Tous aux abris !

SCENES | Yann Guillarme donne enfin suite à Merci Jean-François avec un one-man-show doucement mélancolique et furieusement outrancier. Et confirme, si besoin était, qu'il est l'un des comédiens les plus doués de sa génération. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Jeudi 9 janvier 2014

Le mois passé, au Boui-Boui, le sémillant Alex Ramirès présentait Alex Ramirès est un grand garçon, one-man-show dans lequel il conjure les angoisses inhérentes au passage à l'âge adulte avec un peu de mauvaise foi, pas mal d'excentricité et beaucoup de tendresse. Jusqu'à la mi-février, au même endroit, Yann Guillarme présente On n'est pas à l'abri d'un succès, one-man-show dans lequel l'ex-Loose Brother (c'est désormais Jonathan Chiche qui donne la réplique à Aurélien Portehaut) et animateur du Smile Comedy Club conjure les angoisses inhérentes à la paternité avec un peu de tendresse (échographie à l'appui), pas mal de mauvaise foi et beaucoup d'excentricité. Coïncidence ? Non, mon capitaine. Parce que la vie est ainsi faite que chaque gain de maturité s'accompagne d'une perte de moral, bien sûr, mais surtout parce que Guillarme et Ramirès ont un temps partagé les mêmes scènes, le premier ouvrant pour le second. D'où émulation.
 

Papa dans le coup


La comparaison s'arrête à cette phobie de la perte d'identité et à cette obsession de l'héritage, les deux énergumènes, bien qu'ils évoluent dans les mêmes sphères (On n'est pas à l'abri d'un succès est mis en scène par Léon Vitale, avec lequel Ramirès a collaboré à chaque étape de sa jeune carrière), œuvrant sur des modes diamétralement différents. Celui de Guillarme tient en un mot : surenchère. Surenchère de cris, de prises à partie, de grimaces... Autant de signes extérieurs de générosité scénique qui font de lui une véritable force de la nature, sorte de Jack Black bouclé capable de rivaliser en outrance avec Louis de Funès et de charisme avec le Dieudonné pré-régime de quenelles sauce ananas. Capable, aussi, de se plier avec la souplesse d'un champion de limbo à toutes les formes d'humour, de la metajoke (les dix premières minutes, virtuoses, rappellent qu'en dépit de certaines apparences, Guillarme est loin d'être un débutant) à la parodie (le final, sommet de grivoiserie décomplexée, le voit rejouer Full Metal Jacket du point de vue d'un spermatozoïde) en passant par l'autodérision, le trash, le burlesque...
 

Pour autant, On n'est pas à l'abri d'un succès ne verse jamais dans le n'importe quoi généralisé, et c'est paradoxalement assez regrettable : là où le très décousu Merci Jean-François permettait à Guillarme de donner toute sa mesure physique et interactive, ce nouveau spectacle, par le souci de cohérence et d'intimisme qui semble avoir présidé à son écriture (par Patrick Chanfray et Mathieu Coniglio), a un peu tendance à le brider (notamment lors d'un très poussif flashback breton). Un peu de rodage et il n'y paraitra sans doute plus.
 

Yann Guillarme
Au Boui-Boui, jusqu'au mercredi 15 février


Yann Guillarme

"On n'est pas à l'abri d'un succès"
Le Boui Boui 7 rue Mourguet Lyon 5e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Réveillon 2015 : du côté du café-théâtre

SCENES | ​Mieux vaut en rire, qu'ils disent. Dont acte : parmi les nombreuses occasions qui vous sont offertes de faire le deuil dans la bonne humeur de cette annus horribilis que fut 2015, voici les cinq qui méritent le plus votre attention.

