Her

ECRANS | En racontant l’histoire d’amour entre un homme solitaire et une intelligence artificielle incorporelle, Spike Jonze réussit une fable absolument contemporaine, à la fois bouleversante et effrayante, qui fait le point sur l’humanité d’aujourd’hui du point de vue du surhumain. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 4 mars 2014

Les open spaces, les appartements hi-tech, la ville tentaculaire, froidement encadrée par des buildings mais magnifiée par des couchers de soleil rendus surréels par la pollution ; et au milieu de tout ça, des gens qui parlent seuls dans les rues… Theodore Twombly (Joaquin Phoenix, touchant d'hébétude enfantine) est de ceux-là : mal remis d'une rupture, il écrit des lettres d'amour pour les autres et n'échange plus que virtuellement avec son oreillette pour administrer ses messages ou pratiquer le sexe on-line avec une inconnue.

Quelque chose manque à cet individu solitaire et dépressif : un amour qui ne serait pas lié à ce foutu facteur humain. Il va le trouver lorsqu'il acquiert un nouvel «OS», une intelligence artificielle douée d'une faculté cognitive exceptionnelle, qu'il baptise Samantha (héroïque prestation vocale de Scarlett Johansson) et qu'il pense modeler selon son désir tout en admirant sa "personnalité".

2014, odyssée de l'amour

Toute la beauté de Her tient dans le dialogue qui se noue entre cet homme et sa machine, celle-ci devenant au cours du film une forme à la fois sublime et cauchemardesque du surhumain. Comme s'il voulait faire le point sur les fragments d'un discours amoureux au XXIe siècle, Spike Jonze fait de Samantha une amante idéale, une amie fiable, une secrétaire efficace, une enfant à éduquer, mais aussi une force supérieure renvoyant Theodore à ses propres démons : sa jalousie, son incapacité à accepter le désir de l'autre…

Her, c'est comme si le monolithe de 2001 avait atterri dans un Apple Store pour engendrer des milliers d'Hal 9000 domestiques que l'homme, pris au piège de sa dépendance, n'arrive même plus à débrancher. Un constat effrayant traverse le film, qui renvoie à nos propres renoncements face aux utopies des années 70 — Samantha ne dit-elle pas à un Theodore dépassé «l'amour, ce n'est pas une boîte qu'on remplit» — et nous met face à notre isolement contemporain, notre frilosité et notre fragilité.

C'est aussi ce qui rend Her bouleversant : Jonze choisit de célébrer l'imperfection humaine, pointant par mille détails ce qui rend son héros à la fois faible et admirable. Ses pantalons taille haute, ses chemises aux couleurs flashy, sa moustache, ses gestes de petit rongeur pour animer sur un écran invisible son astronaute virtuel… Et surtout, ses joies simples et ses blessures profondes, que Jonze capte avec une tendresse qu'aucune machine au monde n'aurait pu filmer.

Her
De Spike Jonze (ÉU, 2h06) avec Joaquin Phoenix, Scarlett Johansson, Amy Adams…
Sortie le 19 mars


Her

De Spike Jonze (ÉU, 2h06) avec Joaquin Phoenix, Scarlett Johansson...

De Spike Jonze (ÉU, 2h06) avec Joaquin Phoenix, Scarlett Johansson...

voir la fiche du film


Los Angeles, dans un futur proche. Theodore Twombly, un homme sensible au caractère complexe, est inconsolable suite à une rupture difficile. Il fait alors l'acquisition d'un programme informatique ultramoderne, capable de s'adapter à la personnalité de chaque utilisateur.


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

A la vie, à l’amour

Théâtre | L’amour a-t-il ses raisons que la raison ignore, et surtout, ses symptômes que la science ne peut expliquer ? La neurologue Léa Paule se (...)

Cerise Rochet | Mardi 7 septembre 2021

A la vie, à l’amour

L’amour a-t-il ses raisons que la raison ignore, et surtout, ses symptômes que la science ne peut expliquer ? La neurologue Léa Paule se souvient de son patient, Hermann, hospitalisé en psychiatrie 13 ans plus tôt. Amnésique, l’homme ne semblait se rappeler que de quelques mots en russe, et du prénom de son amoureuse de toujours, Olia, dont il était à la recherche depuis des années. Un texte qui aborde le sentiment du point de vue du corps médical, écrit par Gilles Granouillet et mis en scène par François Rancillac, à la manière d’un conte pour tous ceux qui croient à l’amour fou et éternel. Hermann, les 19 et 20 novembre à l’Espace Culturel Albert-Camus au Chambon-Feugerolles

Continuer à lire

Hors saison

Photo | Les photographes Maxime Pronchery et Bernard Toselli (membres du collectif Parallax) exposent ensemble une série d’images empreinte d’une profonde poésie (...)

Niko Rodamel | Mardi 7 septembre 2021

Hors saison

Les photographes Maxime Pronchery et Bernard Toselli (membres du collectif Parallax) exposent ensemble une série d’images empreinte d’une profonde poésie esthétique. Réalisées aux abords de la Manche, les photographies panoramiques se lisent comme une divagation contemplative, au gré d’horizons baignés d’une lumière hivernale mélancolique et picturale. Les deux complices croisent ainsi leur regard sensible sur les plages normandes, des lieux chargés d’histoire, restitués ici dans leur plus simple appareil, entre ciel, terre et mer. Une vague divagation, Maxime Pronchery et Bernard Toselli, jusqu’au 1er octobre à la galerie TAG à Saint-Étienne

Continuer à lire

“Benedetta” de Paul Verhoeven : La chair et le sang

Cannes 2021 | Exaltée par sa foi et la découverte de la chair, une nonne exerce une emprise perverse sur ses contemporains grâce à la séduction et au verbe. Verhoeven signe nouveau portrait de femme forte, dans la lignée de Basic Instinct et Showgirls, en des temps encore moins favorables à l’émancipation féminine. Quand Viridiana rencontre Le Nom de la Rose…

Vincent Raymond | Mardi 13 juillet 2021

“Benedetta” de Paul Verhoeven : La chair et le sang

Italie, début du XVIIe siècle. Encore enfant, Benedetta Carlini entre au monastère des Théatines de Pescia où elle grandit dans la dévotion de la Vierge. Devenue abbesse, des visions mystiques de Jésus l’assaillent et elle découvre le plaisir avec une troublante novice, sœur Bartolomea. Son statut change lorsqu’elle présente à la suite d’une nuit de délires les stigmates du Christ et prétend que le Messie parle par sa voix. Trucages blasphématoires ou miracle ? Alors que la peste menace le pays, la présence d’une potentielle sainte fait les affaires des uns, autant qu’elle en défrise d’autres… Les anges du péché Entretenue depuis son enfance dans un culte dévot de la Vierge, conditionnée à adorer des divinités immatérielles omnipotentes, coupée du monde réel, interdite et culpabilisée lorsqu’il s’agit d’envisager les sensations terrestres, Benedetta vit de surcroît dans un monde de fantasmes et de pensées magiques, où chaque événement peut être interprété comme un signe du ciel — ce que la superstition ambiante ne vient surtout pas démentir. Prisonnière d’une commu

Continuer à lire

8 regards en parallax

Expo photos | Ils partirent quatre, mais par un prompt renfort, ils se virent quatre de plus. Le collectif de photographes stéphanois Parallax au format complet (...)

Nicolas Bros | Jeudi 24 juin 2021

8 regards en parallax

Ils partirent quatre, mais par un prompt renfort, ils se virent quatre de plus. Le collectif de photographes stéphanois Parallax au format complet revient pour une seconde exposition à la galerie Garnier des Arts, à proximité de la place Jean-Jaurès. Au programme : « huit regards singuliers, huit réflexions sur le monde d'aujourd'hui. » pour une exposition chorale menant le visiteur aux quatre coins du globe. New York, Londres, Hanoï, Bucarest et bien sûr Saint-Etienne, les yeux chercheurs de Parallax* nous en mettent plein les mirettes avec singularité et humanité. Car c'est bien l'humain qui constitue le fil conducteur de cette proposition qui multiplie les orientations : photos documentaires, portraits, reportages ou purement artistiques. A découvrir jusqu'à fin juillet. We are Parallax, expo photos à la galerie Garnier des Arts, 2, rue Francis Garnier à Saint-Etienne Jusqu'au samedi 31 juille

Continuer à lire

Mobilisés pour la recherche

RDV | Dans le souvenir d'une maman trentenaire emportée par un sarcome d'Ewing, l'association stéphanoise M la vie avec Lisa poursuit son soutien aux (...)

