belle jeunesse

Filmer la crise en Espagne, ses conséquences sur une jeunesse qui tente, malgré les impasses sociales, d’avancer et d’élaborer un projet d’avenir : c’est l’ambition de Jaime Rosales et c’est plutôt étonnant de le voir viser si frontalement une question d’actualité. Jusqu’ici, son cinéma parlait de son pays de biais, à travers des dispositifs formels très forts : les split screens de La Soledad, les plans séquences au téléobjectif d’Un tir dans la tête, le noir et blanc et les ellipses de Rêve et silence. Cinéaste passionnant, Rosales est aussi un metteur en scène aventureux et en quête d’expérimentations. Sa façon de suivre Natalia et Carlos, le couple de La Belle jeunesse, en quête laborieuse de jobs foireux et mal payés, surprend donc par le cliché visuel qui lui sert de forme : caméra à l’épaule et image HD mal éclairée

Continuer à lire

Le temps de l’innocence

MUSIQUES | Croisement rêvé entre Melody Gardot et Björk, la Coréenne francophile Youn Sun Nah signe un nouvel album (d)étonnant, tout entier à la gloire de son énergie vocale, de son raffinement et d'un jazz libéré de toute contrainte, quoique habité et nourri de doutes. Christine Sanchez

Benjamin Mialot | Mercredi 10 juillet 2013

Le temps de l’innocence

Dans sa langue maternelle, son prénom la dit innocente. Et c'est bel et bien sans malice que Youn Sun Nah a conquis, en à peine dix ans, l'ensemble de la planète jazz. À 43 ans, elle est aujourd'hui unanimement considérée par ses pairs, la critique et le public, comme l'une des plus grandes voix européennes. Preuve que l'on peut devenir une star, tout en brillant humainement, sincèrement et en toute simplicité.«Quand je pense à tout ce qui m'est arrivé... J'ai eu beaucoup de chance. Le succès, je l'envisage avant tout comme une possibilité de faire davantage de concerts et de voyager partout dans le monde. J'ai commencé à chanter par hasard. Aujourd'hui, je travaille et je fais de mon mieux pour pouvoir faire ce que j'aime le plus longtemps possible. Comme tout s'est passé très vite, j'ai toujours peur que tout s'arrête de la même façon». Itinéraire d'une enfant gâtée Née en Corée, Youn Sun Nah grandit dans un environnement musical, entre un père chef de chœur et une mère cantatrice et actrice de comédies musicales. Admirative voire complexée par le talen

Continuer à lire

Sugar Man

ECRANS | Alors que le film sort en DVD, après un succès au long cours dans les salles françaises — à Lyon, le pèlerinage au Comœdia est devenu une étape aussi marquante (...)

Christophe Chabert | Vendredi 28 juin 2013

Sugar Man

Alors que le film sort en DVD, après un succès au long cours dans les salles françaises — à Lyon, le pèlerinage au Comœdia est devenu une étape aussi marquante que le chemin vers Compostelle — il faut se souvenir de ce qui nous a vraiment marqué dans Sugar Man : l’apparition de Rodriguez, en plein milieu du documentaire de Malik Bendjelloul. On le devine à peine derrière une fenêtre sale, comme ces fantômes dont on dit qu’ils ne peuvent pas quitter leur dernière demeure et sont condamnés à la hanter, immuables dans un environnement qui, lui, se délabre. Avant cela, on avait écouté deux pieds nickelés sud-africains raconter leur enquête et leurs détours, parfois ridicules, pour retrouver sa trace. Comme ils cherchaient la même chose avec les mêmes indices, le film donnait le sentiment d’assister à une adaptation involontaire de La Chasse au Snark de Lewis Carroll. Après, on entendait des témoignages qui canonisent Rodriguez en Abbé Pierre du folk, tellement désintéressé que même quand le succès lui tombe dessus, il refile l’ensemble de ses royalties à sa famille et repart faire l’ouvrier dans une

Continuer à lire

Cuba libre

MUSIQUES | D'après une blague qui faisait le tour des cours de récréation auvergnates au début des années 90, les habitants de Cuba ne seraient pas les Cubains, mais les (...)

