Le long des lônes

Rhône | Elles ne sont pas spectaculaires mais les lônes du Rhône sont un paysage apaisant entre la route très fréquentée et le fleuve qui les ceinturent. De quoi aussi aller s’élever sur les coteaux viticoles tout proches. Île du Beurre, de la Platière, Condrieu et Malleval. En route sur les abords plein est du parc régional du Pilat.

Nadja Pobel | Jeudi 7 octobre 2021

Photo : © NP


Long de 813 km, au tiers situé dans sa patrie de naissance, la Suisse, le Rhône a été dompté notamment par la CNR, Compagnie Nationale du Rhône dans les années 50 avec la mise en eau du barrage de Génissiat, le deuxième sur le fleuve après celui de Cusset en 1899. Ces aménagements de l'humain pour ses besoins ont fait des lônes, ses bras secondaires, un havre de paix pour la nature, calmes et stagnantes.


Les Lônes

Île du Beurre

Rien à voir avec ce qui se tartine au petit matin, mais avec un dérivé du mot "bièvre" ancien nom du castor, principal habitant du lieu qui sort de ses planques surtout vers 20h car cette masse animale (entre 25 et 30 kg et de 100 à 130 cm dont 20 à 30 cm de queue !) est dit crépusculaire et nocturne. Pour les autres espèces, il faudra vous armer de jumelles et de patience et il est fort possible que vous découvriez des castors donc, ou de nombreux oiseaux comme le pic vert, le pic noir ou ses confrères plus petits pic épeiche et pic épeichette. Ces indications sont simplement documentées dans les observatoires, cabanes en bois où chacun peut s'approcher au plus près de l'eau sans être vu des animaux ; le centre d'observation et petit musée est lui fermé depuis le mois de septembre jusqu'en décembre 2022 pour rénovation. Depuis 25 ans, ils ont été jusqu'à 24 sur le site en 1996, ils étaient 10 en 2018. La balade dure une petite heure et longe une portion de la Via Rhôna. Cette île du Beurre se poursuit par l'île de la Chèvre, très naturelle également, d'où part sur la gauche un chemin menant dans la vigne (voir plus bas).

Ce paysage sauvage est intégré au réseau des Espaces naturels sensibles (ENS) du Rhône et de l'Isère et la biodiversité perturbée par l'homme est rendu possible notamment par des forêts alluviales, les pieds dans l'eau où ici, à l'île du Beurre, 237 espèces de la faune et 390 de la flore sont répertoriées.

Centre d'observation de la nature, 1 route de Lyon, Tupin-et-Semons
T. 04 74 56 62 62

En voiture : à 41km et 37 minutes de Lyon

En train : gare de Saint-Clair-les-Roches (27 minutes depuis Part-Dieu, 9€50) + 39 minutes à pied


Île de la Platière

Plus impressionnante et quatre fois plus grande que l'île du Beurre, voici l'île de la Platière, 15 km plus au sud. Comme sa voisine elle est classée et étudiée depuis les années 80 et se trouve à la jonction de six communes appartenant à trois départements (Isère, Loire, Ardèche). Au tableau du paysage, des castors bien sûr, des insectes aux jours chauds et doux (papillons, libellules, mantes religieuses, criquets), une prairie, des saules, peupliers, frênes dans une zone qui n'a jamais été exploitée en faisant une véritable forêt vierge ! Quatre sentiers de découverte sont aménagés et sur celui de la forêt vagabonde, se trouve même un bac à chaînes qui permet d'accéder à l'île et sa "petite jungle". Cela se fait en totale autonomie. Il s'agit de traverser une vingtaine de mètres sur un radeau de bois, en tirant sur une chaînette métallique.

Attention toutefois, évidemment, à ne pas se balader dans ces contrées par mauvaise météo, vents forts ou pluies importantes.

Le site est géré par le Conservatoire d'espaces naturels de l'Isère à Saint-Égreve.


Les Coteaux

Balade des lônes en terrasses

Le long de la piste cyclable de l'île du Beurre en allant vers l'île à la Chèvre se trouve, sur votre gauche, une indication vers un chemin raide. C'est le début d'une marche courte (une bonne heure A/R) et assez pentue (200 mètres de dénivelé, une fois et demie la montée de Fourvière) qui vous mène à travers les coteaux de condrieu (ce vin blanc onctueux élaboré à partir du seul cépage autorisé, le viognier) et de côte-rôtie et offre très vite un splendide panorama sur la vallée du Rhône. À cette époque de l'année, les grappes sont totalement formées, l'odeur de vin et de raisin est l'effluve principale que vous respirez en montant le long de chemins escarpés bordés de murets de pierre. Au point culminant (285m), passage par la petite église de Semons avant de basculer vers le parking de l'île du Beurre dans un tracé plus abrupt que le précédent et très caillouteux. Mieux vaut donc faire cette balade dans le sens inverse des aiguilles d'une montre comme indiqué que dans le sens inverse.