Niko Rodamel | Vendredi 18 juin 2021

Mobilisés pour la recherche

Dans le souvenir d'une maman trentenaire emportée par un sarcome d'Ewing, l'association stéphanoise M la vie avec Lisa poursuit son soutien aux chercheurs avec la sixième édition de l'Art Cherche. Pas moins de cinquante-huit artistes de la région ont répondu présent pour cette généreuse expo-vente, offrant une partie de leur travail au profit de la recherche médicale sur les sarcomes. L'Art Cherche, 6e édition les 18 et 19 juin 9h/17h au Village Café-Jacques Chapuis, 35 rue des Aciéries à Saint-Etienne

Continuer à lire

D’art d’art

Galerie | La galerie PASQUI fait partie de ces lieux d’art qui ont traversé la crise covidienne sans trop d’encombre, les acheteurs n’hésitant à enrichir leurs (...)

Niko Rodamel | Mercredi 9 juin 2021

D’art d’art

La galerie PASQUI fait partie de ces lieux d’art qui ont traversé la crise covidienne sans trop d’encombre, les acheteurs n’hésitant à enrichir leurs collections en cliquant à distance et à se faire livrer (parfois à l’autre bout du monde) des œuvres choisies sur écran. Un rapport d'Artprice (LA référence) révèle pourtant que, s’il est parvenu à limiter la casse en basculant massivement vers le numérique, le marché de l’art enregistre une perte de seulement 21% de chiffre d'affaires. Entre street art, art brut, abstraction, pop art, art cinétique et sculptures, le catalogue PASQUI regroupe déjà une quarantaine d’artistes, dont plusieurs plasticiens locaux soutenus par la galerie, à l’image de LUMA ou de Viza. Pour son exposition estivale, Agnès Court et David Pasquinelli mettent à l’honneur quelques grands noms : Mr Brainwash, C215, Takashi Murakami, JonOne, Richard Orlinski, Hervé Di Rosa, Robert Combas, Erro et Jef Aérosol, avec des sérigraphies numérotées de Banksy himself et de Shepard Fairey (Obey). Exposition d’été, du 19 juin au 31 juillet, galerie PASQUI à Saint-Étienne

Continuer à lire

Drapé comme jamais

Photos | La photographe stéphanoise Myette Fauchère poursuit une résidence artistique de plus de six mois à La Maison du Passementier, ponctuée de nombreuses rencontres (...)

Niko Rodamel | Mercredi 9 juin 2021

Drapé comme jamais

La photographe stéphanoise Myette Fauchère poursuit une résidence artistique de plus de six mois à La Maison du Passementier, ponctuée de nombreuses rencontres et ateliers. Après un premier accrochage avec les séries Zoo, Pieds, Gants et Portraits caméléon, l'artiste dévoile sur les cimaises saint-jeandaires le fruit d'une nouvelle création, en partie réalisée au sein du musée pour l'occasion transformé en studio. Avec Achevé et Fantôme, Myette photographie objets usuels et modèles humains qu’elle habille de bâche transparente ou de tissu, donnant naissance à des volumes sculpturaux étonnants. Faisant référence aux drapées des statuaires antiques, aux modèles de la Renaissance ou encore aux figures modernes, la photographe questionne la fonctionnalité des objets et leur place dans notre société. Myette Fauchère, jusqu’au 13 juillet, Atelier-musée La Maison du Passementier à Saint-Jean-Bonnefonds

Continuer à lire

Lucas Belvaux : « Il ne doit pas y avoir un plaisir malsain à regarder la violence »

Rencontre | Adapté du roman de Laurent Mauvignier, Des hommes rend justice à toutes ces victimes de la Guerre d’Algérie payant les intérêts de décisions “supérieures“ prises au nom des États. Et s’inscrit avec cohérence dans la filmographie du (toujours engagé) cinéaste Lucas Belvaux…

Vincent Raymond | Mercredi 19 mai 2021

Lucas Belvaux : « Il ne doit pas y avoir un plaisir malsain à regarder la violence »

Il y a un lien manifeste entre Chez Nous (2017) et ce film qui en constitue presque une préquelle… Lucas Belvaux. Il est un peu né du précédent, oui. J’avais lu le livre de Laurent Mauvigner à sa sortie en 2009, et à l’époque j’avais voulu prendre les droits et l’adapter. Mais Patrice Chéreau les avait déjà, et puis il est tombé malade et n’a pas eu le temps de le faire. J’avais laissé tombé et puis, avec le temps, ne voyant pas le film se faire, je m’y suis intéressé à nouveau. Surtout après Chez nous : il y avait une suite logique. J’ai relu le livre, je l’ai trouvé toujours aussi bon et mon envie de l’adapter était était intacte — ce qui est bon signe après 10 ans. Outre “l’actualité” de votre désir, il y a celle du sujet : on a l’impression qu’on ne fait que commencer avec le traitement de “liquidation“ de la Guerre

Continuer à lire

CARBONE, bis repetita

ARTS | Porté par la galerie associative Les Limbes, le projet CARBONE 20 propose de repenser la diffusion de l’art actuel et contemporain par les structures (...)

Niko Rodamel | Mercredi 21 octobre 2020

CARBONE, bis repetita

Porté par la galerie associative Les Limbes, le projet CARBONE 20 propose de repenser la diffusion de l’art actuel et contemporain par les structures qui œuvrent au quotidien au sein de leur territoire. Sous la direction de Akim Pasquet, Léa Cotart-Blanco et Linda Roux, la seconde édition de cette Biennale de collectifs et lieux d'artistes met ainsi en lumière comme en résonance des plasticiens et des réseaux qui conservent un lien étroit avec leur quartier, leur ville, leur région et les habitants qui y vivent. Qu’elles soient internationales, nationales ou régionales, les structures invitées forment une communauté d'esprit dans laquelle, chacune à leur manière, toutes s'engagent avec force en faveur des arts plastiques. Le programme promet un riche télescopage d'expositions, des performances et des conférences, un peu partout dans la ville : galeries, librairies, magasins en stand by ou encore dans l’espace urbain. Dix jours de rencontres et d'aventures artistiques hors normes qui forment le précieux reflet d'une création prospective nationale et internationale, à la fois exigeante et populaire. Parmi la trentaine de propositions, le run-space Greenhouse accueillera

Continuer à lire

Quand l’Histoire fait dates

Projection-débat | L’emblématique programme de la chaîne culturelle ARTE s’offre une avant-première stéphanoise événementielle. En compagnie de Patrick Boucheron, historien et (...)

Vincent Raymond | Mardi 6 octobre 2020

 Quand l’Histoire fait dates

L’emblématique programme de la chaîne culturelle ARTE s’offre une avant-première stéphanoise événementielle. En compagnie de Patrick Boucheron, historien et directeur de cette collection documentaire, les deux premiers épisodes inédits de 26’ (Octobre 1860 - Le sac du Palais d’été de Pékin et 4 juillet 1776 - La déclaration d’indépendance américaine) seront diffusés et la projection sera suivi d’un débat. Au Méliès Jean-Jaurès le 12 octobre 2020 de 19h45 à 22h.

Continuer à lire

"Tenet" : Au temps pour lui

ECRANS | Attendu comme le Messie, le nouveau Nolan peut exploser le box-office si les spectateurs consentent à voir plusieurs fois ce "Mission : Impossible" surnaturel pour être sûr de bien le comprendre. Il y aura donc un avant et après Tenet. Encore que…

Vincent Raymond | Mardi 25 août 2020

Agent travaillant pour une organisation gouvernementale, Tenet est chargé d’enquêter sur un trafic de matériaux aux propriétés physiques insolites puisqu’ils inversent le cours du temps. Derrière tout cela se cache un mafieux russe cruel, Sator, doté d’une belle femme malheureuse… Quand un concept surpasse la chair de l’intrigue… Nolan nous a habitués à manipuler — et de façon osée — les deux composantes “deleuziennes“ du cinéma : l’image-temps et l’image-mouvement. À modeler la texture de la première pour qu’elle accueille la seconde. Une démarche aussi productive qu’inventive entamée avec Inception, poursuivie avec Interstellar et étrangement Dunkerque (où le montage approfondissait différemment l’intrication d’espaces temporels disjoints et cependant parallèles). Tenet suit logiquement cette ligne, aussi sûrement qu’une obsession proustienne pour le temps perdu, avec donc ce qu’elle comporte de désespoir. Si les problématiques sont excitantes — irradier des objets ou des personnes pour qu’ils aillent à

Continuer à lire

Sophie Deraspe : « Dès lors qu’on parle de héros, on est dans les limites du réalisme »

Antigone | D’une intrigue tragique vieille comme le monde, Sophie Deraspe fait une relecture terriblement contemporaine et réalisée avec adresse. Il se passe toujours beaucoup de choses du côté du cinéma québécois, plus divers qu’on voudrait nous laisser croire.