Benjamin Mialot | Mardi 15 décembre 2015

Réveillon 2015 : du côté du café-théâtre

Milady au sous-sol Quelle tête en l'air ce Jacques Chambon ! Alors que Cendrillon faisait un matériau de nouvel an tout trouvé, c'est La Belle au bois dormant qu'il choisi de détourner, prolongeant le sommeil de la princesse jusqu'au XXIe siècle. Ça va que le résultat, romance anachronique pleine de pep's et de tendresse (grâce, notamment, à l'interprétation du couple Chrystel Rochas/Aurélien Portehaut, d'une complicité contagieuse), est à la hauteur de ses meilleurs travaux – tous fondés sur un même postulat réconciliateur. En tête le huis clos maritime Plein phare, d'ailleurs visible à la Comédie Odéon à 16h. Au Boui Boui à 17h30

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Sale Mentor, la nouvelle hybridation de Jocelyn Flipo

SCENES | Après la romance gay, le musical à caractère pornographique et le thriller, Jocelyn Flipo s'essaye avec Sale Mentor à une nouvelle hybridation entre comédie et cinéma de genre. Et ne déçoit pas, à quelques déséquilibres de rodage près. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 10 mars 2015

Sale Mentor, la nouvelle hybridation de Jocelyn Flipo

Ça commence comme Couic, la précédente pièce de Jocelyn Flipo. Dans une cave. Celle de Jean-Jacques Serzac, écrivain hypocondriaque qui, comme dans la chanson de Marcel & son orchestre, se retrouve le mental en vrac au premier petit couac. Un mal de tête ? Sans doute une rupture d'anévrisme. Un point de côté ? C'est une tumeur qui lui comprime le poumon. Une poussée de stress ? La crise cardiaque n'est pas loin. Pour ne pas courir de risques infectieux supplémentaires, il a choisi de vivre reclus, dans une panic room crasseuse et totalement déconnectée du monde où il tente tant bien que mal d'entretenir sa légende. Car Jean-Jacques (Yann Guillarme, dans un des numéros moliéresques dont il a le secret) est l'auteur des aventures de Tom Morgan, qui sont à la littérature érotique ce que sont, de l'autre côté du quatrième mur, celles d'Harry Potter au roman pour ado. Seulement Jean-Jacques a de l'arthrite, il lui faut un nègre. Ce sera Léo, un jeune éphèbe qui connaît par cœur la saga (Léo Tasserit, comme échappé d'une aventure super-héroïque en milieu lycéen, mettons le trop méconnu Kaboom de Jeph Loeb et Jeff Matsuda).

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Pas juste pour rire

SCENES | L'année café-théâtre 2014 s'est terminée sur une création hors-normes comiques de Dominic Palandri (New York Paradis). Amusant hasard : 2015 débutera sur une (...)

Benjamin Mialot | Mardi 6 janvier 2015

Pas juste pour rire

L'année café-théâtre 2014 s'est terminée sur une création hors-normes comiques de Dominic Palandri (New York Paradis). Amusant hasard : 2015 débutera sur une tentative similaire de son complice Jacques Chambon, Les Sentinelles (20 février au Karavan), une intrigante «tragédie burlesque sur l’incapacité des hommes à se reconnaître dans l’autre». Autre auteur et metteur en scène pas-que-drôle, Jocelyn Flipo présentera lui Sale mentor (à

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Rires enregistrés

SCENES | Moins féconde que la précédente, la saison café-théâtre 2014/2015 n'en demeure pas moins réjouissante, entre reprises de spectacles qui gagnent à être connus et défilé de têtes qui le sont déjà. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 9 septembre 2014

Rires enregistrés

En cette rentrée, les cafés-théâtres lyonnais ont des airs de champs en jachère : à leur programme figurent  nombre de reprises d'une saison 2013/2014 exceptionnellement riche en créations. Côté one-man-show, on retrouvera ainsi avec plaisir Jefferey Jordan (aux Tontons Flingueurs, jusqu'au 2 octobre), Karim Duval (même endroit, en octobre), François Martinez (idem), Yann Guillarme (au Boui Boui, en janvier et février), Alex Ramirès (au Boui Boui également, jusqu'au 30 décembre), Gérémy Crédeville (au Complexe du Rire, en novembre et décembre) ou encore

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Le club des plus ou moins cinq

SCENES | Il y a, dans La Course en tête, le documentaire expérimental que consacra en 1974 Joël Santoni à Eddy Merckx (et qui fut projeté début mars en ouverture des (...)

