Regardez la différence

SCENES | Ceci n’est pas un classique mais presque un soap-opéra théâtral qui emporte tout sur son passage. Avec "Le Cas de la famille Coleman", Claudio Tolcachir démontre une nouvelle fois que le théâtre argentin ne manque pas d’air. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Jeudi 16 février 2012

Photo : Giampaolo Sama


On serait bien incapable de faire une amorce de thèse sur le théâtre sud-américain mais force est de constater que lorsqu'il vient (trop rarement) à nous, il laisse de beaux souvenirs. En 2007, la troupe brésilienne d'Enrique Diaz n'avait pas peur de détricoter les classiques Hamlet et La Mouette en portant les coulisses et la fabrication du spectacle sur le plateau du Théâtre national populaire. L'an dernier, l'Argentin Daniel Veronese, après avoir tâté lui aussi du Tchekhov, investissait la petite salle des Célestins avec aussi un dytique qui envoyait balader conventions et codes des glaciales et captivantes pièces d'Ibsen. Maison de poupée et Hedda Gabler se faisaient écho dans un décor de bande dessinée aux couleurs éclatantes, trop belles pour que ne s'y trament pas de drames. À chaque fois, ces créations ont eu en commun de redonner souffle et vitalité à des écrits dont l'extraordinaire modernité est parfois oubliée, étouffée par les metteurs en scène. Avec Le Cas de la famille Coleman, déjà passé par le TNP il y a dix-huit mois, Claudio Tolcachir ne s'embarrasse même pas de grand texte mais s'approche au plus près de la sève du théâtre argentin : des scènes de la vie ordinaire interprétées avec bagout et à toute allure.

Timbrés

Il n'y a pas de temps à perdre semble nous dire la compagnie Timbre 4. Le temps file, les gens se bousculent et se heurtent mais au moins sont-ils vivants et expriment-ils des émotions. Voici donc une plongée en huis-clos dans l'appartement de la famille avec la grand-mère mal en point, la fille et quatre petits-enfants déjà adultes. Ce n'est pas la luxuriance qui les étouffe, ils vivent chichement, se débrouillent avec de petites combines, s'engueulent souvent faute de savoir formuler des sentiments plus doux. Mais ils font front ensemble : des petites misères jusqu'à la maladie incurable de l'aïeule qui met en péril l'équilibre familial. Tout repose sur les comédiens à l'énergie décoiffante. Le texte, travaillé lors de longues séances d'improvisation, est mitraillé (2 heures en espagnol surtitré tout à fait surmontable même pour le moins hispanophone des spectateurs). Ce pourrait être du théâtre social ou même politique avec le risque que cela comporte de tomber dans le didactisme et d'adopter un ton professoral. Il n'en est rien. Le jeune Claudio Tolcachir (36 ans) apporte tout simplement une forme de théâtre connectée avec le réel, drôlissime, accessible à tous, et dont le souvenir reste longtemps vivace.

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Les ombres errantes : "Los Silencios"

Drame | De Beatriz Seigner (Col-Br-Fr, 1h29) avec Doña Albina, Yerson Castellanos, Enrique Díaz…

Vincent Raymond | Mardi 2 avril 2019

Les ombres errantes :

En compagnie de sa mère Amparo et de son frère, la petite Nuria arrive sur une île amazonienne à la frontière du Brésil, de la Colombie et du Pérou, bien loin de la guérilla qui a eu raison du père de cette famille. Pourtant, celui-ci va refaire surface dans ce village habitué au surnaturel… Pour son premier long-métrage, Beatriz Seigner convoque le réalisme fantastique avec cette histoire de fantômes sans repos traitée de manière elliptique et poétique. Peu d’explications, encore moins de dialogue : on s’imprègne autant du récit que les réfugiés s’acclimatent à leur nouvel environnement, avec prudence et méfiance. D’autant que l’île, zone frontière au statut indistinct, se trouve elle aussi dans l’attente d’une décision radicale : des entrepreneurs la convoitent pour la métamorphoser selon leurs désirs. Une atmosphère d’entre-deux nimbe l’ensemble de ce film traversé d’esprits impalpables, qui cependant “prend corps“ à sa toute fin avec une mise en images fascinante du dialogue entre fantômes et vivants. Du pur songe dissout dans l’éveil.