Sentier de 3km, balisage jaune et blanc. Départ le long de l'île du Beurre


Malleval

Histoire de quitter la très chargée route départementale D1086, filer sur Malleval (à ne pas confondre avec Malleval-en-Vercors au-dessus des gorges du Nans). Ce petit village "de caractère" comme il est dénommé par le label du comité départemental du tourisme (de la Loire en l'occurrence), est un havre de silence et de calme. Tout en pierre, il abrite une école, une bibliothèque mais pas de commerces pour son demi millier d'habitant. Bastion des comtes du Forez au XIVe siècle, Malleval garde de nombreuses traces de son passé moyenâgeux comme son église du XIe (reconstruite au XVIIe suite à un incendie), un grenier à sel, un prétoire où la justice était rendue aux XVIe et XVIIe … Cet ensemble parfaitement homogène regarde la vallée en contrebas et peut aussi être admiré depuis un belvédère, dans un lacet à la sortie de la commune. Un mini-espace d'observation est aménagé d'où l'on voit se détacher impeccacblement à l'ouest le Crêt de l'Œillon et celui de la Perdrix, les sommets du Pilat. Ne surtout pas redescendre dans l'urbanisation mais poursuivre sa route sur le plateau du Pilat, au milieu des vergers (les pommes sont splendides à cette saison) par la D79 qui passe au pied de Pélussin et son viaduc et ne rejoindre le Rhône qu'à Givors.


Bons Plans

Destination Condrieu Côte-rôties. 15, 16 et 17 octobre. Soirée au caveau (90€ par personne) ou apéro-jazz du samedi soir (5€ par personne) dans différents domaines de Chavanay, brunch du dimanche (30€ par personne) en huit lieux dont un à Malleval, visites de caves, marchés de producteurs (dans cinq caveaux de Tupin-et-Semons et Chavanay)…
Renseignements : condrieu-coterotie.com

Vendanges graphiques. Mêler bon vin et BD haut de gamme ? C'est ce que propose le directeur de la librairie Luciole de Vienne chaque année à Condrieu depuis 2013. La manifestation se relèvera de la crise sanitaire en mars prochain. Frederik Peeters, Matthias Picard, Baru sont déjà passés par là.
Office de Tourisme de Condrieu
Place Sequoia
T. 04 74 56 62 83

Le Panier Condriot. En plein centre-ville (et donc accessible en train), cette petite boutique vend fruits et légumes, charcuterie et conserves du cru. Et bien sûr des boissons : vins, bière du Pilat ou jus de mirabelle.
15 route Nationale
T. 06 17 28 74 86
Ouvert 7 jours / 7 de 8h à 20h

Valferme. Vente directe de produits fermiers. De quoi dégotter la rigotte de Condrieu (petit fromage de chèvre, 1, 20€ pièce), de la terrine forestière (15, 80€/kg), de la charcuterie, des fruits et légumes du cru et même un vin de noix de Vinay qui revigore en attendant les soirées au coin du feu.
À Ampuis
T. 04 74 56 15 33
Ouvert 7 jours / 7

Podcast "Renaître ici" par la Région Auvergne-Rhône-Alpes : l'épisde 6 se passe en partie le long des lônes

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Lone Sloane, le retour

Bande Dessinée | Encore une nouvelle série culte de la bande dessinée qui est reprise et poursuivie par une nouvelle équipe, et pas des moindres puisqu'il s'agit de la (...)

Sébastien Broquet | Mardi 10 mars 2020

Lone Sloane, le retour

Encore une nouvelle série culte de la bande dessinée qui est reprise et poursuivie par une nouvelle équipe, et pas des moindres puisqu'il s'agit de la mythique Lone Sloane initiée dans les sixties par l'allumé Philippe Druillet, époque Métal Hurlant. C'est Dimitri Avramoglou qui s'est attelé au dessin de ce nouveau tome tout juste paru, fidèle à l'esprit originel de cette œuvre de science-fiction façon space opéra chaotique, dans ce Babel (chez Glénat) au trait tout aussi précis, foisonnant et fourmillant de détails et cassant tous les codes habituels — les cases, quelles cases ? C'est une réussite, adoubée par le créateur lui-même, contée au scénario par Xavier Cazaux-Zago. Dimitri Avramoglou sera présent à la librairie Expérience le vendredi 13 mars à 15h pour dédicacer cet ouvrage foisonnant qui ravira nostalgiques comme nouveaux convertis à la SF.

