Virée dans les gorges déployées de la Loire

Loire | Une rando, une balade en bateau, des châteaux (oui les autres châteaux de la Loire !), des points de vue à couper le souffle, faune et flore sauvages et même une plage. À une heure de Lyon, cap sur les gorges de la Loire pour une journée verte !

Nadja Pobel | Jeudi 26 août 2021

Photo : © NP et AP


Il y a les Verts (ceux dont Vincent Duluc rappelait dans L'Équipe cet été, lors du transfert de Messi au PSG, que l'équivalent aurait été que Pelé débarque à l'ASSE dans les années 70). Et puis il y a le vert dans la ville des Verts — pas encore tout à fait verte niveau électoral (le candidat EELV ayant obtenu 12% des suffrages au premier tour des dernières municipales).

Bref, à une heure et des poussières de Lyon, se déploient les gorges de la Loire. Ne pensez pas les sillonner le nez au niveau de l'eau par de petites routes sinueuses qui épouseraient les méandres du plus long fleuve de France (1012 km au compteur). Pour les voir, il faut parfois grimper, marcher sur les crêtes, se jucher sur les tours des châteaux qui l'environnent, ou encore naviguer sur ces eaux calmes stoppées par le barrage de Grangent dont la mise en eaux en 1957 a englouti église et chemin de fer !

Une balade

Pour bien profiter de la journée, mieux vaut embrasser ces gorges dans le sens inverse des aiguilles d'une montre. Depuis Saint-Just-Saint-Rambert, direction le château d'Essalois (il est possible à horaires variables de grimper dans le donjon) pour une randonnée de moins de 2h (4.8 km) facile à pratiquer même si pas toujours bien balisée. Se garer sur le grand parking du château et bifurquer 150m sur la droite en amont de cette bâtisse du XVIe siècle pour entamer une descente caillouteuse en lacets assez franche.

Arrivés, devant la propriété privée des Camaldules (ancien ermitage dont le dernier moine a péri sur l'échafaud en 1793), jetez un œil sur la gauche sur un autre château que vous verrez bien mieux depuis l'eau plus tard et, sur votre droite, remontez à pied dans les bois. Non indiqué mais assez dégagé sur un terrain terreux, le chemin se dessine et mène, en pente douce, sur une crête dominant les gorges. Des bateaux-école naviguent tranquillement ; en face, Saint-Victor-sur-Loire apparaît. Tout au long du parcours, entre les rochers de granit, les bruyères éclairent le sentier de leur violet éclatant, les genêts commencent à perdre leur jaune en cette fin août mais les ronces offrent leurs mûres au passant. Mieux vaut donc boucler dans ce sens que dans l'autre pour aller crescendo dans les découvertes. Ne pas manquer d'aller jusqu'au château avant de repartir pour la vue splendide (et les explications toutes fraîchement posées) sur ce site classé et inscrit dans un dispositif national permettant la préservation des paysages et, entre autres, du hibou grand duc qui y a élu domicile.

Des villages

Sur le pourtour des gorges se nichent des villages et des châteaux de l'époque médiévale veillant sur les terres agricoles environnantes — c'est le temps des foins. Ainsi des arrêts à Chambles, ou plus bas, à Aurec-sur-Loire (déjà la Haute-Loire) valent le détour. Mais deux bourgades éblouissent :

Saint-Paul-en-Cornillon. Se garer en haut du village et admirer serpenter dans les ruelles pour atteindre, sur un éperon rocheux, le château (qui ne se visite pas) et ses tours carrées surmontées de bacon de bois. Seule la chapelle est ouverte.

Saint-Victor-sur-Loire. C'est le village plus fréquenté de ces gorges. Administrativement il fait même partie, depuis 1969, de la commune de Saint-Étienne, distant de la Comédie ou du Fil de seulement 13 km ! Pourtant, le décor est tout autre. Ses habitants, les croque-cerise, disposent désormais d'une plage accessible à tous gratuitement, d'un port (cf. balade en bateau plus bas) et surtout d'un très agréable centre ancien où trône un château qui accueille des expositions contemporaines (entrée libre). Le chemin de ronde offre une vue somptueuse sur le paysage. Et dans le jardin, se trouve une statue acrobatique hommage à Henry's, ce funambule stéphanois décédé en 2013 qui défiait l'apesanteur en passant en équilibre sur un câble dans les environs ! La petite église romane du XIe et le reste des remparts invitent au repos et contrastent avec l'agitation des activités nautiques en contrebas.

