Les Baronnies pour baromètre

Drôme | À l’extrême sud de la région Auvergne-Rhône-Alpes, les Baronnies et le Nyonsais sont le berceau des olives, truffés de balades dans une végétation qui lorgne déjà vers la Méditerranée. Avant que ne s’impose le Mont-Ventoux, halte dans ces entrelacs drômois.

Nadja Pobel | Mercredi 26 mai 2021

Photo : © DR


Direction plein Sud, en voiture ou en train. Juste après Montélimar, virage à 90° : à l'Est toute ! Traverser cette étrange Enclave des Papes, enfermée dans la Drôme, alors qu'elle est administrativement vauclusienne, et s'arrêter à Nyons, l'un des points d'entrée sur ce parc régional naturel pas très vieux : les Baronnies provençales, créé en 2015.


Commencer par visiter Nyons

Avec ses plus de 7000 habitants, la cité se déploie comme une poupée russe tant elle regorge de belles surprises cachées les unes dans les autres. Nyons a les pieds dans l'Eygues qu'enjambe un pont de pierre roman remarquable, avant de proposer un dédale de ruelles et une place carrée à arcades. Ce serait suffisant pour y faire halte mais, au gré des panneaux, il faut grimper un peu sur les pavés pour se trouver nez-à-nez avec les ruines d'un château féodal, la tour Dauphine et surtout la tour Randonne et son épatant clocher pyramidal et ajourné qui coiffe, dans son style néo-gothique, une chapelle.

Encore quelques pas et vous serez au bout de crête en atteignant ce qu'il reste de château Delphinal. De part et d'autre des ruelles, rue des Grands Forts, rue des Petits Forts, au nom indicateur de ce que fut ce lieu au Moyen-Âge : une place forte du protestantisme que les habitants ont considérablement quitté à la suite de l'abrogation de l'Édit de Nantes, cette belle utopie de la toute fin du XVIe siècle. La citadelle a été en partie démolie mais il reste sur les flancs ces passages étonnants, sinueux, parfois recouverts qui font de Nyons un dédale resserré et ludique.

Ajoutez à cela que la ville est, malgré la présence du pontias — ce vent rafraîchissant — une des communes les plus ensoleillées de France. Le cadre est idyllique pour traînasser sur le marché du jeudi (toute l'année) et du dimanche (de mi-mai à mi-septembre) et embarquer des seaux d'olives. Ne pas manquer une fois l'an, le premier dimanche de février, la fête de l'Alicoque qui marque la fin de la récolte annuelle des olives, l'équivalent de la célébration du Beaujolais nouveau dans nos contrées le troisième jeudi de novembre. Toutes les saveurs sont de sortie avec leur confrérie !


Choisir une balade

Direction Buis-les-Baronnies, en trente minutes de voiture vers cette capitale du tilleul détrônée par les pays de l'Est et l'Asie. Traverser le pont qui surplombe l'Ouvèze. Sur le parking, on croise des passionnés de la via ferrata puisque se trouvent là, sur quatre parcours, la plus longue d'Europe. Au menu : un sentier accessible à tous de 15 km avec un dénivelé de 700m. Passer devant le Rocher Saint-Julien et une dorsale, éperon rocheux qui semble mimer un tricératops. La balade se déroule dans le sens des aiguilles d'une montre en empruntant le GR9. Tout est très balisé lors de cette montée sèche de 300m au milieu de la garrigue dont les arbres assez bas laissent apprécier les monts environnants, dont le fier Mont Chauve qu'est l'inénarrable Ventoux. Abandonner ce GR pour bifurquer à droite lorsqu'on est à 844m d'altitude. La végétation se fait plus dense avec la pinède. La deuxième partie est descendante. En profiter pour attraper la route dite "remarquable" de la D72 et basculer en contrebas sur la D40 pour une magnifique expérience : celle de dévaler en quelques minutes les 1475 mètres (de 1900 à 425 m) sur lesquels s'accrochent les 83 habitants du village de Brantes. Et faire un mini détour (quoique qu'il n'y ait pas ici de route rapide !) par le village de Pierrelongue pour voir surgir l'incroyable chapelle Notre-Dame-de-Consolation perchée sur un rocher à 25m de haut, accessible si l'on gravit 75 marches !

