Messes basses

Nadja Pobel | Jeudi 23 mai 2013

Photo : DR


Fini de rigoler. Les jeunes pousses du théâtre n'ont que faire de la légèreté. Telle est l'impression que nous laissent les deux créations proposées dans "Courtes scènes" (deux solo de 50 minutes), espace laissé vacant dans la programmation des Clochards Célestes que l'infatigable et passionnée directrice, Elisabeth Saint-Blancat comble au gré de ses récentes découvertes.

Foi est une variation sur les écrits de la pieuse espagnole Sainte-Thérèse d'Avila et une interrogation (en arabe dans le texte, dont la traduction est donnée à la fin) sur le fanatisme religieux. Du modèle annoncé, le drôlissime film anglais Four lions, Adèle Gascuel et Pauline Hercule ne restituent pas la désopilance mais elles tentent habilement d'inscrire cette femme dans le quotidien, toute la pièce étant ponctuée par la confection d'une compote de pommes à l'aide des spectateurs, désenclavant ainsi Sainte-Thérèse de sa croyance voire de son extase.

Suit le monologue de Beckett, Premier amour, par le comédien formé à l'ENSATT Alexis Barbosa, qui use de toutes les postures imaginables pour s'approprier le banc indiqué par l'auteur. La metteur en scène Amandine Livet n'a d'autre choix que de le faire jouer avec. Elle introduit toutefois dans le décor un astucieux projecteur-lampadaire, allié de ce personnage qui découvre avec effroi le sentiment amoureux.

Dans les deux cas : du bel ouvrage, en dépit de l'aridité des textes portés.

Nadja Pobel

Foi et Premier Amour
Au Théâtre des Clochards Célestes jusqu'au samedi 1er juin


Courtes scène 2013

"Foi" d'après l'œuvre de Sainte-Thérèse d'Avila, ms Pauline Hercule, collectif bis, 50 min + "Premier amour" de Samuel Beckett, ms Amandine Livet, Ring Théâtre, 50 min
Théâtre des Clochards Célestes 51 rue des Tables Claudiennes Lyon 1er
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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La Foire de Lyon annulée

Lyon | La Foire de Lyon, prévue fin juin 2021, est annulée. Comme l'an dernier. Rendez-vous est pris en mars 2022 pour la prochaine édition.

Sébastien Broquet | Mercredi 21 avril 2021

La Foire de Lyon annulée

La Foire de Lyon est annulée. Faute de perspectives claires données par le gouvernement et pour cause d'une situation sanitaire toujours préocuppante, les organisateurs de la Foire — GL Events — se sont résolus, comme de nombreux festivals d'été, à abandonner toute perspective d'organiser cet événement cette année. « Pour les exposants et partenaires, la participation à un événement de l’ampleur de Foire de Lyon s’anticipe. L’organisateur a adapté son calendrier pour laisser un maximum de flexibilité à toutes ses parties prenantes. Les engagements financiers et logistiques doivent se prendre aujourd’hui mais l’incertitude liée à la situation sanitaire et l’absence de modalités d’ouverture des événements ne permettent pas de passer à l’action » ont déclaré les organisateurs dans un communiqué envoyé à la presse ce mercredi 21 avril. L'édition 2021 était initialement prévue à Eurexpo du 19 au 27 juin. Rendez-vous donc en 2022, du 18 au 28 mars exactement, pour retrouver la Foire d

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Mauvaise Foi : une généreuse et glorieuse conquête

Illustration | En ce début de printemps, les Halles du Faubourg rouvrent leurs portent et accueillent le collectif d’illustrateurs Mauvaise Foi pour Théogonie. De cette thématique éclôt une exposition à la puissance symbolique et aux identités hétéroclites.

Sarah Fouassier | Mardi 2 avril 2019

Mauvaise Foi : une généreuse et glorieuse conquête

Mauvaise Foi édite depuis 2012 une revue graphique collective, Laurence 666, où illustrateurs et designers sont invités à composer une bande dessinée. En 2016, le cinquième volume a remporté le Prix de la Bande Dessinée Alternative : récompense méritée, qui découle d’un travail acharné. Chloé Fournier, Manuel Lieffroy, Remi Mattei et Hugo Charpentier composent ce collectif d’illustrateurs, né sur les bancs de l'École Émile-Cohl. Pour cette exposition aux Halles du Faubourg, la bande s’empare d’une thématique mythologique où chaque illustrateur raconte le surgissement d’un univers visionnaire. La toile qui initie ce parcours, signée Hugo Charpentier, donne le ton de par sa générosité visuelle. Une idée d’âge d’or, d’abondance tirée du foutoir de la vie découle de cette toile aux techniques, personnages et situations mixtes.

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Le doute à l’ombre : "Une intime conviction"

Procès | De Antoine Raimbault (Fr, 1h50) Avec Marina Foïs, Olivier Gourmet, Laurent Lucas…

Vincent Raymond | Mardi 5 février 2019

Le doute à l’ombre :

Accusé d’avoir tué sa femme, Jacques Viguier se terre dans un mutisme coupable. Nora le croit si viscéralement innocent qu’elle convainc Me Dupond-Moretti de le défendre, se dévouant sans relâche pour trouver des preuves le disculpant, au risque de polluer la procédure par son action… Il est peu fréquent sous nos latitudes de voir une affaire judiciaire aussi promptement adaptée sur les écrans français, et ce en conservant les noms des protagonistes. Le fait que le réalisateur ait été proche du dossier n’y est pas étranger, mais ne doit rien enlever aux mérites de ce qui constitue son premier long-métrage. Un film de procédure et de prétoire répond en effet à un strict protocole : il se doit de reproduire la théâtralité de la liturgie judiciaire tout en intégrant son jargon et ses pesanteurs — qui en amenuisent sérieusement la dramaturgie. Raimbault use d’un “truc“ pour dynamiser son film : l’invention de Nora, investigatrice parallèle, agissant comme les auxiliaires de la défense dans le monde anglo-saxon. Son action sur la narration (et globalement positive sur le verdict) repo

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Sophie Divry lauréate du Prix de la page 111

Littérature | C'est sans doute le plus absurde de tous les prix littéraires. C'est d'ailleurs ainsi que le qualifient ceux qui l'ont créé en 2012 à l'initiative du (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 12 octobre 2018