Vincent Raymond | Vendredi 4 septembre 2020

Sophie Deraspe : « Dès lors qu’on parle de héros, on est dans les limites du réalisme »

L’Affaire Fredy Villanueva a été la source principale de votre écriture. Mais la transposition d’Antigone, de par sa lecture géopolitique contemporaine, s’est-elle imposée à vous comme un corollaire à votre documentaire Le Profil Amina ? Ici aussi en effet, les crises du Moyen Orient ou du Printemps arabe forment un substrat nécessaire à l’accomplissement de l’intrigue… Sophie Deraspe : Les liens ne sont pas directs avec Le Profil Amina. Peut-être que je me sentais à l’aise d’aller vers le Moyen Orient ; ici, la famille est algérienne et avant le tournage, je n’étais pas allée en Algérie… Mais j’ai plutôt l’impression que les liens les plus directs avec Le Profil Amina se passent avec la vie en ligne — une vie virtuelle. Par exemple, ce qui concenrne l’affaire Villanueva, je l’ai appris dans les médias traditionnels : les émeutes, les manifestations, les militants… Mais ensuite, c’est en ligne que j’ai eu accès à la parole des ge

Continuer à lire

Hervé Nègre, photographe aux semelles de vent

Portrait | Après avoir parcouru et photographié un nombre presque incalculable de pays, le photographe Hervé Nègre pose ses valises à Saint-Étienne. Fraîchement installée aux pieds du Crêt de Roch, la Galerie A témoigne du riche parcours artistique mais aussi humain d’un homme passionnément curieux. Texte et photo Niko Rodamel

Niko Rodamel | Mercredi 8 juillet 2020

Hervé Nègre, photographe aux semelles de vent

Depuis sa naissance à Lyon en 1948, on peut dire qu’Hervé Nègre a continuellement suivi l’appel du large, glissant de parallèles en méridiens avec son appareil photo à portée de mains et les yeux grands ouverts sur le monde. Dès l’enfance, les déménagements seront nombreux, la famille vivant au rythme de la carrière militaire du paternel. « J’ai déménagé 34 fois déjà, en France comme à l’étranger, depuis tout petit j’ai vu défiler pas mal de paysages. » Étonnement, personne dans la famille ne pratiquait sérieusement la photographie. « Je me souviens pourtant de quelques images en noir et blanc que mon père avait faites en Indochine. Sur l’une d’entre elles on voyait un pêcheur et son reflet à la surface d’un lac, avec un monument en arrière-plan. Cette image a sans doute allumé quelque chose en moi. » Avec le temps le garçon verra donc grandir cette attirance pour la photo, un élan intérieur qui l’encouragera au détour de l’adolescence à enchaîner quelques petits boulots. « Mon premier salaire est passé dans un Solex neuf et un appareil photo d’occasion ! C’était un Foca Universel, copie française de Leica. J’ai fait mes premières photographies au lycée, le

Continuer à lire

"Midnight Runner" : La course à l’abîme

ECRANS | De Hannes Baumgartner (Sui., 1h32) avec Max Hubacher, Annina Euling, Sylvie Rohrer…

Vincent Raymond | Mardi 30 juin 2020

Champion de course, Jonas s’entraîne avec une ombre au-dessus de la tête : celle de son frère mort, qui jadis le soutenait. Déséquilibré par son absence, il se met à agresser des femmes nuitamment. Le jour, il donne le change : personne ne réalise vraiment la gravité de son état… Froid, clinique, sec… Tel semble Jonas, tel paraît être le film. Voudrait-on appuyer sur des clichés que l’on incriminerait en sus la rugosité du dialecte suisse-allemand, l’ambiance hivernale des entraînements dans les forêts boueuses ou sur le pavé bernois et l’image bleuâtre ! Nul besoin d'ajouter que Baumgartner s’est inspiré d’un fait divers pour charger la barque de ce douloureux long métrage peu bavard, et cependant fascinant dans sa limpidité : le mal-être de Jonas évident, dévorant, obsédant et antérieur à la disparition de son frère — on découvrira qu’ils ont tous deux été placés dans une famille d’accueil — n’est plus apaisé par la pratique hypnotique du fond. Il a trouvé un dérivatif plus puissant dans la transgression d’un interdit ; une décharge d’adrénaline supérieure aux endorphines. Une pulsion contre la raison.

Continuer à lire

Hérodiade de Massenet en replay gratuit

Opéra | Hérodiade de Jules Massenet, production de l'Opéra de Saint-Étienne donnée en novembre 2018 (dont on vous avait parlée dans cet article), est disponible dès (...)

Nicolas Bros | Vendredi 12 juin 2020

Hérodiade de Massenet en replay gratuit

Hérodiade de Jules Massenet, production de l'Opéra de Saint-Étienne donnée en novembre 2018 (dont on vous avait parlée dans cet article), est disponible dès aujourd'hui à 18h en replay gratuit sur le site de la Ville de Saint-Étienne. L'occasion de replonger dans cette oeuvre du compositeur stéphanois. À la direction musicale, Jean-Yves Ossonce, et au plateau Elodie Hache, Emanuela Pasci, Florian Laconi ou encore Nicolas Cavallier.

Continuer à lire

Ouvrez la "Parenthèse"

Initiative locale - vente aux enchères d'artistes stéphanois | Depuis le 15 mai et jusqu'au 30 mai, vous avez la possibilité de participer à une vente aux enchères digitales au profit de plusieurs artistes stéphanois. (...)

Nicolas Bros | Lundi 25 mai 2020

Ouvrez la

Depuis le 15 mai et jusqu'au 30 mai, vous avez la possibilité de participer à une vente aux enchères digitales au profit de plusieurs artistes stéphanois. Cette initiative s'appelle "Parenthèse" et a été pensée à l'initiative de l'association Escap'art en collaboration avec Christian Jeanpierre et l'étude de Maître Brossat. Les oeuvres proposées ont toutes été réalisées sur support papier et au format A4, permettant un envoi postal. Les organisateurs précisent que « l'ensemble des oeuvres est mise aux enchères sur le site Drouot Online Brossat (inscription gratuite) à hauteur de 50 euros en prix de départ. L'enchère se clôturant le 30 mai à minuit. Bien entendu, aucun bénéfice ne sera réalisé sur cette vente. Sous le contrôle de Maître Brossat, l'ensemble des sommes collectées sera redistribué à part égale aux participants que leur oeuvre ai trouvé preneur ou non et quelque soit le montant final de l'enchère. » Vous pouvez retrouver cette vente aux enchères comptant 139 lots sur

Continuer à lire

Printemps affable

Festival classique | Le festival Cziffra offre une programmation jalonnée de jolis duos. Parmi ceux-là, on trouve celui formé par le pianiste breton Romain Hervé et PPDA. Habitués à (...)

Nicolas Bros | Mercredi 4 mars 2020

Printemps affable

Le festival Cziffra offre une programmation jalonnée de jolis duos. Parmi ceux-là, on trouve celui formé par le pianiste breton Romain Hervé et PPDA. Habitués à travailler ensemble sous ce format de piano-lecture, ils ont déjà commis deux spectacles, L'Homme, le Vent et la Mer et Légendes Armoricaines. Pour leur venue au festival d'Unieux, c'est une ode au printemps à laquelle ils nous convient. « C'est une création spéciale pour célébrer l'arrivée de la saison printanière, explique Romain Hervé. Nous allons balayer différentes époques avec des compositions et des textes mélangeant des grands classiques et des oeuvres bien plus récentes. » Chopin, Liszt, Mendelssohn cotoient Albeniz, Bonis ou Chatman et Chateaubriand, Desnos ou Hugo s'affichent aux côtés de Bernard De L'Océan, Samain ou Petit-Senn. Un programme dense, coloré et inédit qui viendra en point d'orgue de ce festival qui égaie le mois de mars en Ondaine. Notes de Printemps de Romain Hervé et Patrick Poivre d'Arvor, dimanche 22 mars 2020 à 15h, à l'Eglise du Bourg à Unieux, dans le cadre du 27e festival Cziffra

Continuer à lire

"Wet Season" : Cours particuliers

ECRANS | De Anthony Chen (Sing.-Taïw., 1h43) avec Yann Yann Yeo, Christopher Ming-Shun Lee, Koh Jia Ler…

Vincent Raymond | Mercredi 19 février 2020

Singapour. Ling enseigne le chinois à des élèves de terminale à qui cette matière n’importe peu et peine à avoir un enfant. Épouse dévouée, elle s’occupe du père paralytique de son mari fuyant. L’un de ses élèves se rapproche alors d’elle, alors qu’au-dehors, la mousson s’abat sur le pays… Le hasard fait se succéder sur les écrans français à quelques semaines d’intervalle La Beauté des choses (1995), l’inédit de Bo Widerberg et ce nouveau film Anthony Chen qui se répondent de façon stupéfiante. Bien que le contexte historique (la Seconde guerre mondiale en Suède chez Widerberg, Singapour aujourd’hui chez Chen) et le point de vue (l’adolescent pour l’un, l’enseignante pour l’autre) soient opposés, la trame est identique : un lycéen un peu à part noue une relation “inappropriée“ avec une enseignante mariée et délaissée par son époux, alors que gronde une menace extérieure — ici, climatique. Un argument de fantasme à deux sous (à dessous ?) qu’Anthony Chen habille de nombreuses ramifications signifiantes en composant l’entourage de Ling. Celle-ci apparaît en effet comme totalement marginalisée : à son foyer, elle s’occupe de son beau-pè

Continuer à lire

"La Cravate" : Auto-psy d’un frontiste

Film du mois | De l’espoir à la désillusion, le parcours d’un jeune militant FN lors de la campagne pour l’élection présidentielle 2017. Un portrait documentaire mâtiné d’auto-analyse reposant sur un dispositif ingénieux signé par les auteurs du remarqué "La Sociologue et l’Ourson".