Benjamin Mialot | Mardi 27 mai 2014

Le club des plus ou moins cinq

Il y a, dans La Course en tête, le documentaire expérimental que consacra en 1974 Joël Santoni à Eddy Merckx (et qui fut projeté début mars en ouverture des rencontres Sport, cinéma et littérature de l'Institut Lumière), ces images bercées de cantilènes funèbres, invraisemblables et bouleversantes, de coureurs livides et épuisés qui chutent et ne se relèvent pas, ou alors pour s'effondrer en pleurs dans les bras de spectateurs. Une immersion dans le Off du Festival d'Avignon provoque le même genre de malaise mêlé d'admiration, notamment vis-à-vis des méthodes de promotion dont usent les protagonistes de cette foire d'empoigne où le comédien est un homme-sandwich comme les autres. Celle du magnat en devenir Jocelyn Flipo est pour le moins futée : il a cette année décidé de mettre ses poulains en scène dans un même spectacle, à la fois pot-pourri de leurs très bons one-man-shows respectifs – le décomplexé et néanmoins introspectif Alex Ramirès est un grand garçon (retitré Alex Ramirès fait sa crise), les hén

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A couteaux tirés

SCENES | A peine auréolé du succès de Trash, son spectacle AAA dans le milieu du XXX, Jocelyn Flipo retrouve le haut de l'affiche avec Couic, comédie noire confrontant un tueur en série débutant à sa première victime. Attention, ça va faire mal. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 8 avril 2014

A couteaux tirés

L'an passé, dans les recoins les plus interlopes du programme de Quais du Polar, figurait une pièce écrite et mise en scène par Christophe Chabert, notre irréductible critique cinéma – nous ne vous en avions jusqu'à présent dit mot par pur zèle déontologique. Intitulée Effraction, elle racontait sous la forme d'un huis clos aussi tendu que grinçant le cas de conscience de deux hommes de main découvrant au cours d'une banale collecte de dette une jeune femme prisonnière d'une cage, déblayant au passage un chemin de traverse théâtral assez inédit.   Cette saison, à la même période mais sans le soutien du fameux festival (dommage), c'est au tour du prolifique Jocelyn Flipo (promis, après, on ne vous parle plus de lui jusqu'à l'été) de s'aventurer dans ces eaux troubles sur lesquelles planent l'ombre de Bertrand Blier – en particulier celui de Buffet froid – avecCouic. Un registre où on l'attendait encore moins que celui, bariolé et hyper-sexué, qu'il explore dansTrash, mais où ses dialogues au cordeau et sa mise en scène cinégénique font à nouveau mouche. Tueur niais

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Le rêveur Duval

SCENES | «Gnangnan». C’est en ce terme que nous qualifiâmes le spectacle de Karim Duval à sa découverte l’an passé. L’heure est venue de faire notre mea culpa : bosseur comme pas deux, le seul humoriste sino-franco-marocain du monde est depuis devenu un formidable conteur à double tranchant. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 1 avril 2014

Le rêveur Duval

«Ma mère est chinoise, mon père est japonais. Et moi je suis mal foutu». Le spectacle de Karim Duval démarre peu ou prou sur le même ton que cette blague d’écolier. Encore un de ces stand-uppers communautaires tels que le Jamel Comedy Club en usine à la douzaine chaque semaine ? C'est ce que l'on se demande pendant cinq minutes. Pas plus. Le temps de se rendre compte que chez cet ex-ingénieur à l'arbre généalogique plus ramifié qu'un Dragonnier de Socotra la question des origines, bien qu'abordée dans le respect de la plupart des canons du genre - imitation d'accents, répertoriage de particularismes, sous-texte réconciliateur - ne se résout pas via un humour de repli (mal) camouflé en autocritique, mais avec un sens du récit, une rigueur d'écriture et un souci d'équilibre entre spontanéité et mordant tels qu'ils paraissent inscrits dans son ADN.  La guitare qui le démange Ils le sont peut-être en partie. Car Karim Duval est né au Maroc d'une mère sino-tahitienne et d'un père franco-berbère. Une publicité Benetton à lui tout seul, comme il l'affirme en préambule de Melting Pot', le one-man-show en question. Là

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Trash ? Yeah yeah !

