Gravity

ECRANS | Alfonso Cuarón propulse le spectateur en apesanteur dans un espace hostile et angoissant pour une expérience cinématographique hors du commun qui est aussi une réflexion humaniste sur l’idée de renaissance. Rien moins qu’une date dans l’histoire du cinéma. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 27 septembre 2013

Photo : (C) 2013 WARNER BROS. ENTERTAINMENT INC.


Un carton en préambule nous annonce froidement que dans l'espace, il n'y a ni lumière, ni son, ni oxygène et par conséquent aucune chance de survie pour un être humain. Puis un long panoramique majestueux, intensifié par la 3D, survole la Terre vue depuis le télescope Hubble en cours de réparation par une équipe de scientifiques.

Parmi eux, Matt Kowalsky, un vieux briscard qui effectue sa dernière sortie spatiale (George Clooney, plus Clooney que jamais) et Ryan Stone qui, à l'inverse, passe pour la première fois du laboratoire au vide intersidéral (Sandra Bullock, absolument géniale dans ce qui est sans doute le meilleur rôle de sa carrière). Le dialogue, remarquablement écrit, croise conversation anodine, plaisanterie potache et interaction avec la NASA, qui finit par demander en urgence l'annulation de la mission ; les débris d'une station orbitale foncent directement vers les astronautes.

Il faut préciser que tout cela se déroule en temps réel et en un seul plan, avec une caméra qui semble elle aussi en apesanteur, créant un hyperréalisme jamais vu sur un écran. Dans Les Fils de l'homme déjà, Alfonso Cuarón cherchait à atteindre ce degré d'immersion. Il y parvient ici au-delà de tout ce qui a jamais été montré au cinéma : il n'y a plus ici ni effets spéciaux, ni distanciation par la fiction, simplement la sensation tétanisante d'être nous aussi perdus dans l'espace, pris au piège de l'infini.

(Sur)Vivre

Si Gravity, au gré de ses incessantes péripéties, s'affirme comme un spectacle total et inédit, qui tient autant du train fantôme que de la montagne russe, Cuarón réussit une prouesse plus grande encore que celle de la virtuosité technologique : faire surgir, au sein de l'urgence de son récit, un sous-texte qui passe uniquement par la puissance évocatrice des images.

C'est ce filin qui relie Kowalsky et Stone comme un cordon ombilical, cette soute libératrice dans laquelle Stone s'engouffre avant de se recroqueviller en position fœtale comme revenue dans un ventre fécond, ou encore la fin du film, que l'on ne racontera pas mais qui figure avec une grâce et une poésie inouïes l'exacte expression d'une re-naissance. Comme dans Et même ta mère et Les Fils de l'homme, Cuarón pose la femme comme seul avenir de l'Homme, qui choisit la pulsion de vie et l'espoir plutôt que la mort et la résignation.

Derrière l'expérience visuelle ultime se cache une œuvre intime et humaniste ; derrière le prototype révolutionnaire, il y a le film le plus abouti de son auteur.

Gravity
D'Alfonso Cuarón (ÉU, 1h31) avec Sandra Bullock, George Clooney…
Sortie le 23 octobre


Gravity

D'Alfonso Cuarón (ÉU-GB, 1h30) avec Sandra Bullock, George Clooney...

D'Alfonso Cuarón (ÉU-GB, 1h30) avec Sandra Bullock, George Clooney...

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Pour sa première expédition à bord d'une navette spatiale, le docteur Ryan Stone, brillante experte en ingénierie médicale, accompagne l'astronaute chevronné Matt Kowalsky qui effectue son dernier vol avant de prendre sa retraite.


