Arles, de l'antique au clic

Bouches-du-Rhône | C’est peut-être le meilleur moment pour y aller. Le soleil brille toujours, les Rencontres de la Photographie s’exposent encore pour quelques jours et les touristes se font plus rares. Entre la majesté des arènes, les clichés de Sabine Weiss et ceux des révolutionnaires soudanais, Arles est la halte incontournable de cette fin d’été.

Nadja Pobel | Jeudi 9 septembre 2021

Photo : © Nadja Pobel


Il y a son cœur doré à souhait par la chaleur réconfortante du sud, ses ruelles entrelacées qui mènent soit à l'imposant Rhône soit à un monument d'avant notre ère. Il y a aussi la Camargue qui la prolonge car Arles est la commune la plus grande, en termes d'étendue géographique, de France. Elle comprend notamment Salin-de-Giraud et ses camels de sel — sa voisine, à l'autre extrémité de la digue, les Saintes-Marie-de-la-Mer étant elles indépendantes. Depuis l'an dernier ce bastion communiste historique est tombé aux mains du "sans étiquette" de droite Patrick de Carolis, ex- patron de France Télé. Le théâtre est alors passé en régie municipale « pour rendre le théâtre plus accessible, selon les déclarations du maire lors du conseil municipal du 27 mai dernier. Le SYNDEAC (syndicat national des entreprises artistiques et culturelles) a dénoncé dans un communiqué « un projet aux relents populistes » ce dont l'édile se défend. Pour l'instant, il est l'heure de profiter des richesses inestimables de cette ville et de découvrir d'un même coup un lieu historique et les artistes qui y exposent leurs photos. Grand écart salvateur.


Patrimoine

Les arènes (amphithéâtres). Troisièmes plus grandes arènes de France après Nîmes et Béziers, 20e plus vastes du monde, celles d'Arles pouvaient accueillir jusqu'à 20 000 spectateurs. Édifiées dans le Ier siècle après JC, bien conservées et bien restaurées depuis leur désenfouissement au milieu du XIXe siècle, elles accueillent aujourd'hui essentiellement corridas et ferias. Ville dans la ville au Moyen-Âge, plus de 200 maisons y prenaient place.

Le théâtre antique. Avec le même ticket, vous pouvez vous rendre dans le monument voisin, le théâtre antique construit quelques années avant les arènes. En demi-cercle d'une capacité actuelle de 2500 places, il a été dégagé des habitations à partir de 1827. Il ne reste du mur de scène que quelques colonnes. La scène, la fosse, l'orchestre et les gradins sont parfaitement en état.

Arènes + théâtre antique 7€/9€


Rencontres de la photographie

Sabine Weiss, une vie de photographe. Elle a 97 ans et a encore largement contribué à cette exposition qui retrace son œuvre entamée dans les années 1940, empreint de nuit comme ce cliché de Dijon nimbé de noir ou cet homme allumant une cigarette qui parait être un brasier. Ce noir et blanc, elle va le conserver toute son existence auprès des gamins de Tolède comme de Saint-Cloud, dans un établissement pour aliénés mentaux comme dans la rue. À en regarder ces images, elle est aussi à l'aise avec eux qu'avec les puissants et les paillettes. Son travail pour Vogue et Life lors de la présentation de la collection d'Yves Saint Laurent pour Dior en 1958 en témoigne. C'est aussi une ribambelle d'artistes qui se donnent la main dans cette expo : Niki de Saint Phalle, Giacometti photographié dessinant sa femme Annette dans le Paris de 1954 ou Françoise Sagan, ingénue, allongée sur un tapis qui tape sur une machine à écrire. Rare femme photographe professionnelle à cette époque, Sabine Weiss ne s'est enfermée dans aucune catégorie captant aussi bien un chat s'échappant de la grille d'un portail qu'une Romy Schneider en pleine séance de maquillage dont la maquilleuse, dans le miroir, a mystérieusement disparu…

À la Chapelle du museon Arlaten de 10h à 18h ; 12€


Thawra! ثورة Révolution ! Puisque les médias mainstream vont trop vite et délaissent certaines actualités, les photo-reporters s'en emparent avec bonheur et talent. C'est le cas dans cette exposition consacrée à la révolution de 2019 du Soudan. Dans un quartier de la ville, cerclé de check-points, les Soudanais ont mis fin à 30 ans de dictature de Omar el Bechir. Huit photographes du pays montrent les sit-in devant le ministère des Armées, les visages de ces hommes et femmes qui ont renversé leur existence. Captivant et très émouvant.

Dans l'Église des Trinitaires de 10h à 19h30 ; 10€


Charlotte Perriand, comment voulons-nous vivre ? L'architecte est bien connue dans nos contrées pour avoir conçu les premiers immeubles de stations alpines dans les années 60 comme Les Arcs. Elle fut également designeuse de mobilier mais c'est ici son attrait pour les collages et plus largement l'idée qu'elle se faisait de l'utilité de son métier qui est montré. Proche du parti communiste, Charlotte Perriand (décédée en 1999 à 96 ans) a créé un photomontage de 16 mètres sur 3 de long pour sensibiliser le grand public aux conditions d'habitations et de pauvreté aux alentours des grandes villes (très largement inspiré par la Grande misère de Paris). Elle en fait un sujet politique. Présentée à l'exposition du salon des arts ménagers en 1936, cette œuvre n'est ici pas restituée mais détaillée et rendue passionnante.

Au Monoprix (à l'étage) de 10h à 19h30 ; 12€


Raymond Cauchetier, Nouvelle vague. Filez à l'abbaye de Montmajour, autrefois cerclée de marais. D'abord parce que cet édifice religieux, inscrit à la liste des monuments nationaux de France, construit dès le Xe siècle pour les moines bénédictins est une splendeur d'où l'on voit Arles à 5 km de là et la Luma (cette tour d'aluminium flambant neuve conçue par Frank Gehry qui abrite des expos temporaires déconnectées des Rencontres de la Photographie). Ensuite parce qu'y sont exposées des photos déjà vues mais dont l'effet madeleine de Proust fonctionne à plein : celles du photographe de plateau de la Nouvelle Vague, Raymond Cauchetier. Jules et Jim, la Lola de Demy, Michel Poiccard/Laszlo Kovacs et Patricia Franchini d'À bout de souffle y brillent par leur candeur inaltérable.

Dans l'abbaye de Montmajour, de 10h à 18h30 ; 6€


Comment y aller

En TER : 2h29 (changement à Avignon Centre) ; 40€

En voiture : 265 km, 2h58


Où manger ?

Cocolino. Bar et resto à deux pas des arènes et adossé au Jardin d'été ouvert il y a quelques mois par le patron du Cuit-cuit, non loin (rue Fanton). Personnel ultra sympa, terrasse immense et plat du jour (servi aussi le soir) à 16€. Épaule d'agneau confite ou aïoli revisité aux agrumes avec poisson en croûte et bulot. Délicieux !

Cocolino
33 rue Porte de Laure, 13200 Arles


Renseignements

Office du tourisme
9 boulevard des Lices
Tous les jours de 9h à 18h
T. 04 90 18 41 20

Rencontres de la Photographie
Jusqu'au 26 septembre
T. 04 90 96 76 06
Pass 4 jours 36€ en ligne, 42€ sur place

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Jean-Charles Mbotti Malolo : Beau(x) geste(s)

Portrait | Arts graphique et chorégraphique ne font qu’un pour Jean-Charles Mbotti Malolo, réalisateur de l’effervescent Make it soul, sublime évocation d’un duel entre James Brown et Solomon Burke. En lice pour le César du Film d’animation ce vendredi 28 février.

