Jon Spencer, le roi de New York

MUSIQUES | Sur son dernier album, au prétexte de célébrer une liberté retrouvée symbolisée par la "Freedom Tower", le Jon Spencer Blues Explosion déclare son amour inextinguible à cette vieille femme qu'est la Grosse Pomme. Et le lui dit par tous les trous fumants. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 3 novembre 2015

Jamais aussi à son affaire que lorsqu'il s'agit de jouer les Screamin' Jay Hawkins efflanqués, prêcheur de bon temps à prendre avant que l'Apocalypse ne vienne nous gratter la viande et nous ronger les os, Jon Spencer et son duo d'acolytes qui font trois ravalent leur précédent Meat & Bone pour nous jouer la grand-messe commémorative d'un New York renaissant et néanmoins, pour une part, révolu. Freedom Tower – No Wave Dance Party 2015, voilà l'affaire.

La Freedom Tower, c'est donc cette tour de Babel post-moderne célébrant la Liberté autant que son fantôme, le souvenir de la catastrophe et le devoir de redresser la puissance érectile américaine jadis portée par les jumelles déchues. Le superphallus enfin érigé sur l'ancienne béance de Ground Zero, c'est surtout cette vieille hydre de Blues Explosion qui bande comme un démon, un os non pas dans le nez, comme le précité Screamin', mais bien dans le pantalon.

Car s'il s'agit de rendre hommage – «Come on fellas, we gotta pay respect» commande Spencer sur l'inaugural Funeral – c'est bien le pantalon sur les genoux, éructant et écumant d'énergie vitale jusqu'au bout de la nuit et à travers la ville – JSBX s'est d'ailleurs livré avec cet album à un tour des cinq boroughs new-yorkais, comme s'il s'agissait d'un tour du monde.

Contes de NY

Derrière l'évangile blues punk selon Saint Jon c'est donc à une no wave dance party que l'on a affaire, qui rallume les braises d'un New York d'avant les catastrophes (le 11 septembre, la giulianisation avant lui et, pire, la gentrification de No York ; «This is America baby, we ain't got no class» ahane le Spence) et sa transformation en roue à hipsters : une sorte de Tales of Old New-York : The Rock Box qui pleure (de joie) ce New York interlope et la no wave d'antan dans lequel Jon Spencer a connu ses premières contorsions.

Toutes les parties du corps, toutes celles qui permettent de faire le blues et de passer dans le rouge du "sexplosion" sont ici convoquées comme à con-fesse, à proportions égales de l'imagerie du New York mythifié (du NYPD au CBGB). Comme si, au fond, ce JSB très X faisait son Dominique de Villepin, s'adressant à la ville comme à une femme qu'il faudrait prendre. Les deux, New York, la femme, ou en tout cas l'objet du désir et de la flamme, se confondant en une déclaration d'amour vache, un sermon sur le mont Chauve. Un attentat, oui, mais à la pudeur.

The Jon Spencer Blues Explosion [+ Gemma Ray]
À l'Epicerie Moderne mardi 10 novembre


The Jon Spencer Blues Explosion + Gemma Ray - ANNULÉ


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Rentrée musique : 20 concerts à ne pas manquer

MUSIQUES | De mémoire de rats de salle de concert, cette rentrée musicale est l'une des plus chargées que la ville ait connue. Qu'à cela ne tienne, ce ne sont pas dix concerts que nous vous avons tagués comme "incontournables" cette année, mais une vingtaine. Faites chauffer les boules Quiès.