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"The Neon Demon" : l'objet du désir

Critique | Retour en grâce pour NRW — c’est ainsi qu’il sigle son nom au générique — avec un conte initiatique : celui d’une gamine partant à la conquête du monde de la mode. Le récit d’une ambition dévorante et dévorée, à la superbe… superbe.

Vincent Raymond | Mardi 7 juin 2016

Comme une promesse, ou une métaphore de cette foire aux vanités qu’est l’industrie de la mode, la première séquence de The Neon Demon offre un condensé glaçant de sang, de flashes et de voyeurisme. Mais on aurait tort de se fier à ce que l’on a sous les yeux : derrière la splendeur et la perfection sans défaut de l’image ; derrière les surfaces lisses et les miroirs, tout est factice. La beauté pure n’existe pas, et lorsqu’elle surgit sous les traits de Jesse, elle est perçue comme une anomalie, une monstruosité dans cet empire des apparences et de l’illusion. Un élément discordant qui va se corrompre en pervertissant son entourage — la pomme cause-t-elle le ver, ou bien le ver détruit-il la pomme ; toujours est-il que la réunion des deux gâte l’ensemble. Talent haut Aux antipodes de la superficialité clinquante de l’ère des supermodels, et de sa foule de mondains papillonnant dans la lumière,

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Vendanges graphiques : c’est à voir, à voir, à voir !

CONNAITRE | Il va y avoir des bulles dans le condrieu ! Ce qui ressemble à une hérésie pour l’œnologue moyen résonne comme un cri de joie chez l’amateur de bandes (...)

Vincent Raymond | Jeudi 10 mars 2016

Vendanges graphiques : c’est à voir, à voir, à voir !

Il va y avoir des bulles dans le condrieu ! Ce qui ressemble à une hérésie pour l’œnologue moyen résonne comme un cri de joie chez l’amateur de bandes dessinées. Chaque année depuis 2013, la fin de l’hiver (ordinairement réservée à la taille des ceps) est illuminée par une récolte supplémentaire : Vendanges graphiques. Une manifestation qui, si elle réjouit les chais, convertit également les abstinents aux charmes condriots en réunissant la quintessence des illustrateurs amateurs de bonnes choses. Ce quatrième millésime s’annonce particulièrement gouleyant, avec la participation de Baudoin (monument vivant, auteur notamment de Tu ne mourras pas) ou celle de Marion Montaigne alias Professeur Moustache (qui signe la série Tu mourras moins bête… mais tu mourras quand même). Fred Campoy (sa Vie avec Alexandra David-Néel vient de paraître), EFA (Kia Ora, Alter Ego…), les incontournables frères Jouvray (l’immarcesible et immortel Lincoln), Émile Bravo (à qui l’on doit Le Journal d’un ingénu, tome essentiel des aventures de Spirou) seront également du voyage. Une

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Pourquoi la Suède ignore-t-elle Jay-Jay Johanson ?

MUSIQUES | Avant le concert du Suédois au Transbordeur, on pose cette question capitale.

Stéphane Duchêne | Mercredi 7 octobre 2015

Pourquoi la Suède ignore-t-elle Jay-Jay Johanson ?

The Hives ; Loney, Dear ; I'm from Barcelona ; Jose Gonzales ; The Knife ; Peter Björn and John ; The Tallest Man on Earth ; Peter Von Poehl ; Frida Hÿvonen ; The International Noise Conspiracy... Même en ne s'en tenant qu'aux artistes déjà cités dans ce journal (on en oublie sûrement et on vous épargne les mastodontes passés et présents toutes disciplines confondues – ABBA, Roxette, Ace of Base, Don et Neneh Cherry, Robyn, EST...), les Suédois sont aussi présents dans nos oreilles que les Anglo-Saxons. D'ailleurs c'est simple, la Suède est le troisième exportateur de musique au monde. Et c'est à Stockholm que l'on compte le plus de studios d'enregistrement par habitant, abritant une armée de faiseurs de tubes pop que les plus grandes stars US s'arrachent pour transformer une mélodie en son de tiroir-caisse. Sauf qu'à vivre et produire dans un pays d'exportation, on en vient à n'être pas soi-même importé. Tel un Patrick Devedjian victime collatérale de l'« ouverture » sarkozyste, Jay-Jay Johanson, qui connut ses premiers succès en France (au point d'y vivre un temps, à Strasbourg, et de constater qu'on ne s'y ennuyait pas assez pour écrire) et a toujours enre

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Insomniaque - Soirées du 1er au 7 octobre

MUSIQUES | Trois RDV nocturnes à ne pas manquer : Lone au Kao, Ellen Allien au Bellona et Ben Klock au Sucre. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 30 septembre 2014