Benjamin Mialot | Jeudi 20 juin 2013

Cuba libre

D'après une blague qui faisait le tour des cours de récréation auvergnates au début des années 90, les habitants de Cuba ne seraient pas les Cubains, mais les Chipaho. Parce que s'ils ont le cul bas, ils... Voilà. Nous n'avons jamais eu l'occasion (encore moins l'envie) de vérifier si l'anatomie du pianiste havanais Roberto Fonseca, programmé mercredi 3 juillet au festival Jazz à Vienne, était conforme à celle décrite par ce puéril calembour. Ce que nous avons pu constater à sept reprises en revanche, c'est que sa musique, elle, plane très haut. Sept comme le nombre d'albums enregistrés par ce presque quadra qui fit ses armes au sein du Buena Vista Social Club - regroupement de figures historiques de la salsa et du son qu'immortalisa en 1999 le cinéaste Wim Wenders, et dont les survivants se produiront dans le Théâtre antique juste après Roberto.   Baptisé Yo, le dernier en dat

Continuer à lire

Jazz à Vienne se dévoile

MUSIQUES | Pas facile de se distinguer quand on porte le nom de la capitale d'un autre pays, celui d'un département situé à l'autre bout de la France et même d'une route qui, depuis Lyon, ne mène plus vraiment... à Vienne. N'est pas Rome qui veut. Encore que. Car chaque saison, la cité des Allobroges nous rejoue en son Théâtre antique des jeux du cirque jazzy dont le premier temps consiste à présenter les gladiateurs à la foule. Jazz à Vienne, ceux qui vont jouer te saluent. Et ils sont nombreux. Stéphane Duchêne.

Stéphane Duchêne | Jeudi 21 mars 2013

Jazz à Vienne se dévoile

Les agapes débuteront le 28 juin par les 11e Victoires du Jazz (pour donner une idée, c'est comme les Victoires de la musique, sauf que c'est vraiment de la musique). Ensuite, on peut vous présenter tout le monde, à ceci près qu'il n'y a plus grand monde qui nécessite d'être présenté. On retrouve en effet à Vienne les noms qui ont l'habitude de truster l'affiche des festivals de jazz en général et de celui-ci en particulier : le guitar hero mexicain (un concept en soi) Santana (11 juillet), George Benson – on y revient –, l'éternel Sonny "Colossus" Rollins, sans doute le dernier géant du be-bop et du post-be-bop qui avance fièrement sur ses 83 ans (10 juillet), le contrebassiste israélien Avishai Cohen (12 juillet) et le même soir la terrible vocaliste You Sun Nah (vue à A Vaulx Jazz en duo avec Ulf Wakenius mais présente ici en version quartet). Ou encore Marcus Miller, oui, mais en plein «Renaissance Tour» (29 juin), alors bon. Chick, Champagne et petits pépés

Continuer à lire

Insomniaque - Semaine du 20 au 26 mars

MUSIQUES | 22.03. Zuper! #5Lancées au crépuscule de l'année 2012, les soirées Zuper! ont, comme le laisse supposer leur nom, d'une fantaisie phonétique à faire passer Michel (...)

Benjamin Mialot | Jeudi 14 mars 2013

Insomniaque - Semaine du 20 au 26 mars

22.03. Zuper! #5Lancées au crépuscule de l'année 2012, les soirées Zuper! ont, comme le laisse supposer leur nom, d'une fantaisie phonétique à faire passer Michel Leeb pour un imitateur, pour ambition de programmer la crème des producteurs d'Outre-Rhin. Jusqu'à présent, elles y parviennent plutôt bien, même si la cinquième, accueillie à la Plateforme, aura pour tête d'affiche un Français au pseudo latino : Rodriguez Jr. Ça va que le bonhomme est signé chez Mobilee (Berlin) et que sa tech house n'a rien à envier en groove et en sophistication à celle de ses labelmates.    

Continuer à lire

Sugar Man

ECRANS | C’est le phénomène musical et cinématographique de la rentrée : un documentaire qui part à la recherche de Sixto Rodriguez, folkeux américain génial et maudit dans les années 70, devenu sans le savoir une star en Afrique du Sud. Le film est une petite chose, mais le personnage est immense. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 14 janvier 2013

Sugar Man

La sortie atypique de ce Sugar Man (d’abord deux salles à Paris et une à Lyon fin décembre, puis des écrans supplémentaires courant janvier dans d’autres villes), son succès instantané, sa nomination à l’oscar du meilleur documentaire et l’explosion des ventes de sa bande originale, tout cela contribue à faire du film de Malik Bendjeloul un petit phénomène. Attention pourtant à ne pas surestimer la valeur cinématographique d’un tel objet, qui tient du 52 minutes allongé par tous les moyens. Bendjeloul a visiblement pris conscience de l’or qu’il avait entre les doigts : la redécouverte d’un folkeux obscur des années 70, Sixto Diaz Rodriguez, auteur de deux albums fantastiques où il s’impose comme un Dylan latino-indien, songwriter inspiré servi par des arrangements très en avance sur son époque. Il n’a connu aucun succès dans son pays (les États-Unis), a disparu des radars (la légende le disait mort sur scène, où il se serait immolé par le feu !), avant que l’Afrique du Sud (du moins, les Afrikaners) ne s’emparent de sa musique et finissent par lui vouer un véritable culte. Le documentaire se contente, dans sa première partie, de retracer le parcours par