Sophie Divry lauréate du Prix de la page 111

C'est sans doute le plus absurde de tous les prix littéraires. C'est d'ailleurs ainsi que le qualifient ceux qui l'ont créé en 2012 à l'initiative du journaliste Richard Gaitet, animateur de Nova Book Box, indispensable émission littéraire de Radio Nova. Le principe : récompenser la meilleure page 111 d'un roman de la rentrée littéraire automnale. Un prix qui réussit aux auteurs de Lyon puisque après Jacky Schwartzmann en 2016 pour la page 111 de Mauvais coûts (La Fosse aux ours), c'est cette année Sophie Divry qui l'emporte pour la qualité de la page 111 de son roman Trois fois la fin du Monde (Noir sur blanc). Un prix qui lui vaudra entre autres un exemplaire encadré de cette fameuse page ainsi qu'une dotation de 111 centimes d'euros en pièces de un centime. Une somme.

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Ménagerie et ménages : "Gaspard va au mariage"

Comédie baroque | de Antony Cordier (Fr, 1h43) avec Marina Foïs, Félix Moati, Guillaume Gouix…

Vincent Raymond | Mardi 30 janvier 2018

Ménagerie et ménages :

En route pour le mariage de son père, Gaspard offre à l’excentrique Laura rencontrée dans le train de jouer à la compagne-alibi, contre rémunération mais en tout bien tout honneur. Proposition étrange, à la mesure de la famille du jeune homme, qui tient un zoo baroque en déroute… Intéressé depuis toujours par des figures de “transgressions douces” — libertinage adolescent dans Douches froides puis entre adultes dans Happy Few —, Antony Cordier voit plus grand avec cette parentèle gentiment branque, au sein d’un film dont la tonalité (ainsi que le chapitrage) évoquent la folie tendre de Wes Anderson, époque Famille Tenenbaum. Un autre tenant de la comédie contemporaine américaine arty décalée bénéficie au passage d’un hommage explicite : Noah Baumbach, le réalisateur de Margot va au mariage (2007). Mais à l’absurdité romantique des situations dans un zoo artisanal, au gothique des ambiances truffées d’apparitions animales ; au saugrenu

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Mauvaise Foi, trophées et vanités

Illustration | Si vous avez raté le vernissage et le diseur de bonne aventure, vous avez l'occasion de vous rattraper jusqu'au 16 décembre dans leur galerie pour admirer (...)

Sarah Fouassier | Mardi 24 octobre 2017

Mauvaise Foi, trophées et vanités

Si vous avez raté le vernissage et le diseur de bonne aventure, vous avez l'occasion de vous rattraper jusqu'au 16 décembre dans leur galerie pour admirer le travail du collectif Mauvaise Foi avec une exposition au thème superstitieux. Roulette russe, scènes de fin de monde, muses ensorcelantes et autres totems et trophées sont impeccablement dessinés par les quatre complices Chloé Fournier, Rémy Mattei, Hugo Charpentier et Manuel Lieffroy. La foudre et le talent ont bel et bien frappé au 29 rue des Capucins ! Notre cœur a justement jeté son dévolu sur les trophées et broderies de Chloé Fournier qui ont ravi notre soif d'illustrations exécutées sur supports multiples. Ces morceaux de vanités peints sur bois ou brodés sur des empiècements de tissus nous donnent envie de nous en emparer comme des talismans capables de nous éloigner du mauvais œil. Superstitieux et malchanceux, gardez vos gris-gris à portée de main lors de votre visite... Baraka, à voir jusqu'au 16 décembre du lundi au vendredi de 13h à 18h et sur rendez-vous (contact@mauvaisefoi-editions.com) Mauvaise Foi, 29 rue des Capucins

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En-dehors des murs, vers le Sud : "L’Atelier" de Laurent Cantet

ECRANS | de Laurent Cantet (Fr, 1h53) avec avec Marina Foïs, Matthieu Lucci, Warda Rammach…

Vincent Raymond | Mardi 10 octobre 2017

En-dehors des murs, vers le Sud :

Autrice de polars, Olivia anime un atelier d’écriture à La Ciotat durant les vacances pour des adolescents désœuvrés. Parmi eux, Antoine, replié sur lui-même et ses jeux vidéos violents, prompt à la provocation raciste et à deux doigts d’un passage à l’acte. Mais lequel ? Fiction documentarisante, cette chronique d’un été réalisée par Laurent Cantet (et comme à l’accoutumée co-écrite par son comparse Robin Campillo) tente de tisser au moins trois fils narratifs au moyen de ce fameux “atelier”, catalyseur maïeutique et générateur dramatique du récit. Grâce à lui, on plonge ainsi dans le passé de la cité et de ses chantiers navals, désormais reconverti dans le luxe (quel symbole !) ; on s’imprègne également du présent, déboussolé par un terrorisme attisant les tensions. Et l’on suit la relation ambigu du quasi hikikomori Antoine avec l’autrice — dont la résidence n’est qu’une parenthèse dans sa carrière. Le problème n’est pas que L’Atelier veuille raconter autant d’histoires à la fois, mais que ses (bonnes) intent

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Sous la piste aux étoiles

Théâtre | Heureux hasard, chaque année, dans le somptueux cadre gallo-romain d'Alba-la-Romaine, il est possible de voir un des spectacles appréciés aux Nuits de (...)

Nadja Pobel | Mardi 20 juin 2017

Sous la piste aux étoiles

Heureux hasard, chaque année, dans le somptueux cadre gallo-romain d'Alba-la-Romaine, il est possible de voir un des spectacles appréciés aux Nuits de Fourvière l'année précédente. C'était le cas de Bestias l'an dernier de Baro d'Evel. Cette fois, voici que s'installe en Ardèche la compagnie Bêtes de Foire. Le couple Elsa de Witte et Laurent Cabrol ont le talent de raconter leur vie de nomade, qui les a mené à déjà jouer près de 400 fois cette création. Lui est passé par l'école Fratellini et a cofondé Convoi Exceptionnel et le merveilleusement grinçant cirque Trottola. Elle, costumière au départ, vient du théâtre de rue, de compagnies comme Babylone et Alama’s givrés. Ensemble ils ont construit ce spectacle de poche qui montre les coulisses et les secrets de fabrication d'un show à taille humaine. Ils se penchent sur l'art du ratage dans une discipline qui ne tient que par l'excellence. Ainsi, leur chien peu obéissant remplace la majesté d'un félin à crinière. Et il est question de ralentir la cadence comme avec ce jongleur qui commence son numéro a

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Faisons un point Cardinale

ECRANS | La proximité de la proclamation du palmarès cannois est l’occasion toute trouvée d’évoquer le cycle Claudia Cardinale, qui marque sa mi-temps à l’Institut (...)