Sur l'eau

Vues depuis les contreforts, il est temps d'approcher ces gorges en leur cœur. Pour cela, possibilité de louer des canoës (voir le Club nautique de Saint-Étienne : cnse.fr) ou d'embarquer pour une heure de croisière sur un bateau électrique (et donc silencieux). C'est l'occasion, grâce à la guide qui s'adresse autant (voire plus) aux petits qu'aux grands de mieux connaitre cette retenue d'eau de 50 m de profondeur au pied du barrage. Et de se rappeler qu'avant qu'elle n'existe se trouvait à cet endroit-même une ligne de chemin de fer de 16 km destinée à transporter la houille. Un pont qui dépasse à peine de l'eau en est encore le témoin ou des panneaux triangulaires au milieu de l'eau indiquant des obstacles submergés. En remontant le fleuve en direction du barrage, c'est toute la balade matinale qui se regarde depuis le bas, dont le château d'Essalois et surtout celui de Grangent (qui a donné son nom à l'édification électrique), désormais sur une île alors qu'auparavant il était accessible par route. L'église désacralisée et le château sont aujourd'hui des propriétés privées.

Où manger ?

Restaurant Le Cèdre bleu (Aurec-sur-Loire /04 77 35 48 48). Dans ce Logis de France, le menu du jour est à seulement 15, 50€ et est finement préparé. Oubliez la déco mauve ambiance Conforama (et préférez la terrasse extérieure !) pour se concentrer sur flan de jambon et son Serrano, un poivron farci disposé sur un risotto de boulgour et une tartelette à la mousse de citron. À chaque plat, trois à quatre goûts se mêlent. De quoi repartir ragaillardi pour la suite de la journée. Avant de revenir dans le département de la Loire, donnez un coup d'œil au village médiéval de l'autre côté de la rive.

Croisière des gorges de la Loire – 06 88 34 12 71 – croisieres-gorges-loire.fr - Tous les jours d'avril à octobre, départs à 15h et 16h15. 11, 50€ pour un adulte / 7€ pour les 4-15 ans / gratuit pour les – de 3 ans.

Comment y aller ?

En voiture : Lyon est distant de 82 km de Chambles et 74 km de Saint-Victor-sur-Loire

En train : ce n'est évidemment pas très pratique pour se rendre au départ de randonnées mais il est possible de rejoindre Aurec-sur-Loire en TER (avec un changement à Saint-Étienne) en 1h15 (et 16, 10€) pour ceux qui veulent embarquer leurs vélos (attention les routes ne sont pas plates !). Aurec est distant de 18 km de Saint-Victor (à l'est) et de 15 km de Chambles (à l'ouest).

Renseignements : loiretourisme.com ou Saint-Étienne tourisme au 04 77 49 39 00 qui a notamment édité une brochure parfaite, sur Saint-Victor sous le label "Villes et pays d'art et d'histoire".


Le Corbusier et Firminy en voisins

Si vous avez encore le temps, n'hésitez pas à consacrer un moment au site Le Corbusier de Firminy qui ne se trouve qu'à 10 km de Saint-Victor. L'unité d'habitation, la maison de la culture, le stade constituent un ensemble exceptionnel et passionnant de ce que furent les grandes utopies de l'habitat et des modes de vie de la seconde moitié du XXe siècle. L'UNESCO l'a reconnu en 2016 (voir sur www.petit-bulletin.fr). Actuellement, et jusqu'au 16 janvier 2022, dans le quatrième élément de ce quartier de Firminy-Vert, l'église que Le Corbusier a dessiné mais n'a jamais vu de son vivant (elle a été achevée en 2006 !), sont exposés les travaux de l'architecte Manuelle Gautrand, autrice de la Cité des Affaires (toute jaune) de Saint-Étienne Métropole ou encore d'un des bâtiments de Lyon-Confluence côté Saône, le monolithe.

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