Frères de son

MUSIQUES | Multi-instrumentistes précoces, les frères Lawrence ont regardé la dance music britannique se réinventer comme on contemplerait le surgissement soudain d'un continent inconnu. Avant de se lancer, sous le nom de Disclosure, à sa conquête avec "Settle", premier album plus euphorisant qu'une intraveineuse de Vodka-Red Bull. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 18 mars 2014

A voir leurs frimousses de gentils fils à maman, on se dit que les frères Lawrence seraient plus à leur place au Mickey Club que dans les sous-sols embrumés de phéromones et saturés de basses où la jeunesse britannique vit ses nuits sans compter sur ses jours. Guy et Howard, respectivement nés en 1991 et 1994, ont pourtant pris goût à cette espèce de soupe primordiale qu'est la musique électronique d'outre-Manche des années 2000 dans de tels endroits. Au point d'en synthétiser leur propre variété, étonnant et addictif mélange d'épicurisme house et de romantisme pop qui sied à une dégustation au casque comme à une bâfre au pied d'une façade d'amplis – et fait tilter les charts depuis la sortie, en 2012, du single Latch, modèle de post-r'n'b tiré à quatre épingles qui imposa au passage le parfait inconnu Sam Smith comme l'une des voix les plus chics du royaume.

Les colons de la tatane

Ce n'est sans doute pas le futur qu'envisageaient pour eux leurs parents, auxquels ils doivent à la fois leur savoir-faire instrumental – ils leur ont appris dès le sortir du couffin à manier guitare et batterie pour l'aîné, piano et basse pour le benjamin – et leur sens des structures qui s'incrustent dans le système limbique – merci la discographie de classiques de la pop à couplets.

Mais c'est celui vers lequel les ont guidé Aaron Jerome et Joe Goddard, ainsi que Joy Orbison et Burial. Le premier, à l'avant-garde du dubstep sous le nom de SBTRKT, les a rapidement embarqués en tournée. Le deuxième, ingénieur en chef de la dance machine Hot Chip, a publié leurs singles inauguraux. Quant aux derniers, ils leur ont montré que l'anticonformisme de l'underground était soluble dans l'universalisme du mainstream. Une démarche bien ancrée dans l'époque et que le percutant Settle, premier home record du duo, illustre avec autant de ruse (When a Fire Starts to Burn, leçon de syncope construite autour d'un bout de sermon) que de séduction (Confess to Me, avec la gironde Jessie Ware), les frangins s'y payant même le luxe de signer les meilleurs morceaux de London Grammar (Help Me Lose My Mind) et d'AlunaGeorge (White Noise) qui n'en sont pas – et avec la complicité des chanteuses de ces deux autres figures du néo-clubbing à l'anglaise s'il vous plaît.

Disclosure
, au Transbordeur mercredi 19 mars


Disclosure


Transbordeur 3 boulevard Stalingrad Villeurbanne
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En 2013, lors de son passage au Sucre pour une première apparition lyonnaise, on prédisait ici que London Grammar, alors simple révélation – mais quelle révélation ! – était promis aux salles de grandes ampleurs. Prédiction réalisée puisque le trio Londonien menée par Hannah Reid et auteur en ce début d'année de son deuxième album, Truth is a Beautiful Thing, va venir emplir de sa mélancolie grandiose mais feutrée les grands espaces ventées de la Halle Tony Garnier le 6 décembre prochain. Les places sont en vente via les réseaux habituels.

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La première fois que Disclosure est passé à Lyon en 2013, Guy Lawrence fêtait son anniversaire, un brin timide, sur la scène de Nuits sonores lors d'un concert ébouriffant où leur mélange de UK bass, de pop, de R&B, de hip hop et de house fît rugir de plaisir les anciennes usines Brossette : cette fusée ne semblait pas prête de s'arrêter, pas après un seul album en guise de rampe de lancement, Settle, largement acclamé et sorte de compilation des hits sortis depuis leurs débuts en 2010, dont les fantastiques White Noise et Control. Guy et son frère cadet Howard ont largement confirmé depuis, enchaînant par un featuring détonnant avec la princesse Mary J. Blige, F for You, véritable anthem propre à faire lever les bras et donner le sourire sur n'importe quel dancefloor de la planète. Ces deux gamins du Sud de Londres sont l'aboutissement parfait d'une génération issue du MP3 assimilant tous les genres sans distinction (jusqu'à l'inspiration gospel de When A Fire Starts to Burn), se les appropriant, les recrachant sous forme d'évidentes pépites installant ce duo au firmament des producteurs actuels comme l

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MUSIQUES | A force de la pratiquer, on le sait, la programmation musicale n’est régie par rien d’autre que les antiques lois de l’éternel retour. Nouvelle année, nouveau printemps, perpétuel recommencement. Stéphane Duchêne.