Vincent Raymond | Mardi 23 mai 2017

Faisons un point Cardinale

La proximité de la proclamation du palmarès cannois est l’occasion toute trouvée d’évoquer le cycle Claudia Cardinale, qui marque sa mi-temps à l’Institut Lumière. Cette semaine en effet, le public a la chance de redécouvrir sur le très grand écran de la rue du Premier-Film deux jalons du cinéma italien des années soixante. Deux œuvres qui connurent en leur temps des succès immenses et cependant distincts : l’une fut Palme d’Or en 1963, l’autre s’imposa au box-office de 1969 en attirant près de 15 millions de spectateurs dans les salles françaises. Un demi-siècle plus tard, leur prestige n’a pas diminué — au contraire. Désormais revêtues d’une élégante et respectable patine, elles se voient érigées au rang de classiques indiscutables. Et leur confrontation révèle d’étranges similitudes. Car au-delà de leurs différences stylistiques ou d’époque, l’épopée Le Guépard de Luchino Visconti et le western Il était une fois dans l’Ouest de Sergio Leone se ressemblent par leur ambition opératique. Ils partagent surtout une même thématique : la description d

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Voilà l'été : un jour, une sortie #1

MUSIQUES | Durant toutes les vacances, c'est un bon plan par jour : concert ou toile, plan canapé ou expo où déambuler.

Sébastien Broquet | Mercredi 6 juillet 2016

Voilà l'été : un jour, une sortie #1

1 / Mercredi 6 juillet : musique Clips grand format Premiers Clips pose ses valises au Transbo pour une projection sur grand écran des 19 meilleurs clips rhônalpins sélectionnés avec amour par le collectif Shoot It. Trois remises sont en jeux, dont le prix artistique Petit Bulletin qui permettra au vainqueur d'enregistrer pendant deux jours au Studio Purple Sheep. Pour l’ambiance, comptez sur Rosemary Martins en DJ ! Au Transbordeur à 19h 2 / Jeudi 7 juillet : apéro Petit Bulletin Summer Sessions Pour le coup, c’est nous qui vous convions : l’apéro du Petit Bulletin c’est au Transbo, avec aux platines un duo qui grimpe aux rideaux, à savoir les Femmes aux Fourneaux pour concocter la mise en bouche avant deux concerts bien moelleux : la bass & cold wave de Kaben en guise d’entrée, suivie des prometteurs Her pour le plat de résistance. On sait : si la France bat l’Islande, ce sera aussi soir de demi-finale.

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"Irréprochable" : Marina Foïs modelée dans la noirceur

ECRANS | Un film de Sébastien Marnier (Fr, 1h43) avec Marina Foïs, Jérémie Elkaïm, Joséphine Japy, Benjamin Biolay…

Vincent Raymond | Mardi 5 juillet 2016

On ne spolie pas grand-chose de l’intrigue en laissant entendre que Constance, jouée par Marina Foïs, est ici tout sauf irréprochable. Crampon vaguement crevarde au début, elle se révèle ensuite mytho et érotomane, avant de dévoiler au bout du bout un visage plus trouble. Une cascade de “retournements”un peu outrés, censés changer notre point de vue sur ce personnage donné (trompeusement) pour bohème sympa. Le problème, c’est que l’on sait d’entrée qu’il y a un souci : regard fixe et lourd, attitudes maniaques, Constance n’a rien de la fille à qui vous confiriez votre sandwich ni votre code de carte de crédit ; elle respire le vice plus que la vertu. Modeler de la noirceur et des ambiances intrigantes ou inquiétantes semble davantage intéresser Sébastien Marnier qu’animer un personnage cohérent. Dommage, car il dispose par ailleurs d’atouts non négligeables : une distribution surprenante (mais qui fonctionne), ainsi qu’une excellente bande originale signée Zombie Zombie — un adjuvant essentiel.

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Sur la piste aux trouvailles du "Petit théâtre de gestes"

Nuits de Fourvière | Pour la seconde année consécutive, les Nuits de Fourvière investissent le parc de Lacroix-Laval. Sous ses trois chapiteaux, en juillet, il se passera toujours quelque chose : des bals, des concerts mais surtout du cirque. Avec deux spectacles mémorables : le féerique et quasi classique Obludarium et ce bijou de modestie et de savoir-faire qu'est Petit théâtre de gestes.

Nadja Pobel | Mardi 28 juin 2016

Sur la piste aux trouvailles du

Sous un chapiteau ou dans une grande salle aux fauteuils en velours, il y a ce petit rituel depuis quelques années : demander aux spectateurs d’éteindre leurs téléphones portables. L’un des circassiens, Laurent Cabrol, ouvre alors son manteau en silence, au revers duquel figure le dessin d’un pictogramme barré : celui du nouveau meilleur ami (mouchard) de l’homme. Ce qui n’empêchera nullement un adulte de fréquemment regarder le sien (et d’éclairer ainsi la salle) quand les ados qu’il accompagne se tiennent à carreau. Passée cette rapide et simpliste analyse du public, le spectacle peut commencer, directement placé sur le mode du minimalisme et de l’économie de mots, ce qui ne signifie nullement qu’il est rabougri. Bien au contraire. Si le couple Laurent Cabrol et Elsa De Witte s'est lancé dans cette aventure légère, c’est qu’il a fait ses armes et sa vie dans des artilleries plus lourdes dont il a gardé la sève. Lui s’est formé auprès d’Annie Fratellini et du Cirque Plume, a co-fondé les cirques Convoi Exceptionnel et le délicieux, grinçant et pour tout dire très attachant Trottola (l’inoubliable Matamore !) tout en collabor

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Mauvaise Foi, à la chasse aux Fauves

CONNAITRE | Jean-Christophe Menu a eu du flair, une nouvelle fois : le dessinateur et co-fondateur de L'Association avait sur un stand du festival (...)