Stéphane Duchêne | Mardi 29 septembre 2015

Rentrée musique : 20 concerts à ne pas manquer

Aline / Tigran / Jay Jay Johanson / Is Tropical Après avoir bu et dansé jusqu'à plus soif, bien profité de la belle hype initiée par Regarde le ciel, les Ex-Young Michelin ont pris la route du studio ICP de Bruxelles (temple du rock contemporain) à la rencontre de Stephen Street, mythique producteur et/ou ingénieur des Smiths (il fut le sage-femme de The Queen is Dead, t'as qu'à voir !), de Morrissey et de quatre albums de Blur. Le résultat, bien inspiré (et intitulé La Vie électrique), dégouline forcément de guitares cristallines et de rythmiques 80's dévalées en frenchy dans le texte. Quelque part entre les Smiths donc, les Triffids et un Daho d'époque moins daté. Aline est là, manquerait plus qu'elle revienne. Stéphane Duchêne Le 9 octobre au Marché Gare C'est un fait, le Tigran est un genre de prodigieux caméléon musical dont le génie serait profondément agaçant s'il n'avait pas la mansuétude d'en faire profiter les autres. Ce pianiste jazz (sur le papier uniquement), on l'a connu sous

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Il vient de là, il vient du blues

MUSIQUES | C'est l'événement de cette fin d'année : Jon Spencer, mythe vivant du rock'n'roll contemporain (sans lui, pas de White Stripes ou de Strokes), fait escale à Lyon avec son Blues Explosion pour fêter six rééditions discographiques. Benjamin Mialot

Dorotée Aznar | Lundi 6 décembre 2010

Il vient de là, il vient du blues

N'y allons pas par quatre chemins (pratique d'autant plus inutile qu'ils mènent tous à Rome) : Jon Spencer incarne le rock'n'roll dans ce qu'il a de plus excitant. Tant et si bien que, si le genre venait à s'éteindre et si quelque scientifique se mettait en tête de le ressusciter comme d'autres s'y sont essayés à leurs dépens, c'est à partir de l’ADN de cet Américain aux rouflaquettes couleur pétrole qu'il faudrait mener les recherches. Chez lui, pas de reflux gastriques mortels à la mode Jimi Hendrix, ni de penchant pour le grand écart entre déballage de quéquette et publicité télévisée à la Iggy Pop. La mesquinerie narcissique de Keith Richards, la cyclothymie contre-productive d'Anton Newcombe, la fragilité claviculaire de Kurt Cobain ? On n'en trouve pas trace dans la carrière exemplaire qu'a menée Jon Spencer depuis ses débuts noisy à la tête de Shithaus jusqu'à sa récente apparition au festival événement organisé par le label Matador. Du style, de la sauvagerie, du respect et de l'ouverture d'esprit en revanche, le bonhomme en a à revendre. On dirait le sud Des six indispensables rééditions du trio qu'il mène depuis bien

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Blues en stock

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Dorotée Aznar | Mercredi 16 juin 2010

Blues en stock

L'un des titres emblématiques de Jon Spencer s'intitule Talk about the blues. Un sujet sur lequel le new-yorkais a toujours été très bavard. Que ce soit avec Boss Hog (le groupe qu'il forma avec sa femme Cristina Martinez), The Jon Spencer Blues Explosion ou maintenant Heavy Trash, il n'a toujours été question que de ça : quel que soit le style musical adopté en vitrine, l'arrière-boutique résonnait de blues à triturer, à tordre ou à vitrioler pour s'assurer qu'il bouge encore et même qu'il s'agite au gré d'un punk rock digne de la danse de Saint-Gui. Entre pastiche et hommage, recherche musicale et déconstruction bruyante. Même souci du côté de Wovenhand et pourtant le résultat est quasiment aux antipodes de la musique de Spencer. Du blues, David Eugene Edwards, leader de Wovenhand et ancien chamane de 16 Horsepower, a toujours exploré la face sombre et gothique, mythique aussi entre attirance pour la transe indienne et fascination pour les immigrants chrétiens aux mains sales et à l'âme à laver. Un peu à l'image d'une église des pères fondateurs bâtie sur un cimetière indien, ce blues-là est noir comme le souvenir qui ne veut pas s'effacer, porté par la voix habitée de cet homme

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