Insomniaque - Soirées du 1er au 7 octobre

03.10 Maison Fraîche Si vous allez à San Francisco, n'oubliez pas d'agrémenter votre tignasse de quelques fleurs, disait la chanson. C'est aussi vrai pour Manchester depuis 2012 (et ce le sera pour le Kao ce vendredi), année de parution du Galaxy Garden de Lone, chef-d’œuvre de house luxuriante à la 808 State qui aurait fait un carton en 1967. Même si son successeur, le tout aussi rétro-novateur Reality Testing, est une véritable descente d'extase en direction de ses racines hip hop – son dernier effort dans ce registre, daté de 2009 et influencé par J Dilla, s'intitulait d'ailleurs Ecstasy & Friends.     04.10 L’Amour – Nuit Dans un monde idéal, Ellen Allien, forte d

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Les corps impatients

SCENES | Le chorégraphe Thomas Guerry et le percussionniste Camille Rocailleux, fondateurs de la compagnie lyonnaise Arcosm, imaginent et défendent aux quatre coins du monde des spectacles inclassables, où la fantaisie le dispute à la prouesse. A l'occasion de leur nouvelle création ("Bounce!", au Théâtre de Vénissieux), rencontre avec ces deux grands enfants à la complicité féconde. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mercredi 4 décembre 2013

Les corps impatients

Vous vous êtes rencontrés au CNSMD il y a une quinzaine d’années. Qu’est-ce qui vous a attiré l’un vers l’autre ? Thomas Guerry : C’est le langage qui nous a rapprochés. Camille utilisait son corps comme instrument, ma danse était très musicale, on se comprenait sans se parler. Au sortir du Conservatoire, frustrés du manque de passerelles qu’il y avait là-bas entre la musique et la danse, on a partagé un atelier le temps d’un été, sans autre volonté que d’échanger. A l’issue de cette session, on a présenté quelques rendus dans un festival et c’est André Curmi, directeur de la Scène Nationale d’Angoulême, qui nous a mis au défi de monter un spectacle à partir de cette matière. L’été suivant, nous avons créé Echoa. Camille Rocailleux : Il n’y avait aucun plan de carrière au départ. Nous étions portés par un sursaut d’énergie lié au terme de notre cursus et voulions simplement voir comment nos univers pouvaient s'imbriquer.

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Tarantino et les glorieux inconnus du cinéma

ECRANS | Au sein de sa pléthorique programmation, et grâce à l’implication de son Prix Lumière Quentin Tarantino, le festival Lumière fait la part belle aux redécouvertes. Cinéastes, acteurs et même chefs opérateurs, voici quelques-uns de ces soldats méconnus du septième art qui auront droit à leur part de Lumière… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 10 octobre 2013

Tarantino et les glorieux inconnus du cinéma

En se choisissant comme Prix Lumière 2013 Quentin Tarantino, le festival du même nom a ouvert la boîte de Pandore. Non seulement Tarantino sera honoré, fêté, célébré, acclamé, non seulement l’intégralité de son œuvre sera présentée au public — dans des copies 35 mm, exigence non négociable du cinéaste lui-même — mais, en plus, il est allé fouiller le coffre à trésors de son château sur Hollywood Hills pour en ramener quelques films oubliés, réunis dans ce que le festival a nommé «un voyage personnel de Quentin Tarantino à travers le cinéma». La cinéphilie du réalisateur de Pulp fiction est du genre éclectique, mais il a ce goût de la perle rare et de l’œuvre que personne d’autre que lui ne connaît. Ce plaisir-là transparaît dans ses films, qui accumulent les références et les citations, faisant réapparaître à la surface le souvenir d’un petit maître laissé pour compte par les historiens du cinéma ou, plus fort encore, d’un acteur depuis longtemps relégué au second, troisième ou dernier plan, et qu’il remet au centre de l’écran. Qui connaissait vraiment Michael Parks avant que Tar

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Lone Ranger

ECRANS | Curieux cocktail du duo Verbinski / Depp, entre hommage sincère et pastiche façon Pirates des caraïbes, qui tente de retrouver l’esprit des westerns de série en le mâtinant de réflexion politique sur l’origine de l’Amérique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 7 août 2013