SCENES | Un casting cinq étoiles et une mise en scène pluridisciplinaire au service de la quête amoureuse d'une superstar du porno : Jocelyn Flipo signe avec "Trash" sa comédie romantique la plus ambitieuse et la plus aboutie. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 1 avril 2014

Trash ? Yeah yeah !

Comme tout metteur en scène dont le talent est proportionnel à l'obsession avec laquelle il réinterroge œuvre après œuvre les thèmes qui lui sont chers, Jocelyn Flipo a son comédien fétiche. En l'occurrence Alex Ramirès, pour lequel il a imaginé, après le rêveur avenant de Dans ta bulle et le minet qui se découvre un don pour la peinture de Loving Out, un troisième rôle à la mesure de son élasticité et de son hypersensibilité : celui d'un pornographe amateur bien décidé à faire vaciller l'empire d'un magnat du cinéma pour adultes, personnage que le Serial lover devenu «grand garçon» interprète avec un aplomb écrasant. Ce qui, compte tenu du prestige et de l'harmonie du reste du casting, d'un Yann Guillarme irrésistible de bagou en producteur passif-agressif obnubilé par la rentabilité de ses films – au point d'ignorer le manque d'affection que cachent les provocations de sa fille, interprétée par la prometteuse Delphine Leputh – à une Ségolène Stock confondante de vraisemblance en hardeuse en bout de course, n'est pas peu dire. Il n'y a pas de rapport sexuel Ce n'est toutefois pas l'amour que Flipo porte à ses comédiens qui est au cœur de

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Il suffira d'un signe

SCENES | Avec ses prises de parole d'une insanité à faire passer le dératiseur obèse qui tenta d'assassiner Björk avant de filmer son suicide pour un parangon de (...)

Benjamin Mialot | Vendredi 3 janvier 2014

Il suffira d'un signe

Avec ses prises de parole d'une insanité à faire passer le dératiseur obèse qui tenta d'assassiner Björk avant de filmer son suicide pour un parangon de mesure, Dieudonné a réussi son coup : ici comme ailleurs, on ne parle plus que de la possible interdiction de sa venue à l'Amphi 3000 (le 13 juin). Pas un mot, en revanche, sur la reprise de la survoltée mise à nu d'Alex Ramirès au Complexe du Rire en mai. Ni sur les autres étoiles montantes de la galaxie Jocelyn Flipo (qui mettra en scène la romance porno Trash en mars à la Comédie-Odéon et

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Minuit, l'heure du rire

SCENES | Nul besoin de s'exercer à la photographie en Patagonie ou de s'essayer à l'équitation en Laponie (entre autres "bons plans" formulés par les professionnels du tourisme) pour passer un réveillon insolite. Il suffit de franchir le seuil de l'un des nombreux café-théâtres de la ville. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 10 décembre 2013

Minuit, l'heure du rire

Une fois n'est pas coutume, le café-théâtre se taille la part du lion en matière de comptes à rebours festifs. Rien que dans le réseau dirigé par Stéphane Casez, ce sont pas moins de seize spectacles qui s’enchaîneront du milieu d'après-midi aux derniers coups de minuit. Dans le lot, pas mal de comédies un peu lourdingues, de celles qu'on promeut au Festival d'Avignon au volant d'une rosalie, mais aussi de belles occasions de (re)découvrir certains de nos coups de cœur. A la Comédie-Odéon par exemple, si vous n'avez toujours pas cédé à notre prosélytisme pro-Jocelyn Flippo, vous aurez la chance de le faire face à ce qui est pour l'instant son chef-d’œuvre, la désarmante romcom sur fond de crise d'identité sexuelle Loving Out. Le Rideau Rouge, lui, se lèvera notamment sur Les Loose Brothers, énergique et doux-amer "two-men-show" dans lequel Aurélien Portehaut et Yann Guillarme composent un savoureux duo d'artistes ratés jouant le tout pour le tout. Yann Guillarme qui

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Molière Comedy Club

SCENES | Pour Molière, la comédie n’est pas un vain mot ou un sous-genre, telle qu'on la considère dans les années 1660 quand il crée L’Avare (1668). Le dramaturge s’y (...)