Sébastien Broquet | Mercredi 10 février 2016

Mauvaise Foi, à la chasse aux Fauves

Jean-Christophe Menu a eu du flair, une nouvelle fois : le dessinateur et co-fondateur de L'Association avait sur un stand du festival d'Angoulême l'an dernier acheté un exemplaire du n°5 de Laurence 666, revue - ou objet - graphique collectif à couverture (sérigraphiée à la main) complètement anachronique et imaginatif, histoire d'encourager la bande de jeunes fougueux ayant lancé quelques années plus tôt ce concept tiré au début à 50 exemplaires sur une imprimante de bureau. La semaine dernière, le bel objet que Menu s'était arrogé a obtenu un Fauve au même festival : celui de la meilleure bande dessinée alternative. Et c'est amplement mérité, tant ce cadavre exquis d'un nouveau genre est d'une beauté formelle aboutie et d'une inventivité foutraque. Chaque numéro est thématisé, celui primé explorait le Moyen Âge via le siège d'un château-fort. Si les intermèdes en couleurs sont concoctés par les cinq membres de Mauvaise Foi, le siège en lui-même est dessiné en noir et blanc et confié aux auteurs invités qui suivent la trame initiale mais laissent libre cours à leur imagination. La libido de la factrice Pour le numéro 6

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La Tour 2 Contrôle Infernale

ECRANS | De et avec Éric Judor (Fr, 1h31) avec Ramzy Bedia, Marina Foïs, Serge Riaboukine…

Vincent Raymond | Mercredi 10 février 2016

La Tour 2 Contrôle Infernale

Donner une suite à une comédie absurde n’est-il pas en soi absurde ? Éric et Ramzy semblent en convenir en tournant, quinze ans après, une préquelle à La Tour Montparnasse infernale. Même distribution (augmentée de Philippe Katerine), même humour vernaculaire pareil à un match d’impro verbale sans fin entre les deux potes, même sentiment d’épuisement à la fin — un Quentin Dupieux pour les canaliser et réaliser cela n’aurait pas été du luxe. Leur brillant compositeur semble lui aussi éreinté par sa contribution : alors qu’il avait signé pour Microbe et Gasoil de Michel Gondry une très plaisante bande originale, Jean-Claude Vannier marque ici le pas, au point d’emprunter à François de Roubaix un thème emblématique (La Vitesse, la Mort, dûment crédité au générique) pour ce qui est censé être le climax du film : sa séquence finale — Ludovic Bource avait eu recours à la même “facilité” dans The Artist, en reprenant la partition écrite par Bernard Herrmann pour Vertigo. Mais si certains en sortent sur les rotules, ce film rend une autre catégorie de spe

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"Feu Jeanne", feu de paille

SCENES | Qui est vraiment cette Jeanne capturée chaque premier mai par le Front national ? Adèle Gascuel et sa compagnie Sans Trêve tentent dy répondre dans Feu (...)

Nadja Pobel | Mardi 24 février 2015

Qui est vraiment cette Jeanne capturée chaque premier mai par le Front national ? Adèle Gascuel et sa compagnie Sans Trêve tentent dy répondre dans Feu Jeanne, étude de figure de cette gamine de 17 ans qui inversa le cours de la Guerre de Cent Ans. Nous sommes dans les années 1420, mais ce pourrait être aujourd’hui ou 2ème juste hier, dans les années 60. Car comme dans Foi, où Adèle Gascuel interprétait des écrits de Sainte-Thérèse d’Avila – elle orchestre au contraire cette pièce-ci sans apparaître sur le plateau – la mise en scène d'une femme pieuse mythique est ici un prétexte pour établir des passerelles avec le temps présent et interroger la puissance d’une croyance et, par extension, d’une conviction, notamment politique. Quelle société voulons-nous ? Une monarchie de droit divin ? Une démocratie ? Adèle Gascuel questionne aussi notre capacité à agir concrètement en demandant, en entame de spectacle, au public de construire le bûcher comme on assemble un Lego géant. Soit. Mais ce volontarisme ne peut pas tout. A vouloir trop embrasser, d

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Tiens-toi droite

ECRANS | De Katia Lewkowicz (Fr, 1h35) avec Marina Foïs, Laura Smet, Noémie Lvovsky…

Christophe Chabert | Mardi 25 novembre 2014

Tiens-toi droite

Désireux de redonner du souffle à un féminisme attaqué de toute part par les tenants réac' de la pensée zemmourienne, Tiens-toi droite s’enfonce dans un récit multiple dont les contours sont particulièrement flous. Les protagonistes sont présentées par une voix-off introductive — la mère de famille nombreuse, la miss réduite à un objet sexuel, la chef d’entreprise dont la vie personnelle est entamée par son activité professionnelle — mais en cours de route, Lewkowicz en rajoute une quatrième, une petite fille boulotte obsédée par les canons de la beauté féminine telle que la société les impose. Impossible de voir dans ce genre de coup de force narratif autre chose qu’un grand fouillis qui semble avoir échappé à tout contrôle : si Tiens-toi droite a un sujet, il n’a à proprement parler aucune forme, ni scénaristique, ni filmique, avançant au gré des intentions de son auteur et de séquences sans début ni fin, visiblement rapiécées par un montage hystérique. Le film paraît surtout totalement coupé du monde réel, fantasme d’une cinéaste qui oublie le spectateur, proche de ces piles de romans français qui déferlent à la rentrée littéraire et disparaissent en

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La Prochaine fois je viserai le cœur

