JASMINE : Dans ses veines coule la scène

Elle sera cet automne parmi les sept artistes de la 5ème édition du festival Femme(s), sur la scène du Pax. Avec déjà plusieurs groupes et albums à son actif, assortis d’une ribambelle de concerts, Jasmine Fayolle s’est taillé un prénom dans le milieu de la chanson francophone régionale. Rencontre avec une femme bien dans ses baskets.

Née il y a quarante ans dans une famille de mélomanes, Jasmine a baigné dans la chanson depuis son plus jeune âge, à Saint-Héand. Papa baryton et maman alto chantaient (chantent encore) dans la chorale l’Arc-en-Ciel, à Sorbiers. « A la maison ça donnait de la voix de la cuisine à la salle de bains ! » De son côté, la jeune fille commencera par la danse, classique, rock et modern jazz, une discipline qu’elle ne lâchera pas durant une vingtaine d’années. « J’ai fait mon premier gala à cinq ans, à Saint-Héand et beaucoup plus tard j’ai tenté le concours d’entrée au Conservatoire de Lyon, histoire d’aller au bout du rêve. J’ai découvert là-bas un environnement pas très bienveillant, avec pas mal de pression, ce qui ne me correspondait plus du tout. J’ai pris conscience qu’il valait mieux me consacrer au chant pour accéder à une vraie liberté. »

Par ailleurs chaque été, de douze à vingt ans, Jasmine fut également l’assistante attitrée de son frangin, Greg le magicien, sans doute de quoi goûter au plaisir de la scène. Mais bien qu’une guitare ait toujours traîné dans un recoin de la maison familiale, Jasmine ne se mettra à la six cordes qu’à l’aube de la vingtaine, en mode autodidacte, à l’oreille. Elle écoute Lynda Lemay, Mano Solo, Renaud, Paris Combo et Les Ogres de Barback. « Je me suis mise à écrire des chansons et à travailler la guitare en même temps. J’ai appris les accords comme on apprend une chorégraphie, jusqu’à ce que mes doigts mémorisent leur danse sur le manche de l’instrument. C’est l’envie de chanter qui m’a poussée, j’avais besoin d’un accompagnement pour poser ma voix, la guitare s’est imposée d’elle-même. »

Premier groupe

Avec ses premiers textes, Jasmine osera enfin chanter devant un auditoire, seule dans un premier temps, avant de s’entourer de musiciens au gré de ces belles rencontres que l’on n’attend pas et qui vous font grandir l’air de rien. « J’ai vite compris que je me sentais bien sur scène. Pour autant, je n’ai jamais calculé les choses car j’ai pour habitude d’aller où le vent me mène et à la fois de me donner à fond dans ce que j’entreprends. » Bac en poche, la jeune femme travaillera un temps dans la restauration à Saint-Étienne (trois années à faire des cocktails et beaucoup de vaisselle à la Taverne de Maître Kanter), avant d’être embauchée par l’enseigne Satoriz, pour laquelle elle travaillera durant seize ans. « Je suis végétarienne depuis l’adolescence, la nutrition et le bio m’ont donc toujours beaucoup intéressée. J’ai travaillé dans le magasin de Monthieu, puis dans celui de Caluire. » Bien sûr, concilier travail, vie de famille (avec deux jeunes enfants à faire grandir) et musique n’aura pas toujours été évident. En une douzaine d’années la chanteuse a enchaîné les expériences musicales au sein de différents groupes. Le tout premier, Le Cri de la Carotte, une bande très festive de huit copains, donnera l’occasion à Jasmine dès 2010 de chanter ses propres textes. Le ton est donné : accordéon, violon, saxophone, trois guitares, percussions, basse et batterie. « J’étais la seule fille au milieu de sept mecs. Nous avons enregistré un album, Remue la terre, qui est sorti au Fil en 2014 après une résidence là-bas. »