Lone Ranger

Un gamin américain joufflu déguisé en cowboy fausse compagnie au cours d’une fête foraine à ses parents et va s’aventurer sous une tente qui célèbre l’histoire de l’Ouest américain. Dans cette attraction désuète à base de statues de cire façon musée Grévin, le gosse s’arrête devant la reproduction folklorique d’un campement avec un vieil Indien figé et fripé trônant en son centre. Soudain, ses yeux se mettent à bouger ; la statue était en fait un véritable indien, mais ce petit tour de passe-passe pose aussi le vrai propos politique de Lone Ranger. Ce n’est pas seulement ce qui reste d’une culture qui se retrouve dans cette scénographie tristement folklorique, mais aussi ses derniers descendants, contraints de rejouer muets et immobiles le rôle que les pionniers ont fini par leur donner, des sauvages pittoresques rétifs aux avancées de la civilisation capitaliste. De la part de Gore Verbinski et de Johnny Depp (qui, sous la couche de maquillage, incarne l’Indien Tonto), une telle ambition peut surprendre. C’est même un sacré pied de nez aux Pirates des Caraïbes, franchise née d’une attraction populaire des parcs Disney. Verbinski et Depp avaient déjà tâ

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Du plomb dans la tête

ECRANS | Quelques semaines après son ex-rival et nouveau pote expendable Schwarzenegger, c’est au tour de Stallone de se lancer dans la course au meilleur senior (...)

Christophe Chabert | Lundi 18 février 2013

Du plomb dans la tête

Quelques semaines après son ex-rival et nouveau pote expendable Schwarzenegger, c’est au tour de Stallone de se lancer dans la course au meilleur senior du cinéma d’action. Différence notable : là où Schwarzy recrutait un Sud-coréen hype derrière la caméra de son moyen Dernier rempart, Stallone, cohérent avec son envie de faire revivre la série B mal embouchée des années 80, a fait appel au vétéran Walter Hill pour cette adaptation d’un roman graphique français. Saine initiative : Du plomb dans la tête s’impose assez vite comme un concentré nostalgique du genre, sec, violent, plein d’humour noir mais jamais parodique, bien raconté et habilement mis en scène. Stallone y campe un tueur à l’ancienne qui n’est pas prêt à se coucher devant la loi, la morale et l’époque, même quand celles-ci sont incarnées par un flic incorruptible au milieu d’une police gangrenée par l’argent sale et les magouilles en tout genre. C’est l’alliance temporaire entre le vieux grincheux, brutal, taiseux, allergique à la technologie et le jeune loup idéaliste, naïf, scotché à son smartphone qui donne au film son échine de buddy movie et qui permet à Stallone de

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Margaret

ECRANS | Kenneth Lonergan Fox Pathé Europa

Christophe Chabert | Mardi 29 janvier 2013

Margaret

On aurait aimé vous recommander la sortie en DVD de Margaret. Vraiment. D’abord parce que c’est un grand film, d’une ambition peu commune dans le cinéma américain ; ensuite parce que sa sortie salles a été littéralement sabotée, réduite à une exposition "technique" sur une poignée d’écrans en plein été et en VF. Sans parler du fait que cette version-là n’était pas celle voulue par Kenneth Lonergan, et qu’il s’est battu contre ce remontage durant huit longues années, donnant à Margaret le statut peu enviable de film maudit. Or, stupeur, alors que le DVD anglais (disponible depuis de nombreux mois) proposait la version la plus longue et la plus conforme aux souhaits du réalisateur (un montage de 179 minutes), c’est à nouveau celle de 2h23 qui figure sur le DVD français. Avant de revenir sur le film, deux mots sur Kenneth Lonergan. Il vient de la scène, où il a été considéré comme un des grands dramaturges américains contemporains, notamment grâce à une pièce culte, This is our youth (un titre qui aurait aussi pu être celui de Margaret). En 2000, il se lance dans le cinéma avec Tu peux compter sur moi, bien accueilli par la press

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Expendables 2

ECRANS | Retour de «l’unité spéciale» emmenée par Stallone, avec quelques nouvelles recrues prestigieuses, pour un deuxième volet mieux branlé que le précédent, assumant sans complexe son côté série B d’action vintage. Curieusement plaisant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 22 août 2012

Expendables 2

«On devrait tous être au musée». C’est une des dernières répliques d’Expendables 2, et cela résume parfaitement l’esprit de cette improbable franchise : les papys du cinéma d’action font de la résistance, un dernier tour de piste de prestige qui est aussi, pour certains, l’occasion de sortir de la malédiction du direct to DVD qui les frappe. Pour ce deuxième épisode, Stallone, fort du succès du premier, a d’ailleurs réussi la totale (ou presque, Steven Seagal manque à l’appel !) en incorporant au casting Jean-Claude Van Damme et Chuck Norris et en laissant plus d’espace à Bruce Willis et Arnold Schwarzenegger, au-delà des simples apparitions clin d’œil du premier. La recette est peu ou prou la même : une équipe de mercenaires, une mission, de la castagne et des vannes en guise de dialogues. Plus une pincée de distanciation mélancolique sur l’air de «On est trop vieux pour ces conneries», lucidité bienvenue même si elle n’empêche pas les vétérans d’exhiber gros bras et dextérité dans le carnage lorsque l’occasion se présente — fréquemment. À l’est, que des anciens On pouvait craindre qu’en laissant sa place derrière la caméra

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Margaret

ECRANS | De Kenneth Lonergan (ÉU, 2h30) avec Anna Paquin, J Smith Cameron, Matt Damon...