Vincent Raymond | Mardi 11 février 2020

Jean-Charles Mbotti Malolo : Beau(x) geste(s)

C’est tout un art de s’accomplir dans plusieurs disciplines distinctes ; encore faut-il y parvenir dans l’harmonie et avec la conscience des autres. Voyez Ingres : sa virtuosité de peintre et de violoniste ne suffisait pas à adoucir un tempérament qu’on disait… peu commode, par euphémisme. Fort heureusement, la grâce parfois touche des individus si aimables que l’on ne peut même pas leur en vouloir d’avoir reçu bien davantage de talents que le vulgum pecus. Doués pour la création, ils le sont aussi par nature dans les relations humaines ; un charisme inné ou une aura évidente qu’on serait en peine d’expliquer. Quiconque a approché le peintre-photographie-poète-comédien Viggo Mortensen, ou la comédienne-peintre-danseuse Juliette Binoche, peut ainsi en témoigner. Ah oui : ce supplément d’âme s’appelle la modestie. « Beaucoup de gens pensent que je suis pointu dans les deux domaines. Mais dès que je suis avec des gens de l’animation ou de la danse, je suis l’inculte… » Sourire lumineux, voix posée, le chorégraphe et cinéaste d’animation Jean-Charles Mbotti Malolo appa

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Jean-Charles Gros, le génie du lieu

Photographie | Le photographe Jean-Charles Gros présente à Vrais Rêves une série d'images consacrée à une carrière abandonnée en Ardèche. Un travail très graphique qui dramatise et sublime ce lieu singulier.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 11 février 2020

Jean-Charles Gros, le génie du lieu

La photographie qui n'est que surface se fait exceptionnellement, avec Jean-Charles Gros, épaisseur. Épaisseur de temps et de matière d'une carrière de calcaire gris dans le sud de l'Ardèche, dont l'activité a cessé autour des années 1940. Le photographe y a mené un quasi travail d'archéologue et une sorte de méditation poétique visuelle sur ce lieu étrange, âpre et esseulé. « À l'heure où la nuit vient juste de se replier dans ses ombres, j'aime à flâner sur les chemins. Instant d'éveil, entre pierres et arbres, un paysage s'ouvre : il est rude et minéral. C'est un plateau de calcaire gris, un décor raboté, un décor tranché, un décor fracturé » écrit Jean-Charles Gros dans son texte de présentation d'exposition. Cité fantôme Le rendu très graphique des tirages noir et blanc, faisant dériver les images vers le dessin ou la peinture, intensifie encore l'impression de dépôt de strates des temps anciens. Les paysages dramatisés, théâtralisés, s'imposent parfois comme des ruines de scul

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La guerre, et ce qui s’ensuivit : "1917"

Le Film de la Semaine | En un plan-séquence (ou presque), Sam Mendes plonge dans les entrailles de la Première Guerre mondiale pour restituer un concentré d’abominations. Éloge d’une démarche sensée fixant barbarie et mort en face, à l’heure où le virtuel tend à minorer les impacts des guerres…

Vincent Raymond | Mardi 14 janvier 2020

La guerre, et ce qui s’ensuivit :

1917, dans les tranchées de France. Deux caporaux britanniques sont dépêchés par un général pour transmettre au-delà des lignes ennemies un ordre d’annulation d’assaut afin d’éviter un piège tendu par les Allemands. Une mission suicide dont l’enjeu est la vie de 1600 hommes… Depuis que le monde est monde, l’Humanité semble avoir pour ambition principale de se faire la guerre — Kubrick ne marque-t-il pas l’éveil de notre espèce à “l’intelligence“ par l’usage d’une arme dans 2001 : l’Odyssée de l’espace ? Et quand elle ne se la fait pas, elle se raconte des histoires de guerre. Ainsi, les premiers grands textes (re)connus comme tels sont-ils des récits épiques tels que L’Iliade et L’Odyssée ayant pour toile de fond le conflit troyen. À la guerre comme à la guerre Si la pulsion belliciste n’a pas quitté les tréfonds des âmes, comme un rapide examen géopolitique mondial permet de le vérifier, la narration littéraire occidentale a quant à elle suivi une inflexion consécutive aux traumatismes hér

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Films européens tout bâbord à Meyzieu !

Parrain de la 18e édition du Festival de cinéma européen de Meyzieu, Daniel Prévost (le célèbre M. Cheval du Dîner de cons) présentera lors de la soirée de pré-ouverture, Les Petits Ruisseaux (2010). À sa suite, les grandes rivières du festival s’écouleront avec un panel de onze films européens en avant-première (et en VOST) dont quatre projetés en présence de leurs réalisateurs — ainsi qu’une compétition de neuf courts-métrages. Le dimanche matin, un goûter et un atelier “Maquillage & Effets spéciaux” feront la joie des petits spectateurs, après la séance consacrée à l’animation danoise, Mika & Sebastian l’aventure de la poire géante. La Maison des Associations présentera également une démonstration de cascades et de techniques du cinéma. Avec la présence d’Une femme heureuse de l’Anglais Dominic Savage, le festival européen semble (pour l’instant) être épargné par le Brexit… Fes

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Illuminations du printemps

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Nadja Pobel | Mardi 6 mars 2018

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« Dévalent les eaux / abondantes / écumeuses / cette force de vie / qu'affirment / ces deux peupliers / dressés sur le ciel / toutes amarres rompues / partir partir / cet éclat rouge / qui a fusé / là-bas / ces formes incertaines » (Trouver la source, 2000) Si Charles Juliet – prix Goncourt de la poésie - n'est pas l'auteur le plus allègre qui soit, il est certainement l'un de ceux qui a su le mieux sortir des ténèbres. Il est donc, via ce texte, tout à fait à sa place, avec 90 confrères et consœurs, dans cet ABC poétique du vivre plus, sous-titre un poil trop à la mode d'une belle anthologie dédiée à l’ardeur et pilotée conjointement par Bruno Doucet et Thierry Renard. Cet ouvrage est le viatique de ce 20e printemps des poètes, décliné sur le thème de l'ardeur également et qui, à Lyon et dans la métropole, est devenu depuis l'an dernier le Magnifique Printemps, regroupant cette manifestation nationale et la Semaine de la langue française et de la francophonie. À voix haute Plus de quarante ren

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La Dormeuse Duval

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Un bon quart de siècle est passé depuis la première, et à ce jour unique incursion de Manuel Sanchez sur grand écran, Les Arcandiers, avec (déjà) Dominique Pinon et Charles Schneider. Le trio se reforme aujourd’hui pour la chronique rurale, tantôt pathétique tantôt attachante, de Basile Matrin, magasinier d’usine, sa femme Rose, son ami journaliste et Maryse Duval. Cette dernière va bouleverser leur vie monotone pour le meilleur et surtout pour le pire. Ce film modeste se veut honnête sans pour autant être d’une grande finesse dans ses partis-pris : certains choix de montage, de scénario ou de jeu d’acteur demeurent discutables et seul l’impérial Dominique Pinon transcende son rôle. La sincérité de la "dramédie" jaillit néanmoins dans ses incartades désespérées dignes de Kervern et Delépine où les personnages modestes y r

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Charles Berbérian, croqueur de bonheur

CONNAITRE | Double visite à Lyon pour Charles Berbérian, qui passe par La BD sur le plateau de la Croix-Rousse mais aussi par la traditionnelle nocturne d'Expérience, muni d'un nouvel album : Le Bonheur Occidental.

Sébastien Broquet | Mardi 13 septembre 2016

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Charles Berbérian est de retour, cette fois en solitaire, sans son acolyte Dupuy, mais muni d'un album édité par Fluide Glacial : Le Bonheur Occidental. Pour une grande part, il s'agit d'une vaste quête autour d'un "grand cerceau européen", sorte de foutaise romantique inventée par un lot de politiques en panne d'idées pour exister médiatiquement. L'histoire, ou plutôt les histoires, se composent au gré des humeurs d'un auteur lucide autant qu'énervé par l'actualité, réagissant au fil des news pour rythmer un récit où la profondeur vient aussi d'une certaine mise en abîme, comme déjà essayé dans Bienvenue à Boboland. Ici, l'on croise un DSQ libertin et menotté, un Sarkouille trépidant d'impatience autocentrée et prêt à toutes les compromissions pour se faire élire ou un socialiste égaré au pouvoir : autant de personnages facilement "identifiables". L'on décèle surtout un dessinateur se sentant vieillir, s'interrogeant sur sa pertinence, sur ses succès passés, sur son talent ou son rapport aux autres. Charles Berbérian n'occulte rien de ses doutes et les traduit en gags autant que les travers de son époque qu'il sait si bien observer d

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Voilà l'été : un jour, une sortie #5

Saison Estivale | Durant toutes les vacances, c'est un bon plan par jour : concert ou toile, plan canapé ou expo où déambuler.