ECRANS | De Cédric Anger (Fr, 1h51) avec Guillaume Canet, Ana Girardot…

Christophe Chabert | Mardi 11 novembre 2014

La Prochaine fois je viserai le cœur

Comme Vie sauvage d’un autre Cédric (Kahn), La Prochaine fois je viserai le cœur s’inspire d’un fait divers célèbre : les agissements à la fin des années 70 d’un tueur en série dans l’Oise qui s’est révélé être… un des gendarmes enquêtant sur les crimes. Et comme Vie sauvage, le film de Cédric Anger peine à prendre ses distances avec la réalité, malgré ses tentatives de stylisation et le désir de ne jamais quitter le point de vue du meurtrier — un Guillaume Canet qui surjoue la fièvre et le dolorisme. Le film est d’abord plombé par son écriture, et en particulier ses dialogues, qui reproduisent une fois encore les clichés des fictions françaises — des gendarmes qui parlent comme des gendarmes, des ados comme des ados, etc. Surtout, Anger tourne autour de la névrose de son personnage sans jamais oser l’affronter à l’écran : la peur des femmes et la haine qui s’emparent du gendarme lorsqu’il commence à les désirer. Le personnage d’Ana Girardot, amoureuse aveuglée, lui ouvrait pourtant la voie. Mais la seule scène de sexe du film se

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Bodybuilder

ECRANS | De et avec Roschdy Zem (Fr, 1h44) avec Vincent Rottiers, Yolin François Gauvin, Marina Foïs…

Christophe Chabert | Mardi 30 septembre 2014

Bodybuilder

Faire un film réaliste et honnête sur le milieu du bodybuilding français est un défi inattendu de la part de Roschdy Zem, dont c’est le troisième long en tant que réalisateur après deux tentatives — Mauvaise foi et Omar m’a tuer — assez catastrophiques, chacune à leur manière. La vision de ces corps monstrueux et l’appréhension de l’esprit quasi philosophique qui préside à leur transformation produit d’ailleurs parfois un certain vertige. Mais c’est surtout grâce à la présence incroyable de Yolin François Gauvin, sommet de virilité tranquille dont le visage et la voix impassibles semblent déconnectés de son impressionnante masse musculaire, que le film trouve une vraie raison d’être. Il rejoint ainsi la belle lignée des Ventura ou Michel Constantin, anciens boxeurs devenus acteurs charismatiques du cinéma populaire français. Mais Zem n’est pas Melville ou Giovanni, et plutôt que de lui offrir une solide intrigue de polar, il le plonge dans une très banale histoire de transmission père / fils compliquée, dans laquelle Vincent Rottiers fait assez

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100% Cachemire

ECRANS | De et avec Valérie Lemercier (Fr, 1h38) avec Gilles Lellouche, Marina Foïs…

Christophe Chabert | Vendredi 6 décembre 2013

100% Cachemire

Un drôle de désir semble avoir guidé Valérie Lemercier pour son quatrième film en tant qu’actrice-réalisatrice… S’approprier un fait divers glauque où une mère adoptive décide de rendre son fils après quelques mois "d’essai" ; faire le portrait acide d’une bourgeoisie étranglée entre bonne et mauvaise conscience ; mais aussi s’écrire un personnage détestable dont la caméra, toutefois, ne se détache jamais, exercice narcissique très curieux et, à l’image du film tout entier, plutôt déplaisant. Car si Lemercier a un vrai talent pour écrire des dialogues de comédie qui claquent, et si elle sait les mettre dans la bouche de comédiens ravis de s’amuser avec cette musique virtuose, le scénario de 100% Cachemire n’a pas de centre, sinon une misanthropie qui s’exerce aveuglément sur les riches et les pauvres, les premiers très cons, les seconds très cons et très moches. Il y avait pourtant une idée magnifique, hélas laissée en jachère : cet enfant russe muet et impavide, mur indéchiffrable sur lequel les émotions des adultes alentour ricochent ou se fracassent. Mais la mise en scène semble fuir ce trou noir émotionnel, préférant se réfugier dans la peinture sarc

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Forceps

SCENES | Il n'y a point de naissance dans Fécondations (présenté au théâtre de l'Elysée jusqu'au 9 mars). Tout juste des embryons de vie. Les quatre personnages qu'Adèle (...)

Nadja Pobel | Lundi 4 mars 2013

Forceps

Il n'y a point de naissance dans Fécondations (présenté au théâtre de l'Elysée jusqu'au 9 mars). Tout juste des embryons de vie. Les quatre personnages qu'Adèle Gascuel (issue de l'ENS et du Conservatoire) a créé et mis en scène ne sont que des ombres d'eux-mêmes. Qu'ils soient clochard, malade retiré à l'hôpital psychiatrique, amie ou parent, ils tanguent. C'est d'ailleurs en équilibre précaire que s'ouvre ce spectacle avec un captivant et hésitant ballet latéral en avant-scène entre deux comédiens incarnant des amoureux perdus. La suite de la pièce est aussi heurtée, manquant parfois de rythme notamment dans sa première partie. Les nappes électro live ne pallient pas ce faux tempo mais peu à peu, le spectacle perd de sa rigidité (les comédiens ne jouent pas ensemble mais chacun leur tour) et trouve une certaine unité notamment par l'utilisation de la matière (la terre, la peinture...) qui en dit plus long, et de façon fatalement plus charnelle, que les dialogues sur l'abîme que contemplent les protagonistes.  Nadja Pobel

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Boule & Bill

ECRANS | De Alexandre Charlot et Frank Magnier (Fr, 1h30) avec Marina Foïs, Frank Dubosc, Charles Crombez...

Jerôme Dittmar | Dimanche 24 février 2013

Boule & Bill

La BD et le cinéma français, c'est un peu l'échec permanent. Pour preuve encore Boule & Bill, prévisible catastrophe industrielle vu le matériau d'origine. Mais ce qui étonne le plus dans cette adaptation, c'est sa capacité à décevoir. Car Boule & Bill le film n'est pas la comédie neuneu pour marmots à laquelle on pouvait s'attendre. Oui il y a quelques gags mais qui tombent tous à plat. Oui on entend la voix du chien qui pense et c'est navrant. Le plus curieux, c'est que les auteurs du film se foutent presque de Roba et sa mythologie, reléguée aux cinq dernières minutes. Ils préfèrent s'intéresser à l'époque où la BD vivait son heure de gloire, tournant un film rétro au look bâtard sur l'émancipation de la femme dans la France des années 70. Seule compte ainsi la mère, héroïne d'un film pensé comme une préquelle réflexive à la BD, où le père serait Roba découvrant son inspiration après avoir fui la cité dortoir où sa famille s'était installée. Nul et à la fois limite intriguant. Jérôme Dittmar

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Fondamental

ECRANS | C’est la rétrospective la plus inattendue montée par l’Institut Lumière depuis longtemps. En effet, plutôt que de mettre un auteur de films à l’honneur, la (...)