Jerôme Dittmar | Vendredi 13 juillet 2012

Margaret

Second film de Kenneth Lonergan, auteur de théâtre et scénariste de Gangs of New York, Margaret revient de loin et ça se sent (bloqué depuis 2009 suite à un procès, le film a traîné en montage). Portrait d'une lycéenne (Anna Paquin) témoin d'un tragique accident de bus qu'elle a en partie provoqué, le film prend une bonne heure à décoller pour trouver son sujet. Durant ce temps, Lonergan tâtonne, avance au rythme de son héroïne, traumatisée mais debout, rongée par une culpabilité dont elle ne sait que faire avant de la canaliser dans une quête de vengeance inattendue. Ce long et épuisant tunnel, où le film s'égare au ralenti, suivant le quotidien de son adolescente, son errance sentimentale et existentielle, son rapport trouble avec un prof et l'histoire de sa mère paumée, sert de tremplin vers une seconde moitié où les choses mordent enfin sur l'intrigue. Se dessine alors un double regard, sur la frénésie procédurière américaine, que le film étend jusqu'à l'arrogance militaire du pays. Et l'adolescence comme d'un moment mouvant et propice à adopter des thèses radicales pour répondre à un état de confusion général. Lonergan s'aventure ici sans c

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Nuits sonores 2012 – Jeudi 17 mai - Report

MUSIQUES | Sept lieux, six sessions de 9h de live, trois concerts spéciaux. Il fallait bien ça pour fêter les dix ans de Nuits sonores, fleuron européen de la musique électronique (et plus si affinités). Compte-rendu du jour 2. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Vendredi 18 mai 2012

Nuits sonores 2012 – Jeudi 17 mai - Report

          "On a préféré partir et se poserLes mecs comment vous dire on est désoléL'attaché de presse nous a clairement invitéEt nous comme on est des mickeys on a dit OK"Un détournement d'une chanson de Sexion d'Assaut, il fallait au moins ça pour témoigner aux labels et promoteurs locaux notre embarras d'avoir préféré à leur Circuit Électronique les mini-burgers et people d'une croisière estampillée «Labo des festivals». Est-ce à dire que notre deuxième voyage au cœurs des Nuits fut de tout repos ? Même si nous y avons pris part en oubliant ceinture, alliance et lunettes de soleil, oui. Hôtel Woodstock Il n'aurait à vrai dire pas pu en être autrement. Cette certitude tient en un mot composé : Hôtel-Dieu. Hier, nous vous laissions entendre que Brossette, en vertu de ses atours de top spot pour explorateurs urbains et en dépit de la difficulté éprouvée par certains régisseurs à y fai

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Oh happy Days !

MUSIQUES | «On essaye de faire venir un public toujours plus large. L'ouverture, la diversification, le mélange nous semble être un enjeu de politique culturelle des (...)

Benjamin Mialot | Mercredi 2 mai 2012

Oh happy Days !

«On essaye de faire venir un public toujours plus large. L'ouverture, la diversification, le mélange nous semble être un enjeu de politique culturelle des plus pertinents. Il n'y a rien de pire que la logique des chapelles et le cloisonnement. Le fait est que le public de Nuits Sonores est très jeune. De fait, si on pouvait attirer un public plus âgé de manière plus significative, on s'en réjouirait», nous confiait récemment Vincent Carry. Dont acte, avec les tout nouveaux tout beaux NS Days, séries de concerts diurnes programmées dans les cours de l'Hôtel Dieu qui, si elles pourront être suivies sans enquiller les shots de guarana, n'en mettront pas moins les articulations à rude épreuve. Ne serait-ce parce qu'y seront mises à l'honneur deux institutions teutonnes de la techno, à savoir Ostgut Ton, bras discographique du Berghain Club de Berlin, réputé pour la martialité et la froideur de ses productions, et Kompakt, bastion colognais de la minimale, fusse-t-elle tribale (Mathias Aguayo), abstraite (Dj Koze) ou sensuelle (Sascha Funke). Pour le reste, bien qu'émoustillés à l'idée de faire connaissance avec la

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Pas de repos pour le Colonel…

ECRANS | C’est un chef-d’œuvre, un vrai, un film magnifique auquel la superbe copie restaurée présentée cette semaine au Comœdia rend toute sa plénitude. Colonel (...)