La rédaction | Mercredi 3 août 2016

Voilà l'été : un jour, une sortie #5

29 / Mercredi 3 août : cinéma La Chanson de l’éléphant L’appétence de Xavier Dolan pour les rôles de jeunes hommes détraqués ayant un problème avec leur môman et, accessoirement, une orientation homosexuelle, risque de l’enfermer dans un carcan dont il aura le plus grand mal à s’extraire lorsque la puberté aura achevé de le travailler. (lire la suite de l'article) 30 / Jeudi 4 août : art martial & danse Initiation à la capoeira Vous apprêtant à décoller pour assister aux JO de Rio, on ne saurait trop vous conseiller de tenter l'initiation à la capoeira, cette technique de combat dansée qui pourrait bien vous servir si vous vous égarez un soir dans quelque favela. Dans le pire des cas, si vous n'allez pas au Brésil, vous pourrez toujours faire l'intéressant pendant que cuisent les saucisses du barbecue familial, en prenant bien soin de ne pas vous bloquer le dos ou de renverser la sangr

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"La Chanson de l’éléphant" : les mimiques exagérées de Xavier Dolan

ECRANS | Un film de Charles Binamé (Can, 1h50) avec Bruce Greenwood, Xavier Dolan, Catherine Keener…

Vincent Raymond | Mercredi 6 juillet 2016

L’appétence de Xavier Dolan pour les rôles de jeunes hommes détraqués ayant un problème avec leur môman et, accessoirement, une orientation homosexuelle, risque de l’enfermer dans un carcan dont il aura le plus grand mal à s’extraire lorsque la puberté aura achevé de le travailler. S’il s’agissait de montrer l’étendue de ses capacités de comédien, la prestation qu’il a livrée à Cannes en recevant son Grand Prix en mai dernier laissait déjà planer de sérieux doutes. A-t-il voulu camper (en anglais) un résident d’hôpital psychiatrique jouant au chat et à la souris avec le directeur de l’établissement par amour pour la pièce originale, pour en remontrer à ses confrères anglo-saxons, pour s’accorder une ultime chance ou bien par pur masochisme ? Quel que soit le mobile, ses mimiques exagérées de Norman Bates canadien valorisent le jeu retenu de ses partenaires — en particulier l’excellent Bruce Greenwood.

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L’Art et la matière : Charles Loupot au musée de l'Imprimerie

Musée de l'imprimerie | Passé par les Beaux-Arts de Lyon, Charles Loupot a élevé la publicité visuelle au rang d’art dès les années 1920. Au gré des affiches réalisées pour L’Oréal ou Saint-Raphaël, le musée de l’Imprimerie propose un somptueux accrochage correspondant pleinement à son autre appellation de "communication graphique".

Nadja Pobel | Mardi 19 avril 2016

L’Art et la matière : Charles Loupot au musée de l'Imprimerie

Quand la publicité n’était pas encore virale ou télévisée, l’affiche était le support privilégié de quelques annonceurs ayant saisis précocement l’intérêt de séduire le client via des messages informatifs et esthétiques. Charles Loupot en a fait un métier : affichiste. Plus d’une soixantaine de ses lithographies grands formats permettent de retracer l’histoire d’un artiste qui, après avoir assimilé le mouvement moderne des années 20 (Cézanne, Picasso), s’intéressera de très près à l'Art déco — un mot postérieur à la naissance de ce courant — puis lorgnera dans les années 50 vers plus d’abstraction et d’austérité. Pour le chocolat Cémoi ou le café Martin, il va à l’épure, imposant au premier plan, en le colorisant, le produit et laissant dans le clair et le pastel une image secondaire. Pour Eugène Schueller, fondateur de L’Oréal, il parvient à se focaliser sur le mouvement des cheveux, négligeant un visage sans yeux ni bouche : tout le shampoing Dop est ainsi résumé. De même que l’Ambre solaire caramélise et dore vraiment la peau avec ce slogan imparable « Brunir sans brûlures ». Dessine-moi un arôme Mais quelques lettres tapuscrites témoignent q

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Merci Patron !

ECRANS | Jusqu’alors peu connu du grand public, le journal alternatif Fakir s’offre un splendide coup de pub en divulguant son opération de flibuste victorieuse contre la deuxième fortune française, Bernard Arnault. De l’extorsion de fonds ? Non point : de justes représailles…

Vincent Raymond | Mercredi 24 février 2016

Merci Patron !

Le patron de Fakir, François Ruffin, doit jubiler du bon tour qu’il joue à l’inflexible capitaine d’industrie, aussi jaloux de ses profits que de sa discrétion. Car avec son documentaire branquignolesque, tenant plus du carnet de notes potaches filmé que de l’investigation orthodoxe, non seulement il dresse un bilan de “l’action bienfaisante” du brillant milliardaire au sein des filatures de Nord-Picardie, mais surtout il donne des visages et des noms à ses victimes directes : les Klur, une famille d'ouvriers déclassés, promis à une misère noire. Puisqu'Arnault a fabriqué sa fortune en pratiquant de-ci de-là des entorses à la vérité — prétendant que sa marque Kenzo fabriquait en France alors que les usines étaient délocalisées en Pologne, par exemple — et de grosses fractures à l’éthique (si ce n’est pas amoral d’entasser autant de fric par pure avidité, en laissant crever toute une région…), Ruffin use de ruses pour lui faire restituer une partie de son butin. Ses armes principales étant la menace de bruit médiatique et son air de crétin inoffensif, parfait pour tourner en ridicule un hyper-patron. Comment se payer sur la bête Avec son

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Jean-Emmanuel Denave | Mardi 10 novembre 2015

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Le Ballet de l'Opéra s'aventurant habituellement sur les terres de la danse contemporaine, il est surprenant de le découvrir au milieu d'une scénographie très théâtrale, en costumes et... sur pointes ! Ceux, en l'occurrence, de deux pièces de Roland Petit (1924-2011), auteur de plus de cent cinquante créations et chorégraphe difficilement classable. Entre académisme et innovation (l'introduction, par exemple, de gestes du quotidien dans ses pièces), entre théâtralité et abstraction, Roland Petit s'est essayé à tous les genres, signant quelques chefs-d’œuvre (Le Jeune homme et la mort en 1946 notamment) comme des spectacles plus légers (dans le domaine du music-hall, à la télévision ou pour Hollywood). L'Arlésienne (1974) et Carmen (1949), les deux oeuvres sur une musique de Bizet au programme du Ballet, sont représentatives de sa danse "patchwork" où les pirouettes et les figures classiques le disputent à de plus singulières positions "en dedans" ou à des chutes et des mouvements au sol. Les danseurs semblent plus à l'aise et motivés dans Carmen, spectacle aux décors hauts en couleurs (signés par le peintre espagn

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Nadja Pobel | Mardi 3 novembre 2015

Parole Ambulante en reprend pour vingt ans

30 ans d'espace Pandora, 20 ans de Parole ambulante. C’est peu dire que 2015 est l’année de toutes les maturités pour Thierry Renard, qui dirige les deux depuis sa terre d’ancrage, Vénissieux, avec un même credo : mettre la poésie au cœur de la cité. Cet acte tout autant politique qu’artistique a pris racine grâce à des auteurs rencontrés au fil des décennies et qui seront de la fête. À commencer par le fidèle d’entre les fidèles, Charles Juliet, qui a fait confiance à Thierry Renard alors que ce dernier n’avait que 15 ans, voyant déjà en lui, depuis les Minguettes, une façon singulière d’être au monde. Il sera présent à l’amphi de l’Opéra mercredi 4 novembre pour une lecture croisée avec l’Argentine Silvia Baron Supervielle. Samedi 7, il retrouvera un autre habitué de cette manifestation, Jean-Pierre Siméon, écrivain et traducteur, notamment de la version de Philoctète mise en scène récemment au TNP avec Laurent Terzieff dans ce qui fut son dernier rôle. Ce soir-là, pas moins de 30 auteurs seront présents pour une grande soirée anniversaire a

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Christophe Chabert | Mardi 3 février 2015

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C’était un défi : raconter le calvaire de Denis Robert, aux prises avec l’affaire Clearstream pendant près de dix ans en une fiction (très) documentée de 106 minutes. D’autant plus que L’Enquête vient après une série de films français tirés de faits réels tous plus inopérants les uns que les autres, incapables de transcender leur matériau de départ ou de contourner les clichés du genre. Vincent Garenq, peut-être parce qu’il avait déjà essuyé les plâtres avec le pas terrible Présumé coupable d’après l’affaire d’Outreau, s’en sort avec les honneurs : son film est prenant, rapide, habilement construit et cherche en permanence à donner de l’ampleur cinématographique à son sujet. Il n’y parvient pas toujours, les scories du polar hexagonal sont bien là — les flics sont raides comme des flics, les avocats parlent comme des avocats — et on reste loin d’un Sidney Lumet. Mais L’Enquête a pour lui son désir de ne rien cacher, ni les noms des protagonistes, ni leurs renoncements, ni leurs énigmes. De Libération à De Villepin en passant par

