Skyfall

ECRANS | C’était à prévoir : avec Sam Mendes aux commandes, ce nouveau James Bond n’est ni efficace, ni personnel, juste élégamment ennuyeux et inutilement cérébral. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 30 octobre 2012

Rappel des faits : avec Casino Royale, la plus ancienne franchise de l'histoire du cinéma tentait un lifting radical, à la fois retour aux origines du héros et volonté de lui offrir une mise à jour réaliste. Globalement salué, notamment à cause de l'implication de Daniel Craig pour camper un James Bond badass et pourtant vulnérable, ce premier volet s'est vu immédiatement entaché par une suite catastrophique, Quantum of Solace, qui courait pathétiquement derrière les Jason Bourne de Paul Greengrass et ne produisait que du récit indigent et de l'action illisible. Le prologue de Skyfall montre que les producteurs ont bien retenu la leçon : sans être révolutionnaire, il offre une scène d'action parfaitement claire et plausible, filmée avec calme et élégance — Roger Deakins, le chef op' des Coen, est à la photo et cela se sent. La conclusion montre une fois de plus un Bond fragile, qu'une balle pourrait bien envoyer ad patres — là encore, beau plan sous-marin qui embraye sur un générique tout de suite plus kitsch, mais c'est la loi du genre.

Débondage

Après, stupeur ! Les faiblesses d'un script vite torché apparaissent, flagrantes : la résurrection de Bond, l'attaque du MI6, puis l'escapade à Shanghai et à Macao conduisent à un surplace esthétisant de près d'une heure dont on ne saisit ni les enjeux, ni l'intérêt. Comme dans Jason Bourne : l'héritage, dont la série Bond semble suivre consciemment ou inconsciemment les traces, Skyfall apparaît alors comme un blockbuster dénué d'action, d'humour ou de tout ce qui s'apparente de près ou de loin à du spectacle. Le comble est atteint lorsqu'à Macao, James Bond drague une James Bond girl incroyablement fade, avant de se battre mollement contre deux gros bras qui se feront bouffer par des alligators numériques bien foireux. Cette reprise mi-ironique, mi-nostalgique de la mythologie 007, filmée à deux à l'heure et éclairée dans de jolis tons ocres et mordorés, donne surtout le sentiment qu'on est face à une version sous sédatif de la période Roger Moore.

On pense que passée cette première heure et avec l'arrivée (enfin !) du méchant campé par un Javier Bardem péroxydé, les choses vont prendre de la consistance. Mais non, car Skyfall se retrouve dans un grand écart impossible entre premier degré pontifiant et deuxième degré grotesque. Bardem donc, ex-agent visiblement queer, édenté et porté sur le hacking vengeur, cabotine dans tous les sens, mais Sam Mendes ne semble pas s'en apercevoir, faisant comme si ce vilain de cartoon était la plus grande menace que le monde ait jamais connue ou un Hannibal Lecte(u)r de Têtu. Quant à Bond, le voilà aux prises avec un passé traumatique, psychanalyse hollywoodienne du héros tellement simpliste qu'elle s'avère contre-productive ; là où Mendes pense donner de la profondeur à la série, il souligne au contraire à quel point elle a un besoin vital de légèreté sous peine d'ennui mortel.

Chute libre

De toute façon, est-ce vraiment ce qu'on lui demande ? Ou plus exactement, va-t-on, à chaque fois qu'un studio cherchera à redynamiser ses franchises les plus lucratives, se farcir le modèle Dark knight-Nolan, plus sombre, plus cérébral, plus long et plus lent ? C'est bien la question qui se pose au sortir de Skyfall, prototype appliqué de cette auteurisation du blockbuster qui est en train de ravager durablement le cinéma d'action américain. Nolan avait pour lui d'être un scénariste brillant, capable de compresser en un récit clair et trépidant un nombre impressionnant d'intrigues et de personnages, tous traités avec soin et attention. Pour Mendes, comme pour Gilroy dans le dernier Bourne, la distance face à ce qui est raconté est tellement visible qu'on a la sensation d'assister à des exercices de style désincarnés, sinon à de pures et simples formules.

Sans vouloir jouer les vieux cons, quand Bryan Singer s'attaquait aux X-Men ou quand Sam Raimi s'emparait de Spider-Man, c'était avec un vrai projet de mise en scène et de réelles thématiques d'auteurs. Au bout des interminables 2h23 de Skyfall, on cherche toujours en quoi le personnage de Bond intéresse Sam Mendes sinon pour, dans un dernier mouvement plus malin que véritablement inspiré, finir de le remettre dans les traces de l'auguste Sean Connery tout en le faisant basculer dans le XXIe siècle. Ce qui revient à dire qu'il faut — encore — attendre la suite. Comme dit le proverbe : la patience a des limites.

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Cartel

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Christophe Chabert | Mardi 12 novembre 2013

Cartel

Il y a sans doute eu maldonne quelque part. Comment un grand studio hollywoodien a-t-il pu laisser Cormac McCarthy, romancier certes adulé mais absolument novice en matière d’écriture cinématographique, signer de sa seule plume ce Cartel, le faire produire par la Fox et réaliser par un Ridley Scott réduit ces dernières années à cloner sans panache ses plus grands succès (Robin des Bois, sous-Gladiator, Prometheus, sous-Alien…) ? Le film est en tout point fidèle à la lettre et à l’esprit de ses œuvres littéraires : omniprésence de la corruption morale, déliquescence d’un monde livré à la sauvagerie et s’enfonçant dans une régression inéluctable vers le chaos, voilà pour l’esprit ; pour la lettre, c’est là que le bât blesse, tant McCarthy se contrefout éperdument des règles élémentaires de la dramaturgie cinématographique. Pas d’expositions des personnages, de longues conversations plutôt virtuoses dans leur façon d’exprimer les choses sans vraiment les nommer, mais qui versent aussi dans une emphase sentencieuse explicitant autant les intentions de l’auteur que la réalité des protagonistes, une action qui progresse dans les art

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À la merveille

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Christophe Chabert | Mardi 5 mars 2013

À la merveille

Les dernières images de Tree of life montraient l’incarnation de la grâce danser sur une plage, outre monde possible pour un fils cherchant à se réconcilier avec lui-même et ses souvenirs. C’était sublime, l’expression d’un artiste génial qui avait longuement mûri un film total, alliant l’intime et la métaphysique dans un même élan vital. Autant dire que Terrence Malick était parti loin, très loin. Comment allait-il revenir au monde, après l’avoir à ce point transcendé ? La première scène d’À la merveille répond de manière fulgurante et inattendue : nous voilà dans un TGV, au plus près d’un couple qui se filme avec un téléphone portable. Malick le magicien devient Malick le malicieux : l’Americana rêvée de Tree of life laisse la place à la France d’aujourd’hui, et les plans somptueux d’Emmanuel Lubezki sont remplacés par les pixels rugueux d’une caméra domestique saisissant l’intimité d’un homme et d’une femme en voyage, direction «la merveille» : Le Mont Saint-Michel. La voix-off est toujours là, mais dans la langue de Molière — le film parle un mélange de français, d’espagnol, d’italien et d’anglais — et son incipit est là aussi une pirouett

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