Balade sans voiture (environ deux heures de plat) : depuis Nyons, traverser le pont roman pour s'éloigner de la ville et emprunter sur la gauche le chemin du Crapon qui épouse les méandres de l'Eygues au milieu des oliviers jusqu'au pont de Bégudes. Retour sur le même chemin, car en face, la D94 frotte. Possibilité de plusieurs autres balades en grimpant au-dessus de Nyons. Renseignements à l'office du tourisme (T. 04 75 26 10 35), dans la brochure dédiée aux sentiers.


Où manger ?

Chez D'un Goût à l'Autre, mini resto (20 couverts à l'intérieur) avec une terrasse blindée un été. Le goût des plats reste en mémoire des mois plus tard. Comme les hivernaux suprêmes de pintade d'Ardèche mariné au poivre blanc, citronnelle et gingembre et son houmous de lentille corail à l'huile d'olive. Must absolu : les profiteroles à l'olive de Nyons et sa sauce pralines noisettes. Entrée-plat-dessert pour 36€ dans ce resto gastronomique qui ne vole pas sa dénomination.

D'un Goût à l'Autre
21 rue des Déportés, 26110 Nyons
T. 04 75 26 62 27


Que rapporter ?

Des olives, bien sûr. Celle de Nyons est AOP depuis 1994. Sur les marchés, chez les producteurs, possibilité de découvrir le goût premier, quand l'olive n'est pas encore arrosée de sel. Méconnaissable ! Rendez-vous à la Ferme des Tuilières (Port : 06 87 99 18 04) pour déguster l'affinade, cette pâte constituée à 100% d'olives de nyons quand la tapenade est additionnée de câpres, aromates de Provence, crème d'anchois et ail.

Du vin, aussi. Le domaine Vallot (dix minutes en voiture depuis Nyons, trente en vélo. T. 04 75 26 03 24) ne propose qu'une dizaine de références entre 9€ et 16€ la bouteille. Qualité assurée et accueil par un gros chat doux et placide gardien du temple des vignes.


Comment y aller ?

Avec voiture. 3h de route, 200km et 14€ de péage depuis Lyon pour rejoindre Nyons. 205 km et 4h15 sans l'autoroute en bifurquant sur Beaurepaire au niveau de Vienne.

Sans voiture. TER Lyon-Montélimar (1h38 de trajet, billet à 27, 20€) puis autocar jusqu'à Nyons (1h20 / billet à 5, 5€) lignes 36 ou 71 sur le réseau régional Mov'ici.

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The Canyons

ECRANS | De Paul Schrader (ÉU, 1h39) avec Lindsay Lohan, James Deen…

Christophe Chabert | Mardi 18 mars 2014

The Canyons

Lorsque Bret Easton Ellis annonça avec force tweets provocateurs la mise en chantier de The Canyons avec l’acteur porno James Deen et la wild girl Lindsay Lohan, le tout devant la caméra de Paul Schrader et financé par le crowdfunding, l’excitation était à son comble. Depuis sa sortie aux États-Unis, le film se traîne une vilaine réputation de nanar, seulement soutenu par quelques oukases de la critique hexagonale. On ne démentira pas la rumeur : Ellis a accouché d’un vaudeville contemporain qui n’a que son décor d’exotique — le milieu du cinéma hollywoodien — et dont le côté sulfureux est tué dans l’œuf par la monotonie des séquences — en gros, ça papote dans de beaux fauteuils design, dans des restaurants chics ou des villas de luxe et, de temps en temps, ça baise façon porno soft… La mise en scène est à l’avenant, tentant d’intégrer un sous-texte aussi prétentieux qu’abscons sur la mort du cinéma en filmant des salles à l’abandon… Schrader, le cinéaste le plus inégal de la terre, est ici proche de son niveau zéro — juste au-dessus de son pitoyable prequel à L’Exorciste refusé par le studio — le film le touchant dans

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