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Terre battue

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Terre battue

Viré de son poste de responsable d’un grand magasin, Jérôme (Olivier Gourmet, parfait, comme d’habitude) cherche à se remettre en selle en créant sa propre boutique de chaussures féminines. En parallèle, son fils Ugo, 11 ans, décide de se consacrer au tennis, où il développe des aptitudes prometteuses. Pour son premier long, Stéphane Demoustier, frère d’Anaïs et auteur de quelques courts remarqués, investit un territoire à la fois balisé et inédit. Les relations père / fils, le réalisme social, ça, c’est pour l’attendu. La description des efforts et sacrifices pour monter sa boîte ou pour s’accomplir dans un sport, en revanche, est plus rarement montée à l’écran. C’est en fin de compte la réunion des deux qui donne son charme à Terre battue, Demoustier évitant certains écueils comme la projection des désirs du père sur l’avenir de son fils. Les deux sont dans des logiques de perdants et le film suit cette trajectoire très frères Dardenne — par ailleurs coproducteurs — sans en rajouter, avec une modestie qui en marque à la fois l’intérêt et les limites — à trop vouloir être modeste, il manque quand même d'envergure. Dès qu’il s’en éloigne, il est nettement moins

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Jean-Charles Hue : son temps des gitans

ECRANS | En deux films ("La BM du Seigneur" et "Mange tes morts", à l’affiche actuellement) Jean-Charles Hue a inventé une nouvelle mythologie, celle d’un monde gitan dont les codes servent à renouveler ceux des genres cinématographiques. Parcours d’un cinéaste aussi vrai que ses films. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 18 septembre 2014

Jean-Charles Hue : son temps des gitans

«Je n’ai aucune envie de devenir le monsieur gitans du cinéma français» dit Jean-Charles Hue de son débit rapide, nerveux, ponctué de «tu vois c’que j’veux dire» qui ne sont pas que des tics d’expression. Pourtant, en deux films, La BM du Seigneur et Mange tes morts, où il plonge sa caméra dans la communauté yéniche des gens du voyage, il a fait de ces gitans les héros les plus imprévisibles d’un cinéma français qui ne cherche rien tant qu’à sortir de son pré carré. Et il y réussit en en faisant des personnages à la Cimino ou à la John Ford, cinéastes admirés qui ont fait de la «communauté» le thème central de leur œuvre. Cela fait quinze ans que Jean-Charles Hue travaille avec eux, d’abord à travers une série de courts-métrages, puis avec ces deux longs percutants où la frontière entre la réalité et la fiction s’estompe au profit d’un geste beaucoup plus ample et, on y reviendra, mythologique.   «Une assiette sur la table, ça voulait dire "je t’aime"» Quand on l’écoute

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Mange tes morts

ECRANS | Après "La BM du Seigneur", Jean-Charles Hue se replonge dans la communauté gitane, mais transcende son docu-fiction en l’emmenant en douceur vers le meilleur des polars, réinventant sans tapage une forme de mythologie populaire bien française. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 16 septembre 2014

Mange tes morts

Ils vivent dans des caravanes sur des terrains vagues, parlent un argot bien à eux, possèdent leurs propres rites et leur propre code d’honneur : bienvenue dans la communauté des gens du voyage qu’on appellera, foin de périphrases, les gitans. Et bienvenue dans la famille Dorkel où le fils, Jason, s’apprête à faire son baptême chrétien ; mais quand son frangin revient après quelques années passées au placard, le jeune garçon est écartelé entre suivre son (mauvais) exemple et se conformer aux préceptes religieux qu’on lui inculque. Mange tes morts (tu ne diras point), dit le titre intégral de ce nouveau film de Jean-Charles Hue, repéré grâce à une première incursion en terre gitane avec La BM du Seigneur. D’un côté, l’insulte suprême, de l’autre le pastiche du commandement chrétien ; soit quelque part entre le trivial et le sublime, mais aussi entre le réel et son commentaire par la fiction. On pense d’abord bien connaître le protocole avec lequel Hue filme ses personnages : au plus près de ce qu’ils sont, de leur langage, de leurs corps massifs, tatoués, burinés ; mais aussi avec suffisamment de mise en scène pour faire comprendre que ce sont les héros

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Apollo 14

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Stéphane Duchêne | Mardi 1 juillet 2014

Apollo 14

«Apollo Theater : where stars are born and legends are made». Dans l'histoire de la soul, de la musique noire et même de la musique tout court, une "nuit à l'Apollo" vaut quasiment garantie d'entrer dans l'Histoire. Des concerts mythiques y ont eu lieu – dont l'inoubliable Live at The Apollo Theater enregistré un soir d'octobre 1962 par James Brown et ses Famous Flames. On y a croisé Nina Simone, les Big Band de Count Basie et Duke Ellington et tout, ou presque, ce que la soul compte de noms importants, vedettes ou futures étoiles. Car le club situé au cœur de Harlem, sur la 125e rue, est aussi connu pour ses "Amateurs nights" du mercredi : Ella Fitzgerald, Billie Holiday, Marvin Gaye, Aretha Franklin, Stevie Wonder, The Jackson 5, Lauryn Hill, l'énumération des talents nés là-bas ne tiendrait pas dans une version ultra-rallongée de La Boîte de jazz de Michel Jonasz. L'Apollo est à ce point la Mecque des musiques noires, un quasi-lieu saint, qu'on y exposera comme une évidence la dépouille de James Brown en 2006, devant laquelle des milliers de fans viendront s'incliner.

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Bird People

ECRANS | De Pascale Ferran (Fr, 2h07) avec Anaïs Demoustier, Josh Charles…

Christophe Chabert | Mardi 3 juin 2014

Bird People

Face à Bird People, on ne peut nier que Pascale Ferran a des idées sur le monde ; et même, sans trop se forcer, qu’elle en a quelques-unes concernant la mise en scène, puisqu’elle arrive à rendre sensuel un environnement qui ne l’est pas le moins du monde — les chambres et les couloirs d’un grand hôtel en bordure d’aéroport. Mais voilà, ces idées-là ne font pas une œuvre de cinéma aboutie, plutôt une ossature désincarnée qui juxtapose les choses au lieu de les faire vivre et dialoguer entre elles. Ainsi de la construction du film : un diptyque qui suit d’abord un riche homme d’affaires en plein burn out, décidant de laisser en plan business et famille, puis une femme de ménage aliénée par son travail et qui parvient enfin à voler de ses propres ailes. Ferran se garde le meilleur pour la fin — la première partie est absolument sans intérêt, enfonçant des portes ouvertes sans style ni passion — mais même lorsqu’elle ose le fantastique, elle le leste d’une voix-off gnangnan et d’un discours social écrasant sur la précarité plus forte que la liberté. Le film est ainsi entièrement à analyser selon ses intentions, les événements à l’écran n’étant que le préte

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Quête intérieure et autres lignes

SCENES | Écrivain contemporain majeur, Charles Juliet sera quatre jours durant à l’honneur au TNP, où il ira à la rencontre de ses lecteurs à l’issue de chaque reprise de la bouleversante adaptation théâtrale de son texte "Lambeaux". Retour sur l’œuvre du tout nouveau lauréat du Goncourt de la poésie. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 18 mars 2014

Quête intérieure et autres lignes

Toujours calme, la voix posée et douce, le Lyonnais Charles Juliet semble imprégné en toute circonstance d'une gravité fraternelle, d'une avenante rigueur. Son œuvre, pourtant, met au jour bien des tourments avant d'atteindre cet Apaisement, qui constitue le titre du septième tome de son Journal paru très récemment. Peu de temps après sa naissance en 1934, à Jujurieux, village de l'Ain où il passe encore tous ses étés et dont le groupe scolaire porte aujourd’hui son nom, il est adopté par des paysans suisses installés dans le Bugey et qu’il considère comme sa famille ; sa mère, malade, n’étant pas alors en mesure de s’occuper de lui. A douze ans, il est envoyé à l’école militaire d’Aix-en-Provence, expérience fondatrice d'arrachement qu'il évoque dans L’Année de l’éveil, en 1989, son premier grand succès public (adapté au cinéma par Gérard Corbiau). Rudes années de discipline et de solitude jalonnées toutefois d'intenses camaraderies et de découvertes décisives de la boxe et du rugby (il jouera trois quarts centre). À vingt-trois ans, alors qu’il n’a lu que cinq livres dont L’Etranger de Camus, qui le marque au fer rouge, il décide d’a

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Jazz à Vienne 2014 - La programmation

MUSIQUES | Entre stars du rock, chouchous assignés à résidence et métamorphes musicaux, Vienne parvient chaque année à faire du neuf avec une formule qui n'en finit plus de faire ses preuves. A l'image d'une édition 2014 de haute volée qui s'achèvera en apothéose. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Lundi 17 mars 2014

Jazz à Vienne 2014 - La programmation

A Jazz à Vienne il y a les soirées "stars" et les soirées thématiques... dans lesquelles il y a tout autant de stars. Dans la première catégorie, il faut bien avouer que le festival isérois a frappé un grand coup en s'attirant les grâces, les foudres (c'est la même chose) et les bouclettes de Robert Plant (oui, celui-là même) et ses Sensational Space Shifters. Le même soir, on parie qu'il y aura du monde pour Ibrahim Maalouf, flashé en prime time lors des Victoires de la Musique, ce qui n'est que justice pour ce jazzman protéiforme. Autres incontournables : Jamie Cullum, Bobby McFerrin – dont Vienne est littéralement le pied-à-terre, en colocation avec Youn Sun Nah, qui sera là également en tant qu'artiste résidente et en quartet. Puis voilà les soirées thématiques, à commencer par une soirée "French Touch" garantie sans casque mais avec chapeau, celui de Manu Katché, ainsi que Richard Bona, Eric Legnini, Stefano Di Battista et le Daniel Humair Quartet. Convenons que la touche, aussi française soit-elle,

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Et ils tapent, tapent, tapent...