Stéphane Duchêne | Jeudi 2 janvier 2014

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On peut, en cette période d’Epiphanie généralisée et à la manière de Nietzsche dans le Gai Savoir, voir l’«éternel retour du même» comme une malédiction ou une bénédiction. C’est tout l’enjeu de l’expérience humaine. Pour ce qui nous intéresse ici, gageons qu’il faille prendre le mouvement renouvelé des saisons musicales, la succession des «cycles de manifestation», pourrions nous-dire en tordant un concept si cher à l’essayiste Pacôme Thiellement, comme une chance de (re)vivre des instants essentiels. A ceux pour qui rater un concert équivaut à passer à côté de sa vie, quelle belle saison s’ouvre devant vous après un automne de carême : auriez-vous loupé, en vrac, le lutin démiurgique Woodkid (le 21 février à la Halle), les exorcistes de la «Mauvaise Nouvelle» Fauve («Ne crains rien, car je suis avec toi. (…) Je te fortifie, je viens à ton secours, je te soutiens de ma droite triomphante

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Hannah Reid n'a pas les cheveux turquoise, a dépassé l'âge de la majorité sexuelle et n'a jamais déclaré que le poireau était son légume préféré. Hanna Reid, en somme, n'a rien à voir avec Miku Hatsune, popstar virtuelle qui, depuis 2007, se fait une place de plus en plus importante dans les rêves humides de la jeunesse connectée. Rien, si ce n'est qu'elle est, à l'instar de la création de la société japonaise Crypton Future Media mais sur un plan charnel, une phénoménale diva électronique. Phénoménale par sa voix, sensuelle et affligée, que cette sculpturale Londonienne déploie avec la même intensité que si elle se produisait sur un navire en train de sombrer – là où Céline Dion braillait comme si on lui avait fourré un bout d'iceberg dans la culotte. Phénoménale aussi, par la bienveillance critique et publique que suscite la pop qu'elle produit sous le nom de London Grammar avec les multi-instrumentistes Dot Major et Dan Rothman, qui l'ont au départ contacté via Facebook autant pour tester ses talents d'interprète que dans l'espoir secret de passer la main dans sa crinière dorée.

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Le troisième NS Days était placé sous le signe de la cérébralité, voire de la prise de tête. Le quatrième, lui, aura fait la part belle au corps et à sa mise en pièces méthodique. A coups de kicks plus compacts que les marteaux maniés par Kaori dans le manga City Hunter (Nicky Larson en version franchouillarde) sous la verrière, où les puristes techno Shifted, DVS1, Planetary Assault Systems et Ben Klock ont rivalisé d'implacabilité – surprise, à ce petit jeu, ce n'est pas le patron du label Klockworks, dont le set avait l'an passé failli démolir l'Hôtel-Dieu avant l'heure, qui s'en est le mieux tiré, mais l'Anglais qui a ouvert le bal. A coups de riffs abrasifs du côté du hangar, qui aura notamment vu se succéder Girls Against Boys, le temps d'un concert qui, à défaut d'être à la hauteur de la réputation de ces figures du post-hardcore, a surclassé en tension celles de bon nombre de petites frappes bruitistes, et le duo synth punk australien Civil Civic – qui, joie, n'a rien pe

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Benjamin Mialot | Jeudi 9 mai 2013

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La tentation était trop grande, y céder n'a pas été sans conséquences : programmés sur la scène principale des Subsistances, l'illustre Carl Cox (qui se produisait pour la première fois au festival) et le fidèle Laurent Garnier ont vampirisé la quasi totalité du public du premier NS Days, jusqu'à imposer au personnel de sécurité l'improvisation, à l'entrée d'une verrière rapidement devenue impraticable, d'un système de file d'attente. On pourrait le déplorer. On pourrait si ces deux "dinosaures" n'avaient pas d'ores et déjà assuré deux des prestations les plus mémorables de Nuits Sonores 2013, le premier dans le registre fédérateur et bouncy qui a fait sa réputation, le second avec l’œcuménisme et la passion qu'on lui connaît depuis maintenant neuf éditions. On pourrait si ce monopole avait empêché les Bordelais de J.C.Satàn, chefs de file du renouveau garage, de livrer un concert survolté et poisseux, et les Strasbourgeois de Electric Electric de prouver qu'avec ou sans Colonie de vacances, ils comptent parmi les faiseurs de bruit les plus excitants du pays.

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