Vincent Raymond | Mercredi 5 février 2020

2017, dans le Nord de la France. Bastien, vingt ans à peine, est déjà un militant chevronné du FN. Auprès de son délégué départemental, guère plus âgé que lui, il prépare la campagne de Marine Le Pen et rêve d’intégrer les hautes sphères du parti. Une caméra le suit durant quelques mois… Déjà auteurs d’un très réussi documentaire conjuguant un dispositif original et une thématique sociétale on ne peut plus clivante (La Sociologue et l’Ourson, consacré au projet de loi du Mariage pour tous), Mathias Théry & Etienne Chaillou n’ont pas choisi la facilité avec ce sujet qu’on devine à mille lieues de leurs affinités politiques. Mais c’est sans ironie ni dédain, avec la sincère curiosité de sociologues (pour ne pas dire d’anthropologues) qu’ils s’attachent aux pas de leur “personnage“, histoire de comprendre la logique de son embrigadement, la dialectique du parti qu’il a rejoint et ses aspirations personnelles. Le terme de “personnage“, renvoyant ordinairement à un corpus de fiction, n’a ici rien d’usurpé puisque

Continuer à lire

"Jojo Rabbit" : J’avais deux camarades

Raté | Un garçonnet dont le confident imaginaire est Hitler, se retrouve à sauver des nazis une orpheline juive. Taika Waititi s’essaie au burlesque dans une fable maladroite ne sachant jamais quel trait forcer. Une déception à la hauteur du potentiel du sujet.

Vincent Raymond | Mercredi 29 janvier 2020

Allemagne, années 1940. Tête de turc de sa section des Jeunesses hitlériennes, le malingre et craintif Jojo trouve du réconfort auprès d’un ami imaginaire, Adolf en personne. Tout s’embrouille lorsqu’il découvre une adolescente juive cachée dans les murs de sa maison… L’accueil enthousiaste rencontré par Jojo à Toronto, doublé d’un Prix du Public, en a fait l’un des favoris dans la course à l’Oscar. Sur le papier, le postulat du film a de quoi susciter la curiosité tant il semble cumuler les transgressions volontaires. Résumons : Jojo conte tout de même la fin de la Seconde Guerre mondiale côté allemand du point de vue d’un jeune féal du Führer en adoptant un registre absurdo-burlesque avec des stars populaires, le tout sous la direction de Taika “Ragnarok” Waititi qui s’adjuge de surcroît le rôle d’Hitler. Ça fait beaucoup, mais pourquoi pas si une cohérence supérieure gouverne les choses. Ce n’est malheureusement pas le cas. Hitler ? Connais pas… Waititi ne sachant pas quel ton maintenir, son film apparaît violemment hétérogène. Taillant sur mesure ses séquences aux pr

Continuer à lire

"Scandale" : Télégénie du mâle

ECRANS | De Jay Roach (É.-U., 1h48) avec Charlize Theron, Nicole Kidman, Margot Robbie…

Vincent Raymond | Mardi 21 janvier 2020

Patron de la très conservatrice chaîne d’infos Fox News, Roger Ailes impose à ses collaboratrices ses exigences et privautés, ainsi qu’une impitoyable loi du silence. Jusqu’à 2016, où la journaliste Gretchen Carlson, mise sur la touche, révèle ses pratiques. Peu à peu, les langues vont se délier… L’an passé, un familier du registre comique avait signé avec Vice un portrait aussi documenté que vitriolé de l’ancien vice-président républicain Dick Cheney. Rebelote aujourd'hui avec Jay Loach, dont on se souvient qu’il fut révélé par ses séries potacho-burlesques (Austin Powers, Mon beau-père et moi…) avant de se reconvertir dans le biopic politique. Dans Scandale, le cinéaste — qui ne peut cacher ses sympathies démocrates — monte au front pour épingler les travers de la frange la plus conservatrice de la société américaine à travers la bouche d’égout qui lui sert d’organe quasi-officiel. Au moment où le scandale éclate, nous sommes à la fois à la veille de #MeToo mais aussi (et surtout) en plein dans la campagne présidentielle qui vit Trump gag

Continuer à lire

"La Vérité" : Tout sur sa mère

ECRANS | De Hirokazu Kore-eda (Fr.-Jap., 1h47) avec Catherine Deneuve, Juliette Binoche, Ethan Hawke, Margot Clavel…

Vincent Raymond | Mercredi 18 décembre 2019

Star de cinéma, Fabienne vient de publier ses mémoires titrés La Vérité et va entamer un nouveau tournage. Sa scénariste de fille Lumir, son époux et leur petite Charlotte, débarquent alors de New York. Leur séjour permettra de régler de vieilles querelles, mais aussi panser des plaies… « On ne peut se fier à sa mémoire ». Aux allures de mantra, cette réplique est un peu la clef de La Vérité : on l’entend sortir de la bouche de Lumir (reprochant les arrangements de sa mère avec la vérité dans son livre), mais aussi de celle de la fantasque Fabienne, faisant remarquer en retour à sa fille que le point de vue d’une enfant est trompeur. Si l’actrice revendique dans sa vie comme son art le “mentir vrai“ d’Aragon, en assumant également une incorrigible mauvaise foi et ses caprices, elle sait — par le bénéfice de l’âge — que toute vérité est relative, subjective. Que la perfection qu’elle suppose, forcément impossible à atteindre. Et que l’écrit est un pis-aller au jeu, donc à la vie. Acteurs 1, scénaristes 0 ? Difficile de savoir qui aura le dernier mot ! Kore-eda accomplit ici une œuvre d’une

Continuer à lire

"La Reine des Neiges 2" : Deux à la Neige

Libérée (à nouveau) | De Jennifer Lee, Chris Buck (É.-U., 1h42) avec les voix (v.o./v.f.) de Idina Menzel/Charlotte Hervieux, Kristen Bell/Emmylou Homs, Josh Gad/Danny Boon…

Vincent Raymond | Mercredi 20 novembre 2019

En paix avec sa sœur Anna et ses pouvoirs, Elsa règne désormais sur le royaume laissé par leurs parents. Mais un étrange appel qu’elle seule entend la pousse à aller vers une forêt enchantée réputée maudite. Là se trouvent les réponses aux questions qu’elle se pose depuis toujours… Peut-être aviez-vous entendu parler du premier opus, qui avait connu son petit succès — en particulier dans les cours de récréation et les karaokés. Taillée dans le même bloc narratif, cette suite à l’avenant est servie avec un supplément de sucre glace : Anna et Elsa étant réconciliées, l’enjeu dramatique majeur n’est plus leur leur opposition sororicide, mais le risque que l’une soit séparée de l’autre par des antagonistes qui, à une exception près, ne s’avèrent pas bien redoutables. Pour le reste, l’animation et la qualité des textures (en particulier celles de l’eau) demeurent d’une virtuosité stupéfiante, chaque plan semblant se présenter comme un manifeste technologique. Et naturellement, la bande-son se trouve saturée de chansons. Combien y en a-t-il ? Assurément trop et interchangeables pour Elsa et Anna racontant peu ou prou toujours des promesse

Continuer à lire

Kaffee Sacher

Classique | Non, ce n'est pas au Sacher que vous convie l'Opéra de Saint-Étienne, mais bien au Novotel, pour y déguster sa célèbre spécialité... musicale. Catherine Séon, (...)