MUSIQUES | L'Auditorium accueille la première représentation lyonnaise de "Trois contes", spectacle créé en 2008 dans lequel, à l'aune des airs les plus merveilleux de Ravel, les Percussions Claviers de Lyon rendent toute leur ambiguïté aux contes de Perrault. L'occasion de revenir sur l'histoire de cet ensemble singulier tout juste trentenaire. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 25 février 2014

Et ils tapent, tapent, tapent...

Mi-février se tenait à Berlin le festival Stargaze, du nom d'un jeune ensemble de bâtisseurs de pontsentre musiques savantes et pop. A son affiche, nombre de prodiges du grand écart de registre, de Nico Muhly à Bryce Dessner, le guitariste de The National, pour plusieurs relectures du In C de Terry Riley, l’œuvre fondatrice du minimalisme, dont une littéralement transcendante par le producteur techno Pantha du Prince et les percussionnistes à blouse grise du Bell Laboratory. Lesquels auraient tout à fait pu céder leur place aux Percussions Claviers de Lyon, collectif qui depuis trente ans construit un répertoire contemporain comme on dynamite des tours (d'ivoire).  Le club des cinq Fin des années 70. «Né avec un piano sous les doigts», Gérard Lecointe, directeur artistique de l'ensemble et depuis peu successeur désigné de Roland Auzet à la tête du Théâtre de la Renaissance, intègre le conservatoire de Lyon au moment où un cursus de percussions y voit le jour. Poussé à le suivre par son père, il fait la connaissance déterminante de François Dupin, professeur à forte personnalité qui les incitera, lui et ses camarades de promotion, à s'inventer un futur à la marg

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Le Goncourt de la poésie pour Charles Juliet

CONNAITRE | Charles Juliet a reçu aujourd’hui, mardi 3 décembre, le Prix Goncourt de la poésie, décerné chez Drouant, pour l’ensemble de son œuvre.    Charles Juliet est né (...)

Nadja Pobel | Mardi 3 décembre 2013

Le Goncourt de la poésie pour Charles Juliet

Charles Juliet a reçu aujourd’hui, mardi 3 décembre, le Prix Goncourt de la poésie, décerné chez Drouant, pour l’ensemble de son œuvre.    Charles Juliet est né en 1934 à Jujurieux dans l’Ain et vit à Lyon. P.O.L publie son journal depuis 1978, puis des poèmes, des textes poétiques, et ses rencontres avec écrivains et peintres.  Il devient célèbre en 1989 avec la publication de L’Année de l’éveil, un récit d’apprentissage qui reçoit le Prix des lectrices de Elle, et qui est étudié au lycée, puis avec Lambeaux, le double récit de la mort de sa mère, vendu à plus de 400 000 exemplaires en Folio, étudié dans un «pacte autobiographique» avec Nathalie Sarraute et Patrick Modiano, et qui a bouleversé des milliers de lycéen(e)s, P.O.L vient de faire paraître le tome VII de son journal Apaisement, tandis que paraît en format poche le tome VI : Lumières d’Automne. Le jury du Prix Goncourt est composé de Edmonde Charles-Roux, présidente du jury, Didier Decoin, Bernard Pivot, Tahar Ben Jelloun, Patrick Rambaud, Régis Debray, Pierre Assouline, Philippe Claudel et Paule Constant.

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L'autre côté du périph'

CONNAITRE | Une maîtresse, la tête engoncée dans un cube de béton, initie ses élèves au port de l'abri-antiatomique autonome. Devant un groupe de scientifiques, un homme (...)

Benjamin Mialot | Mardi 5 novembre 2013

L'autre côté du périph'

Une maîtresse, la tête engoncée dans un cube de béton, initie ses élèves au port de l'abri-antiatomique autonome. Devant un groupe de scientifiques, un homme opère, au moyen d'un couteau et d'un fromage, une «fission de la tomme». Une société secrète baptisée "Ceux qui tirent les ficelles" et dont le dresscode se résume à une corde et une capuche façon Ku Klux Klan intronise un nouveau membre. Ces ima

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Folk en ballade

MUSIQUES | Comme de tradition, c’est en douceur, par un petit décrassage folk à travers les rues de Lyon, que se prépare le marathon Just Rock ?. Le principe est (...)

Stéphane Duchêne | Jeudi 10 octobre 2013

Folk en ballade

Comme de tradition, c’est en douceur, par un petit décrassage folk à travers les rues de Lyon, que se prépare le marathon Just Rock ?. Le principe est désormais connu : par un bel après-midi d’octobre, ici, le 19, on baguenaude en plein air dans le 5e arrondissement (de la place Gerson au Vieux Lyon ; avec quelques solutions de repli au cas où la météo ferait des siennes) en salles accueillantes et/ou improbables (bibliothèque Saint-Jean, galerie Viva Dolor, salle Léo Ferré). Et comme d’habitude, il y a de quoi éveiller la curiosité du chaland. A commencer par l’Auvergnat Adam Wood (Wood étant un nom très répandu en Auvergne, et sans doute n’est-ce pas par hasard si son album, dans une veine Jayhawks/Counting Crows, s’intitule A Forest Behind the Tree). Wood ne suffira pourtant pas à cacher la forêt de talents qui officiera, en les personnes des puissants Narrow Terrence (de Rognes, ça ne s’invente pas), du mystérieux E-Grand, ou de Lena Deluxe, songwriter lilloise à la voix cristalline et sujette à la montée en pression rock. Autre curiosité, la présence de Charles Berbérian (oui, de

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Cases départ

CONNAITRE | L'an passé, la rentrée BD nous était apparue tristement routinière. Cette saison, c'est tout le contraire : de dédicaces majeures en initiatives éditoriales de niches, il y a d'ores et déjà de quoi légitimer pas mal de RTT. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Jeudi 26 septembre 2013

Cases départ

Après un démarrage sur les chapeaux de roue avec Eric Powell et Julie Maroh, la rentrée BD se tasse un peu. Pour une raison toute bête : les libraires élaborent leur calendrier quasiment au jour le jour. Difficile, en conséquence, d'avoir une visibilité au-delà du mois d'octobre, sauf chez La BD, où se profilent deux événements : une masterclass au cours de laquelle Denis Bajram présentera la suite d'Universal War One, le magistral space opera qui l'a fait connaître au tournant du siècle (le 29 novembre) ; une rencontre avec Philippe Geluck (le 11 décembre), dont on ne peut que saluer la longévité artistique (les premiers gags du Chat datent de 1983), quand bien même il

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Un monde sans fin

MUSIQUES | Adieu world, jazz, cochon, reggae. On ne savait pas où vous mettre, ça nous a collé un sacré blues. Voilà néanmoins, pour cette saison, si ce n’est le meilleur des mondes, le meilleur de sa musique. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Jeudi 19 septembre 2013

Un monde sans fin

Oui, on l’avoue la rubrique world/jazz/blues/soul tourne vite au fourre-tout, au carrefour des incasables découlant en droite ligne de cette manie de journaliste/chef de rayon consistant à coller une étiquette sur tout ce qui bouge. N’allez pas croire qu’on relègue ici en bout de table, comme on le fait parfois dans les banquets, les amis de la famille à problèmes, les vieux oncles portés sur la bouteille, ou la mémé dont on a honte. C’est juste un problème de frontières – musicales hein, du calme – sans cesse repoussées, brouillées, de genres qui supportent de moins en moins les théories qui s’y rapportent, rien de plus.   Surtout quand il s’agit d’inclassables comme le guitariste jazz-rock-psyché John McLaughlin pour "Remember Shakti", du nom de ce projet initié dans les 70’s avec le virtuose du tabla Zakir Hussain. C’est à l’Auditorium le 9 novembre, à l’initiative plus que louable de Jazz à Vienne collection automne-hiver et carrément obligatoire. Tout comme la sortie dans un Transbo viré club de jazz à l’occasion de la venue le 10 octobre