Christophe Chabert | Lundi 4 juin 2012

Fondamental

C’est la rétrospective la plus inattendue montée par l’Institut Lumière depuis longtemps. En effet, plutôt que de mettre un auteur de films à l’honneur, la vénérable cinémathèque de la rue du Premier film a choisi de jouer, selon l’expression inventée par Luc Moullet, la «politique de l’acteur» Henry Fonda. Difficile toutefois de tirer de sa filmographie des lignes aussi fortes que pour Cary Grant, James Stewart ou Gary Cooper ; mais impossible de nier que Fonda a tourné avec tout ce qu’Hollywood comptait de cinéastes majeurs, et souvent dans leurs meilleurs films. Sous la direction de William A. Wellman, que le festival Lumière faisait redécouvrir l’an dernier, il joue dans ce western magnifique qu’est L’Étrange incident ; pour John Ford, il incarne Wyatt Earp dans cet autre monument du western, La Poursuite infernale, après avoir été le Tom Joad des Raisins de la colère d’après Steinbeck ; enfin, il est Le Faux Coupable dans ce film «réaliste» d’Alfred Hitchcock. Alors que les studios s’essoufflent à la fin des années 50, Henry Fonda a l’intelligence de repérer les nouveaux talents : sa prestation mémorable dans 12 homme

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Ma première fois

ECRANS | De Marie-Castille Mention-Schaar (Fr, 1h35) avec Esther Comar, Martin Cannavo…

Dorotée Aznar | Vendredi 13 janvier 2012

Ma première fois

Ce navet improbable, écœurant et antipathique, pose beaucoup de questions : y a-t-il en France des gens qui pensent qu’on peut réussir un film avec de simples qualités techniques (la "réalisation", fléau d’un cinéma qui a gagné en professionnalisme ce qu’il a perdu en rapport viscéral à la forme cinématographique) ? Qu’écrire des dialogues où les personnages s’appellent toutes les deux secondes par leur prénom sonnera naturel aux oreilles des spectateurs ? Que raconter ses petits chagrins autobiographiques suffit à en faire un sujet intéressant ? Que choisir des acteurs à la cinégénie indéniable va ensuite les transformer en autre chose que de médiocres comédiens de sitcom ? Que faire des chromos ridicules sur de la musique pop va produire de l’émotion ? Que montrer sans complexe des gens beaux et riches (un appart et deux maisons pour la famille de Sarah, rien que ça !) chougner sur leurs petits bobos au cœur ne sera pas une provocation idéologique planquée derrière de l’eau-de-rose adolescente ? Visiblement oui, puisque le film existe. Honte à ceux qui l’ont permis ! Christophe Chabert

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Il était une fois en Anatolie

ECRANS | De Nuri Blige Ceylan (Turquie, 2h30) avec Muhammet Uzuner, Yilmaz Erdogan…

Jerôme Dittmar | Vendredi 28 octobre 2011

Il était une fois en Anatolie

A Cannes, Il était une fois en Anatolie avait un peu achevé tout le monde. Loin du tumulte, le nouveau film de Nuri Blidge Ceylan se laisse mieux approcher avec ses 2h30 au ralenti. Virée nocturne dans les steppes d'Anatolie, le film suit une bande de flics errant avec deux criminels pour retrouver le corps mort de celui qu'ils ont assassiné. Le cadre est désertique, étrange, presque d'un autre monde. Aucune âme qui vive dans les espaces traversés, sauf pour une halte dans un village, où la fille du maire apparaît comme une déesse de la nuit devant des hommes fatigués. Autant être clair, le film est ardu, à la fois linéaire et digressif ; chaque scène ou conversation s'étire, bégaie ou bloque sur un détail. Ceylan, travaillant par touches, plonge, touille, puis replonge, dessinant imperceptiblement les contours de son film, ses personnages et leurs cadres. Ce n'est qu'au bout de deux heures que le tout prend forme. C'est long, avec beaucoup de gras, de décalages absurdes qui sentent le cinéma d'auteur mondialisé. Pourtant, ces lentes circonvolutions finissent aussi par créer un enlisement qui touche au coeur du film. Par l'affinement des points de vue, que Ceylan laisse

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Volutes américaines

ECRANS | Reprise / "Il était une fois en Amérique", le chef-d’œuvre de Sergio Leone, ressort en copies neuves. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 14 juin 2011

Volutes américaines

Sergio Leone a longuement mûri ce qui allait être son chant du cygne, précoce pour un cinéaste alors au sommet de son ambition d’artiste. Lui, l’Italien qui fantasma toute sa vie une Amérique dont il réinventait la légende en rêvant librement à partir de son cinéma, mettait enfin les pieds sur cette terre promise. Mais, comme conscient de ce statut d’éternel étranger, son Il était une fois en Amérique est aussi une forme de long rêve (3h45), encadré dans des volutes d’opium que le personnage principal, Noodles (De Niro), inhale pour oublier un passé qui le hante. Ses premiers émois érotiques d’adolescent, les mauvais coups effectués avec la bande qu’il avait formée autour de Max (James Woods), puis leur business mafieux florissant dans les années 30 où le gang met à mal rivaux, policiers et politiciens avec une énergie conquérante, cette même énergie qui provoquera leur chute quand l’ambition et les trahisons prendront le pas sur l’intérêt commun… Leone, grand cinéaste marxiste, montre que l’individualisme n’est jamais très loin quand l’argent est en jeu, et que le système lave plus blanc, transformant une crapule en homme politique respectable. Le génie d’Il était

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L’Homme qui voulait vivre sa vie