Alain Koenig | Mercredi 4 décembre 2019

Kaffee Sacher

Non, ce n'est pas au Sacher que vous convie l'Opéra de Saint-Étienne, mais bien au Novotel, pour y déguster sa célèbre spécialité... musicale. Catherine Séon, toujours parfaite au pays de Sissi, conjuguera sa voix « flûtée au champagne » à celle de Philippe Noncle, pour ce délicieux apéritif de l'Avent viennois. Café viennois, jeudi 12 décembre dès 18h30 au Novotel de Saint-Étienne

Continuer à lire

Le club dans un fauteuil pour ses trophées 2019

Presse/Communication | « L'idée de ces Trophées est de valoriser tous les métiers de la presse et de la communication présents dans la Loire », explique Eric Laisne, tout nouveau (...)

Nicolas Bros | Mardi 12 novembre 2019

Le club dans un fauteuil pour ses trophées 2019

« L'idée de ces Trophées est de valoriser tous les métiers de la presse et de la communication présents dans la Loire », explique Eric Laisne, tout nouveau président du Club de la presse et de la communication de la Loire et instigateur de l'événement. Pour la deuxième année, ce rendez-vous professionnel promeut le travail de celles et ceux qui mettent en avant le territoire stéphanois et ligérien par le biais d'articles, reportages, campagnes de communication mais également posts Instagram ou Facebook. Avec huit catégories proposées, le présentateur de JT Jacques Legros en tant que parrain et 73 candidatures enregistrées pour l'édition 2019, les Trophées du club seront, à coup sûr, une nouvelle réussite. Si la soirée n'est pas ouverte au grand public, l'ensemble des articles et créations lauréats seront à retrouver sur le site des Trophées du Club de la presse et de la communication de la Loire après la cérémonie. 2e Trophées du Club de la presse et de la communication de la Loire, jeudi 14 novembre 2019

Continuer à lire

Assemblage

USA | Depuis le 18 septembre et jusqu'au 5 janvier, la quinzième biennale d'art contemporain de Lyon bat son plein sur les 29 000 m² des Usines Fagor, (...)

Niko Rodamel | Mardi 5 novembre 2019

Assemblage

Depuis le 18 septembre et jusqu'au 5 janvier, la quinzième biennale d'art contemporain de Lyon bat son plein sur les 29 000 m² des Usines Fagor, mais aussi dans près de cent cinquante lieux de la région Auvergne-Rhône-Alpes qui entrent en résonance avec la Métropole lyonnaise. Au 14 de la rue Sainte-Catherine à Saint-Etienne, l'Espace 181 - librairie La Ciguë propose avec Art is love is god de découvrir les « assemblagistes ». Précurseurs méconnus de la beat generation. ce réseau informel de poètes et d'artistes est né à la fin des années quarante sur la côte ouest des USA. A San Francisco puis à Los Angeles, Wally Hedrick, Jess, Bruce Conner, George Herms, Wallace Berman, Edward Kienholz, Jay DeFeo ou encore Charles Brittin formaient ainsi un courant éclectique et protéiforme, livrant une exploration critique de la société américaine à travers des installations mêlant peinture, collage et sculpture à base de matériaux récupérés, mais aussi à travers la poésie, le cinéma. Il faudra attendre 1961 pour que le courant prenne une forme plus officielle, avec l’exposition The art of assemblage au MoMA de New-York. Art is love is god, jusqu'au 30 nov

Continuer à lire

Courant d'art

Peintures | En parallèle d'une riche programmation annuelle qui s'articule autour du théâtre, de la danse, de la musique mais aussi du jeune public, le Chok théâtre (...)

Niko Rodamel | Mardi 5 novembre 2019

Courant d'art

En parallèle d'une riche programmation annuelle qui s'articule autour du théâtre, de la danse, de la musique mais aussi du jeune public, le Chok théâtre accueille régulièrement des expositions sur les hauts murs blancs de son entrée. Intermittent du spectacle et responsable de la régie technique des lieux, Hervé Fogeron est issu du monde du théâtre où il évolue en tant que scénographe, décorateur et créateur lumière. Mais l'homme est aussi un plasticien malicieusement inventif. De sa formation protéiforme (École Boulle, Beaux-Arts et École d’Architecture), Hervé conserve un goût certain pour les univers expressionnistes où s'entremêlent mouvement, lumière et son. Avec Live de scène, sa peinture singulière met en scène les personnages tragicomiques de son propre microcosme fantasmagorique... A noter que le soir du vernissage (vendredi 8 novembre dès 18h30), le Chok théâtre renouvellera sa scène ouverte (aux amateurs) dédiée à Jacques Higelin. Les Teens Singers du lycée La Salle seront notamment de la partie, tombés du ciel mais pas de la dernière pluie ! Hervé Fogeron - Live de scène, du 8 novembre au vendredi 24 janvier, le Chok théâtre à Saint-Étienne

Continuer à lire

Fiat lux

Festival d'arts numériques | Saint-Étienne accueille un nouveau festival d'arts numériques du 5 au 9 novembre. Pléiades, c'est son nom, propose une sélection d'œuvres disposées dans (...)

Nicolas Bros | Mardi 5 novembre 2019

Fiat lux

Saint-Étienne accueille un nouveau festival d'arts numériques du 5 au 9 novembre. Pléiades, c'est son nom, propose une sélection d'œuvres disposées dans l'espace public et dans une vingtaine de commerces du centre-ville. Le collectif Scenocosme (de Grégory Lasserre et Anaïs met den Ancxt), Derrick Giscloux, Jérôme Villeneuve ou encore Catherine Ikam et Louis Fleri font partie des artistes proposant des créations pour cette première édition de cette initiative menée conjointement par la Ville de Saint-Étienne et l'association Sainté Shopping. Festival Pléiades, du 5 au 9 novembre dans le centre-ville de Saint-Étienne

Continuer à lire

"Joker" : Ris amer

Lion d'Or | La douloureuse naissance de l’antagoniste de Batman en mode rite initiatique sadique et parcours contre-résilient. Bouc émissaire virant bourreau, Joaquin Phoenix est plus qu’inquiétant dans cette copie-carbone du cinéma des 70’s. Un interloquant Lion d’Or.

Vincent Raymond | Mardi 8 octobre 2019

Atteint d’un trouble mental lui provoquant d’irrépressibles fous-rires, Arthur Fleck vit seul avec sa mère grabataire. Effectuant des prestations de clown pour survivre, il ambitionne de se lancer dans le stand-up. Mais rien ne se passe comme prévu, et une spirale infernale l’aspire… Un déclassé humilié par tous dans une grande métropole en crise devenant un héros populaire après avoir commis un acte délictuel ; un humoriste raté se vengeant de ses échecs sur son idole… Une quarantaine d’années environ après Taxi Driver (1976) et La Valse des Pantins (1982), Martin Scorsese vient donc de recevoir (par procuration) le Lion d’Or de la Mostra pour un film portant nombre de ses “stigmates“ — ne manque guère qu’un petit fond de religiosité chez le personnage principal —, mais aussi payant un lourd tribut à Sidney Lumet (Network, Un après-midi de Chien) comme à DePalma, dont le Blow Out (1981) brille au fronton d’un cinéma de Gotham. Todd Philipps a en effet signé avec Joker un excellent film de

Continuer à lire

Catherine Deneuve - Emmanuelle Bercot : « Il faut beaucoup de non-dit pour maintenir un équilibre »

Fête de famille | Dans le film de Cédric Kahn, l’une est une mère fuyante, l’autre une fille hurlante. Pas étonnant qu’elle n’arrivent pas à communiquer. Mais ici, les deux comédiennes dialoguent sans peine.

Vincent Raymond | Mercredi 4 septembre 2019

Catherine Deneuve - Emmanuelle Bercot : « Il faut beaucoup de non-dit pour maintenir un équilibre »

Emmanuelle, comment Cédric Kahn vous a-t-il présenté le rôle de Claire ? Emmanuelle Bercot : Cédric n’est pas quelqu’un qui présente les choses (sourire). En fait, j’ai lu et tout était clair. Mais à vrai dire, on n’a peut-être pas le même point de vue ni le même avis sur le personnage. Peu importe. De toutes façons, il ne sait pas ce que j’ai dans tête quand je joue, et je ne sais pas non plus ce qu’il a dans la sienne. Mais on réussit à se rejoindre par le travail sur le plateau. Catherine, qu’est-ce qui vous attendrit dans votre personnage ? Catherine Deneuve : Le fait qu’on sente que sa vie a été très portée par la famille. C’est une chose vraiment essentielle dans sa vie, je trouve ça assez touchant. On voit bien que la famille, c’est encombrant : il est difficile de garder ses membres ou les maîtresses ou les femmes. Mais c’est émouvant de consacrer sa vie à ça. Vous trouvez-vous des points communs avec elle ? CD : Je n’ai pas l’impression. En aviez-vous davantage avec les “mères“ que sont Claire Darling d

Continuer à lire

Tchernodébile

SCENES | "Réserve Radiologique Naturelle". Quel nom étrange, pour un site contaminé par des métaux lourds et des éléments radioactifs en très grandes quantités. Le 26 avril (...)