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L'académie Hayward

MUSIQUES | Voilà un homme qui a fréquenté Brian Eno et Phil Manzanera (Roxy Music), Arto Lindsay ou Don Cherry, sur une multitude de projets barrés à souhaits, a enregistré (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 30 avril 2013

L'académie Hayward

Voilà un homme qui a fréquenté Brian Eno et Phil Manzanera (Roxy Music), Arto Lindsay ou Don Cherry, sur une multitude de projets barrés à souhaits, a enregistré avec des riot grrrls pur jus (Lora Logic de X-Ray Spex, The Raincoats) et même Everything but the Girl. Mais un homme dont le principal fait de gloire est d'avoir été leader-batteur du trio This Heat avec Charles Bullen et Gareth Williams au milieu des années 70, à l'époque où l'expérimentation s'apparentait à une quête quasi-mystique aux résultats hasardeux. This Heat s'intercala ainsi, dès 1976, pile entre l'implosion du rock progressif et l'émergence du post-punk, en une sorte de chaînon manquant frappé du sceau du krautrock (notamment de Faust). Un peu à la manière des Young Marble Giants, dans un style très différent, This Heat – par ailleurs très marqué politiquement, dans un monde en pleine décolonisation et où la guerre froide se chauffe à la menace d'une extinction nucléaire – expérimenta l'alliage de bandes bricolées, de sons de récup' et d'instruments bruts.

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Table rase

SCENES | En prenant au pied de la lettre l’ouvrage de Lénine "Was tun ?" ("Que faire ?"), l’écrivain Jean-Charles Massera et son acolyte et co-auteur, le metteur en scène Benoît Lambert, livrent un spectacle tonique auscultant dans un même élan le poids de l’histoire et l’amour d’un couple de sexagénaires. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Jeudi 17 janvier 2013

Table rase

Alors qu’il répare en silence son vieux réveil et qu’elle range placidement ses courses, ils décident subitement de faire le tri dans leur bibliothèque. À peine commencé, le spectacle, extrêmement concret avec son décor brut et rassurant, se décale scénographiquement - du coin à jardin où est aménagée la cuisine, le plateau s’ouvre sur sa longueur et est investi par une charrette de vieux ouvrages bientôt répartis partout au sol - et via la gestuelle des personnages - des mouvements quotidiens, on passe à des amorces de pas de danse maladroits et touchants. Ce pas de côté est un palier pour entrer dans le vif du sujet : jeter ou garder des livres, les balancer aux orties ou sanctifier des périodes historiques ? Les ouvrages sur la Révolution Française ? Il faut bien sûr les conserver car ils relatent la fin des privilèges. A moins qu'il ne faille s'en débarasser, car ils disent aussi la création de La Marseillaise et la Terreur. Et que faire du Capital ? Le réserver car il a influencé positivement des milliers d'hommes ou le mépriser car la révolution russe qu'il a inspiré fut meurtrière ? Rouge tendre Que faire ?

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Les voyants passent au rouge

CONNAITRE | Toujours impeccable, la programmation du festival À nous de voir, consacré aux films scientifiques au sens très large du terme, affirme une ligne toujours plus politique année après année. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 16 novembre 2012

Les voyants passent au rouge

Il y a comme un marabout-bout de ficelle entre le festival du film court de Villeurbanne, À nous de voir et le tout neuf Mode d’emploi : certains films du premier se retrouvent dans la programmation du second, et certains sujets abordés du côté d’Oullins vont trouver un écho dans la manifestation organisée par la Villa Gillet. Si À nous de voir avait au départ l’ambition de mettre en lumière un genre (le film scientifique) dont on pouvait penser qu’il était un peu ingrat, la qualité de sa programmation, l’exigence dans le choix des intervenants et sa volonté de rebondir sur les questions les plus actuelles ont peu à peu posé ce rendez-vous comme un vaste forum de réflexion sur ce qui agite la société. On ne s’étonnera pas d’y trouver cette année la présence de Pierre Carles, infatigable pourfendeur des collusions entre le médiatique et le politique, avec son dernier brûlot autoproduit où il démontre que DSK et Hollande furent les candidats choisis par les médias dominants avant de l’être par les sondés, puis par les électeurs. La démarche de Carles n’a rien de scientifique ; c’est un pamphlétaire, un guerrier de l’image, un poil à gratter nécessaire dans une démo

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Un euro le tableau

ARTS | Pour la première fois de son histoire, et à l’instar du Louvre, le Musée des Beaux-Arts de Lyon ouvre une souscription publique pour acquérir un tableau. (...)

Nadja Pobel | Jeudi 27 septembre 2012

Un euro le tableau

Pour la première fois de son histoire, et à l’instar du Louvre, le Musée des Beaux-Arts de Lyon ouvre une souscription publique pour acquérir un tableau. L’Arétin et l’envoyé de Charles Quint peint en 1848 par Ingres trouvera tout naturellement sa place dans la salle des troubadours du musée si 80 000 € manquant (sur une totalité de 750 000) sont récoltés auprès des particuliers d’ici le 15 décembre. Tous les dons (dès un euro !) sont déductibles des impôts à hauteur de 66%. Plus de renseignements sur www.donnerpouringres.fr et dans notre article sur www.petit-bulletin.fr/lyon.

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Lumière est un long film fleuve tranquille

ECRANS | Plus éclatée que lors des éditions précédentes, la programmation de Lumière 2012 ménagera films monstres, raretés, classiques restaurés, muets en musique et invités de marque. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 6 septembre 2012

Lumière est un long film fleuve tranquille

Elle aura tardé à arriver, mais la voici, presque définitive — manquent encore le film d’ouverture et le film choisi pour la remise du Prix Lumière à Ken Loach : la programmation du festival Lumière 2012. Autant dire tout de suite que par rapport à ce qui avait été annoncé en juin, beaucoup de choses ont changé ou se sont affinées : ainsi, la rétro Ken Loach se concentrera sur la deuxième partie de sa carrière, de Raining stones à Route Irish, avec en guise de curiosité le téléfilm Cathy Come Home. En revanche, plus de traces des raretés du cinéma américain des années 70, remplacées par l’intégrale de la saga Baby Cart, fameux sérial cinématographique hongkongais avec son samouraï promenant un bébé dans une poussette. Six films qui auront droit à une journée de projection au Cinéma opéra, ce qui marque d’ailleurs une des tendances du festival cette année : les marathons cinématographiques. Que ce soient les quinze heures de The Story of film (documentaire monstre sur l’histoire du cinéma), les 4h15 d’Il était une fois en Amérique dans sa versio

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Le Prénom

ECRANS | D’Alexandre de la Patellière et Mathieu Delaporte (Fr, 1h49) avec Patrick Bruel, Valérie Benguigui, Charles Berling…

Christophe Chabert | Jeudi 19 avril 2012

Le Prénom

Les auteurs de théâtre français semblent prendre un plaisir sadique à se moquer de ceux qui, malgré tout, les font vivre : les classes moyennes, de gauche ou de droite, renvoyées dos-à-dos dans un même égoïsme farci au ressentiment. À moins qu’il n’y ait un masochisme total à regarder pendant près de deux heures sa propre médiocrité… Pour en rire ? Mais Le Prénom n’est jamais drôle, ne serait-ce que pour une raison : les comédiens rient toujours avant le spectateur, comme des chauffeurs de salle qui brandiraient des pancartes pour dicter leurs réactions au public. Pour faire grincer des dents ? Il n’y a pourtant rien de dérangeant dans cette longue querelle familiale autour d’une plaisanterie douteuse qui provoque une réaction indignée (au demeurant peu crédible, sinon dans un microcosme parisien très ciblé) et tourne au grand déballage vociférant. Dans le fond pas très éloigné du Carnage de Polanski adapté de Yasmina Réza, Le Prénom en est à des années lumières en termes de cinéma : surdécoupage en guise de rythme, aération inutile du huis clos de départ