Christophe Chabert | Jeudi 29 mars 2012

Pas de repos pour le Colonel…

C’est un chef-d’œuvre, un vrai, un film magnifique auquel la superbe copie restaurée présentée cette semaine au Comœdia rend toute sa plénitude. Colonel Blimp, réalisé par Michael Powell et Emeric Pressburger en 1945, raconte la guerre sans jamais la montrer, à travers le parcours du général Winne-Candy. On le découvre en 1943, chauve, moustachu et bedonnant dans un bain turc de la sécurité intérieure britannique, humilié par un jeune officier qui a décidé de faire du zèle au cours d’un exercice simulant l’attaque de Londres par les nazis. Quarante ans auparavant, c’était lui l’officier fougueux en mission à Berlin, rencontrant une femme dont il tombe amoureux mais qu’il "laissera" à son rival allemand qu’il avait affronté en duel et avec qui il se lie d’amitié. Une amitié qui va traverser l’Histoire, comme la mise en scène de Powell et Pressburger enjambe toutes les représentations des conflits mondiaux, n’en filmant que les conséquences intimes pour les personnages. Même le romanesque est parfois laissé hors champ, comme la mort des deux épouses, suggérée au cours d’ellipses fulgurantes. Que reste-t-il alors ? Un manifeste humaniste où les sentiments résistent

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Une éducation

ECRANS | Réalisée par Lone Scherfig et scénarisée par le génial Nick Hornby, cette comédie d’apprentissage sur une jeune Anglaise qui découvre l’amour et son amertume dans le Londres coincé du début des années 60 est une petite merveille. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 16 février 2010

Une éducation

"Une éducation" se présente comme une démonstration paisible de ce que le cinéma anglais sait faire de mieux : une étude de caractères magistralement scénarisée, filmée et interprétée. Rien que ça. Mais ce n’est pas rien d’arriver à un résultat si gracieux, si fluide dans sa narration, qu’on en oublierait presque être devant un film. Le premier responsable de cette réussite s’appelle Nick Hornby. L’auteur de "High Fidelity" s’est intéressé ici aux mémoires de Lynn Barber, journaliste qui vivait ses 18 ans à Londres au tout début des années 60. Dans le film, elle s’appelle Jenny, elle est intelligente, jolie, amoureuse de la France, de ses romanciers (Camus) et de ses chanteuses (Gréco). Elle est incarnée par la fantastique Carey Mulligan, qu’on n’avait même pas remarquée dans "Brothers", et qui irradie ici l’écran de son sourire mutin, poussant le culot jusqu’à imiter avec talent la silhouette d’Audrey Hepburn lors d’une mémorable escapade parisienne. Jenny développe un romantisme naïf mais craquant en opposition au pragmatisme prolo de son paternel (Alfred Molina, hilarant), mais aussi aux mœurs encore rétrogrades de son pays. Sa rencontre avec David (Peter Sarsgaard, là encore

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Premiers spots

ECRANS | Reprise en salles de Bugsy Malone d’Alan Parker et des Prédateurs de Tony Scott, premiers films de cinéastes ayant œuvré dans le clip et la pub, qui s’amusaient alors à jouer avec leur passé comme avec leur nouveau media. CC

Christophe Chabert | Vendredi 17 avril 2009

Premiers spots

La première scène des Prédateurs est le genre d’ouverture à la fois remarquable d’efficacité et pleine de sens pour toute personne cherchant, au-delà des images, à faire parler l’histoire de leur auteur. Dans une boîte de nuit aux relents gay underground, le chanteur de Bauhaus interprète, face caméra, le tube de ce groupe mythique de la cold wave : Bela Lugosi’s dead. En montage parallèle, on voit d’un côté deux dandys (Catherine Deneuve et David Bowie, so chic) lever deux autres clubbers, de l’autre des images de singes enragés. Les Prédateurs est un film de vampires moderne. Le but de Tony Scott, alors frère de Ridley et jeune prince de la pub anglaise, est donc de signer l’enterrement définitif du Dracula mythique incarné par Bela Lugosi en créant un cinéma de vampires 80’s, où l’homosexualité n’est plus un sous-entendu et les vieilles breloques (crucifix, pieux dans le cœur…) sont rangées au grenier de mémé pour faire de la place au groupe de rock venu animer la soirée gros rouge à la cave. Les vampires sont donc androgynes et sexy, ils baisent autant qu’ils boivent, et ils meurent de mort presque naturelle ; au lieu de passer trente ans à se délabrer, eux le font en une semai

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La solitude innée

MUSIQUES | Sous ses airs de folkeuse elfique, Lonely Driter Karen, jeune Autrichienne voyageuse, cache un univers complexe fait de comédies musicales flirtant avec (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 20 février 2009

La solitude innée

Sous ses airs de folkeuse elfique, Lonely Driter Karen, jeune Autrichienne voyageuse, cache un univers complexe fait de comédies musicales flirtant avec l’enfance, de cabaret jazzy, et de chanson hispanique. De quoi faire dire, à l’écoute de son disque, Grass is singing, que Karen n’est pas si seule, en tout cas dans sa tête. À découvrir le jeudi 26 février dans un Sirius qui pourrait bien larguer les amarres.