Cerise Rochet | Mardi 3 septembre 2019

Tchernodébile

"Réserve Radiologique Naturelle". Quel nom étrange, pour un site contaminé par des métaux lourds et des éléments radioactifs en très grandes quantités. Le 26 avril 1986, l'accident de Tchernobyl devenait la plus grande catastrophe technologique de l'histoire de l'humanité. Qu'en reste-t-il, 33 ans après ? Avec L'Herbe de l'Oubli, la compagnie belge Point Zéro emmène le spectateur à la rencontre de ceux qui sont toujours là, qui mangent les légumes de leur jardin et qui ne sont pas encore nés qu'ils sont déjà malades. Glaçant. L'Herbe de l'oubli, jeudi 6 février 2020 à 20h30 à la Maison de la Culture de Firminy

Continuer à lire

"Fête de famille" : Pièce rapportée

ECRANS | Un seul être revient… et tout est dévasté. Cédric Kahn convoque un petit théâtre tchekhovien pour pratiquer la psychanalyse explosive d’une famille aux placards emplis de squelettes bien vivants. Un drame ordinaire cruel servi par des interprètes virtuoses.

Vincent Raymond | Mercredi 4 septembre 2019

Pour son anniversaire, Andréa a convié enfants et petits-enfants dans la maison familiale. Mais l’irruption de l’aînée, Claire, met au jour (et à vif) plaies et dettes du passé. Entre la bipolarité de la revenante, les coups de sang du cadet et l’aboulie des autres, la fête à du plomb dans l’aile… Si les questions de corps au sens large — cul, inceste, maladie, décès… — constituent les habituels carburants dramatiques des réunions de familles cinématographiques souvent crues et psychologiquement violentes (Festen, La Bûche, Un conte de Noël…), aucune d’entre elles ne surpasse le tabou suprême que constitue le fric. Fille d’Andréa née d’un précédent lit, Claire veut récupérer l’héritage de son père qu’elle placé dans la maison de famille… où vivent sa mère, mais aussi sa fille, qu’elle a abandonnée pour mener son existence instable et qui la hait. Dette d’amour, dette d’argent, silences embarrassés… Dans cette maison trop grande, dont les recoins pénombraux disent les non-dits coupables, personne à l’exception du cadet n’ose s’opposer à la fille prodigue ni prendre

Continuer à lire

Toucher du bois

Vis ma vie de bûcheron | Une matinée dans les bottes d'un bûcheron, une activité bien insolite que propose Fibois Aura (l’interprofession forêt-bois Auvergne-Rhône-Alpes). À la (...)

Antoine Desvoivre | Vendredi 26 juillet 2019

Toucher du bois

Une matinée dans les bottes d'un bûcheron, une activité bien insolite que propose Fibois Aura (l’interprofession forêt-bois Auvergne-Rhône-Alpes). À la rencontre des bûcherons, débardeurs et gestionnaires forestiers, le public est invité à étendre ses connaissances sur le poumon vert de l'Hexagone. Parce que leur métier ne se résume pas à scier des branches, c'est l'occasion d'apprendre, par l'observation, en quoi consiste le travail de ceux qui entretiennent la forêt et la rendent facilement accessible. Une occasion de profiter des beaux bois de notre région, et, qui sait, créer des vocations. Le 30 juillet à Noirétable, et le 1er aout à Monbrison. Plus d'informations auprès des Offices du tourisme locaux.

Continuer à lire

Country roads

The Green Escape | Le quasi-mythique festival altiligérien remet le couvert pour la 32e année : "the Green Escape is coming back" avec, comme d’hab', le meilleur de la musique country, rock, folk et blues.

Niko Rodamel | Mardi 2 juillet 2019

Country roads

C’est sans doute grâce à des festivals comme celui-ci que les musiques de cow-boys sont parvenues, en France, à se décrotter des nombreux préjugés, qui voudraient nous faire croire que les amateurs de country sont exclusivement des beaufs à chapeaux qui se prennent pour des Texans. Depuis sa création en 1988, le festival Country Rendez-Vous de Craponne-sur-Arzon n'a cessé de progresser et de se professionnaliser au fil d'un succès populaire grandissant, jusqu'à changer de nom et d'identité visuelle (l'an dernier) au bout de trente années riches de découvertes musicales. The Green Escape met aujourd'hui l’accent sur les grands espaces et un sincère esprit de convivialité. Pour autant, le festoche conserve les fondamentaux autour desquels il a grandit : la country music reste le cœur d'une programmation qui s'ouvre aussi au rock, au folk et au blues. Acte deux de la nouvelle ère, l'édition 2019 promet donc une nouvelle fois un plateau musical éclectique (serait-ce la recette gagnante?), drainant à coup sûr un public aussi nombreux que divers. Jack Bauer Parmi les têtes d’affiche, Elliott Murphy fait évidemment figure de doyen du haut de ses soixante-dix balai

Continuer à lire

"Ombres et Lumières" : Souffle et soupirs

ECRANS | de Olivier Nolin (Fr., 1h21) avec Maïalen Eyherabi de, Laurent Muzy, Diane Prost…

Vincent Raymond | Mardi 20 août 2019

Trois contes mêlant l’amour et la passion ; trois histoires à la lisière entre le rêve et la folie, où la beauté des corps est cause des bien des égarements… L’alléchante promesse de musiques signées Pontecorvo, Morricone, Prodominès ou Armand Amar peut légitimement susciter le désir du spectateur de découvrir ce film à sketches, dont l’affiche — outre les noms précités — assène de nouveaux arguments. Jouant sur l’esthétique érotique d’une beauté nonchalamment étendue sur sa couche, à peine vêtue d’une chemise, elle incite à la curiosité l’amateur… d’estampes, disons. Il sera déçu, et pas seulement par la composante plastique de la chose, peuplée de nymphes hésitant entre la pose d’atelier et celle pour salle de bains. Quand le son n’est pas défaillant — un souffle carabiné parasite le premier segment, qui a dû se passer de sondier, de mixage ou des deux —, ce sont des effets appuyés et un jeu outrés qui confèrent au film un amateurisme grandiloquent. On peut ne pas le voir.

Continuer à lire

Auto-Tune pour Elton John : "Rocketman"

ECRANS | Après "Bohemian Rhapsody", le réalisateur britannique Dexter Fletcher s’attaque à la carrière d’Elton John en se servant d’une cure de désintoxication comme base narrative. Et met face à face l’enfance de prodige introverti du musicien et son succès fulgurant comme icône de la pop culture. Démesuré et excessif.

Élise Lemelle | Mercredi 29 mai 2019

Auto-Tune pour Elton John :

Réaliser un film sur une rock star aussi fantasque qu’Elton John? Voilà le défi auquel s’est collé Dexter Fletcher en ne cherchant pas à raconter avec exactitude les événements passés mais en revendiquant « une course-poursuite imaginaire résolument loufoque et transgressive». Et en privilégiant les moments-clés de la vie de l’artiste – sa rencontre avec son parolier Bernie Taupin, ses amours tumultueuses avec John Reid, son mariage blanc… Résultat ? Un film dans lequel la musique prend, bien évidemment, toute la place. Rocketman est ainsi nourri en séquences oniriques où la star et ses fans entrent en osmose grâce à une mise en scène dont les procédés (ralentis, envolés…) exacerbent l’émotion. Une émotion bien relayée par l’acteurTaron Egertonqui réinterprète toutes les chansons et s'enflamme dans des costumes outranciers. En découle un drama pailleté flamboyant, à la fois biopic et comédie musicale. Et un film prévisible. À la

Continuer à lire

"Séduis-moi si tu peux !" : Secrétaire très particulier

ECRANS | De Jonathan Levine (É.-U., 1h56) avec Charlize Theron, Seth Rogen, O'Shea Jackson Jr.…

Vincent Raymond | Mercredi 15 mai 2019

Reporter talentueux mais un peu trop intègre, Frank démissionne quand un magnat pourri rachète son journal. Au même moment, Charlotte Field, la Secrétaire d’État visant la Maison Blanche recherche une plume. Coup de bol, elle a été la baby-sitter de Fred quand il était ado… Actualisation d’un thème hollywoodien ô combien classique — le mariage de la carpe et du lapin, ou plus prosaïquement, de la belle de la bête — ces retrouvailles sont conformes à ce que l’on peut espérer, compte-tenu de la présence glamour de Charlize Theron et de celle, plus, transgressive de Seth Rogen : une charmante comédie sentimentale, relevée d’une sauce façon Farrelly — on vous passe l’ingrédient principal. À l’inévitable romance permettant à Madame Parfaite (modèle de luxe, avec élégance incarnée) de fendre l’armure et à Monsieur Tout-le-Monde (version très hirsute) de quitter sa posture d’adolescent rebelle, s’ajoutent les possibilités de comédie offertes par le contexte politico-médiatique, dans les coulisses d'une Maison Blanche occupée par un clown moins intéressé par la conduite de la Nation que

Continuer à lire

Bombe H

Chanson | Double plateau pour une soirée chanson française ensoleillée en circuit court, avec notamment le chouette combo Mimi H au sein duquel la chanteuse (...)