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Amis du peuple

SCENES | La rentrée théâtrale 2013 démarre sous des auspices dont aucun curieux (amateur ou – et surtout - réfractaire) n’osait rêver : Robert Lepage puis Thomas Ostermeier sont parmi nous en janvier. S’ensuivront de bons restes d’Avignon, des argentins bluffants et des retrouvailles. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 4 janvier 2013

Amis du peuple

Joël Pommerat n'est pas le seul incontournable de la planète théâtre ; pour trouver aussi talentueux et singulier, il faut pousser les frontières. Coup de chance, les Célestins et le TNP ont convié dans leurs salles le Canadien Robert Lepage et l’Allemand Thomas Ostermeier. Le premier vient avec une pièce créée en mai dernier à Madrid,  Jeux de cartes : Pique, début d’une tétralogie explorant les rapports entre le monde occidental et le monde arabe. Puisque la pièce ne peut se jouer que dans un lieu circulaire, elle le sera au Studio 24 à Villeurbanne (voir portrait de Robert Lepage en page 12). Ostermeier arrive lui avec un spectacle phare du dernier festival d’Avignon : Un ennemi du peuple, où il dynamite une fois de plus l’œuvre d’Ibsen, déjà infiniment moderne pour son époque. Ça suinte, ça gicle, ça crie, ça vit avec une force scénique qui n’a d’égale que sa maîtrise. Autre pépite du festival qui déboule sur "nos" planches bientôt : Plage ultime (Renaissance, mars) d’après Crash de J.C. Ballard, surprenante pièce de la jeune Séverine Chavrier qui prend son temps et nous renvoie à notre va

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Argentina ! Argentina !

MUSIQUES | Un Festival moite, sensuel, torride, charmant et généreux. L’Argentine comme on l’imagine, s’expose à Lyon. Portes grandes ouvertes sur une culture (...)

Pascale Clavel | Jeudi 2 octobre 2008

Argentina ! Argentina !

Un Festival moite, sensuel, torride, charmant et généreux. L’Argentine comme on l’imagine, s’expose à Lyon. Portes grandes ouvertes sur une culture incroyablement vaste, jeune, en mouvement perpétuel. Préparez vos chaussures, mettez-vous en beauté, ouvrez vos oreilles. Du 9 au 26 octobre, L’association Tango et cultures Argentine va inonder la région Rhône-Alpes de concerts, de colloques, de stages Tango, de soirées afro-Argentines, de films, d’ expositions et de Milongas. Début des festivités avec le concert du pianiste argentin Gerardo di Giusto et de la Camerata ambigua, Salle Molière. Enivrez-vous jusqu’à perdre haleine.

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Pied au plancher

SCENES | Présentation / Pour les théâtres lyonnais, la grande opération séduction a commencé. Pour vous repérer dans la jungle des programmations, voici un petit guide pas objectif du tout. Dorotée Aznar

Dorotée Aznar | Mercredi 12 septembre 2007

Pied au plancher

Le grand banquet, c'est pour demain. Déjà, on s'affaire dans les théâtres qui ont presque tous présenté leurs gargantuesques programmations. À l'affiche pas de surprise majeure, les auteurs les plus joués cette saison sont Brecht et Beckett disputant la vedette à Molière et Shakespeare. Ne nous y trompons pas pourtant, vu le nombre de propositions, impossible de ne pas trouver spectacle à son pied, que l'on soit amateur de grands classiques ou de formes plus «libres» qui mêlent théâtre et danse, théâtre et vidéo... S'il ne fallait en choisir qu'une poignée, nous ne saurions trop vous conseiller d'aller traîner du côté du Théâtre National Populaire qui poursuit sa collaboration avec Antonio Latella. Après une adaptation de Fassbinder (l'un des spectacles les plus réussis de la saison dernière à notre avis), le metteur en scène italien s'attelle à un projet étonnant : adapter un roman d'aventures Moby Dick, de Melville sur les planches. Une histoire de chasse à la baleine blanche, de transmission du savoir, de quête de la connaissance et d'obsessions à découvrir du 9 au 11 janvier. Toujours dans le registre des metteurs en scène particulièrement inventifs, Enrique Diaz se positionne

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