Nadja Pobel | Dimanche 21 avril 2013

Molière Comedy Club

Pour Molière, la comédie n’est pas un vain mot ou un sous-genre, telle qu'on la considère dans les années 1660 quand il crée L’Avare (1668). Le dramaturge s’y essaie à la prose quand l’alexandrin et la versification sont plébiscités par le public. Comme comédien, il aime s’enfariner le visage et faire des grimaces. C’est dire si avec cette pièce qui dénonce le pouvoir de l’argent et met au jour la puissance ravageuse du mensonge (toute ressemblance avec des faits ayant existé n’est que pure coïncidence), il s'autorise toutes les extravagances. La troupe de l’Acting Studio, plus habituée au café-théâtre (Mathieu Coniglio vu dans Loving Out, Aurélien Portehaut et son complice Yann Guillarme dans les Loose Brothers) qu’aux grands classiques du théâtre, trouve là une formidable matière à jouer. Porhehaut (remplacé cette semaine par Jo Goundoul) peut s'amuser à l’envi du handicap de son personnage de valet tandis que Guillarme, dans le rôle titre, laisse e

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Et les sentiments bordel ?

SCENES | Un critique a (trop) souvent tendance à se comporter comme un explorateur : quand il foule une contrée nouvelle, il veut être le premier à en dessiner les (...)

Benjamin Mialot | Jeudi 14 février 2013

Et les sentiments bordel ?

Un critique a (trop) souvent tendance à se comporter comme un explorateur : quand il foule une contrée nouvelle, il veut être le premier à en dessiner les contours, quitte à voir des courants, des mouvements et des scènes là où ne poussent que les fruits du hasard. Nous ne sommes pas exempt de ce défaut. Aussi, en découvrant Jocelyn Flipo et son romantisme, assez inédit dans le milieu très unidimensionnel de l'humour, nous sommes-nous empressés de nous demander s'il était le seul à faire vibrer d'un même élan fibres comiques et cordes sensibles. Mais plutôt que de lui prêter des affinités conjecturales, nous lui avons directement posé la question : «Je n'appartiens pas à une confrérie d'auteurs, mais j'ai effectivement l'impression que les gens travaillent de plus en plus à transmettre des émotions aux spectateurs, qui eux-mêmes sont de plus en plus demandeurs. On est en période de crise, on est forcément plus réceptif à tout ce qui met en avant l'humanité des gens. On a besoin de sentir que l'autre est meilleur que ce l'on croit». Sur Lyon, deux noms lui semblent valider cette théorie : celui de Jacques Chambon, le Merlin de Kaamelott, pour Plein phare

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Loving Out is all you need

SCENES | Le fleurissement d'affiches promouvant la prochaine date lyonnaise des Lascars Gays nous le rappelle depuis quelques jours encore plus sûrement que (...)

Benjamin Mialot | Dimanche 13 janvier 2013

Loving Out is all you need

Le fleurissement d'affiches promouvant la prochaine date lyonnaise des Lascars Gays nous le rappelle depuis quelques jours encore plus sûrement que les happenings des manifestants contre le mariage pour tous : lorsque l'homosexualité s'invite dans une mise en scène à vocation humoristique, elle le fait presque systématiquement avec balourdise et/ou paresse. Loving Out, la dernière création de Jocelyn Flipo et son complice Léon Vitale, qui avec Dans ta bulle nous avaient fait prendre conscience que le café-théâtre pouvait remuer les tripes autant que le diaphragme, est une très heureuse exception à cette règle. Principalement parce que l'homosexualité n'y est qu'un thème secondaire. Le vrai sujet de la pièce, c'est l'amour, en l'occurrence celui que se découvre Romain, galeriste hétéro dans la trentaine, tardivement dépucelé et depuis célibataire, pour Léo, adonis d'à peine vingt ans qui n'aime rien tant que faire la bringue en toge avec ses colocs. Un synopsis qui ne paye pas de mine dont les metteurs en scène tirent, par le truchement d'astucieux emprunts au cinéma, juste ce qu'il faut

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Les pitres et jeunes acteurs

SCENES | Les demi-saisons café-théâtrales se suivent et ne se ressemblent pas : là où le premier semestre de l'année 2012 se résumait à des prolongations et des big names, (...)