Niko Rodamel | Jeudi 2 mai 2019

Bombe H

Double plateau pour une soirée chanson française ensoleillée en circuit court, avec notamment le chouette combo Mimi H au sein duquel la chanteuse Emeline Herrero évoque avec justesse les voyages, l’amour et quelques justes causes à défendre. Mimi H + Alkabaya, vendredi 17 mai à 20h30, le Quarto à Unieux

Continuer à lire

André Téchiné : « Entre la fidélité au réel et au cinéma, j’ai choisi le cinéma »

ECRANS | André Téchiné place sa huitième collaboration avec Catherine Deneuve sous un signe politique et cosmique avec "L’Adieu à la nuit". Où l’on apprend qu’il aime la fiction par-dessus tout…

Vincent Raymond | Mercredi 24 avril 2019

André Téchiné : « Entre la fidélité au réel et au cinéma, j’ai choisi le cinéma »

Pourquoi avoir choisi d’aborder ce sujet ? Comme toujours, c’est la conjonction de plusieurs choses. On part souvent d’un roman qu’on adapte à l’écran ; là j’avais envie d’une démarche inverse, de partir de tout le travail d’enregistrement, d’entretiens et de reportages fait par David Thomson sur tous ces jeunes qui s’engageaient pour la Syrie et sur ces repentis qui en revenaient. Comme c’était de la matière brute, vivante, et qu’il n’y avait pass de source policière ni judiciaire, j’ai eu envie de mettre ça en scène ; de donner des corps, des visages, des voix. Dans les dialogues du film, il y a beaucoup de greffes, d’injections qui viennent de la parole de ces jeunes radicalisés. Mais j’avais envie que ça devienne un objet de cinéma : la fiction, c’était pour moi le regard sur ces radicalisés de quelqu’un de ma génération et, par affinité, avec Catherine Deneuve — car j’ai fait plusieurs films avec elle — et parce qu’elle incarne un côté Marianne, français. Et puis je voulais que ce soit intergénérationnel. Avec Léa Mysius

Continuer à lire

"L'Adieu à la nuit" : Muriel, ou le temps d’un départ

ECRANS | Une grand-mère se démène pour empêcher son petit fils de partir en Syrie faire le djihad. André Téchiné se penche sur la question de la radicalisation hors des banlieues et livre avec son acuité coutumière un saisissant portrait d’une jeunesse contemporaine. Sobre et net.

Vincent Raymond | Mercredi 24 avril 2019

Printemps 2015. Dirigeant un centre équestre, Muriel se prépare à accueillir Alex, son petit-fils en partance pour Montréal. Mais ce dernier, qui s’est radicalisé au contact de son amie d’enfance Lila, a en réalité planifié de gagner la Syrie pour effectuer le djihad. Muriel s’en aperçoit et agit… Derrière une apparence de discontinuité, la filmographie d’André Téchiné affirme sa redoutable constance : si le contexte historique varie, il est souvent question d’un “moment“ de fracture sociétale, exacerbée par la situation personnelle de protagonistes eux-mêmes engagés dans une bascule intime — le plus souvent, les tourments du passage à l’âge adulte. Ce canevas est de nouveau opérant dans L’Adieu à la nuit, où des adolescent·es en fragilité sont les proies du fondamentalisme et deviennent les meilleurs relais des pires postures dogmatiques. Grand-mère la lutte Sans que jamais la ligne dramatique ne soit perturbée par le poids de la matière documentaire dont il s’inspire, L’Adieu à la nuit

Continuer à lire

"Le Vent de la liberté" : Héros aérostatiers vs. Stasi

ECRANS | De Michael Bully Herbig (All., 2h06) avec Friedrich Mücke, Karoline Schuch, David Kross…

Vincent Raymond | Mardi 9 avril 2019

1979, Allemagne de l’Est. Les membres des familles Strelzyk et Wetzel décident de passer à l’Ouest par la voie des airs grâce à un aérostat artisanal. Leur première tentative ayant échoué, les autorités sont en alerte ; ils doivent donc redoubler de prudence et de vitesse… Il faudrait imaginer Dany Boon réalisant un film sérieux sur l’Armée des ombres pour comprendre en quoi la signature posée sur ce drame historique constitue une surprise. Jusqu’à présent en effet, Michael Bully Herbig régnait sur le box-office allemand grâce à des comédies parodiques germaniques, un genre aussi peu exportable que le surströmming suédois. En traitant cette histoire (vraie) — déjà adaptée à l’écran en 1982 par Delbert Mann — comme un thriller, en faisant de l’ado Strelzyk le héros et surtout en adoptant les bon vieux codes du classicisme à l’américaine, le comédien-réalisateur est sûr de gagner son billet pour l’international et, pourquoi pas, pour Hollywood. Or si la situation des Republikfüchtige et des Est-Allemands en général a longtemps indifféré les spectateurs, peu sensibles aux tonalités

Continuer à lire

"Styx" : Les eaux de l’enfer

ECRANS | De Wolfgang Fischer (All.-Aut., 1h34) avec Susanne Wolff, Gedion Oduor Wekesa, Alexander Beyer…

Vincent Raymond | Mercredi 27 mars 2019

Médecin urgentiste à Gibraltar, Rike s’embarque pour une croisière en solo vers Sainte-Hélène. Au lendemain d’une tempête, elle découvre une embarcation de réfugiés à la dérive. Ne pouvant intervenir seule, elle prévient les secours, qui lui défendent d’intervenir. Sans agir eux-mêmes… Huis clos maritime doublé d’une tempête sous un crâne, ce drame d’une brûlante actualité oppose deux injonctions contradictoires : d’un côté l’obligation humaine et morale pour un marin (médecin de surcroît) de porter assistance à des naufragés, de l’autre la nécessité d’obéir aux commandements émanant d’une autorité officielle. Mais y a-t-il ici un choix, une réelle alternative ? Wolfgang Fischer fait en sorte que son héroïne se retrouve confrontée à un enfant à son bord : le serment d’Hippocrate l’oblige à la protection. Et, peut-être également, une forme d’instinct maternel. Difficile de ne pas être estomaqué par Susanne Wolff, impressionnante dans ce rôle ultra-physique de Rike : la comédienne porte quasiment sans un mot l’essentiel du film. Quant à son visage, il reflète les moindres inflexion

Continuer à lire

"Qui m'aime me suive !" : Éloge du sur-place en marche arrière

ECRANS | De José Alcala (Fr., 1h30) avec Daniel Auteuil, Catherine Frot, Bernard Le Coq…

Vincent Raymond | Jeudi 21 mars 2019

Parce que son grincheux de mari Gilbert s’obstine à conserver son garage, qu’il est fâché avec leur fille depuis qu’elle a convolé, qu’ils sont fauchés, que son voisin et amant a déménagé, Simone quitte le foyer. Pile le jour où le petit-fils débarque. Gilbert, affolé, part à ses trousses. Courses-poursuites poussives, septuagénaires s’escrimant à paraître dix ans de moins, surjeu outré généralisé, accumulation d’enjeux dramatiques éventés évoquant un tout-à-l’égout de pitchs scénaristiques… Est-il bien raisonnable, à l’heure où les plateformes de vidéo en ligne prennent d’assaut le secteur cinématographique, que les salles soient les récipiendaires de médiocrités aussi ineptes ? Même le petit écran, qui jadis leur permettait de trouver une incarnation dans le format téléfilm, semble avoir jeté l’éponge. À raison : un tel objet aurait raison de la meilleure indulgence — pardon, audience. ll y a quelque chose de pathétique à observer des acteurs estimables se livrer à un concours de cabotinage pour tenter de donner quelque intérêt à une comédie. Surtout lorsque leur carrière peut

Continuer à lire

Adam McKay & Amy Adams : « Il fallait un regard un peu de côté pour comprendre »