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Money Monster : Jodie Foster joue sur du velours

ECRANS | de Jodie Foster (E-U, 1h35) avec George Clooney, Julia Roberts, Jack O’Connell…

Vincent Raymond | Mardi 17 mai 2016

Money Monster : Jodie Foster joue sur du velours

Auteure jusqu’alors de trois longs-métrages tournant autour d’une sphère domestique plutôt hétérodoxe — on frise la litote si l’on se remémore Week-end en famille (1996) ou Le Complexe du Castor (2011) —, la réalisatrice Jodie Foster marque avec Money Monster une vraie rupture en s’essayant à un registre qu’elle a souvent eu l’occasion de pratiquer en tant que comédienne : le thriller. Sans être bouleversant d’originalité, son film répond aux exigences du genre en combinant efficacité rythmique et interprétation zéro défaut. Cela dit, la roué Jodie a joué sur du velours en composant un couple ayant, depuis Soderbergh, une complicité avérée : Julia Roberts et George Clooney, au-delà de leur image glamour respective, semblent faits pour se donner la réplique sur un mode taquin. Leur cohésion ressemble à cette oreillette dont l’un ici est équipé, et à travers laquelle l’autre lui parle ; un lien invisible contribuant à consolider l’empathie éprouvée par le public pour leurs personnages. Permet-il par ricochet de mieux apprécier sa critique conjointe des relations incestueuses entre la finance et les médias, deux empires de l’imm

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Gravité sur la rentrée ciné

ECRANS | Après un été en demi-teinte, les quatre prochains mois devraient confirmer le cru exceptionnel de cette année 2013. Avec les locomotives cannoises et une pléiade d’auteurs dont on trépigne de découvrir les nouveaux opus, la rentrée est en effet salement musclée. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 30 août 2013

Gravité sur la rentrée ciné

Après le marteau-piqueur estival qui faisait résonner semaine après semaine le même air connu fait de blockbusters, d’animation pour gamins décérébrés, de films d’auteur qu’on ne savait pas où mettre ailleurs et de comédies françaises dont tout le monde se fout, le cinéma reprend ses droits comme à chaque rentrée, avec des œuvres plus audacieuses et moins routinières. C’est évidemment le cas des deux gagnants du dernier Cannes, en l’occurrence La Vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche (9 octobre) et Inside Llewin Davis des frères Coen (6 novembre). Rien de commun toutefois entre le roman naturaliste sur les amours adolescentes déployé magistralement, trois heures durant, par Kechiche, et le vagabondage d’un folkeux dépressif et poissard dans l’Amérique des années 60 raconté en mode faussement mineur et vraiment métaphysique par les Coen. Rien, sinon une envie de pousser les murs du cinéma, en faisant imploser les limites de la durée d’un côté, et celles des structures scénaristiques de l’autre. En cela, ce sont les deux grands films insoumis de cette rentrée. On espère pouvoir y adjoindre en cours de route le nouveau Bong Jo

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Une rentrée cinéma en apesanteur

ECRANS | De septembre à décembre, le programme de la rentrée cinéma est riche en événements. Grands cinéastes au sommet de leur art, nouveaux noms à suivre, lauréats cannois, blockbusters attendus et peut-être inattendus. Morceaux de choix à suivre… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 29 août 2012

Une rentrée cinéma en apesanteur

Une rentrée sans palme d’or cannoise n’est pas vraiment une rentrée. Et même si, comme il y a trois ans, elle est signée Michael Haneke, il ne faudra pas rater Amour (24 octobre), tant le film est un accomplissement encore plus sidérant que Le Ruban blanc dans la carrière du cinéaste autrichien. Avec sa rigueur habituelle, mais sans le regard surplombant qui a parfois asphyxié son cinéma, Haneke raconte le crépuscule d’un couple dont la femme (Emmanuelle Riva) est condamnée à la déchéance physique et qui demande à son mari (Trintignant) de l’accompagner vers la mort. C’est très dur, mais aussi très beau et puissamment universel, grâce entre autres à la prestation inoubliable des deux comédiens, au-delà de tout éloge. L’autre événement post-cannois est aux antipodes de ce monument de maîtrise et d’intelligence ; pourtant, Les Bêtes du sud sauvage (12 décembre), premier film de l’Américain Benh Zeitlin, procure des émotions et des sensations tout aussi intenses. Osant le grand pont entre un cinéma ethnographique quasi-documentaire et son exact contraire, la fable fantastique à base de monstres mythologiques, Zeitlin fusi

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