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Mister Lonely

ECRANS | D’Harmony Korine (Fr-ÉU, 1h51) avec Diego Luna, Samantha Morton, Denis Lavant…

Christophe Chabert | Jeudi 11 décembre 2008

Mister Lonely

Scénariste et acteur chez Larry Clarke, réalisateur d’un premier film culte et impressionnant (Gummo) puis d’un deuxième certifié Dogma 95 (Julien Donkey Boy, nettement moins réussi), Harmony Korine revient avec ce Mister Lonely qui se sera fait attendre (17 mois entre sa présentation cannoise et sa sortie en salles). L’argument est improbable : un sosie de Michael Jackson croise à Paris un sosie de Marylin Monroe qui le convainc de rejoindre une île pleine d’autres sosies (tous assez peu ressemblants aux originaux, d’ailleurs). En parallèle à ce récit, un groupe de nonnes découvre qu’elles peuvent voler en sautant d’un avion sans parachute. Il y a chez Korine un goût de la bizarrerie qui n’est jamais très loin du voyeurisme pervers (quelques zooms recadrant l’émotion spontanée des acteurs trahit cette pulsion incontrôlée). Il y a aussi une tentation du scénario post it, dont l’ordre est parfois arbitraire, la scène étant plus importante que la construction générale. On a l’impression que le cinéaste vise une forme d’autoportrait fragmenté en imposteur tendre et paumé, souvent irritant mais parfois attachant, comme s’il cherchait à humaniser ses vignet

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Les Toilettes du pape

ECRANS | d’Enrique Fernandes et Cesar Charlone (Uruguay, 1h35) avec César Troncoso, Virginia Ruiz…

Dorotée Aznar | Mercredi 12 mars 2008

Les Toilettes du pape

1988, à la frontière de l’Uruguay et du Brésil. La visite annoncée du Pape Jean-Paul II dans un petit village met en émoi une population vivant dans la misère, qui espère bien tirer profit de l’événement. C’est ainsi que Beto a l’idée saugrenue de transformer son jardin en toilettes publiques pour les visiteurs. Raté chronique, il va bien entendu faire n’importe quoi, d’où tribulations, espoirs, déceptions… Film inoffensif dont on n’a pas franchement envie de dire du mal, Les Toilettes du Pape reste néanmoins le genre d’œuvre à sujet dont on sent constamment le calibrage auteuriste : la caméra agitée en tous sens pour faire sur le vif, l’image surexposée aux couleurs saturées, le côté tranches de vie dans le trou du cul du monde, l’humanisme forcené et un peu forcé, la tiédeur du regard sur la religion chrétienne ; tout cela ne brusque personne et conforte tout le monde dans ses certitudes. CC

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John Rambo

ECRANS | Critique / «Vivre pour rien, mourir pour quelque chose...» Quand John Rambo prononce cette phrase, il tient en joue avec son arc un mercenaire hésitant à (...)

| Mercredi 13 février 2008

John Rambo

Critique / «Vivre pour rien, mourir pour quelque chose...» Quand John Rambo prononce cette phrase, il tient en joue avec son arc un mercenaire hésitant à porter secours aux humanitaires chrétiens retenus en otage par des tortionnaires birmans. Rambo ajoute : «You call it» (Fais ton choix)... Ce moment-clé de John Rambo rappelle instantanément un autre personnage vu récemment sur les écrans : celui de Javier Bardem dans No country for old men. Chez les Coen comme pour Stallone, il s'agit de montrer le chaos du monde, sa violence, son absurdité et l'incapacité de l'homme à y changer quoi que ce soit. Et, dans les deux cas, les mythologies déployées sont tellement fortes qu'elles peuvent s'épanouir dans une forme d'épure cinématographique. Les plans de rizière sanglantes de John Rambo valent le désert-tombeau de No country for old men, et le dénouement (magnifique !) est tout aussi suspendu, incertain, mélancolique. La différence, car il y en a une, entre ces deux films impressionnants, c'est que Stallone a une revanche à prendre en tant que cinéaste, en tant qu'acteur et en tant qu'homme. Le cinéaste s'avère particulièrement doué : le film est un modèle de cinéma d'action à l'anci

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