ECRANS | D’Éric Lartigau (Fr, 1h55) avec Romain Duris, Marina Foïs…

Christophe Chabert | Mardi 26 octobre 2010

L’Homme qui voulait vivre sa vie

La vie de Paul Exben, jusqu’ici fringant bourgeois friqué, s’effondre quand il apprend que sa mère va mourir, que sa femme le quitte et, surtout, quand il assassine l’amant de celle-ci. C’est la première heure du film d’Éric Lartigau, et c’est plutôt laborieux : la narration piétine, l’avalanche de malheur paraît très artificielle et les personnages sont détestables à souhait. Même Duris semble mal à l’aise, incapable d’insuffler son naturel habituel dans une mise en scène très corsetée. Mais, heureusement, "L’Homme qui voulait vivre sa vie" redémarre, comme son personnage, sur de nouvelles bases à mi-parcours. Une forte pulsion documentaire accompagne alors la mise en scène d’Artigau, découvrant au diapason de son personnage un monde nouveau, prenant le temps de le contempler, d’y trouver ses marques géographiques et humaines (très belles scènes avec un formidable Niels Arestrup). C’est alors assez beau et touchant ; on regrette juste que ça n’ait pas commencé un peu plus tôt. CC

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Happy few

ECRANS | D’Antony Cordier (Fr, 1h47) avec Roschdy Zem, Marina Foïs, Élodie Bouchez…

Christophe Chabert | Mardi 7 septembre 2010

Happy few

Qu’ont donc les cinéastes français trentenaires avec la question de la liberté sexuelle ? Après "Peindre ou faire l’amour" des frères Larrieu, Antony Cordier, qui avait signé le déjà surestimé "Douches froides", en remet une couche : deux couples se rencontrent, et échangent leur partenaire tout en restant ensemble. Peu de drames, pas de vagues, tout cela est montré avec une normalité qui sent le volontarisme. Cette banalité contamine tous les étages du film : l’image est affreuse, la caméra à l’épaule produit plus de flous que de nets, les dialogues sont exsangues… On nage dans l’auteurisme le plus creux, jusqu’au dernier tiers où Cordier se rend quand même compte qu’il va falloir faire entrer un peu de scénario dans son film. D’où une série de renversements qui non seulement sont totalement factices, mais finissent par produire un discours réactionnaire bien de son temps, comme un sursaut moralisateur dans un film plus faux-cul que vraiment cul. CC

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8 fois debout

ECRANS | De Xabi Molia (Fr, 1h40) avec Julie Gayet, Denis Podalydès…

Dorotée Aznar | Vendredi 9 avril 2010

8 fois debout

Elsa est mal. Mal dans sa vie sentimentale (inexistante depuis la rupture avec son ex mari), mal avec son fils (elle ne sait comment se comporter avec lui), mal du fait de l’absence de boulot stable (d’où l’expulsion de son appartement qui la contraint à vivre dans sa voiture)… "8 fois debout" suit ainsi les déboires de cette jeune trentenaire qui semble porter sur elle tous les malheurs du monde (le choix de l’actrice Julie Gayet est, à ce titre, très judicieux). Est-ce suffisant pour en faire un film ? Xabi Molia semble le penser ; et pourquoi pas. Sauf qu’ici, on est très loin de l’univers des Dardenne et consorts, à savoir des cinéastes qui savent filmer ceux que la société considère comme des ratés sans tomber dans la complaisance démagogique ou la leçon de morale. Un travers dans lequel Molia saute à pieds joints ("sept fois à terre, mais huit fois debout" comme dirait le proverbe qui offre son titre au film), ce qui donne un résultat insipide finalement très vite oublié. AM

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Dictionnaire de la mauvaise foi musicale Chiflet&Cie

MUSIQUES | Josselin Bordat et Basile Farkas (Chiflet & Cie)

Stéphane Duchêne | Vendredi 27 novembre 2009

Dictionnaire de la mauvaise foi musicale
Chiflet&Cie

Tout livre sur la musique de jeunes débutant par une citation de Jacques Attali, visiblement aussi mélomane qu’un carton de lait, mérite de faire parler de lui. Surtout quand ledit livre s’attaque aux deux mamelles de la critique rock (qu'elle soit amateur ou, dans certaines affections très rares, professionnelle) : l’amour de la musique et celui de la mauvaise foi. Armé d’un (faux) cynisme de compétition, le livre désosse les codes et autres tics du vocabulaire musical, ainsi que les travers et compromissions de l’industrie discographique et de ses (nombreux) tartuffes (à peu près tout le monde). On saura donc enfin dans comment utiliser le terme «éponyme» sans se tromper (comme pour la queue à la Poste, il y a un sens à respecter) ou ce qu’est un album «séminal». Plus généraliste mais infiniment plus vachard et concis que l’anglo-saxon 'Dictionnaire snob du rock', le 'Dictionnaire de la mauvaise foi musicale' se contente parfois d’un mot, d’un calembour assumé pour faire son office («Hanson : Mmbof»). Démontrant surtout que la musique moderne n’est pas une affaire très sérieuse («Toute la grande musique a déjà été écrite par tous ces gars en perruque», disait Zappa, et il

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Non ma fille tu n'iras pas danser

ECRANS | Portrait de femme en mère, fille, épouse et amante contrainte, le nouveau Christophe Honoré confirme l’anachronisme du cinéaste dans le cinéma français contemporain. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 25 août 2009

Non ma fille tu n'iras pas danser

Il y a deux belles scènes dans le dernier film de Christophe Honoré : celle où un père s’adosse à un arbre pour s’adresser au spectateur et raconter, sur un ton grave, le roman familial. Le texte est beau, le mouvement de caméra fluide, la mélancolie règne… L’autre séquence réussie du film est plus tardive et plus longue : c’est un vieux conte breton qu’Honoré met en images, interrompant avec audace le cours de son récit pour mieux l’éclairer de cette allégorie. Il y est question d’une fille promise à un mariage de raison et qui, le jour de ses noces, voit son mari puis tous les hommes du village mourir à ses pieds, foudroyés alors qu’ils dansaient avec elle. L’héroïne du film, Léna (Chiara Mastroianni), est elle aussi contrainte par les désirs qui l’entourent et lui dictent sa conduite : le clan familial, son futur ex-mari, son amant… De tout cela, elle va chercher maladroitement à s’échapper, pour assumer son statut de mère libre et de femme indépendante. Danse solitaire Certes, le discours d’Honoré est bien rodé. Le problème, énorme, de son film, c’est que ce discours est un spectre qui ne s’incarne jamais

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Toto aux enfers

ECRANS | Interdit dans son pays, jamais sorti en France, Toto qui vécut deux fois, monstrueuse parade cinématographique sur un messie des temps modernes dans une Sicile mâle et effrayante, arrive onze ans après sa réalisation sur les écrans français. CC