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Propriété interdite

ECRANS | D’Hélène Angel (Fr, 1h20) avec Valérie Bonneton, Charles Berling…

Christophe Chabert | Mercredi 12 janvier 2011

Propriété interdite

Improbable projet qui débouche, comme c’est étonnant, sur un mauvais film involontairement sympathique, "Propriété interdite" se déploie sur trois plans complètement étanches à l’écran : un vague thriller fantastique (une femme pense que le fantôme de son frère suicidé continue de hanter la maison isolée dans laquelle elle s’est installée avec son mari), un drame conjugal bien français et une réflexion maladroite sur les sans-papiers (avec un Roumain à moitié sauvage qui réclame de l’argent ; là, c’est le fantôme de Brice Hortefeux qui hante le film !). Quand Angel cherche à faire peur, ça fait rire (comptez les sursauts inutiles des personnages !) ; quand elle veut exprimer le mal-être de son héroïne, on a droit surtout au désarroi d’une Valérie Bonneton totalement à côté de la plaque ; et quand elle veut s’inscrire dans une réalité sociale, elle patauge dans le cliché ethnique. Sans oublier les problèmes de crédibilité du scénario et l’absurdité des dialogues, conduisant à une séquence hilarante : Berling, coincé dans un terrier, répond quand même à son portable — il n’est visiblement pas chez Bouygues ! en s’exclamant : «non, je peux pas consulter mes mails !» — il aurait dû

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Inside job

ECRANS | Si l’on peut dire que certains films sont “nécessaires“, le documentaire de Charles Ferguson sur les origines, le déroulement et les conséquences de la crise financière de 2008 est indispensable. François Cau

Dorotée Aznar | Vendredi 19 novembre 2010

Inside job

“Inside job“, c’est l’expression privilégiée de tous les partisans de la théorie du complot relative au 11 septembre, pour suggérer que l’attentat a été ourdi par le gouvernement américain lui-même. En se réappropriant astucieusement le terme, Charles Ferguson se place d’emblée comme une alternative aux documentaires “engagés“ de Michael Moore. Pas de mise en avant du réalisateur ou de son fameux narrateur (Matt Damon) ; aucun gag forcé, si l’humour naît, c’est de façon essentiellement nerveuse, en réaction à la couardise pathétique ou à l’arrogance hallucinante des intervenants ; aucune ellipse bien commode pour appuyer le propos ; aucune orientation partisane – le système que nous décrit Ferguson a certes une origine Républicaine, mais a été reconduit sans aucune vergogne par les Démocrates, aujourd’hui plus que jamais. Dans sa narration, extrêmement rigoureuse, rien n’est fait pour appâter le chaland : la première demi-heure du film, explication franchement austère de la mécanique à l’œuvre derrière les subprimes, nous fait même un temps redouter le cours magistral d’économie. Mais une fois passée cette inévitable entrée en matière, Ferguson attaque le sujet de front. Et nous

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L'art est un sport de combat

ARTS | Zoom / Depuis une quinzaine d'année, Jean-Charles Masséra (né en 1965) écrit des livres, des pièces radiophoniques ou des textes pour le théâtre ("We are (...)

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 4 novembre 2010

L'art est un sport de combat

Zoom / Depuis une quinzaine d'année, Jean-Charles Masséra (né en 1965) écrit des livres, des pièces radiophoniques ou des textes pour le théâtre ("We are l'Europe" présenté l'an dernier aux Ateliers notamment). Autant de formes toujours très drôles qui s'immiscent dans ce qu'il appelle «le langage de l'ennemi», pour mieux le questionner, le critiquer, en pointer les sous-entendus et les contradictions. L'ennemi pouvant être, aussi bien, le discours des médias dominants que celui du management, du technocrate, de l'homme de gauche ou de droite bien pensant, des organisations internationales, etc. Le monde est farci de phrases-valeurs toutes faites, d'idéologies tacites. Et Masséra n'a de cesse de les traquer où qu'elles se trouvent, et surtout dans notre vie quotidienne : le travail, les relations amicales et amoureuses. À l'institut d'art contemporain, il poursuit sa critique roborative à travers de nouvelles formes : chansons, vidéos, photographies... Comme pour Saint-Thomas, il s'agit de toucher du doigt de manière plus concrète encore cette aliénation de l'homme contemporain occidental. À l'IAC on pourra entendre par exemple un «Financial opera» composé d'extraits de discours d'

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«Sortir de la page»

ARTS | Entretien/ Jean-Charles Masséra expose des vidéos, des photographies et des pièces sonores à l'IAC. Propos recueillis par JED

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 4 novembre 2010

«Sortir de la page»

Le son"Mon exposition à l'IAC correspond à un besoin de sortir de la page. Depuis 1997, je travaille comme auteur de livres ou d'émissions pour France Inter ou France Culture, avec la contrainte du récit. J'ai attendu plusieurs années avant d'expérimenter d'autres choses, et notamment le son qui est, selon moi, très important. Je me souviens que pendant la première guerre du Golfe, l'information ne passait plus par l'image, mais par des «feux d'artifices» avec un commentaire et la prosodie typique de CNN. Une phrase m'a marqué alors : «Selon le Pentagone, les bombardements représentent une fois et demi Hiroshima et 28 civils sont morts». Cette phrase est passée sans problème ; on n'avait pas d'image, mais on nous faisait gober n'importe quoi avec la parole, le son". Influence de l'art contemporain"Mon travail d'auteur procède plus de l'art contemporain (avec des artistes comme Pierre Huyghe, Vito Acconci, Bruce Nauman...) que de la littérature proprement dite. À partir d'un enjeu esthétique, je cherche la forme ou le médium adéquat, sans m'inscrire dans un genre précis (la poésie, le roman, la vidéo...). Dans ce rapport aux formes, je cherche aussi à faire de

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Du people chez Beckett

SCENES | Hamm et Clov, le marteau et le clou, un bourreau et une victime consentante… Charles Berling met en scène ‘Fin de Partie’ de Samuel Beckett au Théâtre des (...)

Dorotée Aznar | Lundi 30 novembre 2009

Du people chez Beckett

Hamm et Clov, le marteau et le clou, un bourreau et une victime consentante… Charles Berling met en scène ‘Fin de Partie’ de Samuel Beckett au Théâtre des Célestins, jusqu’au 6 décembre. Dans les rôles des deux clowns féroces, on retrouve Charles Berling et Dominique Pinon. Reste à savoir comment les deux comédiens interpréteront ces deux hommes condamnés à se détester sans pouvoir se séparer et à rejouer éternellement les mêmes scènes.

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Les Intrus

ECRANS | De Charles et Thomas Guard (ÉU, 1h27) avec Elizabeth Banks, David Strathairn…

Christophe Chabert | Mardi 2 juin 2009

Les Intrus

Dans la série film d’horreur grotesque et qui ne sert à rien, voici le remake américain de Deux Sœurs, qui révéla au public français le formidable Kim Jee-Woon, il y a cinq ans. Pour ceux qui ont vu le film coréen original, le twist final est carrément éventé, donc pas la peine de se déplacer. Mais on serait curieux de savoir qui, parmi les spectateurs «novices», se laissera prendre au jeu dans cette version, tant elle transpire le cliché éculé, et très mal recyclé de surcroît. Vaguement dotés d’un petit talent visuel (comme 80% des cinéastes de genre américains en activité), les frères Guard n’ont en revanche aucun sens de la surprise, et font comme s’ils étaient les premiers à faire sortir des cadavres de sous les armoires, claquer des portes ou apparaître des fantômes dans l’obscurité. Navrant et de toute façon condamné par une sortie technique opportune, pour une fois. CC

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SoCalled Party over here

MUSIQUES | Musique / S'il y a en un qui pratique à foison le télescopage musical, il s'agit bien du Canadien Joshua David Charles Dolgin. Sur les planches ou gravé sur (...)