Continuer à lire

Machete

ECRANS | De Robert Rodriguez et Ethan Maniquis (ÉU, 1h45) avec Danny Trejo, Robert De Niro, Jessica Alba, Steven Seagal…

Christophe Chabert | Mardi 23 novembre 2010

Machete

Nostalgie du film de vidéo-club, suite. Après "Expendables" et "Piranha", voilà "Machete", équivalent mexicain des films de la blaxploitation dans les années 70. Parti d’une fausse bande-annonce (géniale) pour le double programme Grind house, "Machete" est devenu un vrai long-métrage, gonflant son casting de départ de stars (De Niro, qui va loin dans la bouffonnerie) et de super has-beens (Don Johnson, Lindsay Lohan et surtout Steven Seagal, toujours aussi farci aux pancakes). Le début du film est excellent : l’introduction, gore à souhait, où la femme et l’enfant de Machete (Danny Trejo, très drôle dans son sérieux absolu et ses répliques badass, dont le déjà légendaire «Machete don’t text») sont massacrés sous ses yeux, puis le premier acte où, devenu un clandestin ordinaire, il est recruté pour abattre un politicien réactionnaire. Le film possède alors la solidité d’un bon Carpenter. Mais plus il avance, moins il dissimule sous un second degré bien pratique son j’m’en foutisme évident. Les divers fils de l’intrigue sont grossièrement résolus (rien à voir avec la virtuosité de "Planète terreur" du même Rodriguez) et la grande scène finale est un sommet de bâclage où aucun racc

Continuer à lire

No et moi

ECRANS | De Zabou Breitman (Fr, 1h45) avec Nina Rodriguez, Julie-Marie Parmentier…

Christophe Chabert | Mercredi 10 novembre 2010

No et moi

Voix rauque, verbe cru, gestes désordonnés, excessive dans la joie comme dans la violence : le double regard que porte Zabou Breitman et son interprète Julie-Marie Parmentier sur Nora, jeune sans-abri recueillie par une famille de gentils bourges, est embarrassant. Côté réalisatrice, cela ressemble à de la bonne conscience déplacée, à la bourre (Marie-Chantal découvre, en 2010, les SDF…) et maladroitement romancée (rendons aussi à Delphine Le Vigan, auteur du bouquin adapté, ce qui lui appartient). Côté actrice, on est face à une pure performance, un rôle à César qui passe par pertes et fracas la crédibilité pour susciter l’extase des spectateurs et des votants. Raconté par la voix-off bien pratique d’une enfant surdouée, arrosé d’une louche de pathos (le gamin mort, la mère dépressive) et embaumé par des clips récurrents sur de la musique branchée d’avant, "No et moi" exaspère dans sa manière de forcer l’émotion et l’apitoiement.CC

Continuer à lire

Los Bastardos

ECRANS | D’Amat Escalante (Mexique, 1h30) avec Jesús Moisés Rodriguez, Rúben Sosa…

Christophe Chabert | Mardi 20 janvier 2009

Los Bastardos

Que nous vivions dans un monde pourri, violent, inégalitaire et ébranlé par les injustices économiques est un fait incontestable. Que l’on fasse des films qui n’ont pour unique but de nous mettre le nez dans cette merde-là est en revanche plus discutable. Escalante, après Sangre, semble décidé à faire un cinéma qui ne s’adresse qu’aux plus de 16 ans. Tant mieux, les mioches ont des œuvres plein les écrans et c’est marre. Mais le problème de Los Bastardos, c’est que ses plans composés avec méticulosité et lenteur pour décrire la misère et l’horreur, nous confine dans une posture voyeuriste avant de nous faire la leçon à coups de mère de famille fumant du crack, de crânes explosés et de clandestins exploités. Pléonasme achevé, Escalante, en disciple mexicain de Haneke et de Gaspar Noé, tire le rideau (rouge) et nous laisse les bras ballants et l’estomac retourné. A-t-on le droit de dire qu’on s’en fout ? Christophe Chabert

Continuer à lire