Christophe Chabert | Mercredi 10 juin 2009

Toto aux enfers

Blasphématoire, Toto qui vécut deux fois ? C’est en tout cas ce que la censure italienne a décrété en 1998, quand ce premier film de deux cinéastes venus de la télévision (Daniele Cipri et Franco Maresco) a cherché à sortir en salles. Du coup, interdiction totale, puis interdiction aux moins de 18 ans et finalement blocus des Catholiques à l’entrée des cinémas. À côté, les mésaventures de La Dernière Tentation du Christ paraissent bien bénignes. Or, comme souvent, la religion se couvre de ridicule en se trompant d’ennemis. S’il y a bien dans le film un messie nommé Toto qui accomplit des miracles dans une Sicile qu’on croirait sortie d’une toile de Jérôme Bosch, s’il est entouré par des obsédés sexuels se frottant le bas-ventre la bave aux lèvres et des prostitués barbus, si on voit même des pénis en érection à l’écran, le film est cependant l’inverse d’une attaque contre l’Église. Et les spectateurs à l’esprit ouvert trouveront tout cela très (trop ?) moral. Y a-t-il un messie pour sauver la Sicile ? Le modèle évident de Cipri et Maresco est L’Évangile selon Saint-Mathieu, autre film italien qui offrait une relecture

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Le Code a changé

ECRANS | De Danièle Thompson (Fr, 1h40) avec Patrick Bruel, Karin Viard, Marina Foïs…

Christophe Chabert | Mercredi 11 février 2009

Le Code a changé

Insupportable ! Ami lecteur, arme-toi de courage pour aller affronter la dernière comédie sociologisante de Danièle Thompson, valeur sûre et usurpée du cinéma français, qui s’adonne ici à un exercice périlleux : la fausse satire sociale. Soit une «bande de connards» (dixit Marina Hands dans le film) autour d’une table, parlant de leurs plus graves problèmes dans l’existence : l’infidélité et l’argent. Condamnation de la bourgeoisie, de gauche et de droite ? Que nenni ! Ici, tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. Un cancérologue (Patrick Bruel : top crédibilité) met vingt ans pour se rendre compte que c’est dur d’apprendre aux gens qu’ils vont mourir, une fille découvre qu’elle cherche chez son amant ce que son père ne lui a jamais donné, et le hasard lelouchien fait bien les choses : la colonne pétée, on se rend compte qu’un mari, finalement, c’est bien utile. Raconté n’importe comment, dialogué à la truelle, filmé en pilote automatique, Le Code a changé matérialise comme jamais le refrain entonné par les Guignols de l’info : ce cinéma français est un calvaire. CC

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Le Plaisir de chanter

ECRANS | D’Ilan Duran Cohen (Fr, 1h38) avec Marina Foïs, Lorant Deutsch…

Christophe Chabert | Mardi 18 novembre 2008

Le Plaisir de chanter

On peut faire de bons films avec du grand n’importe quoi. Edouard Baer ou Steven Soderbergh, par exemple, ont réussi ce challenge. Pour Ilan Duran Cohen, il faudra repasser. Cette comédie d’espionnage vaguement musicale, d’où toute crédibilité a été impitoyablement chassée, ressemble à l’addition des fantasmes cinématographiques et extra-cinématographiques de son auteur. Mais le film est désagréable dans son arrogance, prenant de haut le spectateur par une suite de saynètes même pas dérangeantes (ça ne va pas plus loin que parler en baisant, entre mecs, entre filles, entre mecs et filles) et filmées en dépit du bon sens (de loin avec une caméra tremblante : eh oui, c’est un film d’espionnage !). C’est simple, on dirait un mauvais scénario de Rivette tourné par un émule peu doué de Téchiné. CC

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La Personne aux deux personnes

ECRANS | De Nicolas et Bruno (Fr, 1h30) avec Daniel Auteuil, Alain Chabat, Marina Foïs…

Christophe Chabert | Mercredi 11 juin 2008

La Personne aux deux personnes

On gardait un chien de sa chienne envers Nicolas et Bruno pour avoir réussi l’exploit de foirer l’adaptation française plan par plan de The Office sur Canal +. Leur premier long-métrage entame un début de réconciliation ; pas que le film soit génial, loin de là, mais il démontre un (double) regard singulier dans le paysage français. Le pitch intrigant (une gloire has been de la variétoche 80’s se retrouve dans le corps d’un employé de bureau sans qualité) conduit à une œuvre elle-même schizo. Il y a la comédie, qui ne sait trop où elle va (voir le dernier tiers, du grand n’importe quoi scénaristique) ni quel ton adopter (mélancolique ? Grinçant ? Scato ? Complice ?). Et il y a le sous-texte, passionnant. La Personne aux deux personnes peut se voir comme une pertinente réflexion sur la persistance et le retour des années 80. Car entre le mauvais goût de la variété karaoké et la grisaille normative du monde de l’entreprise, Nicolas et Bruno pointent une correspondance troublante, une même négation du temps qui passe, un même jeu de codes factices et inhumains. Voir Auteuil, bourré après une bringue bling bling, soliloquer dans la rue en vomissant dans les p

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Un cœur simple

ECRANS | de Marion Laine (Fr, 1h45) avec Sandrine Bonnaire, Marina Foïs, Pascal Elbé…

Dorotée Aznar | Mercredi 19 mars 2008

Un cœur simple

Prêt à être projeté à des hordes de scolaires, Un cœur simple tombe assez vite des yeux. Mais comment peut-il en être autrement quand toutes ses audaces cinématographiques sont concentrées dans son prégénérique ? Après cette entrée en matière réussie, le film brode péniblement autour de la nouvelle originale de Flaubert pour tenir son heure quarante-cinq, durée réglementaire du cinoche français pour assurer cinq séances quotidiennes et remplir la case prime-time lors du passage télé. Ce formatage atteint la chair du film, d’un académisme digne de celui des Destinées sentimentales d’Assayas, où rien ne vient troubler la petite manufacture d’images : ni la folie, ni la mort, ni l’enfance bafouée, ni l’égoïsme bourgeois, ni la religion étouffante. C’est propre, tiède, mou, et on crie à nouveau : Claude Chabrol, reviens ! CC

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