François Hien : une Peur lissée aux Célestins

Théâtre | La Peur : un spectacle signé François Hien, à la fois sur l'homosexualité et sur la pédocriminalité des hommes d'Église, qui se révèle sans relief.

Nadja Pobel | Jeudi 2 décembre 2021

Photo : © Bertrand Stofleth


Le père Guérin (incarné par Arthur Fourcade, co-metteur en scène), pour que son homosexualité ne soit pas révélée, va mentir à la justice : non, l'évêque Millot n'était pas au courant des actes pédocriminels d'un troisième homme d'Église. Car « renoncer au secret de la confession » reviendrait à « être les supplétifs de la police » et surtout à ne plus avoir de paroisse, le bagne pour ce croyant qui ne s'accomplit que face à ses fidèles.

Une des victimes ne l'entend pas ainsi et va marteler chaque dimanche sa vérité. Inspiré de l'affaire Bernard Preynat et nourri de la lecture de Sodoma de Frédéric Martel, le nouveau travail de François Hien, dans un décor réduit à son minimum, embrasse trop de sujets et s'avère comme bien souvent très bavard.

François Hien sait parfaitement faire s'entrecroiser tous ces personnages dans un tissage très serré de son texte. Contrairement à ce qu'il faisait dans Olivier Masson doit-il mourir ? (qui traitait de l'euthanasie), son point de vue sur son sujet est clair (et heureusement !) : l'omerta qui règne dans l'Église est condamnée et les rapports humains sont exposés dans tous leurs paradoxes. Mais cela n'empêche pas La Peur de s'étirer sur deux heures et laisser apparaitre des jeux de mots et des généralités qui l'alourdissent.

La Peur
Aux Célestins jusqu'au dimanche 5 décembre



Célestins, théâtre de Lyon 4 rue Charles Dullin Lyon 2e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement



Théâtre La Mouche 8 rue des écoles Saint-Genis-Laval
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Le réalisateur Alain Cavalier à Lyon

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On connaît son attachement pour Lyon (affectif ou professionnel : revoyez Mise à sac et L’Insoumis), et chacune de ses venues permet de rappeler qu’il figure parmi les plus importants cinéastes contemporains. N’hésitez donc pas à retourner à la rencontre du filmeur Alain Cavalier le samedi 4 décembre à 16h au Comœdia à l’occasion de la projection de la copie restaurée de Thérèse (1986), évocation de la sainte calvadosienne qui avait subjugué le public — et montre que, dans le genre biopic, il existe des approches divergentes confinant à la poésie. La séance est proposée à l’invitation de François Hien, auteur et co-metteur en scène de

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Au Théâtre ce semestre | Après 18 mois d’arrêt ou de hoquet, les salles de théâtre s’ouvrent enfin en grand avec une saison plus remplie que jamais, faisant face à un défi immense : appâter de nouveaux spectateurs avec des spectacles toujours plus haut de gamme. Qui ne sont jamais aussi pertinents que lorsqu’ils collent au réel, ou au contraire prennent totalement la tangente. Débroussaillage.

Nadja Pobel | Jeudi 9 septembre 2021

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Nadja Pobel | Mardi 21 janvier 2020

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Olivier Masson doit-il mourir ? est très largement inspiré par l'Affaire Lambert, du nom de ce jeune homme qui a fini par décéder cet été à la suite de l’arrêt des soins, épilogue d'une bataille juridique et familiale acharnée. Le co-metteur en scène (avec toute la distribution), acteur et auteur de ce texte, François Hien s'est servi de ce canevas pour ensuite s'en détacher et interroger les arguments des uns et des autres quant au décès programmé ou au maintien en vie de ce patient en état pauci-relationnel. Est-il conscient ? Souffre-t-il ? Qu'aurait-il souhaité s'il se retrouvait dans cette situation ? À son épouse, infirmière comme lui, il avait déjà confié ne pas vouloir vivre ainsi. Dans une première partie très rapide, chacun expose ses arguments, les cinq acteurs endossant les costumes des avocats, du juge, de la mère, de l'épouse, des médecins, chefs de service... Car il s'agit de faire le procès d'Avram Leca, soignant qui, seul, après l'avoir veillé des années, a décidé de débrancher le malade sans autorisation. Devant la complexité et la multiplicité des

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Nadja Pobel | Mardi 17 octobre 2017

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Dédié à l'émergence et ayant fait place il y a 18 mois au mémorable Cannibale du Collectif X, voici que le Théâtre de l'Élysée accueille de nouveau cette jeunesse avec un spectacle en cours de travail, dont sera livrée la première des deux parties, La Crèche. Derrière cette fiction théâtrale se cache une affaire bien réelle, qui de 2008 à 2014 a défrayé la chronique et que François Hien relate avec précision dans Retour à Baby-Loup (paru en cette rentrée) et met en scène avec son complice acteur Arthur Fourcade. Le licenciement de la co-directrice de cette crèche pour port d'un grand voile islamique avait clivé les tenants du tout-laïcité et leurs adversaires qui avaient la main facile pour les accuser de racisme. Puisque rien n'est binaire, le jeune cinéaste est allé à le rencontre de tous les protagonistes (excepté l'intéressée et son avocat qui ne souhaitent plus évoquer cet épisode) pour faire émerger les contradictions de chacun et redonner la place aux spécificités du territoire de cette « tragédie » (telle que la décrit François Hie

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