Vice | Biopic pop d’un politicien matois peu bavard, Vice approche avec une roublarde intelligence et un judicieux second degré le parcours du terrible Dick Cheney. Nous avons rencontré son auteur à Paris, ainsi que l’interprète de Lynne Cheney. Et nous les avons fait parler…

Vincent Raymond | Jeudi 14 février 2019

Adam McKay & Amy Adams : « Il fallait un regard un peu de côté pour comprendre »

Après le 11 septembre, étiez-vous conscient de la politique manipulatrice de Cheney ? AMcK : Franchement, non. Ça n’a été qu’au moment de l’invasion de l’Irak que soudain il y a eu une prise de conscience que quelque chose n’allait pas, qu’une riposte n’était pas justifiée. Nous avons participé à toutes les grandes manifestations de protestation, mais il a fallu près de deux ans pour que nous puissions réagir. Adam, vous dites en ouverture du film que les renseignements sur Cheney ont été difficiles à trouver. Comment avez-vous procédé ? AMcK : Au départ, notre équipe de chercheurs à exploré tout le corpus “cheneyen“ existant : tous les livres officiels, les interviews disponibles sur sa vie et son travail politique — ça ne manquait pas ! Une fois ce travail accompli, on a recruté nos propres journalistes qui sont allés faire des enquêtes sur les coulisses, à la rencontre de toutes ces personnes qui ont eu, à un moment ou un autre, affaire à la famille Cheney, à so

Continuer à lire

Bregovic, Guts et L'Entourloop au Foreztival 2019

Festival | C'est désormais un petit rituel, toutes les semaines de nouveaux noms du Foreztival sont droppés. Et pour le moment, rien à redire. Après Thérapie Taxi, Vald et (...)

Nicolas Bros | Vendredi 8 février 2019

Bregovic, Guts et L'Entourloop au Foreztival 2019

C'est désormais un petit rituel, toutes les semaines de nouveaux noms du Foreztival sont droppés. Et pour le moment, rien à redire. Après Thérapie Taxi, Vald et Ska-P, c'est au tour de L'Entourloop, Goran Bregovic et Guts de rejoindre le line-up du festival d'été de Trelins, dans le Forez. Rappelons que cette 15e édition du festival se déroulera les 2, 3 et 4 août 2019. Rappelons également que le festival met en place comme d'habitude différentes soirées warm-up. La prochaine se déroulera au Château du Rozier de Feurs le 26 avril avec la poésie urbaine de Chaton.

Continuer à lire

"Vice" : Au cœur du ̶p̶o̶u̶r̶r̶i̶ pouvoir

Biopic pop | En général, la fonction crée l’organe. Parfois, une disposition crée la fonction. Comme pour l’ancien vice-président des États-Unis Dick Cheney, aux prérogatives sculptées par des années de coulisses et de coups bas, racontées ici sur un mode ludique. Brillant et glaçant.

Vincent Raymond | Mardi 5 février 2019

Le fabuleux destin d’un soûlard bagarreur troquant, après une cuite de trop et les admonestations de son épouse, sa vie de patachon pour la politique. D’abord petite main dans l’administration Nixon, l’insatiable faucon parviendra à devenir le plus puissant des vice-présidents étasuniens… Reconnaissons à Hollywood ce talent que bien des alchimistes des temps anciens envieraient : transformer la pire merde en or. Ou comment rendre attractive, à la limite du grand spectacle ludique, l’existence d’un individu guidé par son intérêt personnel et son goût pour la manipulation occulte. C’est que Dick Cheney n’est pas n’importe qui : un type capable d’envoyer (sans retour) des bidasses à l’autre bout du monde lutter contre des menaces imaginaires histoire d’offrir des concessions pétrolières à ses amis, de tordre la constitution à son profit, de déstabiliser durablement le globe peut rivaliser avec n’importe quel villain de franchise. Il est même étonnant que McKay parvienne à trouver une lueur d’humanité à ce Républicain pur mazout : en l’occurrence son renoncement à la primai

Continuer à lire

Trois premiers noms pour le Foreztival

Festival | Le Foreztival de Trelins fête sa 15e édition les 2, 3 et 4 août prochains. L'occasion de balancer de gros noms et ça commence déjà avec les trois premiers qui (...)

Nicolas Bros | Vendredi 1 février 2019

Trois premiers noms pour le Foreztival

Le Foreztival de Trelins fête sa 15e édition les 2, 3 et 4 août prochains. L'occasion de balancer de gros noms et ça commence déjà avec les trois premiers qui sont le rappeur Vald, Thérapie Taxi et Ska-P. Ça s'annonce chaud du côté du Forez cet été.

Continuer à lire

"La Dernière Folie de Claire Darling" : Claire obscure

Lady Gaga | De Julie Bertuccelli (Fr., 1h35) avec Catherine Deneuve, Chiara Mastroianni, Samir Guesmi…

Vincent Raymond | Mercredi 6 février 2019

Passé et présent se mélangent dans l’esprit de la très chic Claire Darling. Pensant être au seuil de son ultime jour sur terre, la voici qui brade tous ses meubles et bibelots pour une bouchée de pain. Peut-être que sa fille, qu’elle n’a pas vue depuis des année, pourrait remédier à ce chaos ? À chacune de ses réalisations de fiction, Julie Bertuccelli nous prouve qu’elle est décidément plutôt une grande documentariste, surtout lorsqu’elle s’attache à son sujet de prédilection qu’est la transmission, lequel n’est jamais bien loin de la mémoire — son premier long de fiction, Depuis qu’Otar est parti… était d'ailleurs furieusement documentarisant. Racontant la confusion mentale et spatio-temporelle d’une femme visiblement atteinte d’un Alzheimer galopant, ce Claire Darling propose de mettre en résonance le bric-à-brac interne du personnage, le marché aux puces qu’elle organise avec la forme déstructurée du film — façon onirisme à la Resnais, avec échos répétitifs entre passé et présent. L’effet, systématique, se révèle épuisant et

Continuer à lire

Femmes en scène

ARTS | C’est lors de ses études aux beaux-arts de Tourcoing que Laurence Verrier a découvert son sujet, l'humain, ainsi que son médium de (...)

Niko Rodamel | Mardi 5 février 2019

Femmes en scène

C’est lors de ses études aux beaux-arts de Tourcoing que Laurence Verrier a découvert son sujet, l'humain, ainsi que son médium de prédilection, la photographie. Travaillant principalement auprès des femmes de tous âges, la photographe capte la part indicible de l’être, laissant le corps raconter la personne qui l’habite. À travers la série protéiforme Les tribulations de Géraldine qu’elle développe depuis plusieurs années, l’artiste met en scène la comédienne et danseuse Géraldine Berger dans des scénarios décalés, à la croisée de la réalité ordinaire et d’un monde intérieur onirique. A travers l’image fixe, la vidéo et toute une collection d’objets, les deux artistes rendent ainsi hommage à cette faculté qu’ont les femmes de vivre deux réalités dans le même temps. Une installation à découvrir durant tout le mois de février à la MJC de Rive-de-Gier. Le vendredi 8 février, à 15h et 20h30 au théâtre Couzon, Laurence Verrier donnera également, avec Isabelle Almeras-Heyraud, une représentation du spectacle Attention, une femme créative peut en cacher une autre. Les Tribulations de Géraldine de Laurence Verrier, à la MJC de Riv

Continuer à lire

"Sorry To Bother You" : Smooth Operator

Allô ? | Quand une entreprise de télé-marketing prolifère sur une traite humaine d’une genre nouveau… Pour son premier long métrage bouillonnant d’inventivité formelle, le rappeur Boots Riley imagine un bizness no limit dans un société jumelle de la nôtre. Allô, quoi…

Vincent Raymond | Mercredi 30 janvier 2019

Cassius vit dans le garage de son oncle, accumulant les échecs sans gloire. Son destin change lorsqu’il commence à travailler pour une plateforme d’appels : il se découvre alors un pouvoir de conviction qui lui fait grimper les échelons. Mais cette ascension a un prix moral et personnel… À la lointaine époque où il ne se prenait pas encore trop au sérieux, Spike Lee aurait pu réaliser un film de cette trempe, empli d’un désir si intense de cinémas qu’il ne se prive d’aucune expérimentation, saute de genre en genre pour ne pas être réduit à une catégorie. Démarrant comme une gentillette comédie suburbaine entre potes fauchés, Sorry to Bother You glisse rapidement vers une satire corrosive, sans jamais perdre sa fantaisie ni sa capacité à se renouveler : le fantastique s’insinue à la Gondry, comme une astuce esthétique, avant de devenir une composante de fond de l’intrigue. Raccrochez, c’est une horreur Se déploie alors une puissante fable métaphorique pour temps

Continuer à lire