The Canyons

ECRANS | De Paul Schrader (ÉU, 1h39) avec Lindsay Lohan, James Deen…

Christophe Chabert | Mercredi 23 avril 2014

Lorsque Bret Easton Ellis annonça avec force twitts provocateurs la mise en chantier de The Canyons avec l'acteur porno James Deen et la wild girl Lindsay Lohan, le tout devant la caméra de Paul Schrader et financé par le crowdfunding, l'excitation était à son comble. Depuis sa sortie aux États-Unis, le film se traîne une vilaine réputation de nanar, seulement soutenu par quelques oukases de la critique hexagonale.

On ne démentira pas la rumeur : Ellis a accouché d'un vaudeville contemporain qui n'a que son décor d'exotique — le milieu du cinéma hollywoodien — et dont le côté sulfureux est tué dans l'œuf par la monotonie des séquences — en gros, ça papote dans de beaux fauteuils design, dans des restaurants chics ou des villas de luxe et, de temps en temps, ça baise façon porno soft… La mise en scène est à l'avenant, tentant d'intégrer un sous-texte aussi prétentieux qu'abscons sur la mort du cinéma en filmant des salles à l'abandon…

Schrader, le cinéaste le plus inégal de la terre, est ici proche de son niveau zéro — juste au-dessus de son pitoyable prequel à L'Exorciste refusé par le studio — le film le touchant dans ses rares montées de suspense, à hurler de rire tant elles sont ringardes. Et au spectacle d'une Lindsay Lohan en voie de «Mickeyrourkisation», on préfèrera celui de James Deen, sans doute la meilleure incarnation des créatures amorales, perverses et hautaines qui hantent depuis toujours l'univers d'Ellis…

Christophe Chabert

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

"We blew it" : Les USA, entre le road movie et la mort

ECRANS | Comment a-t-on pu passer de sex, summer of love & rock’n’roll au conservatisme le plus radical ? Sillonnant la Route 66, Jean-Baptiste Thoret croise les témoignages d’Étasuniens oubliés des élites et désillusionnés avec ceux de hérauts du Nouvel Hollywood. Balade amère dans un pays en gueule de bois.

Vincent Raymond | Mardi 31 octobre 2017

Sans doute Thoret aurait-il aimé ne jamais avoir à réaliser ce documentaire. Mais par l’un de ces étranges paradoxes dont l’histoire des idées et de la création artistique regorge, son édification a découlé d’une déprimante série de constats d’échecs — ou d’impuissance. Elle se résume d’ailleurs en cette sentence laconique donnant son titre au film : « We Blew it », « On a merdé ». Empruntée à Peter Fonda dans Easy Rider (1969) de Dennis Hopper, la réplique apparaît à bien des égards prémonitoire, voire prophétique. Roots et route La route est longue de Chicago à Santa Monica : 2450 miles. Prendre le temps de la parcourir permet de mesurer (au sens propre) l’accroissement incessant de la distance entre les oligarques du parti démocrate et la population. De constater la paupérisation et la fragilité de celle-ci. D’entendre, également, son sentiment de déshérence ainsi que sa nostalgie pour un “âge des possibles” — et de toutes les transgressions — révolu. Une somme de frustrations capitalisées par un Trump prompt à faire miroiter le rétrovise

Continuer à lire