Les belles rencontres

En 2015 Jasmine se rapproche du collectif Hauts les mots qui regroupe plusieurs formations stéphanoises de chanson francophone, comme Odlatsa, La Mauvaise Herbe, Alkabaya, Raffu, Les Tontons d’Alice, Mam’zelle Lune et Le Cri de la Carotte, autour d’ateliers d’écriture ou de mise en scène. Elle y fait la rencontre de l’accordéoniste Magali Gord et de la flûtiste Alice Barbe avec qui elle fonde Les Mïyes. « Une association cherchait un groupe pour un concert-croisière sur les Gorges de la Loire, on a sauté sur l’occasion ! » Jasmine à la guitare et au chant continue de peaufiner son répertoire, puisant son inspiration dans son propre quotidien. L’aventure du trio féminin n’ayant duré qu’une année, la chanteuse se met aussitôt en quête de nouveaux musiciens pour (c’est décidé) monter son groupe à elle. En 2017, la rencontre avec l’accordéoniste lyonnais Doiseau (dont l’un des faits d’armes est d’avoir tenu le piano à bretelles sur le tube J’veux du soleil du groupe Au P’tit Bonheur), arrive donc à point nommé. Le duo tout neuf se fait rapidement remarquer, promu lauréat du tremplin des Francophonides à Lyon. « Suite à cette distinction, nous avons sorti un premier EP en 2017, intitulé simplement Jasmine, puis un premier LP deux ans plus tard, Ainsi va la vie, auquel a pris part le contrebassiste Stéphane Quenault. » La chanteuse fignole encore son projet, prend quelques cours de chant pour renforcer sa voix, tandis qu’un batteur (Philippe Kreitz) et un nouveau contrebassiste (Julien Daniel) rejoignent le duo Jasmine & Doiseau. Aujourd’hui Jasmine se produit en solo, duo, trio ou quartet, suivant les circonstances.

L’heure des choix

Entre confinements, couvre-feux, masques et pass sanitaire, la chanteuse a traversé cette drôle de guerre avec beaucoup de questionnements. « Quand le Covid est arrivé en mars 2020, je venais d’accepter un intérim pour remplacer mon chef quelques temps suite à son départ. J’ai donc été directrice en pleine crise, avec une équipe réduite de moitié par la force des choses. Nous avons continué de travailler au milieu de rayons qui se vidaient de jour en jour, les clients nous félicitaient, nous applaudissaient, c’était étrange car nous faisions simplement notre travail. » Une période forcément compliquée, pendant laquelle Jasmine a été privée de concerts. Alors il a fallu coûte que coûte écrire de nouvelles chansons pour sublimer ce passage émotionnellement très intense. Aujourd’hui, la quarantaine épanouie, Jasmine est à la croisée des chemins. Elle vient de plaquer son travail pour commencer une formation en médecine ayurvédique, un choix courageux. « C’est à la fois une remise en question et une reconversion professionnelle qui me permettront de me consacrer encore davantage à la musique. Après cinq voyages en Inde, je sens bien que des choses résonnent en moi. Dorénavant ma vie ça sera cela : masser l’Âyurveda et partager mes chansons ! »


1981 Voit le jour à Saint-Étienne

2000 Ecrit ses premières chansons

2010 Rejoint Le Cri de la Carotte

2014 Chante sur l’album Remue la terre

2015 Participe au collectif Haut Les Mots

2015 Forme le trio Les Mïyes

2017 Rencontre Doiseau, remporte le tremplin des Francophonides, sort l’EP Jasmine

2018 Chante Renaud avec Fred (Les Ogres de Barback)

2019 Sort l’album Ainsi va la vie, chante en soutien à La Cimade

2021 Assure la 1ère partie de Fred (Les Ogres de Barback), participe au Festival Femme(s) au Pax

Rappel : Jasmine, jeudi 25 novembre à 20h30, Le Pax à Saint-Étienne

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