Benjamin Mialot | Vendredi 4 janvier 2013

Les pitres et jeunes acteurs

Les demi-saisons café-théâtrales se suivent et ne se ressemblent pas : là où le premier semestre de l'année 2012 se résumait à des prolongations et des big names, celui qui débute ces jours fait la part belle aux concepts inédits et aux futurs grands. Au Comédie-Odéon par exemple, deux rendez-vous réguliers peuvent valoir le détour. D'un côté La Revue de presse, sorte de Petit rapporteur

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Un drôle de réveillon

SCENES | La nouvelle, datée du 29 novembre, est tombée comme un couperet : cette année, France 3 ne diffusera pas son traditionnel bêtisier. Il flotte depuis comme une odeur de fin de règne. Sauf chez ceux qui savent que, pour achever un cycle calendaire sur une bonne marrade, c’est au café-théâtre que ça se passe. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Samedi 15 décembre 2012

Un drôle de réveillon

On les aime bien, tous ces gens qui font tourner les cafés-théâtres du coin. Ne serait-ce que parce que leur travail contribue à améliorer les fonctions cognitives de ceux qui en bénéficient – pour nous qui passons la majeure partie de notre temps à nous écouter réfléchir, ce n’est pas négligeable. Mais s’ils pouvaient remettre leur agenda à zéro plus en douceur, ça nous arrangerait. Non parce que faire le tri dans une quarantaine de propositions artistiques, voilà un travail herculéen… Ca va que c’est peut-être la dernière fois que nous nous en acquittons, et qu’il nous donne l’occasion de vous redire tout le bien que l’on pense de Dans ta bulle, une pièce aussi drôle qu’émouvante et servie par trois acteurs parfaits, dont Léon Vitale, qui incarne tous les seconds rôles masculins de cette histoire – librement inspirée des BD de Domas – d’un garçon optimiste pensant que le sourire est une arme de séduction massive. Pour le meilleur et pour le rire Ce numéro se concluant par un portrait d’Alexandre Astier, poursuivons par une révérence aux

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Monde perdu

SCENES | Pétri de films de science-fiction, Aurélien Portehaut (ici auteur, metteur en scène et acteur) a souhaité transporter cet univers sur scène : un homme dépressif (...)

Nadja Pobel | Lundi 29 octobre 2012

Monde perdu

Pétri de films de science-fiction, Aurélien Portehaut (ici auteur, metteur en scène et acteur) a souhaité transporter cet univers sur scène : un homme dépressif tente de se suicider les mains dans un grille-pain quand il est dérangé par sa sœur totalement cinglée, puis par un extra-terrestre échoué par hasard dans son jardin. Avec ce sujet on ne peut plus casse-gueule, Portehaut s’en sort a priori pas mal, préférant à un costume vert ridicule caricaturant un alien la nudité intégrale parcourant la scène en long et en large, ne s’habillant que d’un tablier de cuisine traînant par là. Excellent acteur, se distribuant les meilleures répliques (ah, l’exercice de prononciation du puzzle !), il abandonne assez rapidement ses partenaires, à commencer par Marie-Laure Rongier portant le fardeau de la sœur illuminée, ouvertement qualifiée d’imbécile et qui, de surcroît, braille sans interruption. Quant à Yann Guillarme, qui a récemment tenu l’affiche des Loose Brothers en duo précisément avec Portehaut, il incarne un personnage qui repose entièrement sur l’entente (parfaite au plateau) avec son complice. Mais son rôle manque de corps, faute d’un récit qui

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La vie est bulle

SCENES | Drôle, émouvant, remarquablement interprété, ambitieux, Dans ta bulle, librement inspiré des BD du Marseillais Domas, confirme que Jocelyn Flipo est un metteur en scène passionnant. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Jeudi 2 février 2012