Jerôme Dittmar | Jeudi 5 mars 2009

SoCalled Party over here

Musique / S'il y a en un qui pratique à foison le télescopage musical, il s'agit bien du Canadien Joshua David Charles Dolgin. Sur les planches ou gravé sur de l'acétate, le drôle de personnage se fait appeler SoCalled, rappeur usant de la MPC mais pour combiner rythmiques hip-hop et samples de musique klezmer antidatés. Depuis 2006 et la sortie de son album Ghetto Blaster (et entre temps remarqué aux côtés de Gonzales et Mocky), le SoCalled Orchestra mené par l'allumé mc yiddish écume les scènes internationales, charmant son monde avec son sens de l'expérimentation drolatique. Joshua s'est remis récemment au travail pour pondre une nouvelle production. "J'essaie de composer de façon accessible, de faire quelque chose de plus direct que Ghetto Blaster. D'être immédiat parce que sinon ça devient la folie incontrôlable" avoue SoCalled. Par le passé très ethno-centré autour de la tradition musicale de ses ancêtres, SoCalled est désormais "mieux dans sa peau". "Récemment j'ai découvert un sample de musique roumaine. J'ai donc demandé à un vieil ami de Chicago d'y ajouter une rythmique house". Lorsque le collègue en question se prénomme Derrick Carter, mythique fer de lance de la house

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Religolo

ECRANS | De Larry Charles (EU, 1h40) documentaire

Christophe Chabert | Mercredi 14 janvier 2009

Religolo

Après avoir filmé les tribulations de Borat aux Etats-Unis, Larry Charles semble se faire une spécialité des projets humoristico-kamikazes. Cette fois-ci, son interprète tombe le masque : Bill Maher, comédien de stand-up, part en croisade contre les religieux de tous bords. Son objectif : démontrer, généralement pas l’absurde, l’inanité des fondements de la croyance. Contre ses adversaires du moment, ses armes sont infinies – humour, mauvaise foi jusqu’au-boutiste, sarcasme, rhétorique imparable. De fait, et c’est là le principal bémol de la démonstration, Maher ne laisse aucune chance à ses interlocuteurs, tant dans le fil de la conversation (où notre homme adopte sciemment une attitude agressive pour déstabiliser) que dans le résultat final : Larry Charles, en bon manipulateur, a le don de couper ses séquences aux moments choc, de capter l’agacement de ses cibles dans leur plus désobligeante spontanéité. Entre deux lapidations verbales, Bill Maher nous fait part de ses virulentes réserves quant au fait religieux, pensées qu’il décline occasionnellement en famille, au gré d’hilarantes séquences avec sa mère et sa sœur. Du fait de cette somme de partis pris, Religolo

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Choron, dernière

ECRANS | De Pierre Carles et Martin (Fr, 1h38) documentaire

Christophe Chabert | Lundi 5 janvier 2009

Choron, dernière

En bon documentariste kamikaze, Pierre Carles n’aime rien tant que jouer le poil-à-gratter médiatique, abordant des sujets à même de faire bondir les éditorialistes de tout bord (les collusions entre journalistes et politiciens, le refus du marché du travail, l’importance du travail de Pierre Bourdieu…), à l’aide de méthodes susceptibles de faire sortir le toujours très intègre Jean-Michel Apathie de ses gonds. Ici, il s’empare donc de la figure subversive du décrié Professeur Choron, l’un des fondateurs d’Hara-Kiri puis de Charlie Hebdo, en une tentative de rendre à César ce qui lui appartient – les nouveaux tauliers de Charlie, Philippe Val (à mille lieux de la sacralisation offerte par Daniel Leconte dans C’est dur d’être aimé par des cons) en tête, réfutant avec une suspecte véhémence l’héritage pourtant évident du Professeur. Le récit de cette cuistrerie opportuniste, prétexte à Carles pour régler quelques comptes personnels avec le sieur Val, n’est cependant qu’un aspect finalement anodin d’un film foutraque, agrégat d’interviews posées ou prises sur le vif, de sketchs rentre-dedans, d’images sans concessions (tournées par Choron lui-même !) sur le caractère souvent pathétiqu

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La revanche du chasseur

ECRANS | À l’Institut Lumière cette semaine, "La Nuit du chasseur" de Charles Laughton, un classique absolu et indémodable de l’histoire du cinéma, qui n’a pourtant rencontré que peu d’échos en son temps. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 5 novembre 2008

La revanche du chasseur

Plus une émission de cinéma sans sa rubrique box-office. Même la critique est parasitée par des considérations chiffrées, faisant lentement triompher la pensée Marc-Olivier Fogiel et son axiome diabolique : succès=qualité, échec=bouse. Transformation d’une information pour professionnels en loi d’airain s’inscrivant de manière subliminale dans le cerveau de tous, même ceux qui n’ont jamais investi autre chose que le prix de la place dans l’industrie cinématographique. Pourtant, l’Histoire du cinéma est constellée de chefs-d’œuvre rejetés en leur temps, ou plus simplement ignorés pour quelque raison conjoncturelle : pas le moment, pas envie, pas au courant. La Nuit du chasseur est ainsi un cas d’école à méditer sans fin… Love / Hate En 1955, l’acteur Charles Laughton passe derrière la caméra pour réaliser le scénario que l’excellent James Agee (critique de films majeur, auteur d’un roman bouleversant, Une mort dans la famille) a tiré d’un polar de Davis Grubb. Il engage Robert Mitchum pour incarner le faux pasteur psychopathe convoitant un magot dissimulé par deux enfants dans une poupée ; l’acte

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L’Heure d’été

ECRANS | d’Olivier Assayas (Fr, 1h40) avec Charles Berling, Juliette Binoche…

François Cau | Vendredi 29 février 2008

L’Heure d’été

On l’écrivait il y a à peine six mois à la sortie de Boarding gate : il y a un mystère autour d’Olivier Assayas, cinéaste enchaînant les mauvais films sous les éloges critiques et un dédain grandissant des spectateurs. L’Heure d’été ne clarifie pas les choses : aussi transparent que Boarding gate était obscur, le film s’attache à filmer une famille bourgeoise (deux frères, une sœur) cherchant à solder l’héritage de leur mère qui avait fait de sa maison un musée vivant à la gloire du peintre Paul Berthier. Passionnant comme la lecture d’une succession chez un notaire, l’affaire est mise en scène avec une maladresse stupéfiante, Assayas confondant montage dynamique et découpage abracadabrant. Comme d’habitude, les intentions maculent l’écran, sans jamais que le cinéaste ne les englobe dans un récit, ne les incarne dans des personnages crédibles ou ne leur donne une perspective dans le réel. De guerre lasse face à ce name droping pédant, on finit par croire qu’il s’agit d’une pub géante pour le Musée d’Orsay. Et quand on apprend que c’est bien de cela qu’il s’agit, une commande dudit Musée, on comprend mieux la pérennité incroyable du cinéaste : c’est un homme de réseau ! CC

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Black Hole, l’intégrale

CONNAITRE | Charles Burns Editions Delcourt

| Mercredi 10 janvier 2007

Black Hole, l’intégrale

On ne va pas passer par quatre chemins, la série Black Hole, enfin réunie par Delcourt dans une magnifique édition intégrale, est un authentique chef-d’œuvre de la bande dessinée américaine contemporaine. Si les précédentes créations de Charles Burns (Defective Stories, ou les tribulations d’El Borbah, détective catcheur nihiliste, ou encore Big Baby, et son pré-ado poupin à l’imaginaire fantasmatique débordant) s’avéraient déjà plus que convaincantes, l’auteur a réussi avec Black Hole à synthétiser les inspirations multiples de son univers déviant en un récit fleuve captivant. Atteignant dans un même temps une maîtrise de l’encrage et du découpage qui confère à ses dessins le statut de quasi œuvres d’art. Mais venons-en au fait. Fin des années 70, dans une bourgade des États-Unis comme tant d’autres, les adolescents se retrouvent frappés par une étrange maladie sexuellement transmissible, provoquant sur leur corps des mutations littéralement monstrueuses. Alors que certains cherchent tant bien que mal à les camoufler, d’autres choisissent l’exil, créant une micro-communauté de parias dans la forêt avoisinante. Parabole inspirée sur l’adolescence, les découvertes que l’accompagnent

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Volem rien foutre al païs

ECRANS | de Pierre Carles, Christophe Coello, Stéphane Goxe (Fr, 1h47) documentaire

Christophe Chabert | Mercredi 14 mars 2007

Volem rien foutre al païs

Depuis qu'il est persona non grata sur les écrans télé, Pierre Carles s'est fait de nouveaux potes avec qui il concocte des tracts d'extrême-gauche qui atterrissent dans les cinémas comme on demande l'asile politique. C'est peut-être l'ironie la plus intéressante de Volem rien foutre al païs : il n'y a pas de cinéaste derrière, le film est un grand zapping qui empile des images inédites, en recycle d'autres, chaque séquence induisant une réflexion autonome plus qu'un propos cohérent. C'est donc un acte de résistance salutaire contre le discours ambiant qui veut que le travail soit la lumière à partir de laquelle on juge de la valeur d'une vie. Certaines séquences se passent de commentaire : la visite de Michel Rocard au MEDEF expliquant que «la lutte des classes a fait son temps», le clip reaganien de Nicolas Sarkozy, le stage où un jeune Anglais se place sans haine et avec lucidité hors du système, ou le dialogue de sourds entre un patron et ses contradicteurs pour savoir si c'est l'entreprise ou le client qui fait naître le besoin. D'autres créent le malaise et ouvrent le débat : la communauté cradingue dont les réflexions politiques sont au ras des pâquerettes, la quasi-justific

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