La vie est bulle

Il y a longtemps, en Amérique, un romancier nommé Raymond Carver racontait, sous forme de nouvelles, des histoires a priori anecdotiques mais qui, mises bout à bout, parlaient de leur époque, des gens qui en formaient l’ordinaire, et savait les rendre extraordinaires et universelles. Aujourd’hui, en France, Domas, un dessinateur marseillais croque à son tour les anecdotes d’une vie et nous parle, sans identification forcée ou sociologie encombrante, de nous. Il s’est forgé un alter-ego, Max. Il vit en colocation avec Pierrot, lunaire et largué, ne pense qu’à faire le premier pas vers les autres et rêve de tomber amoureux. Domas découpe sa vie en planches, équivalents dessinés de la nouvelle, et les transforme en comédie humaine vibrante d’émotions où les petits riens se font grandes questions. De la planche aux planches Prolonger sur scène un tel matériau était ambitieux, surtout quand on a jusque-là fait ses armes dans le one-man-show comique et l’improvisation. Jocelyn Flipo, qui s’affirme ici comme un metteur en scène important, a donc bousculé les lignes, dans tous les sens du terme. D’abord en donnant à Max une incarnation fidèle : c’est

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L’humour sur son 31

SCENES | Ce 31 décembre 2011 ne verra pas que péter les bouchons de champagne ; il pètera aussi les records du nombre de spectacles comiques programmés dans les salles. Dans cette orgie, pointons nos coups de cœur, sorte de caviar de l’humour lyonnais. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Jeudi 8 décembre 2011

L’humour sur son 31

Près de quarante spectacles programmés, une cinquantaine de représentations au total : le 31 décembre à Lyon, c’est la fête de l’humour. Il est vrai qu’en matière de théâtre, on n’a pas encore trouvé un programmateur suffisamment suicidaire pour proposer au public un Shakespeare de 3 heures ou un Sarah Kane par Claude Régy. Donc place à la comédie, même si heureusement, les spectacles à l’affiche ne font pas que dans le gros comique qui tâche (le vin rouge s’en chargera bien assez ce soir-là) et la rigolade façon otarie bourrée (le champagne s’occupera pour sa part de cette mission peu périlleuse). C’est plutôt un best of de la saison qui envahit les salles, ce qui permet aussi de constater que celle-ci a été riche et variée, avec des découvertes et des confirmations, des one man shows originaux et des pièces de qualité. Best of 2011 Honneur à notre découverte maison : le trublion Alex Ramirès et son one dans l’univers des séries (aux Tontons flingueurs à 18h). Comédien à l’élasticité proche d’un Jim Carrey évoluant dans un monde fait de références geeks habilement digérées, Ramirès fait partie des jeunes acteurs lyonnais sur lesquels il faut désormais compter.

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La revanche des losers

SCENES | Que se passe-t-il quand deux acteurs brillants se rencontrent ? Ils inventent un spectacle où ils jouent des artistes ratés. C’est ce que viennent de faire Yann Guillarme et Aurélien Portehaut (alias Pipo et Molo) et ça donne un OVNI comique gonflé et inédit. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Vendredi 18 novembre 2011

La revanche des losers

Ils arrivent sur scène avec des marionnettes qu’ils manipulent comme des manches, un son et lumière pourri et un look grotesque de saltimbanques du siècle dernier, pantalon rouge flashy et petite moustache trop bien taillée. Ils s’appellent Pipo et Molo. Dans le jargon populaire des artistes, deux noms synonymes de bras cassés, d’escrocs, de ratés. C’est d’ailleurs ce qu’ils sont : des gars qui, depuis vingt ans, écument les rues piétonnes et les cabarets pour faire des tours de magie éculés, des numéros de transformismes foireux, de la ventriloquie minable et des imitations pathétiques. Mais Pipo et Molo, c’est aussi André Pipolin et Serge Molocci ; derrière les artistes de rue à la ramasse, des comédiens qui ont quand même envie d’arriver à quelque chose quelque part (aller à Hollywood et manger des côtés de bœuf, pour leur cas). Dans un geste de la dernière chance, Pipo et Molo vont donc sortir de leur mouise congénitale et essayer de vendre, ne serait-ce qu’une fois, du rêve à leur public. Ce qu’ils parviendront à faire : chanter du jazz (Sinatra et Dean Martin), refaire un blockbuster d’action américain (Pipovitch contre Mologan) et révéler un don, un vrai : Molo a des tale

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